Actualités – Le discours « gagnant-gagnant » de Xin Jinping au forum économique mondiale de Davos : vers un retour à la hiérarchie des relations internationales du système tributaire traditionnel chinois?

Le 17 janvier dernier le président de la République populaire de Chine, Xin Jinping, était le premier dirigeant chinois à être invité au Forum Economique Mondiale de Davos. Il a eu pour cette occasion l’opportunité d’ouvrir le Forum par un discours de 50 minutes environ en exposant sa vision du commerce mondial et de la place que la Chine devait y occuper selon lui. Tandis que les journaux occidentaux insistaient sur sa défense a priori paradoxale du libre échange mondial la presse chinoise évoquait quant à elle la prise de responsabilité de la Chine dans le remodelage du monde en offrant un modèle développement servi par une nouvelle philosophie économique et dont tout le monde profiterait ( voir l’article de courrier international: http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/xi-jinping-davos-un-discours-en-majeste-une-presse-en-ordre-de-bataille).

Ce discours gagnant-gagnant, bien que purement économique, ne va pas sans soulever certaines questions sur le plan des relations internationales et notamment de la visions que s’en fait la Chine. On peut néanmoins y apporter quelques éléments de réponses en mettant en résonance la situation actuelle de la Chine et le discours de Davos avec la vision traditionnelle chinoise des relations internationales.

Il faut ainsi commencé par « décortiquer » le discours que le président chinois a donné à Davos (I), le confronter à la situation économique actuelle de la Chine (II) pour faire apparaitre les similitudes entre la vision actuelle chinoise des relations internationales  et le système dit « tributaire » pratiqué par l’Empire du Milieu jusqu’en 1911 (III).

I) Le n°1 Chinois apôtre d’une « nouvelle mondialisation » à Davos : une vision gagnant-gagnant centrée sur les réalités chinoises.

            En substance le discours de Xin Jinping appel les acteurs de l’économie internationale à ne pas se détourner de la voie du libre échange même s’il reconnaît que celui ci est à double tranchant dans le sens où il a créé des déséquilibres économiques et commerciaux préjudiciable à l’ensemble des pays du monde.

            Il a ainsi évoquer trois grands problèmes que les acteurs économiques n’ont su résoudre : 1) un ralentissement de la croissance mondiale due à la paralysie des moteurs de croissance par un déséquilibre entre les revenus du Capital et du Travail (provenant d’une mauvaise régulation financière pour le président chinois), 2) une gouvernance économique mondiale inadaptée aux réalités économiques actuelles et notamment à la place prépondérante des économies émergentes dans la croissance mondiale (environ 80% de la croissance mondiale depuis la crise financière) et 3) un accroissement des inégalités économiques entre et à l’intérieur des pays fragmentant le marché mondial et ouvrant à une exposition aux risques trop importante (il rappel notamment le fait que 1% des plus riches détiennent plus que les 99% restant).

            De la même façon le représentant chinois a profité de la tribune du forum économique mondial pour « tacler » le nouveau président américain et sa volonté manifeste d’instaurer un certain protectionnisme aux Etats-Unis. Il rappel en ce sens les incertitudes stratégiques que représentaient les réformes économiques chinoises et l’intégration du pays dans le circuit économique mondiale et les succès chinois. Il estime ainsi que la Chine a su affronter les ouragans et que « ce n’est pas en restant au port que l’on traverse un océan ». Il a expliqué par ailleurs que le protectionnisme c’est « s’enfermer dans uns chambre noire : on est certes protégé du vent et de la pluie mais on se coupe aussi de l’air et de la lumière ». Il a ajouté que cette tendance est contraire aux tendances historiques de l’Humanité et que personne ne sortirait gagnant d’une guerre commerciale.

davos
Le président chinois Xi Jinping lors de son discours à l’occasion de l’ouverture du Forum économique international de Davos le 17 janvier dernier.

