Raffinement macabre III – Les bombes à sous munitions : la seconde guerre d’Indochine continue au Laos.

Lors des opérations de bombardements massifs durant la seconde guerre d’Indochine un type de bombe, bien que préexistant, connu une utilisation alors inédite : la bombe à sous munitions (BASM), qui, comme l’agent Orange[1], ancre encore mortellement le conflit dans l’actualité des populations civiles de la région.

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Vu en coupe d’une bombe à fragmentation. L’explosion de la charge principale libère les éléments métalliques non explosifs contenus dans la bombe. Ce type de bombe existe depuis 1803.

           Une petite précision s’impose d’entrée : le vocable « bombe à fragmentation » est très souvent utilisé à tort pour désigner les bombes dont le présent article traite.

En effet la « bombe à fragmentation » désigne une bombe dite « unitaire » – d’un seul tenant – remplie d’éléments métalliques. Elle est censée exploser avant de toucher le sol afin de projeter par son explosion les petits projectiles meurtriers censés « neutraliser » les ennemis à la manière d’une bombe « shrapnel ». Elle sert principalement pour la dispersion ou l’anéantissement d’une vague massive de fantassins lors d’un assaut.

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Schéma explicatif du fonctionnement d’une BASM

La « bombe à sous munition », quant à elle, se compose d’un projectile majeur – dit «container » ou « bombe mère » – remplie de plusieurs munitions (souvent explosives) se dispersant avant que la bombe mère ne touche le sol. Cette capacité à disperser des explosifs sur un large périmètre permet d’exécuter « une frappe de zone » lorsqu’on ne sait pas vraiment où se trouve la cible[2].

Cette distinction est capitale dans le sens où les BASM, bien qu’utilisé entre 1964 en 1973 par les américains, produisent moins de conséquences humanitaires sur le long terme que les bombes à sous munition (dégâts collatéraux sur les civils avant et après le conflit). En effet beaucoup de sous-bombes défectueuses peuvent rester longtemps sous terre (comme nous le verrons plus tard).

Utilisées pour la première fois par l’Allemagne nazi lors du bombardement du port britannique de Grimsby, la technologie des BASM a été reprise par toutes les nations fabricantes d’armes pour sa grande force de frappe. Elles ne seront utilisées que très timidement lors des années 50 et du début des années 60 pour être utilisées massivement lors de la guerre du Vietnam, dont elles deviendront d’ailleurs un triste symbole[3].

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Tracé de la piste Ho Chi Minh. On constate que celle ci empiète largement sur le Sud du Laos.

            En effet, ayant la spécificité d’ « arroser large » et de créer un « tapis de bombes », la BASM sembla être une arme tout indiquée pour combattre une guérilla communiste insaisissable dans la jungle indochinoise. Espérant ainsi pallier le manque de visibilité et de précision des bombardements dans l’épaisse forêt, les BASM furent utilisées pour détruires les maquis ou concentrations « Viêt Công » mais aussi pour couper les lignes logistiques communistes, en tête desquelles la légendaire piste Ho Chi Minh. A noter que ces bombes furent également utilisées lors des bombardements du Nord Vietnam mais dans une moindre mesure.

            Avec le napalm, le phosphore blanc et les défoliants, les bombes à fragmentations attisèrent l’impopularité de la guerre au Vietnam aussi bien aux Etat Unis qu’en dehors.

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BASM quasi intacte au Laos. Si les enfants sont particulièrement victimes de ce type d’arme c’est parce qu’en plus de l’insouciance les sous munitions ressemblent bien souvent à des balles. 

            En effet le principe même de la BASM, par la dispersion des sous munitions, induit nécessairement une augmentation d’une part des risques de toucher des non belligérants (notamment en milieu urbain) et d’autres part de la dangerosité des sous munitions tomber au sol sans exploser. C’est ce dernier aspect qui est particulièrement central dans le sens où la création de véritables champs de mines dans des zones habitables peut toucher durement des populations civiles bien des années après les conflits. A vrai dire cette comparaison est même erronée puisque les mines sont bien plus faciles à détecter, bien moins meurtrières et que, contrairement aux sous munitions, elles sont prévues pour être désamorcées. Il faut également ajouter que les pays infestés de sous munitions sont pénalisés par divers biais : coût social de la prise en charge des victimes, obstacles au retour des populations et à l’intervention de l’assistance humanitaire, frein à la reconstruction des infrastructure et au développement économique, notamment dans le secteur agricole.

            Le Laos est en cela emblématique.

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La plaine des Jarres au Laos. Elle a representé un objectif central lors de la seconde guerre d’Indochine dans le sens où elle était très proche du Nord Vietnam et que sa position centrale en faisant un atout stratégique considérable pour qui la maitrisait.

           Ainsi, voulant couper le ravitaillement venant du Nord Vietnam, les américains pilonnèrent les chemins – aussitôt détruits, aussitôt reconstruits – de la piste Ho Chi Minh et ciblèrent également la plaine des Jarres où se trouvaient des concentrations Viêt Cong et Pathet Lao (pendant laotien de la guérilla communiste vietnamienne). Selon un rapport de l’Institut des Nations Unies pour la Recherche sur le Désarmement (UNIDIR en anglais)[4], 270 millions de sous munitions auraient ainsi été larguées sur le Sud du Laos entre 1965 et 1973. Pour bien vous représenter l’intensité de ces bombardements je vous conseille de consulter la vidéo représentant ceux ci années par années sur le site suivant : http://www.midilibre.fr/2014/03/28/guerre-du-laos-64-73-l-incroyable-carte-dynamique-des-bombardements,840933.php . Selon ce même rapport, 30% à 40% de ces munitions n’auraient pas explosés – soit environ 80 millions d’unités – en raison à la fois de la faible fiabilité des munitions d’alors et du caractère très meuble de la terre dans la jungle tropicale. A noter que de façon général le Laos détient le triste record du pays le plus bombardé au monde (par habitant).

            Toujours selon cette même étude, 12 000 accidents dus aux munitions non explosées ont été recensés entre 1973 et 1997 au Laos, la moitié concerne les sous munitions et 57% de ces victimes sont des enfants. Depuis on compte quelques dizaines de victimes chaque année (avec un pic de 300 en 2008, le dernier chiffre disponible étant celui de l’année 2015 : 46). Il faut savoir qu’au Laos un commerce de ferraille issue de ces sous munitions s’est mis en place avec –ironie de l’Histoire – des hommes d’affaires vietnamiens. Ainsi, plutôt que de contacter les autorités compétentes, beaucoup de familles laotiennes préfèrent traiter les bombes par elles mêmes, engendrant de fait des accidents mortels. Selon l’Unicef, 70% des familles laotiennes habitants dans les zones infestées se livreraient à ce commerce pour subvenir à leurs besoins[5], les bombes rendant l’exploitation agricole dangereuse.

            Afin de palier à cette situation, les Etats Unis ont versé l’équivalent de 100 millions de dollars pour le déminage du Laos et pour l’indemnisation des victimes depuis la normalisation des relations entre les deux pays en 1995. Longtemps jugée très insuffisante, cette aide s’est vue largement rehaussée lors de la visite de l’ex président Barack Obama le 6 septembre 2016, puisque celui ci a débloqué une enveloppe de 90 millions de dollars sur 3 ans[6]. A noter qu’il fut le premier président américain à se rendre au Laos depuis la fin du deuxième conflit Indochinois.

U.S. President Barack Obama is welcome by Laos President Bounnhang Vorachith at the Presidential Palace in Viantiene
Barack Obama et son homologue laotien Bounnhang Vorachit, le 6 septembre 2016.

            Depuis 2012, le déminage du sous sol laotien est confié à l’entreprise américaine Halo d’abord dans la province de Savannakhet pour être certainement étendu dans le cour de cette année. Environ 3 000 000 m2 de terres ont été « nettoyées » de près de 25 000 engins explosifs[7]. A noter qu’une enquête nationale laotienne a révélé qu’il faudrait certainement 3000 ans pour déminer la totalité du pays[8].

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Une opération de déminage par la société Halo au Laos.

            Devenu symbole de la cause, le Laos a accueilli la rencontre des 30 états ayant ratifié la convention internationale sur l’interdiction des armes à sous-munitions (ci après la Convention) lors de son entrée en vigueur le 1er Aout 2010.

            La dite convention a été impulsée par la Norvège et l’Irlande à la suite de l’utilisation massive de ces armes par Israël sur le Liban en aout 2006, 200 victimes civiles avait été a déplorées suite au cessez le feu. Le Centre de Coordination de Lutte Antimine des Nations Unies avait rapporté que le cas du Liban surprenait par la densité de sous munitions (4 millions de bombes en 34 jours de conflits, dont une grande majorité dans les dernières 72 heures) retrouvées en milieu urbain et la haute dangerosité de cette situation (par rapport à deux autres cas majeurs : le Kosovo en 1999 et l’Irak en 2003).

En février 2007 a commencé le « processus d’Oslo » qui aboutit, après quelques conférences préparatoires, a l’adoption par les 107 états parties aux négociations de la Convention lors de la conférence de Dublin en mai 2008. Depuis 119 pays ont signés la Convention et 101 l’ont ratifié à l’heure actuelle[9]. La France a ratifié la Convention le 25 septembre 2009 et a déjà bien avancé s’agissant de la destruction de son arsenal[10]. On notera que si la Convention présente une avancée certaine dans le domaine humanitaire, la non participation de quelques états clés aux négociations réduit nettement sa portée, on trouve : les Etats Unis, Israël, la Russie, l’Inde, le Brésil, la Chine et même le Vietnam. De la même façon plusieurs états parties (Australie, Canada, Royaume Uni notamment) ont proposé d’édulcorer l’interdiction absolue de l’usage des BASM par des considérations techniques (notamment de « fiabilité » des sous munitions) lors de la première conférence suite à l’entrée en vigueur de la Convention sis à Dubrovnik (Croatie) en 2015[11].

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Carte représentant les pays ayant ratifiés la Convention.

Concrètement, la Convention prévoit l’interdiction de l’utilisation, de la production et du stockage des BASM – entrainant une obligation de destruction des stocks dans un délai de 3 ans après ratification pour les états parties -, l’assistance aux victimes, la coopération internationale des états parties, une obligation de « nettoyage des zones infestées et une obligation de rendre compte de la conformité du pays avec la Convention auprès de l’UNIDIR[12].

Les dernières utilisation attestées de BASM sont les suivantes : utilisation au Yémen par l’Arabie Saoudite, en Ukraine par les deux factions combattantes en présence, en Lybie, au Soudan et en Syrie.

Pour plus d’informations je vous recommande :

[1] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/23/defi-30-jours-30-articles-26-agent-orange-guerre-chimique-de-haute-intensite-et-catastrophe-ecologique/

[2] https://www.senat.fr/rap/r06-118/r06-118_mono.html#toc16

[3] https://www.gichd.org/fileadmin/GICHD-resources/rec-documents/Guide-Armes-Sous-Munitions-Juin2009-fr.pdf , p.18.

[4] Cluster Munitions in Albania and Lao PDR – The Humanitarian and Socio-Economic Impact – UNIDIR – 2006

[5] Unicef, La situation des enfants dans le monde 2005, 2005

[6] https://www.halotrust.org/media-centre/news/us-pledges-90m-for-cluster-bomb-clearance-in-laos/

[7] https://www.halotrust.org/where-we-work/south-asia/laos/

[8] https://www.youtube.com/watch?v=A6hCf9tBjP8

[9] http://www.stopclustermunitions.org/en-gb/the-treaty/treaty-status.aspx

[10] http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/desarmement-et-non-proliferation/la-france-et-l-elimination-des-armes-a-sous-munitions/

[11] https://www.hrw.org/fr/news/2015/09/03/des-armes-sous-munitions-ont-ete-utilisees-dans-cinq-pays-ce-jour-en-2015

[12] http://www.stopclustermunitions.org/en-gb/the-treaty/treaty-obligations/stockpile-destruction.aspx

Raffinement macabre N°2 -Les bombes « Hail/Lazy Dogs » : l’aide américaine à fin de test d’armement durant la première guerre d’Indochine.

