Le Mékong I. Introduction.

En octobre 2008 le géographe Canadien Frédéric Lassere se posait la question de savoir si l’on verrait les pays s’affronter pour des problèmes liés à l’eau[1]. Le contexte actuel force en effet l’observateur à constater que 1) les risques de pénuries ou de stress hydrique augmentent partout et que 2) le nombre de conflits concernant l’exploitation des fleuves suit la même tendance. Ces risques sont d’autant plus intenses dans la région qui nous intéresse que l’Asie est devenu le continent qui consomme désormais le plus gros volume d’eau par an (environ 3500 km3 d’eau/an contre environ 2000 pour les autres continents[2]).

carte pénurie d'eau
Répartition de l’eau en 2009. On remarque que le Vietnam est classé comme nécessitant d’avantage d’investissement.
carte conflits fleuve
Répartition des conflits mondiaux autour du partage des ressources des fleuves.

Par ailleurs l’eau est source de la vie, vie économique comprise. Ainsi en plus des activités agricoles et industrielles, l’eau peut également être une source énergique. Qui dit ressources économiques dit nécessairement accaparement et rivalité des nations dans ce cadre.

Géographiquement les fleuves structurent les espaces et son très souvent la source de la prospérité d’une civilisation à l’image du Pharaon égyptien tirant son pouvoir du Nil nourricier. Plusieurs auteurs comme Montesquieu[3] et Hegel[4] en feront même un objet d’étude.

Avec la fin des conflits indochinois par le règlement du cas cambodgien (1990) et le décollage général des économies asiatiques un fleuve particulièrement important sur le plan économique, social, géopolitique fait l’objet d’une actualité de plus en plus intense.

Fleuve « au passé turbulent et à l’avenir incertain »[5], le Mékong est le 12ème plus grand fleuve mondiale, s’étire sur 4350 km en traversant 6 pays (Chine, Myanmar, Laos, Cambodge, Thaïlande, Vietnam) et forme un bassin versant de 795 000 km2 permettant de faire vivre 60 millions de personnes (généralement pauvres) par le biais de l’agriculture, de la sylviculture, de l’aquaculture et de la pêche[6]. Le bassin du Mékong est également à la base du second écosystème le plus diversifié à la surface du globe[7]. Son nom vient du thaïlandais Mae Khong, signifiant « Mère de tous les fleuves », c’est dire son importance.

Dans le cadre de notre étude intéressant la géopolitique vietnamienne, il convient de préciser en quoi le Mékong est un facteur de domination chinoise (Le Mékong II).

Mais comme beaucoup de fleuves de cette importance (Nil, Danube), le Mékong est aussi un trait d’union entre les pays qu’ils traversent, ce qui donne lieu à la création d’une « diplomatie de fleuve » (Le Mékong III et IV).

Il convient également de préciser que la nouvel exploitation du fleuve par des projets de barrage massifs impact négativement les sociétés et les écosystèmes des pays traversés (Le Mékong V).

Pour finir j’illustrerai un fait évoqué plus haut (les fleuves comme source de prospérité) en évoquant la maitrise de l’eau des crues du Mékong par les khmers dans la légendaire cité d’Angkor (Le Mékong VI).

[1] Frédéric Lasserre, « Guerres de l’eau : paradigme des guerres du XXIe siècle ? », communication au Festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges, octobre 2008. http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2008/lasserre/article.html

[2] http://www.scienceshumaines.com/geopolitique-de-l-eau_fr_24012.html

[3]De l’esprit des lois, XVII, 5. En essayant de caractériser les espaces mondiaux et leur influence sur les régimes politiques, Montesquieu intègre les fleuves comme structurant les espaces et modelant la psychologie commune des civilisations et nations.

[4] Dans La théorie de l’essence, Hegel utilise le comportement physique et la structuration de l’espace d’un fleuve pour caractériser l’histoire de la pensée humaine.

[5] Milton E .Osborne, « The mekong :Turbulent Past, Uncertain Future », 2000.

[6] Michel Ho Ta Khanh, Les aménagements hydroélectriques sur le Mékong et ses affluents, 2011, p.2.

[7] Institut de recherche et de développement, « Mékong, la mère de tous les fleuves », 2010

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s