            Afin de dépasser ces problèmes, Xin Jinping se pose en défenseur d’une nouvelle philosophie économique « ouverte » et « proactive » afin d’ »accélérer la croissance économique » et « d’améliorer son impact mondial » pour rétablir « la confiance et l’espoir des populations » notamment dans les pays en butte à des problèmes sociaux. Pour se faire il réinsiste sur la nécessaire meilleure représentation des économies émergentes ainsi que leur participation aux processus économiques mondiaux. Cette philosophie s’inspire également des engagements écologiques pris à la COP 21 à Paris à propos desquels le président chinois à parlé de nécessité de respect des engagements, encore une pique pour Trump[1]. Ce passage se termine par un appel à une « harmonie » entre les nations et entre le genre humain et la nature.

            Cette vision de la nouvelle mondialisation est affinée par un retour dans la perspective chinoise. Le n°1 chinois évoque les réalisations chinoises depuis 38 ans de réformes du système économique et estime que la Chine suit une voie de développement originale correspondant aux réalités chinoises en refusant de « suivre aveuglément des voies ouvertes par d’autres » et en ajoutant que les voies de développement ne devraient pas être imposées à d’autres pays.

            Il poursuit cependant en évoquant les résultats (impressionnant) de la Chine depuis la crise financière de 2008 et en précisant que « ces chiffres parlent d’eux mêmes : le développement chinois est une possibilité offerte au monde entier ». Après avoir « montrer ses muscles » Xin Jinping affiche subtilement la volonté chinoise de devenir un leader commercial et politique dans le monde par une politique de bras ouvert assurant équilibre et stabilité du monde par l’interconnexion des économies mondiales.

            La fin du discours est essentiellement tournée vers les projections des (bons) résultats chinois (développement de la consommation, du tourisme, hausse de la participation des ménages au PIB, réalisations dans l’économie verte), une série d’annonce de politique commerciale (« régulation des surcapacités », effort légaux dans le sens des droits de la propriété et notamment de la propriété intellectuelle, libéralisation des pans d’économies sous contrôle de l’Etat) et enfin l’annonce de plusieurs projets de développement situé autour de la nouvelle route de la soie et d’une zone de libre échange en Asie-Pacifique.

            En substance le président chinois s’applique à faire de la réussite économique de son pays un modèle nouveau pour l’économie mondiale et ce en se basant sur une ouverture économique inéluctable et des relations gagnant-gagnant palliant aux lacunes de la vision antécédentes. Prenant à contrepieds les angoisses des pays occidentaux en perte de vitesse, ce nouveau type de relation place la Chine au centre d’un système où le rayonnement économique chinois profite à tous le monde en terme économique mais se décline également en terme politique dans le sens où les interconnexions créées à partir du réseau économique chinois apporte « harmonie », « équilibre », réduction de la pauvreté et « stabilité » aux pays partenaires.

            Afin de saisir toute la portée de ce discours il est néanmoins nécessaire de le confronter avec le contexte actuel.

II) Au delà des effets d’annonce : qui veut la paix prépare la guerre (commerciale).

            La posture rassurante et ouverte de Xin Jinping lors de son discours à Davos tranche radicalement avec la montée des tensions entre la Chine et les autres partenaires économiques depuis au moins 2015 avec la question de la manipulation monétaire chinoise.

            En effet la date de ce discours répond à un double changement du contexte économique et politique international. D’abord du fait d’un changement profond de la stratégie américaine avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche et ensuite avec l’expiration des conditions particulières de la participation de la Chine à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

            De part la vision économique qu’il a proposé lors de la campagne présidentielle américaine, le nouveau président américain entend faire primer les intérêts américains sur n’importe qu’elle autre considération lors des échanges/négociations avec les pays partenaires. Il a en ce sens fustigé le libre échangisme « catastrophique » des présidences précédentes accusés de « détruire des milliers d’emploi » sur le sol américain et de paupériser la classe moyenne des Etats Unis. Les principaux responsables de cet effondrement de la société américaine étant à ses yeux le Mexique et la Chine pratiquant un dumping social mortifère[2][3].