L’arme dont parle cet article n’a semble t’il été utilisée que durant une brève période (bataille de Dien Bien Phu, 13 mars – 7 mai 1954) mais est assez révélatrice de l’état d’esprit dans lequel se trouvait les américains avant de faire leur propre guerre dans la zone.

            Alors que la défaite française se profilait (autour du 10 avril) dans l’enfer de l’ultime bataille de la première guerre d’Indochine, l’état major et les diplomates français tentèrent d’arracher un appui aérien américain pour tenter de dégager les troupes d’élites qui étaient coincées dans la cuvette.

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John Foster Dulles, Secrétaire d’Etat de l’administration Eisenhower.

            La demande fut prise au sérieux par les américains – et non des moindres : l’amiral Ridgway, commadant en chef de la Navy, et John Foster Dulles Secrétaire d’Etat du président Eisenowher – une opération est même envisagée : l’opération Vautour. Il s’agirait de lancer une centaine de bombardiers B-29 accompagnés de quelques centaines de chasseurs, pour dissuader toute intervention chinoise, depuis les bases américaines d’Okinawa et de Manille ainsi que depuis les porte-avions Boxer et Essex stationnés dans le golfe du Tonkin. L’emploi de la bombe atomique est même évoqué par Dulles lorsqu’il rencontre son homologue français Geoges Bidault.

            L’opération n’aura jamais lieu, beaucoup de militaires américains ayant souligné le caractère aléatoire d’une telle aventure (éloignement de Manille et Okinawa par rapport à Dien Bien Phu, conditions climatiques difficiles, système de guidage des bombardiers inopérant à ce moment, inefficacité du bombardement sans appui terrestre) et, surtout, Washington craignant l’implication direct des Chinois dans l’opération (et donc des soviétiques). L’internationalisation du conflit était à ce moment la plus grande peur du gouvernement américain.

            On notera que la commission Catroux, chargée d’analyser la défaite française en Indochine, tirera avec aigreur la conclusion suivante à propos de l’opération Vautour : « Le sort de la bataille était stratégiquement scellé car seule, en définitive, l’intervention d’une aviation très puissante, martelant jour après jour les positions ennemies, eût pu sauver cette base aventurée. Mais cette aviation, le commandant en chef ne l’avait pas. ». L’expérience américaine au Vietnam montre bien à quel point cette décharge de responsabilité est erronée.

            Cependant les Américains se devaient d’aider les Français pour au moins 3 raisons : 1) le président Eisenhower avait donner corps à la « théorie des dominos[1] » lors de la conférence de presse du 7 avril 1954, les Etats Unis se devaient d’enrayer la progression communiste, 2) à partir de 1950, Washington assumait la moitié du cout de la guerre française et ne pouvait accepter un tel gâchis et 3) les experts militaires américains dépêchés auprès de l’état major du Général Navarre (commandant en chef en Indochine) avait engagé la crédibilité américaine en assurant que la position d Dien Bien Phu était imprenable.

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La théorie des dominos selon la presse américaine durant la seconde guerre d’Indochine.

            Aussi consentirent ils, après avoir livrer du napalm aux Français à partir de 1952, à fournir l’aviation française en bombes « Hail » (« grêle ») ou « Lazy Dog » (« chien paresseux » ???).

            Le nom de cette bombe provient de sa caractéristique première : c’est une bombe anti personnel non explosive mais rempli de milliers de petites fléchettes (entre 7 et 11 000 suivant les premiers modèles produits) censée « neutraliser » tous ceux qui se trouvent touchées. Un retardateur de courte durée ouvrent les compartiments de la bombe et laisse échapper les projectiles dans une longue trainée mortelle. Les fléchettes sont profilées pour atteindre le sol à la vitesse du son, donnant une puissance dévastatrice aux projectiles. Robert H. Scales dans son livre Fire power in limited war, indique que de toutes les armes utilisées sur un champ de bataille, la bombe « hail » – et ses petites sœurs – sont sans doutes les plus craintes par les ennemis en raisons des blessures atroces qu’elle inflige.

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Vue en coupe d’une bombe à fléchette dérivée de la bombe « hail ».

            Basée sur les premiers essais expérimentaux de la première et deuxième guerre mondiale, elle a été créée dans le but principal de casser des vagues d’assaut massif (particulièrement pratiquées par la tactique maoïste) par tir d’artillerie ou par largage. Les Américains n’en avaient pas fait usage lors de la guerre de Corée (1950 – 1953). Ils ne voulaient en cela pas passer pour un peuple recourant allègrement aux armes de destruction massive seulement quelques années après Hiroshima et Nagasaki et ce surtout au moment où la propagande soviétique appelait à la paix et à la décolonisation face à « l’impérialisme occidental ». Il n’en demeure pas moins que le complexe militaro-industriel (Delco Products Corporation, F&F Mold and Die Works, Inc., Haines Designed Products, and Master Vibrator Company of Dayton entre autres) et les stratèges cherchaient tout de même à tester sa puissance de feu et son efficacité en condition réelle[2].

Ils laissèrent ainsi les Français se salirent les mains à des fins d’essai de la dite bombe. Ceux ci l’utilisèrent principalement pour décimer les servants d’artilleries et de batteries anti aériennes ainsi que les chaines logistiques Viet Minh pour couper le ravitaillement. Malgré l’efficacité des bombes « Hail » la place forte de Dien Bien Phu tombera, mettant un terme définitif à la présence française au Vietnam.

Le système de la bombe à fléchettes s’améliora, en partie grâce à l’expérience française de Dien Bien Phu, pour aboutir aux bombes dites « Beehive » (« essaim d’abeilles ») plus « efficaces » (les nouvelles bombes comportaient maximum 17 500 fléchettes projetées avec une telle énergie cinétique qu’elle pouvait percer un sac de sable sur une soixantaine de centimètres, elles pouvaient donc traverser les murs et les arbres).

Bien que peu chère à produire, ce type bombe sera remplacée par le napalm et la panoplie de défoliants colorés que nous avons déjà vus à l’occasion de l’article sur l’agent orange[3]. Ce changement est en grande partie due à l’horreur apparente de l’utilisation de ces projectiles qui aggravaient la mauvaise image de l’armée américaine durant le second conflit d’Indochine. Les divers projets seront définitivement abandonnés en 1969.

Plus récemment, des fléchettes de guerre ont été massivement utilisées par les forces de défenses israéliennes entre 2001 et 2009 – notamment durant l’opération « plomb durci » sur la bande de Gaza entre décembre 2008 et janvier 2009[4].

Ce fut l’occasion pour les instances internationales et notamment la Cour Pénale Internationale de rappeler que les bombes à fléchettes n’étaient pas illégales en soit mais exigeait un contrôle des conditions dans lesquelles elles étaient utilisés[5].

[1] Cette théorie explique que si un pays tombe aux mains du camp communiste, d’autres pays tomberont forcément, un pays-domino en faisant tomber un autre.

[2] « Les Américains ont livré des bombes Hail contenant des milliers de fléchettes métalliques afin de les utiliser contre les batteries de DCA. Ces armes se sont révélées efficaces, mais très peu ont été livrées. Les Américains, frappés du « syndrome Hiroshima », ne voulaient pas qu’on les accuse d’avoir à nouveau utilisé des armes de destruction massive. S’étant refusés à déployer les bombes Hail en Corée, cette livraison aux Français n’avait pas d’autre but que d’expérimenter ces matériels en conditions réelles. » Les hommes de Dien Bien Phu, Roger Bruge, p.195

[3] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/23/defi-30-jours-30-articles-26-agent-orange-guerre-chimique-de-haute-intensite-et-catastrophe-ecologique/

[4] http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=20200#.WUj3YCOLT-k

[5] https://www.lawfareblog.com/deadly-metal-rain-legality-flechette-weapons-international-law-eitan-barak

Divers/ Poudières en MDC – Le Vietnam, là ou s’accrochent les empires : « île monde » eurasiatique contre thalassocratie dans la théorie globale du « Grand Jeu ».

Afin de clore la série d’articles concernant les litiges territoriaux impliquant Hanoï en MDC, je souhaiterai inscrire ces événements contemporains dans une trame historique plus longue plaçant le Vietnam au centre d’une opposition entre les forces continentales et maritimes : le « Grand Jeu ». A des fins didactiques, le développement de cet article suivra le plan suivant : I) Définition de la théorie du « Grand Jeu », II) son application particulière sur l’histoire du Vietnam..

I) Qu’est ce que le « Grand Jeu » ? 

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Le « fardeau de l’homme blanc », dans la vision coloniale la race blanche devait amener les autres à la civilisation.

On doit l’expression au poète britannique Rudyard Kipling (1865-1936) – auteur du magnifique poème Si … tu seras un homme mon fils mais également père du « White man burden » (« Le fardeau de l’homme blanc »), pendant britannique de la « mission civilisatrice » de Jules Ferry – lorsqu’il décrit les luttes d’influences au Moyen Orient et en Asie centrale entre la Russie d’une part et l’Angleterre et la France d’autre part. Des luttes qui atteindront leurs paroxysmes lors de la guerre de Crimée de 1856, lorsque Paris et Londres estimeront que Moscou nourrit de bien trop grandes ambitions dans le dépeçage de l’empire Ottoman, déjà engagé dans un déclin irrémédiable. La notion est alors très romanesque puisqu’elle mêle l’Orient mystérieux et ses richesses (soies, tapis persans, encens, épices, etc…), les courses à l’exploration des aventuriers intrépides, les intrigues militaires et diplomatiques des espions.

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Halford Mackinder

Toute littéraire qu’elle fut à l’origine, cette conception va largement influencer un des pionniers de la géopolitique mondiale : le britannique Halford Mackinder (1861- 1947). En accord avec les idées de son temps, il est persuadé de la supériorité raciale anglo-saxonne dont il explique la domination par le contrôle des Mers face à une « île monde » divisée. En effet, professeur de géographie à l’université d’Oxford, il se distingue de ses confrères en prônant une vision polaire de la planète. Ainsi projetée, notre Terre offre la vision d’une île géante au centre – le « Heartland », composée de l’Afrique et de l’Eurasie et représentant 2/12ème de la surface du globe – entourée d’un unique océan – 9/12ème du globe – accueillant des îles périphériques moindres – Australie, les Amériques représentant 1/12 ème de la surface terrestre.

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La projection du monde selon la vision de Mackinder. Projeté ainsi on comprend mieux l’opposition de l’île monde entourée des océans extérieurs et des îles périphériques.

Par l’analyse de la constance anglaise à briser toute puissance hégémonique en Europe (Habsbourg, Napoléon, Reich Nazi) et des déferlantes barbares nomades provenant des steppes d’Europe Orientale et d’Asie centrale (Huns et Mongoles notamment), il synthétise un principe qui lui servira de devise : « qui tient l’Europe orientale tient le heartland, qui tient le heartland domine l’île mondiale, qui domine l’île mondiale domine le monde ». Partant, il préconise dans le cadre de la domination mondiale anglaise l’hégémonie maritime et la division du Heartland. Il est en cela l’inspirateur direct de la doctrine « Thalassocratique » de l’amiral américain Mac Mahan auquel nous avons déjà pu nous intéresser[1].

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Nicholas Spykman

          Cette théorie est enrichie par un des disciples de Mackinder : l’Américain Nicholas Spykman. Il reprend les thèses de son « maître » et s’il conserve intact la théorie de domination des Mers, il enrichit la conception originelle en introduisant la notion de « Rimland ». Cette dernière désigne un croissant territorial comprenant l’Europe, le Moyen Orient, le sous continent indien et les bordures littorales extrêmes orientales et enserrant le Heartland. Pour lui c’est dans cette zone que le rapport de force se définit, aussi est il nécessaire pour les forces thallassocratiques excentrées de nouer des alliances ou de contrôler les pays de cette zone pour réduire l’influence du Heartland.

