Le Mékong IV. La Mékong River Commission (MRC)

(Note : toutes les informations sans note de bas de page sont issues du site officiel de la Commission : http://www.mrcmekong.org (en anglais))

Historique:

Le projet international concernant le Mékong voit le jour en 1959. Alors Mekong Committee, c’est un projet onusien visant au financement et à la gestion des ressources hydrauliques du Mékong. Le fleuve était alors « sauvage » dans le sens où aucun projet de mise en valeur ne l’avait affecté. Une équipe d’experts s’emploie dès lors à étudier le bassin du fleuve s’agissant de sa morphologie, de son comportement, de ses ressources en poisson, de son potentiel hydroélectriques etc…

mrc LogoLa MRC prend le relais en 1995 après le règlement du conflit cambodgien et de 50 ans de guerres et tensions dans la péninsule indochinoise. Le but de cette commission reste à peu de chose près la même qu’auparavant mais l’accent est mis sur le développement durable dans le MRC Agreement qui entérine la création de la Commission.

L’institution n’est plus supervisée par l’ONU mais par ses pays membres (Laos, Thaïlande, Cambodge, Vietnam). Les deux autres pays riverains du fleuve (Chine et Myanmar) ne sont qu’observateurs. Plusieurs organisations internationales ont également le statut d’observateur : la Banque Asiatique de Développement, l’ASEAN, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, le PNUD et WWF.

Vision et mission:

La politique de la MRC est la suivante : la MRC doit être une institution internationale financièrement autonome au service des pays du Mékong pour promouvoir une gestion du fleuve prospère et socialement et environnementalement responsable. Cet objectif doit être atteint par une « gestion par bassin » impliquant une coordination des états membres et des bénéfices mutuels.

La MRC détaille ses stratégies et projets dans deux documents de 2011 : l’Integrated Water and Related Ressources Management (IWRM) et le Plan Stratégique 2011-2015. S’il ne s’agit pas de détailler l’ensemble de leur contenu, ces deux textes se répondent dans le sens où l’IWRM expose les différents programmes mis en place ou à mettre en place à terme (Agriculture et irrigation, Programme de gestion intégré, gestion de la sècheresse, adaptation au changement climatique, environnement, pêche, gestion intégrée des constructions, gestion des informations et des connaissances, navigation) et que le Plan en détail la mise en place de ces programmes.

La MRC est également une grande source d’informations sur le Mékong en produisant des enquêtes et des études en lien avec ses compétences.

Organisation et fonctionnement:

Tous les ans les ministres chargés de l’environnement et de l’eau des quatre pays membres se rencontrent pour envisager toutes les questions apparues depuis la dernière réunion. Ils forment ainsi le Conseil des Membres de la Commission et émettent des avis et conclusions devant être mis en place d’ici à la prochaine rencontre.

Ces décisions sont prises en charge au niveau administratif par les chefs de département des ministères en présence, réunis dans le Comité Conjoint de la MRC qui répartit le travail aux échelons techniques.

Les Secrétariats (sis à Vientiane et à Phnom Penh) coordonnent l’action de ces échelons techniques et des partenaires institutionnels de la MRC (Groupe des donateurs de l’organisation, société civile, agence et comités nationaux). A l’intérieur de l’organisation les échelons techniques sont les suivants : division du planning, division environnement, division de support techniques, division des opérations.

La MRC emploie actuellement 150 personnes à temps plein.

gouvernance MRC.jpg

La question de l’exportation du développement durable et de la gestion par bassin comme « impérialisme vert »:

En fait, la problématique de l’efficacité de la MRC repose sur un de ses principes fondateurs : la gestion par bassin versant.

Cette vision a vu le jour suites aux conférences de Dublin et de Rio en 1992 et fait partie intégrante des principes de gestion lié au développement durable. Ces principes sont inscrits dans l’Agenda 21 au Chapitre 18. Dans ce dernier texte, les caractéristiques de l’approche sont posées : démarche holistique, participative, l’eau demeure un bien économique devant être rentabilisé.

Le caractère holistique de la démarche dépasse le cadre exclusif de l’hydrologie etde l’hydraulique pour intégrer l’écologie, l’aménagement, la question sociale et politique (induisant le caractère participatif).

Seulement cette définition même se heurte à la forte contradiction entre l’unité hydrologique du fleuve et les divisions politiques et ethnico-culturelles alimentées par le fait que les ressources deviennent des enjeux en cas de forte concurrence nationale[1] . Par ailleurs, l’approche participative est rejetée par quasiment tous les Etats sauf quand cela leur est profitable[2] et elle ne fait de toute façon pas partie de la culture politique des populations locales[3].