            Ainsi dès sa prise de fonction, l’équipe de Trump a publié un programme notifiant son intention de sortir de l’Aléna (zone de libre échange nord américain comprenant le Canada, les Etats Unis et le Mexique) si l’accord n’était pas renégocié et de se retirer du Traité Transpacifique[4]. Il est même aller jusqu’à parler de quitter l’OMC si l’adhésion américaine n’était pas renégocier[5]. Le président américain avait ainsi menacé d’augmenter les droits de douanes américains sur les produits manufacturés chinois à hauteur de 45%, entrainant l’inquiétude de certains économistes américains et européens quant à une guerre commerciale[6].

A l’égard de la Chine ce programme économique est poussé par la menace de ne plus reconnaître « une seule Chine »[7] depuis la prise de contact entre la présidente de Taïwan et le président élu le 2 Décembre dernier[8]. Cette menace peut être lourde de conséquence pour le statut officiel à la fois de Taïwan et de la Chine Populaire et être une source de conflit intense.

trump-et-taiwan
Le président américain Donald Trump et son homologue Taïwanaise Tsai Ing-wen ont provoqué la colère de Pékin par leur apparente bonne entente après les félicitations de cette dernière au candidat élu.

            Ainsi le retrait américain du TPP offre une opportunité à la puissance chinoise qui a d’ores et déjà réagi lors du sommet de l’APEC (sigle anglais pour Asian-Pacific Economic coopération) de Novembre 2016 à Lima au Pérou. A l’occasion de cet évenement, Xin Jinping avait laissé entendre que, devant l’effacement de Washington, Pékin pouvait assumer le leadership des négociations de libre échange dans la zone Asie pacifique et a proposé en ce sens le RCEP[9] (Accord de partenariat économique régional inétgral), première pierre à la construction d’une zone de libre échange de l’Asie Pacifique (FTAAP en anglais) excluant les Etats Unis[10].

            Si cet accord paraît pour le moment insuffisant pour compenser le TPP s’il était appliqué même sans les Etats Unis, il apparaît que c’est un pas en avant pour la Chine dans la construction de l’ordre économique régional.

            Il est à noter cependant que certains pays partisans du TPP ont déjà annoncé leur volonté de l’appliquer avec ou sans les Etats Unis et qu’à Washington certains proches de Donald Trump espèrent pouvoir trouver un compromis permettant de sauver le Traité[11].

            Le prochain « casus belli » d’une éventuelle guerre commerciale chinoise peut également trouver sa source au sein de l’OMC.

            En effet la Chine a été admise au sein de cette organisation économique internationale le 11 décembre 2001 mais sous le statut « d’économie non marchande » permettant d’introduire des dérogations aux règles de l’OMC notamment concernant des mesures douanières. Ces conditions d’accès ont notamment pour objet de prévenir une prédation chinoise par dumping[12] et de protéger les marchés occidentaux[13].

            Or il se trouve que la plupart de ces dérogations ont expirées le 12 Décembre 2016 et que la Chine a exigé que le statut d’économie marchande lui soit reconnu afin que les dérogations commerciales aux règles de l’OMC tombent. Xin Jinping y fait discrètement référence lorsqu’avant d’annoncer les projections chinoises il évoque des « pressions vers le bas » et un « déséquilibre d’accès au marché ».

            Seulement cette revendication chinoise peut être qualifiée assez objectivement d’abusive dans le sens où il est avéré que les autorités chinoises profitent de leur large réserve de devise pour sous-évaluer le Yuan, que de larges pans de l’économie sont subventionnées à l’exportation (ce qui est considéré comme une pratique de Dumping par l’OMC) et que les chiffres de l’économie chinoises restent opaques et présentent parfois des traces de manipulations[14]. Cette vision est largement partagé par l’ensemble des acteurs économiques mondiaux[15]. C’est afin de pallier à ces lacunes que le président chinois a promises à Davos que son pays ferait des efforts quant à ses « surcapacités » et son système juridique (notamment sur les droits de propriété intellectuelles).