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Le monde selon Nicholas Spykman.

            Par la suite cette thèse du grand jeu a été généralisée par nombre de conseillers américains à la défense, les deux plus éminents étant Kissinger (conseiller spécial de Nixon) et feu Brezinski (ancien conseiller spécial de Carter). C’est d’ailleurs ce dernier qui a posé noir sur blanc dans Le grand échiquier : « Il est impératif qu’aucune puissance eurasienne concurrente capable de dominer l’Eurasie ne puisse émerger et ainsi contester l’Amérique ». Evidemment, devant cette explication on ne peut plus clair de la stratégie américaine, les rivaux russes et chinois réagissent par la poursuite de projets commun afin de tenir en échec les intrigues américaines.

            De ce fait, c’est par ce prisme du « Grand Jeu » qu’il faut comprendre les événements géostratégiques mondiaux depuis la fin de la guerre froide. En plus de battre en brèche l’indigence et/ou la propagande des « experts » médiatiques, il permet de comprendre les articulations des deux axes en opposition : un axe Washington – Tel Aviv – Riyad – Union Européenne (ou plutôt OTAN) contre l’axe Pékin – Moscou – Téhéran. Guerres du Golfe de 1991 et 2003, guerre de Tchétchénie, guerre du Kosovo de 1999, intervention américaine en Afghanistan, guerre de Géorgie de 2008, isolement de l’Iran, « révolutions colorées » des années 2000, coupures de gaz répétées entre la Russie et l’Europe, mise en place de l’Organisation de Coopération de Shanghai, discours des néo-conservateurs américains sur la « nouvelle Europe », « guerre fraîche » entre Moscou et Washington, crise ukrainienne de 2014, « printemps arabes », guerre civile en Syrie, coup d’Etat au Brésil, déstabilisation du Venezuela, etc. toutes ces péripéties dérivent de l’application du « Grand Jeu ».

            A noter par ailleurs que les milles et une richesse de l’île monde ont changé de nature et que l’Asie Centrale, la zone de la Mer Caspienne notamment, est riche en hydrocarbure.

Mais plus important que l’accès direct à ces ressources, c’est leur acheminement qui est central dans la question stratégique. On parle même de « géopolitique des pipelines » dans le sens où ceux ci matérialise les objectifs stratégiques du promoteur[2]. En ce sens on assiste à la concurrence des projets de gazoduc américain –contournant la Russie et permettant le contrôle de l’approvisionnement énergétique des « alliés » européens – et le projet Russe, mis en difficulté par la guerre civile en Syrie et les troubles en Turquie.

Malgré la complexification du monde multipolaire et l’émergence d’acteurs indispensables, il semble bien que ce soit la Chine qui tire son épingle du jeu avec son projet de « nouvelle route de la soie »[3], à condition que celui ci aboutisse.

Si le sujet vous intéresse je vous conseille l’excellent blog de Christian Greiling dédié à la question : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2015/06/le-grand-jeu-cadre-theorique.html ainsi qu’un de ses articles pour la revue Conflits : http://www.revueconflits.com/le-nouveau-grand-jeu-bonus/

Mais resserrons la focale sur le Vietnam.

 II) L’influence de la théorie du « Grand Jeu » sur l’histoire vietnamienne.

Dans le cadre théorique du « Grand Jeu », il convient d’apporter quelques précisions d’ordres géographiques sur le Vietnam.

Le pays est situé dans à l’extrême Est de l’ « île monde » eurasiatique. Il se distingue par la longueur de sa frontière maritime (3260km) et sa forme en « S » s’étirant sur 1650 km du Nord au Sud. Coincé entre la MDC du Sud et la cordillère annamitique, il est en cela un « balcon sur le pacifique » dont le coefficient de maritimité (ratio côtes/superficies terrestres) est comparable à celui de l’état insulaire malaisien.

Cette influence maritime place une part importante des enjeux économiques vietnamiens vers la mer : la pêche représente 7% du PNB et 4,5millions d’emplois et l’exploitation du pétrole off-shore pèse pour un quart du budget de l’Etat et 24% du PNB du pays.

Malgré ce patrimoine maritime, le pays souffre d’une certaine carence structurelle (surcapacité des infrastructures) l’empêchant de s’insérer de manière optimale dans le trafic mondial des containers[4].

En dépit de son caractère maritime le pays est cependant attelé à l’île monde pour trois raisons relativement simples : 1) la MDC du Sud est une mer semi fermée suffisamment poissonneuse pour ne pas avoir à pratiquer la pêche hauturière, 2) l’invasion puis la menace constante de la Chine, la Nam Tien et les guerres civiles ont constamment maintenu l’attention des gouvernements vietnamiens sur le continent[5], 3) la façon dont les Vietnamiens se représentent leur pays à l’âge pré colonial est calqué sur la vision chinoise se considérant elle même comme une puissance terrestre[6]. Dans la vison de Spykman, le Vietnam est un état faisant partie du Rimland, c’est à dire un état à désolidariser des pays du Heartland, ici la Chine.

Ainsi, bien jouissant d’une indépendance relative du fait des liens de vassalité plus ou moins lâche avec son grand voisin du Nord, le Dai Viet ne sort de la sphère d’influence du Heartland qu’à partir du moment où la France, alors puissance thallassocratique, arrache le pays de force après que les deux guerres de l’opium aient ouvert à coup de canon les portes de la Chine. Nous avons déjà pu le voir, la présence française sur la péninsule indochinoise est à la fois le fait d’une œuvre évangélisatrice relativement ancienne mais également parce que le Vietnam, par la longueur de sa côte, fournit une excellente « tête de pont » pour la France dans le but d’accéder aux richesses extrêmes orientales[7]. Dans le même ordre d’idée, la colonie indochinoise est industrielle et vue comme une pourvoyeuse de matière première à la métropole excentrée.

Or c’est précisément cet éloignement entre les extrêmes Ouest et Est de l’île monde qui va faire de l’Indochine Française la seule colonie de l’Empire à être du côté Vichyste durant la totalité de la seconde guerre mondiale. Le chaos que provoqua le départ des Japonais sera dès lors favorable au développement de l’influence soviétique – l’URSS étant alors la quintessence du Heartland en regroupant la Russie et les républiques turcophones d’Asie centrale – et chinoise (à travers le PCC). Le Viet Minh étant la seule formation politique à avoir les moyens de proclamer l’indépendance puis de l’obtenir par les armes, le rapport de force en place s’aligne sur la logique de la guerre froide opposant les communismes soviétiques puis chinois à la puissance coloniale d’outre mer française ainsi qu’aux Etats Unis, nouvel hégémon thallassocratique depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. A noter que dès 1950 l’influence (le contrôle ?) des communistes chinois sur leurs homologues vietnamiens était déjà décisive.

            Cette vision est largement renforcée par les doctrines stratégiques américaines de « Containment » et de « Roll Back »[8], censées contenir l’émergence communisme venue du centre du Heartland. Sur le théâtre Sud asiatique, cela correspond en fait à la mise en place de l’ASEAN en 1967. Cette organisation représente quasi parfaitement l’opposition terre/mer dans le sens où elle compte un pays continental pour quatre pays insulaire (Thaïlande contre Malaisie, Indonésie, Philipines, Singapour), le tout s’opposant à la péninsule indochinoise sous menace communiste.

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L’opposition entre l’ours soviétique et l’oncle Sam durant la seconde guerre mondiale. Le premier s’étend du continent vers les mers tandis que le second tente de le repousser dans le sens inverse

            Ayant financé la défaite française (plus de la moitié du budget de guerre à partir de 1954), les Américains pensaient avoir stabilisé le partage Heartland/Thallassocratie au Vietnam avec les Accords de Genève partageant le pays en deux (et ce en même temps que la Corée dont la question n’était toujours pas réglée). Mais c’était sans compter sur les hommes d’Ho Chi Minh dont le mot « unité » avait été l’un des maitres mots contre les Français.

            Au final la seconde guerre d’Indochine verra le retrait américain et l’unification du pays sous la coupe du Nord Vietnam sous influence chinoise et soviétique. Mais celle ci aura aussi eu un effet indirect : la préparation de la troisième guerre d’Indochine qui signera la fracture irrémédiable du bloc communiste mais également la division du Heartland. En effet l’intervention américaine au Cambodge en 1970 ainsi que le rapprochement entre Washington et Pékin sur fond de tensions sino – soviétiques en 1972 provoquera l’accès au pouvoir des Khmers Rouges alliés de la Chine Popualires. Il faudra attendre 1979 pour que l’habileté de Kissinger transforme une défaite américaine traumatisante en une victoire diplomatique déchirant le camp socialiste et maintenant le Viêtnam sur le pied de guerre jusqu’en 1991. Certains estiment d’ailleurs que le « délai raisonnable » évoqué par Nixon lorsqu’il avait promis le retrait des GIs lors de l’élection présidentiel de 1969 a correspondu au temps nécessaire à la mise en place de la diplomatie américaine pour transformer le théâtre Indochinois en champs de bataille entre les deux géants marxiste-léniniste[9]. Allié à Moscou, le Vietnam reste donc rattaché à une puissance du Heratland.

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Mao Tse Toung rencontre Richard Nixon à Pékin en 1972.

            La situation changera lors de l’effondrement de l’URSS. Le Vietnam isolé doit se trouver de nouveaux partenaires diplomatiques. Cet état de nécessité allié à la préoccupation pour les régimes marxistes – léninistes vietnamiens et chinois aboutirent à la réunion de durant laquelle les PC des deux états se sont entendus pour un soutien mutuel afin de survivre à la fin de l’ère soviétique. De fait l’ouverture du marché vietnamien aux produits chinois ainsi que l’entente des deux PC pour se maintenir au pouvoir implique indubitablement le retour d’un certain lien de vassalité entre les deux pays : le Vietnam est rattaché à un Heartland que l’on peut qualifier d’unifier autour du partenariat russo-chinois matérialisé par l’organisation de coopération de Shangaï (qui a même réussi à inclure l’Inde récemment).

            De fait, Hanoï subit, comme nombre de ses voisins du Sud Est asiatique, le pouvoir d’attraction chinois (le revirement le plus impressionnant étant celui du président Duterte aux Philipines) en passe d’être facteur d’unité en Eurasie et ce notamment par l’initiative One Belt One Road (nouvelle route de la Soie). Couplé avec le retrait américain (échec du traité transpacifique et retrait américain de l’APEC), la situation internationale montre un reflux des forces thallassocratiques face à l’ « île monde » et ce à tel point que les forces continentales se jettent à l’assaut des mers.

            Au final, après la parenthèse tallassocratique française puis américaine qui détacha le Vietnam de l’influence chinoise et donc du Heratland, il semble que le pays soit aujourd’hui contraint par les règles du Grand Jeu à rejoindre l’unité eurasiatique.

[1] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-vi-la-strategie-militaire-chinoise-en-mer-de-chine-lempire-du-milieu-repond-a-lappel-du-large/

[2] https://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RIS_065_0051

[3] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/06/08/actualite-quelle-place-pour-le-vietnam-dans-le-projet-chinois-de-nouvelle-route-de-la-soie/

[4] Nathalie Fau, La maritimisation de l’économie vietnamienne : un facteur exarcerbant entre le Vietnam et la Chine en mer de Chine méridionale ?, dans : Hérodote 2ème trimestre 2015, n°157, « les enjeux géopolitiques du vietnam », p.43.

