Poudrières en MDC VI. La stratégie militaire chinoise en Mer de Chine: l’empire du milieu répond à l’appel du large.

En matière de défense la Chine de Mao s’est considérée comme une puissance terrestre (à l’instar des russes) en s’appuyant sur les exemples historiques de la Chine Millénaire (l’empire chinois n’a de fait connu que très peu d’aventures outre-mer, la doctrine de défense continentale ayant été introduite par l’empereur Hongxi en 1433 pour n’être jamais révoquée[1]). Il est à noter que c’est de cette doctrine qu’ont découlé asservissement et humiliation de l’empire Chinois lors des guerres de l’opium et des Boxers , la marine chinoise obsolète ne pouvant lutter contre les marines de guerre japonaise, française, anglaise et russe.

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Si la Chine n’est pas reconnu comme un pays de tradition maritime, une des plus grandes expéditions jamais menée en mer fut chinoise en la personne de l’amiral Zeng He. Grand eunuque impérial issu de la noblesse mongole vaincue du Yunnan, il sera chargé par l’empereur Yongle de découvrir les routes maritimes nécessaires à l’établissement de comptoirs commerciaux dans tout l’Océan Indien permettant ainsi un fort rayonnement culturel chinois.

Jusqu’à l’affaiblissement et la disparition de l’URSS, la stratégie chinoise consistait en la fixation des troupes sur la frontière avec les soviétiques pour prévenir une menace d’invasion (réelle après le point culminant des tensions début septembre 1969[2]) et organiser des opérations de contre insurrection dans les territoires politiquement instable (Tibet, Ouest du pays). La marine était alors le parent pauvre de l’Armée Populaire de Libération, son rôle ne consistant qu’au soutien des forces terrestres et des opérations de défense côtière[3].

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La fin du XIXème siècle constitue une période de déclin et d’humiliation pour les chinois. On voit ici le partage de la « galette chinoise » par la France, le Japon, la Russie, l’Angleterre et l’Allemagne. Ce passage historique est aujourd’hui encore un motif de désir farouche de revanche, largement entretenu par le gouvernement.

Suite à l’ouverture du pays par Deng Xiao Ping, à la chute de l’URSS et à la résolution de la quasi-totalité des litiges frontaliers (exceptions faites de l’Askai Chin et l’Arunachal Pradesh en litige avec l’Inde), les stratèges chinois ont inauguré un nouveau « tropisme maritime » pour répondre aux nouvelles configurations de cette fin de XXème siècle.

Très influencée par l’amiral américain Alfred T. Mahan (considéré comme l’inventeur du « sea power »[4]), cette doctrine trouve sa meilleure incarnation dans les propos de l’amiral chinois Liu Huaqing, adepte de la stratégie de « défense active ».

La logique de cette thèse peut être résumée de la façon suivante : la puissance commerciale de la Chine et sa dépendance aux matières premières (la Chine est le deuxième importateur d’hydrocarbure en 2015) nécessite la sécurisation des principales voies maritimes en Mer de Chine et dans l’Océan Indien[5]. Ajoutons que les eaux rattachées à la possession des îles en vertu du droit maritime international sont également riches en hydrocarbures[6].

Dans cette stratégie et suivant la configuration de la Mer de Chine la moindre île devient une pièce maitresse de « profondeur stratégique » permettant à la Chine de créer une « mare nostrum chinoise »[7].

D’un point de vue géographique ce projet se matérialise par la possession de la « langue de bœuf » en mer de Chine, la théorie des « lignes » et la représentation du « collier de perle ».

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La carte ci dessus représente les prétentions chinoises en MDC. Les chinois aimant les expressions imagées, ceux ci nommeront cette zone revendiquée « la langue de boeuf ».
stratégie chinoise
Les lignes roses tracées sur la carte indique les deux chaines d’iles « enfermant » les chinois en MDC, leur empêchant de ce fait un accès libre à l’Océan Pacifique (nécessaire à l’expansion de la marine commerciale chinoise et pour faire jeu égal avec la menace américaine de feu nucléaire).

Les lignes roses tracées sur la carte ci dessus indique les deux chaines d’îles « enfermant » les chinois à l’intérieur de la mer de Chine et leur empêchant un accès libre à l’Océan Pacifique (nécessaire à la liberté de mouvement de la marine chinoise et pour faire jeu égal avec la menace nucléaire américaine).

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Le « collier de perle » correspond aux facilités logistiques maritimes dont dispose la Chine dans la MDC et dans l’Océan Indien pour lui permettre de ne pas se laisser enfermer dans son littoral proche et de pouvoir procéder à une projection stratégique en direction des côtes australes de l’Afrique, du Moyen Orient et de l’Europe via le canal de Suez.

Ainsi la Chine présente sa recherche de « rayonnement stratégique » comme la défense de ses intérêts commerciaux et se défend de tout impérialisme dans un style rappelant le discours de Xi Jingping à l’Unesco le 27 mars 2014 selon lequel «  la Chine par son propre développement veut aussi contribuer à celui du monde ».

Seulement la Chine met en place des moyens en adéquation avec ses prétentions. Même si ses capacités marines demeurent insuffisantes pour une guerre de grande envergure ou pour une intervention outre-mer lointaine, l’arsenal chinois est à l’heure actuelle troisième en matière de tonnage et demeure suffisant pour mener des opérations militaires en Mer de Chine et de faire pression sur Taïwan[8]. De fait la Chine est et restera dans une posture de dissuasion de seconde frappe face aux Etats Unis tant qu’elle n’aura pas accès direct au Pacifique[9].

Par ailleurs cette volonté affichée de développement pacifique est souvent contredite par le recours à des moyens de pression notamment contre Taïwan en 1995 ou plus récemment avec la mise en place d’un système d’autorisation de circulation dans les eaux chinoise (en rupture avec la convention de Montego Bay de 1982) ou la création d’une Zone d’Identification de Défense Aérienne (ADIZ en anglais) en Mer de Chine de l’Est[10].

On notera qu’afin d’assouplir ces tensions la Chine procède à des opérations de police pour arguer de l’administration effective des territoires qu’elle revendique et entend posséder.

[1] Il est cependant à noter qu’avant cette date les expéditions de la « Flotte du Trésor » demeurent légendaire jusqu’en Arabie.

[2] https://www.monde-diplomatique.fr/1969/09/HONTI/29186

[3] http://www.diploweb.com/Strategie-maritime-chinoise-quelle.html

[4] L’amiral Mahan (1840- 1914) est considéré comme un des meilleurs analystes de la Thallassocratie et comme le père de la stratégie navale moderne. Il est en cela l’une des plus grandes inspirations du changement stratégique américain, passant de l’isolationnisme à l’interventionnisme après la 1ère Guerre Mondiale. Lire : Jean-José Ségéric, L’amiral Mahan et la puissance impériale américaine, 2010, Marine Editions.

[5] http://www.diploweb.com/La-Chine-et-ses-frontieres-Risk-ou.html#nh11

[6] http://www.diploweb.com/Japon-Chine-Senkaku-Diaoyu-les.html

[7] http://etudesgeostrategiques.com/2014/05/19/le-corridor-maritime-de-la-mediterranee-asiatique-axe-majeur-de-la-mondialisation/

[8] http://www.diploweb.com/Chine-une-marine-modernisee.html

[9] http://etudesgeostrategiques.com/tag/paracels/#_ftnref3

[10] http://www.diploweb.com/Pretentions-chinoises-en-Mer-de.html#nh20

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