            Il est à noter également que dans le cadre de l’OMC, le discours du n°1 chinois concernant l’obsolescence des institutions économiques mondiales et le manque de représentation des économies émergentes malgré leur participation à hauteur de 80% à la croissance mondiale correspond à la volonté chinoise de se présenter comme un des leader (avec les autres pays des BRICS)- si ce n’est LE leader[16]– de la résistance des pays dit « du Sud » face au déséquilibre des termes de l’échange en faveur des puissances occidentales. C’est cette opposition Nord/Sud qui est la source de l’échec du cycle de Doha et de l’impuissance de l’OMC à évoluer[17]. On notera que dans ce cas la Chine renoue avec la propagande de guerre froide la présentant comme championne des pays du Tiers Monde face aux blocs de l’Est et de l’Ouest[18].

cancun
Le désaccord de Cancun en 2003 est la première rencontre dans le cadre de l’OMC qui voit les pays émergents avoir suffisamment de poids pour contrebalancer la triade Etats-Unis – Union Européenne – Japon. Depuis lors les négociations sur le commerce mondiale au travers de l’OMC sont au point mort.

            En définitive si Xin Jinping a estimé dans son discours qu’ « une guerre commerciale ne profiterait  à personne » – en faisant certainement référence à Trump encore une fois. La Chine semble vouloir profiter de son avantage commercial et du marasme économique occidental avec une attitude parfois aggressive. La réaction protectionniste des états « riches » à cette progression fulgurante peut donc ouvrir à des conflits voir à une remise en cause du modèle de développement basé sur le libre échange (contre le sens de l’Histoire de l’Humanité selon le n°1 chinois).

            Le discours de Davos montre ainsi que les Chinois semblent fidèles à leur stratégie de collaboration-coercition qu’ils appliquent déjà en Mer de Chine[19].

            Reste à savoir comment ce choc entre la Chine et l’Occident va se dérouler. Il apparaît que la volonté manifeste de la Chine de modeler le monde selon ses intérêts et sa vision est soutenue par une économie offrant des moyens de pressions difficilement soutenable mais qu’elle est encore bien trop dépendante des investissements étrangers et des consommateurs occidentaux pour déclencher une guerre commerciale. Le ton du discours de Davos est d’ailleurs la preuve que la Chine cherche à maximiser ses accès aux marchés étrangers et à attirer les investissements (cf. promesses de réforme) afin de pallier au ralentissement de son économie. Il faut tout de même admettre que si la Chine continue à ce rythme il sera difficile à terme de ne pas accéder à ses revendications[20].

            Ainsi le discours gagnant-gagnant tenu par le président chinois à Davos trouve sa source dans une réalité complexe de neutralisation mutuelle mais où la Chine se trouve dans une dynamique qui lui est favorable lui permettant de se trouver au centre des circuits de économiques et d’irradier de part son développement ses partenaires économiques.

            Cette vision semble trouver son essence dans une vision traditionnelle chinoise se référant au système dit « tributaire » partageant beaucoup d’aspect avec la situation actuelle.

III) Un écho au système tributaire chinois en Asie.

            Depuis le début des réformes économiques en Chine en 1976 l’idéologie Maoïste/Marxiste-Léniniste est en perte de vitesse et la Chine opère un rééquilibrage idéologique renouant avec son Histoire millénaire et tous les éléments allant avec[21]. Si elle est toujours partisane du concept de montée en puissance pacifique, elle ne cache néanmoins plus son ambition de devenir le leader mondiale et de se venger des « traités inégaux » imposés par les occidentaux et mettant fin à la Chine Millénaire[22].

            La Chine renoue en cela avec son passé impérialiste – constituant d’ailleurs une partie importante de son ADN national comme la Russie ou les Etats Unis[23] – et donc avec le système de relation international qui en découle.

            Or à l’occasion de la rédaction de cet article j’ai pu découvrir un point de vue, dont je laisse la responsabilité à son auteur, mais qui marque bien la différence de conception des relations internationales entre le monde Abrahamique (c’est à dire découlant des trois grands monothéismes) et le monde extrême oriental irrigué par la Chine[24].