[5] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/12/20/reponse-aux-lecteurs-n3-la-forte-influence-sans-assimilation-de-la-civilisation-chinoise-sur-le-vietnam-partie-i-introduction-et-perspectives-historiques-de-lindependance-a-larrivee-des/

[6] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-vi-la-strategie-militaire-chinoise-en-mer-de-chine-lempire-du-milieu-repond-a-lappel-du-large/

[7] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/01/18/reponse-aux-lecteurs-n3-la-forte-influence-sans-assimilation-de-la-civilisation-chinoise-sur-le-vietnam-partie-i-introduction-et-perspectives-historiques-leffondrement-de-la-chine-e/

[8] Le « Containment » est une stratégie politique américaine mise en place en 1947 et visant à stopper l’extension de la zone d’influence soviétique après la seconde guerre mondiale.

Le « Roll back » est une doctrine politique américaine mise au point par Eisenhower à partir de 1952 visant, après l’avoir contenu, à refouler le communisme.

[9]https://www.cairn.info/revue-relations-internationales-2008-3-page-53.htm et http://yetiblog.org/index.php?post/2470

Actualité – Quelle place pour le Vietnam dans le projet chinois de « nouvelle route de la soie » ?

Le 14 mai dernier s’est tenu à Pékin le forum « Belt and Road » (« Ceinture et Route ») à l’occasion de la signature par Xi Jinping du Belt and Road Initiative visant à acter le projet chinois de « nouvelle route de la soie ». Considéré comme l’événement le plus important de l’année par la presse chinoise, le forum a réuni des représentations de pas moins 57 pays (la France était représentée par Jean Pierre Raffarin, le Vietnam par son président Tran Dai Quang) ainsi que d’un grand nombre d’institutions internationales : le secrétaire général de l’ONU, la directrice du FMI, le directeur de la Banque Mondiale, le directeur de la Nouvelle Banque de développement (ex banque de développement des BRICS), le directeur de la Banque Asiatique d’Investissement pour les Infrastructures.

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            « L’oncle Xi », sans doute leader chinois le plus puissant depuis Mao, explique clairement les intentions chinoises quant à la construction de cette « route » dans son livre La gouvernance de la Chine : « Nous devons construire un pont de croissance et de prospérité qui reliera les deux grands marchés chinois et européens afin de réaliser le grandiose objectif d’élever le montant du commerce bilatéral à mille milliards de dollars en 2020 ».

            Pour ce faire, le projet vise l’établissement de six corridors encadrant l’ensemble de l’Eurasie (voir la carte). Plutôt qu’une seule route, l’initiative chinoise vise plutôt la mise en place de facilités logistiques diverses entre divers hubs disséminés le long du maillage. « One Belt, One Road » (OBOR) comprend ainsi des travaux portuaires, ferroviaires, électriques, numériques, autoroutiers, énergétiques, etc … Selon les mots des diplomates chinois il s’agit de renforcer la connectivité dans 5 domaines : transport, commerce, politique, monnaie et « le cœur des peuples »[1].

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Les 6 corridors économiques prévus dans le cadre de l’initiative OBOR

            Hors normes à bien des égards, c’est bien l’ampleur de la tâche et surtout son prix qui impressionne : rien de moins que 1000 milliards de dollars prévus d’ici à 2049. C’est la Chine, pour le moment, qui a pour l’instant fourni la totalité des fonds nécessaires : 40 milliards de dollars du fond étatique chinois (décembre 2014), 62 milliards de dollars par trois banques de développement chinoises (avril 2015). Certains pays directement concernés ont déjà commencé à investir dans plusieurs projets dans le cadre de la projection chinoise (le Kazakhstan ou le Pakistan par exemple). L’ensemble des infrastructures intégralement financées par la Chine restera propriété du gouvernement chinois[2].

Selon un rapport du Conseil Européen des Affaires étrangères la nouvelle route de la soie regroupe 55% du PNB mondial, 70% de la population mondiale et 75% des réserves d’énergie connues[3].

Les travaux ont déjà commencé sur certaines portions sûres de la route, provoquant une mutation sans précédent des régions chinoises du Xinjiang (Turkestan Oriental) et la multiplication par cent du commerce dans ces zones[4].

            Au delà de l’expression de la puissance commerciale chinoise, le projet OBOR est une réponse à plusieurs problématiques :

  • Au ralenti depuis un petit moment, le projet d’investissement chinois est un pari sur l’avenir concernant les résultats économiques. En effet se sachant évalué principalement sur ses performances économiques, le gouvernement chinois veut conjurer le ralentissement de la croissance et améliorer toujours plus ses (bons) résultats en matière de réduction de la pauvreté. L’échec de ce pari pourrait à terme avoir de graves conséquences sur la stabilité intérieure du pays. De plus, à ces considérations il faut ajouter un facteur ethnique dans le sens où un des nœuds de la nouvelle route est la province du Xinjiang, peuplée majoritairement d’Ouïghour musulman. Ladite province avait été le théâtre de révoltes en 2013[5].
  • Les infrastructures offertes par la nouvelle route de la soie sont un bon moyen pour les Chinois de s’assurer de l’accès aux ressources énergétiques dont l’Asie centrale regorge. De la même façon la route de la soie maritime vise à sécuriser les importations chinoises de matières premières venant d’Afrique et de la péninsule arabique. Une fois manufacturées, ces matières premières seront exportées sous forme de produits finis ou semi finis vers le marché européen par des voies également sous contrôle chinois[6].
  • Le contrôle de ces infrastructures offre également à Pékin l’occasion de déployer un soft power économique constituant des leviers d’influence déterminant.
  • Symbole mythique s’il en est, la résurrection de la route de la soie est également à voir comme un retournement de l’histoire rappelant l’âge d’or des Han[7] après plus d’un siècle à se remettre de l’effondrement de la société impériale traditionnelle et de la guerre civile qu’il a pu engendré. La Chine compte ainsi rétablir son antique influence culturelle sur l’Asie centrale, plutôt sous domination russe depuis l’avènement de l’ère soviétique.

Afin de garantir la viabilité du projet, la Chine pourrait avoir à intervenir militairement sur certains tronçons de la route et notamment en Asie centrale et au Moyen Orient.

Partant, OBOR est également le symbole d’une Chine « à la croisée des chemins » selon les mots de son leader n°1[8].

Ainsi, plutôt discrète sur le plan international car fermement attachée au devoir de non ingérence et aux vertus du monde multipolaire, la Chine semble sortir de son mutisme pour s’autoriser à agir en dehors de sa souveraineté. C’est en ce sens qu’a été publié en 2013 un livre blanc de la défense principalement axé sur la défense des intérêts chinois à l’international. Ce principe trouve sa traduction dans la nouvelle loi chinoise de sécurité nationale de 2015 établissant définitivement la rupture de la politique extérieure chinoise[9].

Ce changement de paradigme est la continuation logique du rayonnement économique de Pékin engendrant une recrudescence des attaques contres les ressortissant chinois, l’expansion économique allant de pair avec l’augmentation des risques. Ainsi, au Pakistan, pays central dans la stratégie chinoise de contournement de son rival indien, les travaux visant à augmenter les capacités logistiques du corridor économique Gwadar – Kashgar ont conduit le ministère chinois de la planification et du développement à envoyer des experts militaires chargés de former une unité d’élite pakistanaise spécialement dédiée à la protection des ressortissants chinois[10].

A noter que le gouvernement chinois se défend de toute volonté expansionniste et assure vouloir seulement protéger ses intérêts commerciaux en accord avec sa doctrine d’ « émergence pacifique ». Il apparaît toutefois, notamment à la lumière des événements en Mer du Chine méridionale, que la Chine vise officieusement à se faire gendarme d’une bonne partie de l’Eurasie. C’est notamment le cas sur les mers où, anxieuse de voir certains passages capitale pour ses lignes commerciales se fermer, la Chine pourrait être une puissance centrale dans le contrôle des détroits d’Ormouz et Malacca mais également du golfe d’Aden. Cette attitude sécuritaire n’est pas forcément mal vu dans sa globalité : parce que les peuples musulmans de l’Ouest chinois, des pays turcophones d’Asie Centrale, du Pakistan et d’Afghanistan sont relativement proches, il se pourrait très bien que Pékin prennent le relais de Washington dans la surveillance de cette zone (la zone Afpak – Afghanistan/Pakistan – étant considéré comme l’un des foyers les plus importants du terrorisme)[11].

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La nouvelle route de la soie mobilise autant les économistes et ingénieurs que les diplomates. Ici Xi Jinping et son homologue Kazakh lors de l’esquisse des premiers plans d’infrastructure dans le cadre du projet OBOR (2013).

 

            Reste désormais à savoir quelle forme prendra la « Pax Sinica » qui semble se dessiner sur « l’île monde » eurasienne.

            Quels impacts aura le projet titanesque de Pékin sur son voisin méridional ?

            Force est de constater d’abord que d’un point de vue géographique le Vietnam se situe à l’extrême Est de l’ensemble des tracés, ce qui le place dans une situation de relative marginalité par rapport aux autres pays. Ainsi le Vietnam est inclus dans la nouvelle route de la soie par deux biais : la voie maritime et la corridor indochinois.

            S’agissant des projets terrestres indochinois, il convient de constater que la vision que semble favoriser la Chine s’appuie sur le projet de Sous-région du Grand Mékong (Greater Mékong Subregion ou GMS) déjà mis en place par la Banque Asiatique de Développement (BAD). Nous avions déjà vu que, en tant qu’instrument du pouvoir japonais, la BAD n’était pas très pressée de réaliser la connectivité Nord – Sud entre la péninsule indochinoise et les provinces chinoises du Yunnan et du Guangxi[12], or la pierre angulaire du projet OBOR dans sa composante indochinoise est la construction d’une voie ferrée à grande vitesse entre le Sud de la Chine et le Laos. Cette ligne permettrait à la Chine d’accéder directement à la Thaïlande et à Singapour et même de contourner le détroit de Malacca au cas où celui ci viendrait à être bloqué[13][14].

            A propos de la ligne maritime de l’OBOR, le Vietnam n’en paraît que très peu touché dans le sens où seul le port d’Hai Phong est placé sur son tracé originel. Celui ci connaît d’ailleurs des travaux important (à hauteur de 1,2 milliard de dollars) afin d’agrandir les quais pour que ceux ci puissent accueillir d’avantage de navires mais aussi et surtout des « super port container » de 100 000 tonnes[15].

            En marge de ces deux projets prioritaires, le Vietnam s’est vu également promettre un investissement de 550 millions de dollars pour la construction d’une ligne ferroviaire Lao Cai (Chine)- Hanoï – Hai Phong par la société chinoise Railway Sixth Group Company. Un projet de central électrique à charbon commence également à se mettre en place[16].

            Permettant des contacts diplomatiques plutôt cordiaux entre PCs et gouvernements[17], le projet OBOR est bien accueilli au Vietnam[18] où les investissements chinois dans le secteur des infrastructures et de la logistique, deux domaines en retard dans le développement du pays, sont vus comme un moyen de contribuer aux efforts de modernisation. Induisant une connectivité accrue, il paraît évident que ces travaux peuvent être la base de la création de cercles économiques vertueux à la fois entre la Chine et le Vietnam mais également entre le Vietnam et ses voisins de la péninsule indochinoise.

            Plusieurs observateurs chinois, vietnamien ou tiers ont néanmoins souligné quelques risques tenant à la réalisation de ce projet.

            D’abord d’un point de vue purement politique le projet pourrait connaître plusieurs écueils : 1) l’imprévisibilité de la future situation en MDC du Sud, 2) le Vietnam mieux que quiconque sait que les buts et la stratégie avancés officiellement par Pékin ne correspondent pas vraiment à ses intentions et qu’en général le gouvernement chinois agit d’avantage dans son intérêts propre et 3) l’animosité du peuple vietnamien envers la Chine et envers son gouvernement accusé de faire trop de compromis avec peut provoquer la fin du soutien d’Hanoï au projet (et ce d’autant plus qu’en Asie du Sud Est les constructeurs chinois sont plutôt connus pour utiliser des matières de faible qualité, sous payer les travailleurs locaux et mettre en danger les écosystèmes environnant[19]) [20].

