Une histoire économique du Viêt Nam (1850-2007). La palanche et le camion -Pierre Brocheux – Les Indes savantes – 2009

L’auteur :

pierre-brocheux
Pierre Brocheux rendant hommage au militant colonialiste Henri Martin lors de sa mort en 2015

Pierre Brocheux est un historien spécialiste du Vietnam, de l’Indochine Française et de l’Asie du Sud Est. Il est né en 1931 dans la ville de Cholon, jouxtant Saigon, dans le Sud du Vietnam. Après ses études au Vietnam puis en France, il devient professeur d’histoire-géographie au lycée français de Saigon (1960-1968) puis en région parisienne. Il passe ensuite son doctorat d’histoire avec succès et devient Maître de conférences à l’université Paris VII.

Il s’illustre comme étant le rédacteur en chef de la Revue d’histoire des outre-mers de 1989 à 2001 (Voir le site de la Société française d’histoire des outre-mers ou SFHOM http://www.sfhom.com/spip.php?article108 ) et le cofondateur de l’association des chercheurs français sur l’Asie du Sud-Est ou AFRASE ( http://www.afrase.org/ )

Le livre :

Le livre se présente comme une chronologie entrecoupée de chapitres thématiques touchant à des domaines associés à l’économie du Vietnam (Chapitre I sur la démographie vietnamienne ou IV sur les changements sociaux induits par la mise en place d’une économie coloniale).histoire-du-vietnam

L’ouvrage est très documenté et semble incontournable à quiconque d’intéresse au sujet.

Il est issu de la constatation que le sujet de l’économie vietnamienne n’avait guère intéressé les historiens (il n’existe, par exemple, quasiment pas d’étude sur la Banque d’Indochine) et que, quand il était traité, celui-ci se retrouvait pris au piège d’une conception manichéenne capitaliste/communiste et impérialiste/anti-impérialiste n’offrant qu’une vision borgne de la réalité (pour ne pas dire fausse). Cependant sous l’effet combiné de l’engouement pour l’historiographie du capitalisme colonial et du vaste projet de constitution d’une base de données statistiques historiques de l’Asie de l’université de Hitotsubashi (incluant une étude de l’économie coloniale indochinoise, des deux systèmes coexistant au Vietnam après l’indépendance et du Vietnam réunifié), il s’avère que ce retard en terme de recherche sera bientôt comblé.

En effet pour un pays singulier comme le Vietnam (économie coloniale, séparation en deux systèmes antagonistes au Sud et au Nord, économie de guerre, création de « l’économie de marché à orientation socialiste » après le Doi Moi) l’approche historique pour comprendre la situation et répondre aux enjeux économiques actuels (notamment au vu des acteurs économiques internationaux comme le FMI ou la banque mondiale) semble cardinale.

D’une façon générale il est appréciable de voir le sujet économique traité dans une perspective historique à une époque où les disciplines des sciences humaines semblent vouloir se cloisonner avec l’apparition des « experts » défendant leurs chapelles et ce au détriment de la pensée critique. Cette remarque est particulièrement valide pour l’économie dans le sens où l’école libérale, constituant l’orthodoxie de la science économique actuelle, tente de transformer sa thèse en dogme et ce malgré ses limites de plus en plus tangible à mesure de la répétition des crises.

Ainsi le livre s’équilibre en abordant une à une les périodes de l’histoire économique du vietnamien d’un point de vue globale (ce qui est assez rare en la matière, la plupart des études portant sur un domaine précis) afin de dresser un tableau de chaque partie de cette histoire et de saisir les phases de rupture et de continuité. Il est à noter que si la période précoloniale est abordée, le manque de document ne permet pas une précision comparable à celle des périodes ultérieures.

Si l’on voulait résumer le contenu du livre on pourrait dire que le début de l’aventure coloniale française en Indochine a introduit des structures économiques industrielles tournées vers l’exportation dans le domaine agricole (hévéa, café, coton) dans un pays plutôt fermé au commerce (du fait de la méfiance confucéenne envers les marchands) et pratiquant une agriculture de subsistance. L’auteur insiste sur le fait que cette économie précoloniale subsiste en parallèle au système français dans la mesure du possible.

La crise de ce système colonial avec la crise de 1929 ainsi que son incapacité à se réformer (c’est à dire passé d’un modèle de « préférence impérial » à un modèle industriel) pour résoudre les problèmes de pauvreté et de précarités alimentaires causés par une pression démographique extrêmement importante va nourrir l’émergence des mouvements nationalistes et surtout communistes. La prédation japonaise et l’isolement de l’Indochine durant la seconde guerre mondiale va constituer la rupture politique et économique de laquelle l’entreprise coloniale française en Indochine ne saurât se relever.

Après l’indépendance en 1954 deux systèmes s’affrontent : au Nord une économie centralisée et planifiée de type soviétique (avec leur aide précieuse d’ailleurs) et héritière de l’économie de résistance du Viêt Minh et au Sud une économie plutôt capitaliste mais en fait décadente et ultradépendante des américains.

A la prise de Saïgon en 1975, les dirigeants du Nord, convaincus de la vertu de l’économie de type soviétique et heureux de récupérer l’important dispositif de production du Sud, dirigent les affaires dans un sens politique et stratégique et non économique. Ainsi les tares des deux économies (industrialisation insuffisante, production de riz insuffisante, déséquilibres des secteurs, inflation, économie informelle parasite) allèrent en s’accentuant jusqu’à ce que le VI Congrès du PCV de 1986 acte de l’échec de la transition vers l’économie socialiste et consacre la sortie graduelle de l’économie dirigée et planifiée par la mise en place du Doi Moi.

Aujourd’hui le Vietnam s’est affranchie de l’utopie de l’industrialisation pour substituer les importations et a adopté la stratégie des « tigres » et « dragons » asiatiques en jouant sur l’avantage comparatif d’une main d’œuvre peu chère produisant des biens de basse/moyenne valeur ajoutée destinés à l’export. La société reste assez largement agricole mais de gros progrès ont été fait dans ce domaine et dans le secteur de l’agroindustrie. L’ouverture du pays a permis également le développement des technologies ouvrant la voie à une exploitation gazière et pétrolière dans la mer oriental/mer de Chine. Bien qu’en période de transition démographique, la jeunesse de la population provoque encore des problèmes d’insertion dans le marché du travail.

On notera qu’un des fils rouge de l’ouvrage est la position économique des Chinois au Vietnam.

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