            En effet il se trouve que le système de relation internationale en Asie reposait sur un modèle hiérarchique (où les nations n’étaient pas égales) contrairement à la doctrine d’équilibre des pouvoirs ayant eu cour en Occident dès la fin de l’empire romain.

            En bref la Chine est la puissance dominante en Asie depuis l’âge d’or des Han et irradie de sa culture l’ensemble des pays de l’Est et du Sud Asiatique (à l’exception des îles Indonésiennes et Malaisiennes). Elle fournit, par l’influence de ses penseurs traditionnels, un ordre social commun à toute cette partie de l’Asie et partant une cohérence régionale où les relations entre les nations vont progressivement s’institutionnaliser et se ritualiser au début du XIVème siècle sou la dynastie des Ming.

            Ce système est organisé autour de la puissance dominante chinoise à laquelle se rattachent des pays subordonnés qui n’essaient pas de compenser cette hégémonie. Ce lien implique des droits et des devoirs réciproques[25] : les pays subordonné voient leur souveraineté reconnu (c’est à dire une grande autonomie, y compris dans leur propre relations extérieures) contre le paiement d’un tribut, l’adoption plus ou moins poussée de l’ordre social et moral chinois et un soutien militaire contre une éventuelle menace extérieure[26]. Ce système assure une cohérence de la région.

            Pour les lettrés Chinois, il s’agit pour l’empereur de manifester sa bienveillance envers les pays sous son influence en se préoccupant du bien être de leu population afin de les gagner à la culture chinoise, le soucis de la Cour impériale étant l’assimilation des population allogènes[27]. En ce sens une doctrine de non intervention et de non exploitation des subordonnés était de rigueur. Ainsi il se trouve que malgré le paiement du tribut (en or) par les pays subordonnés, la Chine n’a pas fait de profit économique de ce système du fait même que tout était mis en place pour que le privilège de commercer dévolu aux étrangers (privilège très importants au vu de la vision confucéenne du commerce[28]) soit effectif. En échange des avantages économiques accordés, l’empereur retirait une obéissance et une supériorité culturelle symbolique permettant d’orienter l’ordre social des pays subordonnés vers ses intérêts[29]. Cette organisation influençait également énormément les pays subordonnés entre eux dans le sens où il offrait un cadre d’échange commun. D’une manière générale le maintien de cette cohérence évitait des guerres couteuses en moyens et en hommes pour les deux parties.

            Ainsi le maintien de la légitimité de la puissance chinoise par les subordonnés et l’accord de la légitimité de l’empereur chinois pour les souverains étrangers par des règles clairs et un système gagnant-gagnant a permis la création d’un système régional stable favorisant le commerce mais aussi la circulation des biens culturels, des personnes et des technologies. Il s’avère que de façon empirique ce système est beaucoup plus stable que celui mis en place en occident : la région a connu beaucoup moins de conflits et les frontières ont beaucoup moins bougées depuis la dynastie des Han. Le cadre de pensée commun et les institutions du système tributaire permettaient d’éviter un règlement militaire des conflits[30]. On notera que les conflits ouverts ont éclatés dans cette partie du monde seulement lorsque il y a eu une crise dynastique en Chine (indépendance vietnamienne par exemple[31]) ou quand un état perdait son statut de pays tributaire (comme la guerre entre la Corée et le Japon au XVI ème siècle : le Japon avait alors perdu son statut de tributaire et cherchait à le regagner par l’agression de la Corée qui en était encore un[32]).

            Cette vision des rapports internationaux a volé en éclat avec l’arrivée des puissances occidentales en Asie et semble retrouver sa substance avec l’affirmation de la puissance chinoise[33].