            Ensuite il semble que d’un point de vue structurel la version actuelle du projet OBOR concernant le Vietnam provoque des déséquilibres dans la connectivité du pays. Sur terre le corridor semble axé vers le Laos, CAD plutôt sur la partie Ouest de la péninsule indochinoise, or, en plus de se sentir contourner, le Vietnam, déficitaire en terme d’infrastructures et parent pauvre des projets de connectivités de la Grande Région du Mékong, pourra être à terme maintenu isolé si aucun travaux conséquents ne sont entrepris pour améliorer sa capacité à commercer avec ses voisins directs[21]. De la même façon renforcer les capacités du port d’Hai Phong en négligeant les autres grands ports vietnamiens ne fera qu’accentuer le manque d’harmonie dans le développement des infrastructures côtières vietnamiennes et ce dans un contexte où la politique de maritimisation du commerce vietnamien connaît une série d’échecs assez retentissant[22].

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Au regard de cette carte montrant les interconnexions indochinoise on constate assez facilement l’isolement vietnamien.

         D’un point de vue économique, améliorer les capacités commerciales vietnamiennes vers la Chine signifie accentuer la dépendance et le déséquilibre de la balance commerciale vietnamienne avec son grand voisin du Nord[23]. Cela rentre en contradiction immédiate avec la volonté d’Hanoï de pratiquer une politique d’équidistance avec toutes les puissances majeures du globe alors qu’au contraire de la Chine les Etats Unis semble dans une phase de repli dans la région (retrait dans le cadre de l’APEC et abandon du projet de Traité Transpacifique[24]). La situation est telle que certains chercheurs et consultants chinois sur le projet émettent même des doutes quand à la capacité pour les projets vietnamiens d’offrir un retour sur investissement viable pour les investisseurs chinois[25]. Si ce fait venait à se confirmer cela induirait nécessairement que ces investissements publics chinois à perte auraient des visées d’avantage stratégique et politique que commerciale.

            Enfin, il est à noter que l’insertion du Vietnam dans le dispositif chinois peut s’avérer vicieux pour l’autonomie de la stratégie vietnamienne. En effet si les tensions en MDC du Sud venaient à s’exacerber à nouveau, le Vietnam serait isolé par la fermeture de la route de la soie maritime et la capacité chinoise à contourner le pays par voie terrestre.

 

            En conclusion on peut estimer que le projet pharaonique de la Chine resserrera l’emprise chinoise sur le Vietnam mais que des bénéfices comme des risques sont présents pour les deux parties. Afin d’éviter d’être isoler et pour profiter pleinement des investissements chinois et des cercles économiques vertueux qu’ils peuvent créer, Hanoï doit néanmoins impérativement redoubler d’effort pour se doter d’un réseau d’infrastructure à même de lui donner la capacité d’accéder plus facilement aux marchés voisins.

[1] http://schillerinstitute.org/news_briefs/2017/03/02-vietnam-obor/vo.html

[2] https://philipperochot.com/2017/01/19/chine-mirages-et-fantasmes-de-la-route-de-la-soie-philippe-rochot/

[3] http://www.ecfr.eu/page/-/China_analysis_belt_road.pdf

[4]https://philipperochot.com/2017/01/19/chine-mirages-et-fantasmes-de-la-route-de-la-soie-philippe-rochot/

[5] https://asialyst.com/fr/2015/08/17/route-de-la-soie-chroniques-d-une-resurrection/

[6] Idem

[7] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/11/08/reponse-aux-lecteurs-n2-le-rayonnement-civilisationnel-chinois-en-asie-orientale-partie-1-un-empire-conquerant-et-culturellement-raffine/

[8] https://asialyst.com/fr/2015/08/17/route-de-la-soie-chroniques-d-une-resurrection/

[9] http://www.scmp.com/news/china/diplomacy-defence/article/1831564/chinas-national-security-law-gives-pla-mission-protect?page=all

[10] https://www.thenews.com.pk/print/11041-pakistan-raising-special-force-to-protect-chinese-experts

[11] https://philipperochot.com/2017/01/19/chine-mirages-et-fantasmes-de-la-route-de-la-soie-philippe-rochot/

[12] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/le-mekong-iii-la-sous-region-du-grand-mekong-greater-mekong-subregion-ou-gms-en-anglais/

[13] https://asialyst.com/fr/2015/08/17/route-de-la-soie-chroniques-d-une-resurrection/

[14] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-iv-la-mdc-au-centre-de-la-mondialisation/

[15] http://beltandroad.hktdc.com/en/insights/china-and-vietnams-ambitions-converge-bri-infrastructure-projects

[16] Idem

[17] http://lecourrier.vn/le-vietnam-et-la-chine-renforcent-leurs-liens-dans-la-defense/356051.html

[18] http://beltandroad.hktdc.com/en/insights/china-and-vietnams-ambitions-converge-bri-infrastructure-projects

[19] http://english.vietnamnet.vn/fms/business/146968/vietnam-warned-about-negative-impact-from-chinese–infrastructure-leverage-.html

[20] François Godemont, David Cohen, Antoine Bonnaz et al., « One Belt, One Road » : China’s great leap outward, European Council On foreign Relations/ Chine Analysis, 2016

[21] http://tuoitrenews.vn/business/30678/chinas-transport-infrastructure-initiative-to-have-bad-impact-on-vietnams-plan-expert

[22] Nathalie Fau, La maritimisation de l’économie vietnamienne : un facteur exacerbant les tensions entre le Vietnam et la Chine et MDC méridionale ?, dans Hérodote n°57, Les enjeux géopolitiques du Vietnam, 2ème trimestre 2015, p.39-55.

[23] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/01/22/actualites-le-discours-gagnant-gagnant-de-xi-jinping-au-forum-economique-mondiale-de-davos-vers-un-retour-a-la-hierarchie-des-relations-internationales-du-systeme-tributaire/ et https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mer-de-chine-vii-la-schizophrenie-vietnamienne-attraction-et-repulsion-chinoise/

[24] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/01/22/actualites-le-discours-gagnant-gagnant-de-xi-jinping-au-forum-economique-mondiale-de-davos-vers-un-retour-a-la-hierarchie-des-relations-internationales-du-systeme-tributaire/

[25] Nathalie Fau, La maritimisation de l’économie vietnamienne : un facteur exacerbant les tensions entre le Vietnam et la Chine et MDC méridionale ?, dans Hérodote n°57, Les enjeux géopolitiques du Vietnam, 2ème trimestre 2015, p.39-55.

Elections législatives 2017, 11ème circonscription des Français de l’étranger (Asie,Océanie)- Mme Myriem Alnet, candidate du mouvement Citoyens.

1) Pouvez-vous vous présenter rapidement ? Dans quel état d’esprit briguez-vous la 11ème circonscription des Français de l’étranger ? Quelles idées phares proposez-vous aux électeurs expatriés (emploi, fiscalité, administration, éducation, culture, etc.) ?

Je suis originaire de Normandie, basée à Ho Chi Minh ville depuis deux ans et projetant mon futur en Asie de l’Est. Je travaille en freelance en tant qu’urbaniste, designeuse et animatrice culturelle – j’ai notamment créé une initiative locale visant à promouvoir auprès de la jeunesse vietnamienne une meilleure connaissance des questions urbaines et architecturales à travers l’action culturelle.

J’habite une région extrêmement dynamique, connectée et qui, paradoxalement, est représentée par un homme qui semble peu au fait de notre quotidien. Je pense qu’il y a un véritable besoin de renouvellement de notre représentation nationale et qu’il est temps que les citoyens eux-mêmes s’engagent.

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Un autre point qui me semble important est l’absence de proposition de projet commun de société – en particulier pour les législatives et pour les circonscriptions des FAE – je ne vois s’afficher que la représentation des partis, sans prise en compte du contexte, des spécificités de l’Asie-Océanie. D’autre part, que ce soit MM. Mariani, Nizet, Bohême ou Mme Genetet, à chaque email nous nous sentons enfermés dans une vision négative et limitée de nous-mêmes où nous sommes réduits à des revendications de droits et d’assurances. Bien entendu, ces propositions sont un minimum à l’amélioration de notre qualité de vie à l’étranger, mais c’est à mon avis trop limité. Rien pour nous permettre de transcender le quotidien, de nous projeter dans l’avenir, de nous sentir concernés par la politique et utiles à la société. Or, nous aussi, Français de l’étranger nous voulons retrouver notre place, revendiquer une exposition à la multiculturalité qui puisse servir notre pays. Nous aussi, nous voulons nous sentir appartenir à une nation progressiste, innovante, juste ; une nation dont nous sommes les premiers ambassadeurs à l’étranger.

Parce qu’en parlant autour de moi je fais le constat que je ne suis pas la seule à attendre plus de la politique, parce que personne ne le fait ou ne défend des idées constructives, j’ai décidé d’être candidate à ces législatives 2017 pour notre circonscription.

Outre les questions de meilleure accessibilité des soins de santé, de l’éducation, de la culture, je veux défendre une idée novatrice de la France autour de 3 points principaux :

– l’écologie et la protection de l’environnement : Si la réalité doit être tyrannique, c’est au regard de l’urgence environnementale. Ce doit être notre préoccupation numéro 1. En ce sens, je défends l’idée d’une diplomatie écologique – où la France serait novatrice. En Asie du Sud-Est, j’ai rencontré – notamment grâce à mon métier – de nombreux Français qui ont fait le choix de s’installer dans la région pour aider ou simplement explorer de nouvelles manières de faire, de construire (de la mode éthique à l’agroécologie en passant par la bioclimatie). Je pense qu’il est important de soutenir les initiatives à forte valeur sociale et environnementale ajoutée, qui participent d’un « softpower écologique » de la France que je défends et permettent de renouveler l’image de notre pays à l’international.

– l’entrée dans l’ère numérique : il devient vital d’adapter nos politiques et institutions publiques à la réalité technologique. Les infrastructures et réseaux doivent être modernisés, et cela doit être mené avec deux objectifs : une plus grande accessibilité des données et services étatiques et une meilleure protection données privées et des droits fondamentaux numériques. Il y aura une participation active sur ces sujets à l’Assemblée Nationale, parce qu’ils concernent directement la vie quotidienne des Français à l’étranger.

– démocratie participative digitale : nous mettrons en place une plateforme digitale pour permettre aux concitoyens de partager leurs expériences et de participer, si et quand ils le souhaitent, au débat national. Plutôt que de passer mon temps dans les avions pour organiser des réunions très cosmétiques, j’inviterai les Français de la 11e circonscription à participer sur cette nouvelle plateforme à la construction de notre pays. Vivant dans la région la plus dynamique du monde, nous sommes tous confrontés à des politiques, technologies, fonctionnements différents, novateurs qui forcent notre curiosité, notre critique mais surtout nous inspirent d’idées pour améliorer le fonctionnement de notre société, notre économie, nos administrations. Cette plateforme permettra à chacun de s’exprimer et échanger autour de ces idées, construire des propositions et me permettre de mieux représenter mes concitoyens.

2) Si vous êtes élu(e), comment vous positionnerez-vous vis-à-vis du gouvernement de M. Édouard Philippe ? (soutien, opposition, à voir au cas par cas).