Les études sur le sujet révèlent ainsi que la gestion par bassin n’est pas économiquement viable ni réaliste à court terme[4] et qu’une approche par sous bassin est préférable[5].

bassin versant
Bassin versant du Mékong. Considéré un espace comme celui ci comme d’un seul tenant sans prendre les nations en considération les nations rencontre une vive résistance

Le problème d’adaptation et du peu de coopération des Etats provient essentiellement du fait que la MRC et la gestion par bassin versant est principalement supportée par les Nations Unies et des ONG occidentales et que ce type de gestion est une condition sine qua non de l’aide au développement dans le bassin du Mékong. Or les soutiens économiques et techniques sont imbriqués dans des considérations culturelles et politiques propres aux bailleurs de fond de ces aides. L’aide au développement fait partie du « soft power » des états donateurs qui « imposent » par ce biais leur représentation aux receveurs de l’aide.

Ainsi des économistes et des écologistes des pays en développement en sont venus à parler d’impérialisme « écologiste[6] ». De ce fait, sans remettre en cause le bien fondé des démarches environnementales, l’ « impérialisme vert » est montré du doigt comme instrumentalisant les problèmes environnementaux pour renforcer les exigences environnementales sur l’économie et ainsi procéder à la mise en place de barrières non tarifaires freinant le développement des économies les plus pauvres. L’écologie procède, du fait de l’aide au développement, d’une logique protectionniste des pays développés[7]. Cette logique « impériale » provoque une méfiance extrême des pays riverains du Mékong qui ont quasiment tous été sous domination coloniale et où la fierté nationale peut être souvent mal placée.

En réponse à ces arguments certains auteurs insistent sur le fait que le déplacement de la conversation sur le terrain politique empêche d’aborder la question sous l’angle technico écologique de certains projets. C’est particulièrement le cas de la Chine s’agissant des barrages : déplacer la conversation sur le thème de l’ « impérialisme vert » permet de cacher les conséquences sociales et environnementales qui sont de fait défavorables à la Chine.

Si les raisonnements sur l’ « impérialisme vert » découlent d’arguments logiques et qu’ils sont en cela recevables, il n’en demeure pas moins que le Mékong représente un foyer de tension important et dont la sauvegarde environnementale dépend la survie d’une frange importante des populations vivant dans son bassin.

Il semble ainsi que la coopération demeure la meilleure solution pour empêcher ces tensions et l’appauvrissement du fleuve. La vraie question est de savoir à quels degrés cette coopération doit être menée entre les Etats.

Les limites patentes de la MRC:

Derrières les déclarations de principe et les formules quelque peu naïves, se cache une impuissance patente de l’organisation qui ne peut empêcher les aménagements qu’elle n’a pas approuvés du fait de sa faiblesse politique. Le cas le plus explicite demeure le lancement des travaux du barrage de Xayaburi au Laos : malgré la suspension demandée des travaux par la Commission pour complément d’information s’agissant de l’étude d’impact du projet, la construction du barrage a été lancée[8].

La réalisation du programme de la MRC est dans l’ensemble un échec et la tendance ne risque pas de s’inverser avec la montée en puissance de la Chine et la poursuite du climat ultra concurrentielle entre les nations en Asie du sud-est.

[1] Pruvost Giron, C., 2000, « Limites administratives, limites historiques et limites perçues ? », Communication, Mars 2000

[2] Affeltranger, B., 2002, « User-based design of socially efficient flood warnings: concept paper for the Lower Mekong Basin », Mekong River Commission Expert Meeting, Phnom Penh, February 2002

[3] Affeltranger et Lasserre, « La gestion par bassin versant : du principe écologique à la contrainte politique- le cas du Mékong », Vertigo, Volume 4, N°3, décembre 2003.

[4] Waterbury, J., 1997, « Between unilateralism and comprehensive accords: Modest steps toward cooperation in international river basins », Water Resources Development, Vol. 13, No. 3

[5] Fischhendler, I., 2003, « Can basin management be successfully ignored: the case of the US-Canada transboundary water », SOAS Water Issues Study Group, Occasional Paper No. 52, School of Oriental and African Studies / King’s College London, University of London, May 2003, 28 p.

[6] Et non « écologique » qui renvoie à l’introduction non contrôlée d’éspèces étrangères dans des écosystèmes de pays colonisés lors de la phase de développement des économies coloniales (Curtin, 1997)

[7] Sidhva, S., 2001, « La défense de l’environnement : stade ultime de l' »impérialisme ? » , Courrier de l’UNESCO, Avril 2001

[8] http://multinationales.org/La-Compagnie-nationale-du-Rhone

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