Il faut bien entendu se garder de toute comparaison abusive étant donné que la Chine, bien que 2ème économie mondiale, est loin de tenir une position suffisamment solide en Asie pour la réalisation de ce type de projet à l’heure actuelle. Il suffit pour cela de constater les bons résultats généraux des pays d’Asie Orientale (pays « riches » et en « développement confondu ») mais également la vitalité culturelle du Japon[34] et de la Corée du Sud[35]. De la même façon le comportement agressif de la Chine avec certains de ses voisins (dans le cadre des conflits en Mer de Chine notamment[36]), les instabilités des entités composant le pays (Tibet, ethnie des Ouïghours) et les litiges frontaliers avec ses voisins[37] (même si sur le sujet de progrès notables ont été accompli avec Moscou[38]) menace le projet d’émergence pacifique de la Chine qui connaît pertinemment ses limites en matière militaire – notamment s’agissant de ses moyens de projection et de ses forces navales[39] – par rapport à la puissance américaine et ce malgré des efforts considérables en la matière[40].

Cependant il faut également bien garder en tête que l’économie florissante d’un pays aussi grand et peuplé que la Chine lui permet de mettre en place un certain de nombre de projet qui la place comme partenaire central des échanges (si ce n’est au centre) à une échelle planétaire. On pense notamment au projet de la nouvelle route de la soie[41] que Xin Jinping a évoqué dans son discours, à la domination chinoise de la vallée du Mékong (voir mon article sur Vinagéo[42]) ou encore à son hégémonie en Mer de Chine (au centre de la mondialisation, voir également un article de ma composition sur Vinagéo[43]). La Chine a également conclu un partenariat stratégique avec la Russie pour former l’organisation de coopération de Shangaï [44]et remet en cause le leadership japonais à la tête de la Banque Asiatique de Développement[45].

route-soie-rognee
Carte de la nouvelle route de la soie publiée en 2014 par les autorités chinoises à l’occasion de l’entrée de son ancêtre antique dans le patrimoine mondiale de l’Unesco.

De la même façon et bien que faisant l’éloge du libre échange, le discours de Xin Jinping à Davos semble faire apparaître un champs lexical faisant la synthèse d’une vision marxisante de l’économie et de la société (il parle notamment de la disproportion des revenus du capital et du travail), d’une doctrine anti-impériale (voir revancharde à l’occasion de certains discours) en visant l’occident (lorsqu’il parle des voies de développement imposé par certains pays) et d’une volonté affiché de lutter contre la pauvreté des pays et dans les pays (insistance sur les réalisations contre la pauvreté en Chine, évocation de l’aide au développement chinoise et défense des économies émergentes). Il semble que cette doctrine forme une base d’ordre social qui pourrait s’étendre aux partenaires de la Chine qui cherche à se positionner, encore une fois, comme championne de ces combats. Alliée avec son influence culturel traditionnelle, on pourrait estimé que cette façon de pensée forme le socle commun d’une hiérarchie régionale (voir mondiale) dans laquelle la Chine serait centrale et demanderait à être reconnu en tant que telle contre des avantages financiers et/ou militaire, ressuscitant ainsi le modèle tributaire sous une autre forme. Ce qui de plus correspondrait avec la stratégie actuelle d’émergence pacifique et à l’appel au partenariat gagnant-gagnant du président chinois ce 17 janvier à Davos.

[1] La vision écologique du candidat Trump est marquée par un retour en force des climato sceptiques et par la promesse d’un retour aux énergies fossiles. En outre le nouveau président américain avait estimé lors de sa campagne que les engagements écologiques pris par les américains handicapait l’économie et favorisait la prédation chinois (eux n’ayant pris aucun engagement en ce sens). Voir :

[2] Voir l’article « Trump veut rapatrier les emplois aux Etats-Unis… mais fait fabriquer en Chine ! » sur le blog de francetv info http://blog.francetvinfo.fr/oeil-20h/2016/10/10/trump-veut-rapatrier-les-emplois-aux-etats-unis-mais-fait-fabriquer-en-chine.html

[3] Le dumping social est employé pour désigner une pratique économique et commerciale faussant la concurrence loyale en mettant en compétition les couts du travail dans des pays où le niveau de vie et très différent. Dans les pays dits « développés » cela correspond à une recherche d’alignement du patronat sur les salaires des pays plus pauvres entrainant par conséquent une baisse notable des salaires et des avantages sociaux pour les travailleurs.