S’il y a une leçon que je peux déjà tirer de mon expérience en Asie, c’est que si on ne s’engage pas, le monde se fait sans nous. Autrement dit, en adoptant une position d’opposition catégorique, nous n’aurons aucune influence, aucun rôle à jouer. Or le but est de participer, d’influencer et d’attirer les regards vers nos idées. Il y a plusieurs points sur lesquels je ne suis pas d’accord avec ce gouvernement, mais si je suis élue, je ne veux pas laisser passer l’opportunité de travailler et participer à améliorer la société. Donc, au-delà de la question de soutien ou d’opposition, au-delà des logiques de parti traditionnelles, il s’agit d’adopter une approche constructive et de se battre (proposition de) loi après (proposition de) loi pour atteindre la vision de la France que nous défendons : une société plus écologiste, innovante, juste et défenseuse des libertés fondamentales. Si les mesures proposées par le gouvernement me semblent aller à l’encontre de cette vision, je m’y opposerai. S’il y a une marge de manœuvre ou si elles vont dans le bon sens, je travaillerai à les améliorer. L’entrée au gouvernement de Monsieur Hulot est un bon signe, mais dans un gouvernement pour lequel la seule réalité est économique, comment le Ministre de l’écologie va-t-il défendre la vraie réalité – l’urgence environnement ? Quelle marge de manœuvre lui laissera-t-on ? Rien n’est moins sûr. Il s’agira dans ce cas de le soutenir.

3) Quel bilan tirez-vous de l’action du député sortant M. Thierry Mariani ? En quoi auriez-vous agi différemment de celui-ci ?

Monsieur Mariani a été très présent, il a beaucoup voyagé, rencontré les Français, soit.

Mais ses positions en France ou à l’international sont à l’opposé de mes convictions personnelles de défense de l’égalité, des minorités et du multiculturalisme. C’est d’ailleurs très paradoxal d’avoir un tel personnage comme représentant des Français vivant à l’étranger…

Quant à sa ligne économique : il a toujours soutenu les politiques allant à une libéralisation de l’économie qui accroit les inégalités et conforte les privilèges de classe. Ce n’est pas la société que je souhaite transmettre aux générations futures.

Concernant la 11e circonscription, sa grande lubie reste la diminution des CSG. Je suis convaincue qu’on peut offrir aux FAE d’autres perspectives d’implication dans la France que celle d’un investissement dans l’immobilier : je pense à des projets d’avenir sous forme de prêts (en France ou dans leur pays de résidence) pour soutenir l’innovation – écologique, sociale et culturelle notamment.

4) Le pays connaît une émigration telle que l’on n’en avait pas vu en France depuis que Louis XIV révoqua l’édit de Nantes, poussant les protestants à s’installer notamment en Allemagne. Comment comprenez-vous ce phénomène? Quels avantages ou inconvénients implique cette diaspora pour le pays ?

Nous vivons à un âge globalisé où, nourris de films, livres, nourritures venus du Japon, des Etats-Unis, d’Amérique Latine, de Chine, d’Afrique, du Moyen Orient, nous sommes naturellement enjoins à voyager, à partir, voire à nous installer ailleurs. D’autant plus que nombre d’entre nous ne trouvent pas les structures, soutiens et l’inspiration pour se réaliser en métropole. Nous partons nous confronter à d’autres cultures, nous questionner, nous enrichir et créer. Beaucoup voient cette « fuite des cerveaux » comme un drame. Je pense qu’avoir une diaspora peut au contraire être une chance – si elle est ouverte et intégrée, elle a le potentiel de constituer un fort réseau global de solidarités. La question n’est pas de savoir comment les ré-attirer systématiquement en France, mais bien de se demander comment maintenir ce lien avec la France, comment prouver à la diaspora qu’elle est une force pour le pays et qu’elle peut participer à faire progresser la société, malgré la distance. Donc, à la fois donner les moyens de s’accomplir à l’étranger et donner des pistes de réintégration si un retour en France est désiré – ce qui est souvent le cas.

5) Le Forum économique mondial de Davos du 17 janvier dernier est remarquable en ce que ce fut la première fois que le n°1 Chinois, M. Xi Jinping, était invité. Celui ci s’est fait apôtre du libre échange en appelant notamment à la levée des restrictions économiques imposées à la Chine par l’OMC, provoquant l’anxiété des économistes occidentaux. Quel devrait être selon vous l’attitude de la France et de l’Union Européenne face à Pékin sur le plan commercial et économique ?

Je pense que c’est une bonne opportunité pour la France et l’UE de mettre en place de nouvelles conditions d’échanges et d’accès au marché européen : en termes de respect des droits humains et environnementaux (salaires minimum, conditions de travail décentes, limitation des dégâts environnementaux…). On ne peut plus continuer à consommer n’importe quoi n’importe comment ; les citoyens en ont conscience et sont demandeurs de politiques ambitieuses allant dans ce sens. Le fait que la Chine soit à la recherche de nouveaux partenariats commerciaux nous offre enfin l’occasion de changer nos modes de consommation et de donner un coup d’envoi à cette « diplomatie écologique » que nous proposons. La Chine, confrontée à des problèmes sanitaires d’une ampleur sans précédent, investit désormais massivement dans les technologies dites « propres ». En fixant de telles régulations, il s’agit d’encourager la première puissance mondiale à poursuivre cet effort et à montrer la voie à ses voisins asiatiques.

6) Le 5 Juin 2016, Jean Yves Le Drian (alors ministre de la défense) a déclaré vouloir faire patrouiller davantage la Marine Nationale en Mer de Chine du Sud afin de garantir les libertés de circulation prévues par le droit international, notamment la Convention de Montego Bay, et ce dans un contexte de regain de tension entre les riverains s’agissant des problèmes de souveraineté sur les îles Spratley et Paracel. Adhérez vous à cet objectif ? Pensez vous que la Marine Nationale possède les moyens matériels d’assurer une mission de patrouille régulière dans la zone alors que plusieurs militaires pointent la vétusté et le manque de moyen de l’armée suite aux coupes budgétaires des deux gouvernements précédents ?

Les attitudes belliqueuses de nos gouvernants me laissent toujours dubitative. La France a en effet quelques territoires dans le Pacifique qui peuvent l’amener à être directement impactée par les vues expansionnistes de la Chine. Toutefois, je ne pense pas que nous ayons les moyens militaires pour soutenir une montée des tensions dans la région. La France bénéficie en revanche d’une forte influence diplomatique auprès des pays riverains de la Chine, il serait préférable de privilégier cette voie.

Pour aller plus loin:

Elections législatives 2017, 11ème circonscription des Français de l’étranger (Asie,Océanie)- M. Sebastien Cochard, candidat Front national.

1) Pouvez-vous vous présenter rapidement ? Dans quel état d’esprit briguez-vous la 11ème circonscription des Français de l’étranger ? Quelles idées phares proposez-vous aux électeurs expatriés (emploi, fiscalité, administration, éducation, culture, etc.) ?

Sebastien-Cochard4J’ai 47 ans et je suis né à Orléans. J’ai vécu 32 ans à l’étranger dont 10 années passées dans différents pays de la 11ème circonscription, ce qui me permet de bien comprendre les préoccupations et les espérances de mes compatriotes résidant à l’étranger.

J’ai commencé ma carrière en 1994 à la division de coopération économique et financière de l’Inspection Générale des Finances, que je représentais en Europe centrale et orientale. J’ai ensuite été nommé à plusieurs postes diplomatiques. J’ai en particulier demandé à être affecté à Alger en 1997-98 en pleine guerre civile (j’avais candidaté à cette position alors que même que des employés français de l’ambassade venaient de périr dans une attaque terroriste et que le ministère ne trouvait aucun candidat suffisamment « courageux ») ; à l’ambassade de France à Rome en 1998-2000, au moment de la mise en place de l’euro et à New York entre 2000 et 2003 où j’ai été Consul et représentant du Trésor français auprès de Wall Street. J’ai ensuite rejoint une grande banque française pour être délégué aux affaires européennes puis délégué aux affaires publiques pour l’Asie-Pacifique. Basé à Hong Kong, j’ai couvert une cinquantaine de pays où je m’attachais notamment à mettre en place les conditions du développement des activités transfrontalières des marchés financiers de la région.

Élu député, je travaillerai notamment à obtenir la gratuité de la scolarité pour tous les jeunes Français inscrits dans les établissements accrédités AEFE à l’étranger. Toujours dans le domaine de l’éducation, je veillerai à ce que le réseau des écoles et des lycées français dans le monde soit renforcé afin d’avoir une représentation qui tienne mieux compte des évolutions démographiques et géographiques récentes. J’essaierai également d’associer davantage les parents d’élèves à la gouvernance des établissements scolaires, notamment en ce qui concerne le contrôle des frais engagés par ces établissements. Je subventionnerai et développerai bien sûr certaines offres d’enseignement comme les associations Français Langue Maternelle (FLAM), par exemple. Enfin, je faciliterai l’accès au CNED et généraliserai l’enseignement à distance pour ceux qui résideraient loin d’un établissement public français.

Sur le plan fiscal, contrairement à d’autres candidats, je souhaite réaffirmer le principe de résidence fiscale et m’opposer à toute mesure visant à taxer les Français de l’étranger sur un principe de nationalité. Je souhaite aussi supprimer le paiement de la CSG-CRDS pour les Français de l’étranger non résidents fiscaux en France et assurer le remboursement des trop-perçus selon la loi.

Sur le plan économique, je chercherai à créer des mécanismes d’incitation pour les entreprises françaises présentes à l’étranger à embaucher des jeunes français diplômés. Cela peut se faire via le développement d’un partenariat université-entreprise mais aussi par une incitation fiscale. Je renforcerai également la coopération économique entre nos régions françaises et celles des pays de la 11ème circonscription, en promouvant davantage nos régions françaises à l’étranger et en renforçant les relations entre les CCI à l’étranger et les pouvoirs politiques régionaux.

Enfin, concernant la protection sociale, je poursuivrai les négociations pour que des accords bilatéraux soient signés entre la France et les différents pays de la 11ème circonscription. Je créerai aussi un tarif jeune à la CFE pour les moins de 30 ans ayant signé un contrat de travail local. Enfin, je permettrai aux Français de l’étranger souhaitant revenir en France d’avoir un accès immédiat à la Protection Universelle Maladie (ex-CMU) sans condition de résidence, ni délai de carence.

2) Si vous êtes élu(e), comment vous positionnerez-vous vis-à-vis du gouvernement de M. Édouard Philippe ? (soutien, opposition, à voir au cas par cas).

En tant que candidat investi par le Front National, il est évident que, si je suis élu, je n’accorderai pas de soutien aveugle aux propositions du gouvernement de M. Edouard Philippe. Si je juge toutefois qu’une mesure proposée par le gouvernement va dans le sens de l’intérêt national et qu’elle est profitable à la France et aux Français, alors évidemment, je la soutiendrai. J’examinerai donc les propositions de loi au cas par cas. Il n’en reste pas moins évident que le gouvernement Macron-Philippe va continuer la vente par appartement de l’économie et de la société française.

3) Quel bilan tirez-vous de l’action du député sortant M. Thierry Mariani ? En quoi auriez-vous agi différemment de celui-ci ?

En termes de résultats, force est de constater que, sur les problèmes d’éducation, de fiscalité et de protection sociale, les choses n’ont pas beaucoup évolué depuis 5 ans, sauf pour aller de mal en pis. Ce que j’aurais fait différemment de M. Mariani ? Je ne serai pas allé en Crimée par exemple même si, au fond, je partage la plupart des opinions et des positions de T. Mariani sur la Russie. Je pense en effet qu’un député des Français de l’étranger doit savoir garder un minimum de neutralité, surtout lorsque deux des pays de sa circonscription entrent en conflit (la Russie et l’Ukraine dans le cas présent). Comment fera T. Mariani, s’il est élu, pour défendre les intérêts des Français résidant en Ukraine puisqu’il a été interdit d’entrée sur ce territoire pour une durée de trois ans ? Enfin et surtout, il ne me semble pas opportun qu’un représentant de la Nation s’affiche de manière aussi démonstrative en opposition avec les positions de l’éxécutif national en termes de politique extérieure.

 4) Le pays connaît une émigration telle que l’on n’en avait pas vu en France depuis que Louis XIV révoqua l’édit de Nantes, poussant les protestants à s’installer notamment en Allemagne. Comment comprenez-vous ce phénomène? Quels avantages ou inconvénients implique cette diaspora pour le pays ?

