Poudrières en MDC II. Historique des litiges sino-vietnamiens sur les îles Spratley et Paracels.

Les îles Spratley : 

Les îles Spratley (Nansha pour les chinois, Quần đảo Trường Sa pour les vietnamiens) sont composées d’une centaine d’ilots coralliens et de récifs répartis sur une surface de 200 000 km2 en mer de Chine Méridionale. La ZEE offert par l’archipel au complet représente 439 820 km2[1].

Dans cette zone, les principales ressources prouvées sont la pêche, le guano ainsi que le gaz et le pétrole off-shore[2].

Actuellement le Vietnam contrôle une trentaine d’îlots et de récifs, la Chine neuf, les Philippines dix, la Malaisie sept et Taiwan possède la plus grande île de l’archipel, Itu Aba, qui constitue la seule source d’eau douce en Mer de Chine[3].

Du point de vue des revendications, Taïwan, la Chine et le Vietnam revendiquent l’archipel dans son intégralité tandis que la Malaisie, les Philippines et Brunei n’en revendique qu’une partie.

propagande mer de chine
Affiche de propagande vietnamienne revendiquant la possession des îles Spratley et Paracels

De fait, ces îles semblent connues depuis longtemps mais leur faible valeur foncière d’alors n’ont jamais suscité de passion chez les puissances riveraines ou même pour les flottes étrangères arrivant successivement en Mer de Chine (arabe, hollandaise, portugaise, espagnole). Les noms vietnamiens et chinois désignent littéralement du sable[4].

Force est de constater que la découverte de ces îles a été tardive et que même si Chine et Vietnam avancent des chroniques historiques anciennes (la Chine prétend que les pêcheurs chinois fréquentent la zone depuis le IIIème siècle de notre ère), rien ne permet d’attester l’exercice d’une souveraineté pluriséculaire par les parties en présence sur l’archipel.

Les litiges sino-vietnamiens sont principalement basés sur le fait qu’à l’époque du Dai Viet, ancêtre de l’Annam colonial et du Vietnam moderne, la Chine investissait les empereurs vietnamiens. Les vietnamiens considèrent cette investiture comme formelle tandis que les chinois estiment que cet état de fait consacre la prééminence de la souveraineté chinoise sur les îles.

La situation change après les guerres de l’opium qui verra la mise en place de la tutelle coloniale française avec le traité de Hué de 1883[5], l’accord et le traité de Tientsin de 1885[6]. Par ces accords la Chine renonce explicitement à sa suzeraineté sur les protectorats français instaurés.

Dès lors la France représente le Vietnam sur la scène internationale et occupe certaines des îles Spratleys pour lutter contre la contrebande et poursuivre des missions météorologiques.

S’en suit l’invasion japonaise qui utilise les îles comme base de projection pour ces actions militaires au Sud de la Mer de Chine à partir de 1942.

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Carte émise par la Chine nationaliste en 1947 intégrant les Paracels et les Spratley.

Suite à la reddition japonaise la Chine nationaliste est chargée de la démilitarisation du Nord de l’Indochine française (les britanniques sont chargés du Sud) ainsi que des îles Paracels et Spratleys.

A l’avènement de la Chine de Mao en 1949, Taiwan reste détentrice de l’ïle d’Itu Abita.

Le traité de paix de San Francisco du 8 septembre 1951 déchoit le Japon de sa souveraineté sur les îles de la Mer de Chine sans en préciser la répartition. La souveraineté est par défaut revendiquer par la France encore en guerre de décolonisation.

Les accords de Genève de 1954 consacrant la fin de la guerre d’Indochine place les Spratleys sous administration du Sud Vietnam.

Après la fin de la guerre du Vietnam, les îlots sont progressivement occupés par les Philippines qui en occupent huit dès 1978 et par la Malaisie qui prend trois positions en 1983.

Devant ces phénomènes, Hanoi tente de renforcer ses positions entre 1978 et 1988 en prenant quinze îlots.

Les chinois, pour leur part, ne s’imposent physiquement qu’en1987 en occupant sept îles. En 1988, un accrochage violent entre gardes-côtes vietnamiens et chinois fait soixante-dix victimes et permet à la Chine de déloger les vietnamiens de deux de leurs îles.

Brunei rentre à son tour dans la danse en 1992 en revendiquant la souveraineté des eaux entourant le récif Louisa.

Depuis les possessions dans l’archipel n’ont pas changé, tout se joue au niveau diplomatique et militaire.

Carte de revendication et de répartition de l’occupation effective des iles en mer de chine

Asie Mer de Chine Chine ZEE Revendications en mer de Chine Philippines Taiwan Brunei Vietnam Malaisie
Carte de revendication et de répartition de l’occupation effectives des îles en mer de Chine. La situation sur le terrain n’a guerre changé depuis 2010.

Les îles Paracels:

Les îles Paracels (« Xisha » ou « sable de l’ouest » en chinois et « Hoang Sa » /«sables jaunes » en vietnamien)  quant à elles désignent 130 îlots et récifs coralliens répartis sur 25 000 km2.

Les eaux attachées aux îlots des Paracels sont riches en hydrocarbures (gaz et pétrole.

L’ensemble de l’archipel est sous contrôle chinois mais il est revendiqué par Taïwan et le Vietnam.

A la différence des Spratleys, il existe des traces plus formelles d’exercice de souveraineté dans cet archipel puisque chinois et vietnamiens fournissent des chroniques authentiques attestant d’activité militaire et administrative sur les îles depuis le XVIIème.

Les Paracels passeront également dans l’escarcelle française à partir de 1885 et subiront le même sort que les Spratelys en 1954 en tombant sous l’autorité de Saigon.

On notera que l’Indochine française a opéré de nombreuses missions de douane pour mettre fin à la piraterie et le trafic nichés dans les îles.

Dans les années 30, Chine et France s’opposent sur la souveraineté des Paracels (1932, 1937 et 1947). Chaque fois l’administration française a proposé un règlement amical repoussé par les chinois.

Après avoir poussé pour que les Paracels tombent sous l’autorité du Sud Vietnam, la Chine profite de la faiblesse du gouvernement de Saigon pour envahir les îles en 1974.

Suite à la réunification en 1975 le gouvernement d’Hanoi proteste contre l’invasion chinoise, sans succès.

[1] Laurent Garnier, « Les îles Spratleys et Paracels », Centre d’Etudes Supérieures de la Marine, 2011.

[2] http://www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur/accueil/actualite/121145-conflit-territorial-spratleys-les-iles-de-la-discorde-

[3] http://www.courrierinternational.com/article/2010/10/21/de-pekin-a-washington-les-eaux-de-tous-les-dangers

[4] « Nansha » signifiant « sables du sud » en chinois et « Truong Sa » « sables longs » en vietnamien.

[5] Le traité de Hué est conclu entre la Cour impériale de Hué et la France et instaure les protectorats du Tonkin et de l’Annam.

[6] L’accord de Tientsin (11 Mai 1884) consacre la fin de la guerre franco-chinoise et l’abandon de la souverainté chinoise sur le Vietnam, il sera confirmé un an plus tard par le traité du même nom fixant une frontière définitive et un pacte de coopération commerciale franco-chinois.

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