Si l’exil des protestants à la fin du XVIIème siècle était le fait d’une question religieuse, force est de constater qu’aujourd’hui, ce sont avant tout des raisons économiques qui poussent les Français à émigrer. Un marché de l’emploi saturé et rigide, un système fiscal désavantageux pour les entrepreneurs, un pouvoir d’achat qui se réduit d’années en années, surtout pour les retraités, et aussi une insécurité de plus en plus grande sont quelques-unes des raisons poussant nos compatriotes à partir à l’étranger. Ce phénomène est notamment renforcé par le contexte géopolitique actuel qui est beaucoup plus propice au déplacement des populations que durant la Guerre Froide par exemple. A noter aussi que l’assouplissement des conditions d’obtention des visas dans de nombreux pays, l’apparition d’Internet permettant un contact instantané avec ses proches et le développement des lignes aériennes ont également rendu l’émigration plus facile. Il n’empêche qu’une émigration forte demeure toujours le signe d’un malaise certain pour notre pays.

Ce phénomène est d’autant plus inquiétant que ce sont nos jeunes talents qui partent en premier, certains par esprit d’aventure, d’autres pour créer leur propre entreprise ou en tant qu’expatriés dans une entreprise française. Mais il est important de noter que, ces dernières années, la proportion de non expatriés dans la population française à l’étranger n’a fait qu’augmenter. A l’inverse, les immigrés que notre pays accueille ne sont pas, pour la plupart, de jeunes talents. Dans cet échange émigrants/immigrants, la France est donc perdante. Dans les années qui viennent, il sera donc important d’inverser cette tendance, non seulement pour la vitalité de la société et de l’économie françaises mais aussi afin de permettre à tous les Français d’avoir une vie décente dans leur propre pays.

5) Le Forum économique mondial de Davos du 17 janvier dernier est remarquable en ce que ce fut la première fois que le n°1 Chinois, M. Xi Jinping, était invité. Celui ci s’est fait apôtre du libre échange en appelant notamment à la levée des restrictions économiques imposées à la Chine par l’OMC, provoquant l’anxiété des économistes occidentaux. Quel devrait être selon vous l’attitude de la France et de l’Union Européenne face à Pékin sur le plan commercial et économique ?

La France et l’Union européenne devraient s’inspirer de la Chine sur le plan commercial et économique car si dans les discours, Pékin se fait l’apôtre du libre-échange, en réalité, elle est un modèle à suivre pour tous ceux qui souhaitent la mise en place d’un protectionnisme intelligent dans leur pays. La Chine a en effet, depuis de nombreuses années, eu recours à des moyens aussi subtils que variés (souvent à la limite de la légalité) pour protéger et développer son tissu économique : utilisation de la censure afin de faire émerger des géants du web chinois (Baidu, Alibaba, Wechat…), subventions publiques à des entreprises qui ont un quasi-monopole dans des secteurs clés, politique laxiste de lutte contre la contrefaçon même si le contrôle s’est renforcé ces dernières années, différentiel d’application des lois entre entreprises étrangères et chinoises (beaucoup plus strictes pour les entreprises étrangères) ne sont que quelques exemples de « l’inventivité » chinoise en la matière. Trop souvent, les médias occidentaux ont été et sont encore très critiques à l’égard de la Chine, mais je ne pense pas qu’on puisse en tout cas reprocher à ce pays de savoir défendre ses intérêts. A l’inverse, il faut que la France et l’Union européenne soient moins naïves et plus pragmatiques dans leur politique économique et commerciale afin de s’adapter notamment aux politiques économiques chinoise et américaine.

Par ailleurs, le développement des relations entre la France, l’Union européenne, la Russie et la Chine est le grand chantier économique et géopolitique du XXIème siècle. La France doit, selon moi, s’engager pleinement dans le projet de « Nouvelle Route de la Soie » (一带一路, Belt and Road Initiative) développé par le président chinois, Xi Jinping. Ce projet qui vise à développer la connectivité et la coopération entre de nombreux pays d’Eurasie est en effet une source importante d’opportunités économiques et commerciales pour la France, en plus d’être un vecteur de renforcement des relations diplomatiques avec les pays de cette zone. La France doit également réorienter sa politique à l’égard de la Russie, participer activement à la médiation dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine et renforcer sa coopération économique, politique et militaire avec Moscou. La France doit aussi développer ses échanges avec l’Union économique eurasiatique afin de renforcer ses liens économiques et commerciaux avec les pays d’Asie centrale.

6) Le 5 Juin 2016, Jean Yves Le Drian (alors ministre de la défense) a déclaré vouloir faire patrouiller davantage la Marine Nationale en Mer de Chine du Sud afin de garantir les libertés de circulation prévues par le droit international, notamment la Convention de Montego Bay, et ce dans un contexte de regain de tension entre les riverains s’agissant des problèmes de souveraineté sur les îles Spratley et Paracel. Adhérez vous à cet objectif ? Pensez vous que la Marine Nationale possède les moyens matériels d’assurer une mission de patrouille régulière dans la zone alors que plusieurs militaires pointent la vétusté et le manque de moyen de l’armée suite aux coupes budgétaires des deux gouvernements précédents ?

A titre personnel, j’ai toujours défendu le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays. Par ailleurs, la France n’a pas d’intérêts territoriaux à défendre en Mer de Chine méridionale. Il n’y a donc aucune raison qui justifie de faire patrouiller nos navires dans cette zone. La proposition de Jean Yves Le Drian me semble même aller à l’encontre des intérêts de la France et ce, pour plusieurs raisons.

  • Faire patrouiller nos navires dans la zone va endommager nos relations avec la Chine qui va percevoir cette action comme une agression ou à tout le moins un signe d’hostilité de notre part, sans toutefois changer ses positions dans les négociations sur le sujet. Au contraire, cette action de la France risque même de renforcer la détermination chinoise à militariser au plus vite les îlots artificiels qu’elle est en train de faire construire.
  • Plus il y aura de navires militaires qui patrouillent dans cette zone et plus le risque d’un incident est à craindre. Or, la situation actuelle est déjà très tendue. Il est donc inutile d’en rajouter en faisant patrouiller nos navires.
  • Faire des patrouilles régulières coûtera cher à la France et aux Français et il n’y aura aucun retour sur investissement. L’argent dépensé serait beaucoup plus utile pour financer la gratuité de la scolarité des enfants français à l’étranger, par exemple.

Il serait donc nettement préférable pour toutes les parties que le conflit géopolitique en Mer de Chine méridionale se résolve par la voie diplomatique plutôt que par la force. Par ailleurs, si les pays de l’ASEAN impliqués dans ce conflit souhaitent avoir une chance de pouvoir négocier d’égal à égal avec la Chine, ils me semblent qu’ils doivent d’abord résoudre leurs différends territoriaux entre eux sur ce sujet. La France, dans ce processus, peut jouer un rôle de médiateur neutre et proposer des solutions à toutes les parties mais elle n’a pas vocation à prendre part au conflit. Elle n’en a de toute façon ni les moyens financiers ni les capacités militaires.

Pour aller plus loin:

  • Le profil de M. Cochard sur le site du Front National:  https://fnlegislatives.fr/candidats/sebastien-cochard/
  • Le site de campagne de M.Cochard: www.sebastiencochard2017.org

 

Elections législatives 2017, 11ème circonscription des Français de l’étranger (Asie,Océanie)-Dimitri Sawosik, candidat France Insoumise

 

1) Pouvez-vous vous présenter rapidement ? Dans quel état d’esprit briguez-vous la 11ème circonscription des Français de l’étranger ? Quelles idées phares proposez-vous aux électeurs expatriés (emploi, fiscalité, administration, éducation, culture, etc.) ?

unnamedJe suis originaire de l’arrière-pays niçois, où j’ai grandi et passé le bac. Après avoir étudié 2 ans à Science Po Aix-en-Provence, j’ai déménagé en Russie où je vis depuis le mois de septembre et y poursuis mes études. J’ai 20 ans, et c’est de ma jeunesse que je tire ma motivation pour représenter les Français-e-s de l’étranger de la 11ème circonscription à l’Assemblée Nationale.

J’ai décidé de rentrer activement en politique après avoir participé à Nuit Debout et aux mouvements de contestation contre la loi travail à Paris. Avec l’utilisation du 49-3 et la violence quotidienne dans l’expression politique du peuple, j’ai compris que la Vème République arrivait à bout de souffle. Je me suis donc engagé avec les Insoumis, pour une nouvelle République, et pour que le peuple, dans son ensemble, décide de son destin constitutionnel.

C’est aussi, omniprésente dans le programme l’Avenir en Commun, la volonté impérieuse de défendre les pauvres et les thématiques écologiques qui m’a fait entrer en politique. Il est temps que nous parlions des vrais sujets, la politique doit aller plus loin qu’un déferlement de techniques de communications vides de sens, ou de petits arrangements pour l’obtention de poste.

Je ne suis qu’un candidat, un visage parmi tant d’autres. Derrière moi, ce sont des centaines d’Insoumis, représentant la richesse et la diversité de notre 11ème circonscription, qui travaillent et qui sont prêts à gouverner.

Nos priorités sont la Paix, l’Écologie et l’Éducation. Ce sont trois sujets trop peu approfondis par les partis traditionnels et par celui de Mr Macron, pourtant ce sont les axes qui structurent une politique raisonnable, durable et humaniste.

Tout d’abord, la Paix, nous sommes pour la sortie de l’OTAN et pour que la France retrouve un rôle majeur dans la résolution des conflits à travers l’ONU.

Quand à l’Écologie, nous sommes pour la sortie la plus rapide possible du nucléaire, notre circonscription s’étend de Tchernobyl à Fukushima, nous connaissons les risques de cette énergie. De plus, avec l’élection de Mr Trump, il est urgent qu’un grand pays comme la France montre la voie et se lance dans la transition écologique, dont l’humanité a besoin.

Enfin, concernant l’Éducation, qui est la base de toute société socialement organisée, il n’est pas normal que les Français de l’étranger n’aient pas les même droits que ceux de métropole. C’est pourquoi les ressortissants Français auront le droit à une éducation gratuite dans tous les établissements français de l’étranger. Pour apporter l’égalité des droits et devoirs à nos compatriotes expatriés, nous proposons une fiscalité différentielle. Pour cela, l’impôt local est comparé à celui qu’aurait payé le citoyen en France à situation comparable, et en cas de différence inférieure celle-ci serait acquittée à l’État français. En échange, les citoyens français seraient en droit d’exiger l’égalité de traitement en termes de redistribution : enseignement gratuit, qu’il soit en école ou par correspondance, prise en charge gratuite des soins de santé en France dès le jour du retour en France, services consulaires avec guichet unique, ressources humaines et matérielles à la hauteur des besoins. C’est par le respect et l’égalité qu’on construit une société plus apaisée et plus juste.

  

2) Si vous êtes élu(e), comment vous positionnerez-vous vis-à-vis du gouvernement de M. Édouard Philippe ? (soutien, opposition, à voir au cas par cas).

Que nous soyons majoritaires ou pas, nous lutterons pour la mise en place du Programme l’Avenir en Commun. En votant pour un candidat insoumis, vous votez pour ce programme (https://laec.fr/). Le gouvernement d’Edouard Philippe, à moins qu’il ne change d’avis dès le lendemain de l’élection est, dans sa grande majorité, très éloigné de l’esprit humaniste et écologique de notre programme. Nous serons donc dans l’opposition au président de la République.

Cependant, nous pensons possible une victoire de la France Insoumise. Nous espérons donc que le président de la République ne bloquera pas les réformes nécessaires à la lutte contre la pauvreté, contre le dérèglement climatique, pour la Paix, et les autres mesures mise en avant par le programme l’Avenir en Commun. En effet, selon notre constitution, c’est le gouvernement, et donc la majorité à l’Assemblée Nationale, qui dirige la politique de la Nation.

Le bulletin pour la France Insoumise est clair. Nous n’avons pas, et nous ne ferons pas dans la « tambouille politicienne ». Nous avons un programme, dont un livret pour les Français de l’Étranger (http://www.franceinsoumise-sawosik2017.fr/#!/programme), que nous avons nous-mêmes rédigé de manière collaborative avec les Insoumis de tous les pays de la 11ème circonscription. Ce sont les mesures, et par extrapolation les valeurs qui s’y trouvent, que nous défendrons. En votant pour un Insoumis, vous votez pour le programme, pas pour un député carriériste prêt à s’associer avec le nouveau monarque contre quelques faveurs.

3) Quel bilan tirez-vous de l’action du député sortant M. Thierry Mariani ? En quoi auriez-vous agi différemment de celui-ci ?

Je dois d’abord concéder à mon adversaire qu’il a été assidu, ce qui est de plus en plus rare à l’Assemblée Nationale. Cependant, Monsieur Mariani est un homme de droite et qui assume son orientation, il a soutenu la loi Macron et donc adhère au programme néolibéral de ce gouvernement.

Son combat pour la déchéance de nationalité (une mesure appartenant à l’origine à l’extrême droite!), lorsqu’il voulait durcir le texte du gouvernement, fait de lui un adversaire irréconciliable avec l’humanisme républicain que nous portons avec les Insoumis, et préjudiciable au tiers des Français de l’Étranger en union mixte. Cela revient à appliquer une double sanction à tout bi-national à la différence des français “mono-nationaux”. C’était pour nous, pour beaucoup de gens à gauche et à droite aussi, la négation même de l’égalité des droits entre tous nos co-citoyens. Le plus fort est que Monsieur Mariani prétend défendre les Français de l’étranger, lesquels sont bi-nationaux pour plus de 40% d’entre eux ! Nous espérons que le jour du vote, ces bi-nationaux de la 11eme circonscription de l’étranger se souviendront de cette stigmatisation comme citoyens de seconde catégorie qu’a représenté cette intervention de Monsieur Mariani à l’Assemblée.

Monsieur Mariani a défendu, avec constance, des positions parmi les plus réactionnaires à l’Assemblée: interdiction d’hébergement d’urgence pour les personnes sans papiers en France, réduction du temps de recours pour les demandes d’asile,… mais étant situé à la droite de L.R., cela est au fond prévisible. Ce comportement fait de lui, avec Meyer Habib, ami personnel de Netanyahou, le plus réactionnaire, le pire député des F.E., à nos yeux, surtout vis-à-vis des français bi-nationaux.

Comme les hommes politiques de sa génération, il est très loin des problématiques nouvelles, et urgentes. Doit-on refuser de sortir du nucléaire, doit-on refuser d’éviter une contamination radioactive de notre territoire national ? Doit-on faire passer au second plan l’écologie et la lutte contre le dérèglement climatique ? Enfin, dans un pays où il y a 9 millions de pauvres, la priorité est-elle de déchoir de sa nationalité un terroriste qui n’en a déjà que faire ?

Finalement, je définirai le bilan de Monsieur Mariani par une courte phrase : par son appartenance politique, il a accompagné toutes les mesures délétères de son parti au pouvoir. Et pour son engagement en faveur des Français de l’étranger, il s’est retrouvé bien seul face à son propre appareil.

Chez les Insoumis, l’approche est totalement différente, car elle va du bas vers le haut. Je suis le candidat d’un collectif, je n’ai pas été choisi à Paris mais à Tokyo, à Moscou, à Pékin ou à Sydney. Je n’ai pas fait campagne dans la circonscription avec l’argent des contribuables en leur promettant simplement des baisses d’impôts.

Nous souhaitons aux Français humanistes et républicains de la 11 ème circonscription, de ne pas lui renouveler son mandat !

 4) Le pays connaît une émigration telle que l’on n’avait n’en avait pas vu en France depuis que Louis XIV révoqua l’édit de Nantes, poussant les protestants à s’installer notamment en Allemagne. Comment comprenez-vous ce phénomène? Quels avantages ou inconvénients implique cette diaspora pour le pays ?

Le phénomène n’est malheureusement pas limité à la France. En Europe, c’est les Grecs, les Espagnols, les Portugais, les Italiens, qui quittent par vagues entières leur pays de naissance. L’Europe perd une partie de sa jeunesse, formée, éduquée. La dernière grande vague de migration venant d’Europe à engendré l’extermination des Amérindiens et l’émergence de la première puissance concurrente de la-dite Europe. Gardons nos cerveaux chez nous ! Proposons leur un avenir autre que de rembourser une dette illégitime. Si l’expatriation est parfois un choix de vie, elle est de plus en plus une conséquence de la mauvaise situation économique dans le pays de départ.

Le départ pour l’étranger est souvent le résultat des crises financières à répétition de ces dernières décennies, des politiques d’austérité, de “dé-régulation”, des politiques de l’offre qui détruisent l’emploi. D’ailleurs, il est intéressant de voir que certains pays de la circonscription qui étaient très attractifs il y a quelques années, le sont désormais beaucoup moins. Par exemple en Chine, les salaires et les “packages” des expatriés sont bien moins avantageux qu’ils ne l’étaient il y a quelques années. Les entreprises Françaises ou locales préfèrent employer les français en contrat local. De nombreux Français souhaitent rentrer en France, mais beaucoup d’entre eux se retrouvent face à un dilemme: accepter un emploi plus précarisé et avec des conditions bien moins avantageuses… ou rentrer en France au risque de se retrouver au chômage et hors système – santé/scolaire/retraite! Ils choisissent logiquement la première option et ne font pas forcément la connexion entre les politiques appliquées en France et leurs situations personnelles et professionnelles.

Certains cessent de croire que la France est une grande puissance et pensent que nous sommes, pour toujours, condamnés à une politique ultra-libérale, destinés à engraisser les plus riches et à croiser tous les jours des gens dormant sur le trottoir.

J’ai 20 ans, et je suis moi-même à l’étranger. J’ai quitté la France dans l’espoir de la retrouver un jour. J’aime mon pays, c’est pour cela que je me suis engagé avec les Insoumis. J’étudie en Russie car j’en suis un passionné, je veux découvrir le pays et rentrer chez moi les yeux pleins de mes souvenirs.

Cependant, quand je rentre dans mon village de l’arrière pays niçois, je vois mes amis d’enfance, au chômage. Beaucoup d’entre eux ont déjà perdu le goût d’entreprendre, de rêver. Quand une jeunesse ne se voit plus d’avenir à 20 ans, elle quitte sa terre pour rêver chez les autres. L’émigration est le plus grand signe de la souffrance d’une société. Les Hommes doivent voyager, se mélanger, vivre à l’étranger ; mais ils doivent pouvoir vivre heureux dans leur pays.

5) Le Forum économique mondial de Davos du 17 janvier dernier est remarquable en ce que ce fut la première fois que le n°1 Chinois, M. Xi Jinping, était invité. Celui ci s’est fait apôtre du libre échange en appelant notamment à la levée des restrictions économiques imposées à la Chine par l’OMC, provoquant l’anxiété des économistes occidentaux. Quel devrait être selon vous l’attitude de la France et de l’Union Européenne face à Pékin sur le plan commercial et économique ?            

Face au retournement des Etats-Unis envers la Chine, cette dernière cherche de nouveaux alliés et n’a plus du tout confiance en son client américain. C’est pourquoi elle se tourne encore plus vers l’Europe ou vers les marchés émergents. Les Insoumis sont opposés au libre échange. Le commerce est nécessaire entre les sociétés car tout ne peut être produit localement. Cependant, le grand déménagement du monde est un principe épuisé du libéralisme du XIX siècle. Sa seule conséquence est la destruction de l’environnement et la mise en concurrence des territoires.

Si la Chine veut commercer, elle doit pouvoir le faire comme bon lui semble. Nous – Français et Européens – avons un intérêt commun à commercer avec les Chinois, mais cela doit se faire dans le respect des normes environnementales et sociales. Les économies de nos continents n’ont pas à subir une concurrence déloyale, notre consommation ne doit pas être complice de l’utilisation de produit polluants et de conditions de travail issues de l’aliénation sous prétexte que cela se passe à l’autre bout de la planète.

La Chine est un pays que l’on peut qualifier de mercantiliste: qui aime le commerce extérieur mais qui aime aussi la régulation par un Etat fort. Ses dirigeants souhaitent obtenir une balance extérieure positive afin de pouvoir pourvoir au développement du pays et à l’amélioration des conditions de vies des citoyens Chinois. Cette amélioration du niveau de vie des Chinois est la garantie de la stabilité politique et de la paix. En extirpant des centaines de milliers de Chinois de la misère, la Chine, plus que tout autre pays, a oeuvré à la réduction de la pauvreté dans le monde. La Chine est aussi très consciente de la crise écologique, elle a subi – et continue de subir – de plein fouet les excès du productivisme (e.g.: pollution de l’air, des terres et de l’eau, scandales alimentaires, cancers…) et le gouvernement régule de plus en plus son industrie pour faire face à tout type de pollution et répondre aux demandes du peuple. Les Chinois veulent des emplois mieux payés, et aspirent au même confort de vie que nous. Depuis quelques années on voit la Chine prendre le leadership dans les conférences sur le climat (d’autant plus aujourd’hui les Etats-Unis régressent sur la question du dérèglement climatique).

La France et l’Europe ont donc tout intérêt à coopérer avec la Chine qui partage nombre de nos combats pour l’amélioration des conditions de vie humaine. La Chine doit rester un pays qui œuvre pour la paix et la stabilité. C’est en travaillant avec la Chine, plutôt qu’en la sanctionnant ou en l’écartant des négociations que nous construirons la paix. Si nous ne souhaitons pas de confrontation avec la Chine il est important de rappeler que la France n’a pas d’amis, mais des partenaires. Nous serons donc vigilants avec la Chine, comme nous le serons avec les Etats-Unis. Elle est un partenaire dans le maintien de la paix dans un certain nombre de régions de monde. La France Insoumise ne soutient ni ne rejette les positions Chinoises, elles doivent être débattues multilatéralement avec tous nos partenaires. La diplomatie et la négociation sont les seules sources durables de paix.

6) Le 5 Juin 2016, Jean Yves Le Drian (alors ministre de la défense) a déclaré vouloir faire patrouiller davantage la Marine Nationale en Mer de Chine du Sud afin de garantir les libertés de circulation prévues par le droit international, notamment la Convention de Montego Bay, et ce dans un contexte de regain de tension entre les riverains s’agissant des problèmes de souveraineté sur les îles Spratley et Paracel. Adhérez vous à cet objectif ? Pensez vous que la Marine Nationale possède les moyens matériels d’assurer une mission de patrouille régulière dans la zone alors que plusieurs militaires pointent la vétusté et le manque de moyen de l’armée suite aux coupes budgétaires sèches des deux gouvernements précédents ?

On n’a jamais fait la Paix avec des armes. La négociation seule, au sein de l’ONU peut conduire à un respect des conventions internationales. La France n’a rien à faire dans cette poudrière qu’est la Mer de Chine du Sud, et encore moins à choisir un camp. Les Insoumis étaient déjà opposés à l’intervention en Syrie sans mandat de l’ONU, nous avons bien vu quels en sont les résultats. La force ne résout rien sur le moyen et long terme. La France doit avoir son mot à dire dans les négociations, elle doit aider à faire baisser les tensions. Rajouter de l’appareil militaire dans une zone sous tension s’accorde à souffler sur les braises en espérant ne pas propager l’incendie. Alors si vous souhaitez que la France défende la Paix dans le monde, nous comptons sur vous pour nous rejoindre et nous soutenir.


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