[4]Voir les premières mesures prises par Trump : http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2017/01/20/environnement-libre-echange-les-premieres-annonces-de-la-maison-blanche_5066419_829254.html et le programme publié sur le site de la Maison Blanche : https://www.whitehouse.gov/trade-deals-working-all-americans

[5] http://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/0211518963593-chine-contre-etats-unis-les-vrais-chiffres-dune-guerre-commerciale-2047120.php

[6] http://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/0211518963593-chine-contre-etats-unis-les-vrais-chiffres-dune-guerre-commerciale-2047120.php

[7] La doctrine dite de la « Chine Unique » a été inauguré en 1979 par le président Jimmy Carter et constitue le point d’orgue de l’entente sino-américaine après le rapprochement des deux pays en 1972 à l’occasion des divergences idéologiques sino-soviétique. Cette doctrine politique fait de la République Populaire de Chine (la Chine communiste) le seul Etat chinois légitime au détriment de la République Chinoise de Taïwan héritière du gouvernement de Tchang Kaï Tchek chassé du pouvoir par les communistes en 1949.

[8] http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/12/11/donald-trump-menace-de-ne-plus-reconnaitre-une-chine-unique_5047146_829254.html

[9] Le RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership) est un accord de libre échange associant la Chine, le Japon, l’Inde, l’Australie, la Corée du Sud, la Nouvelle Zélande et les dix Etats membres de l’ASEAN.

[10] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/11/20/20002-20161120ARTFIG00091-face-a-trump-la-chine-veut-imposer-sa-vision-du-libre-echange-en-asie.php

[11] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/11/19/20002-20161119ARTFIG00057-l-asie-veut-sauver-son-accord-de-libre-echange-malgre-l-election-de-trump.php

[12] Sur un plan commercial le dumping est une pratique de concurrence déloyale consistant dans la vente d’un produit en dessous des prix du marché, voir en dessous de son prix de revient afin de « casser les prix » et de ce fait de conquérir des marchés.

[13] http://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0389-octroi-du-statut-d-economie-de-marche-a-la-chine-quelles-reponses-politiques-face-au-carcan

[14] Idem

[15] https://fr.sputniknews.com/economie/201607151026703362-usa-chine-economie-statut-omc/

[16] http://www.ieim.uqam.ca/IMG/pdf/tasse_chine-leader-pvd-omc.pdf

[17] http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/l-omc-en-crise-les-brics-maitres-157836

[18] Il est nécessaire de rappeler la présence du ministre chinois des affaires étrangères Zhou Enlai à la conférence es non alignés de Bandung en 1955. Voir : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/information/lettres/dp/pdf/8093-doublepage.pdf

[19] voir mon article sur le sujet sur Vinagéo : https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-v-lambiguite-des-revendications-maritimes-chinoises-les-difficultes-de-la-merritorialisation-et-la-notion-chinoise-des-frontieres/

[20] https://asialyst.com/fr/2016/05/10/chine-l-epineuse-question-du-statut-d-economie-de-marche/

[21] Voir l’excellent article suivant : http://cerclearistote.com/la-place-du-nationalisme-dans-la-montee-en-puissance-de-la-chine-par-yakov-berger/ et mon article sur Vinagéo : https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-v-lambiguite-des-revendications-maritimes-chinoises-les-difficultes-de-la-merritorialisation-et-la-notion-chinoise-des-frontieres/

[22] Idem

[23] Voir l’entretien avec Sanjay Subrahmanyam dans le Hors Série du Monde Octobre-Décembre 2015 « Empires-4000 ans d’histoire impériale. Les nouvelles stratégies de domination »p. 66 et l’article de Brice Pedroletti « L’appétit dévorant de Pékin » dans le même magazine, p.70 .

[24] http://reseauinternational.net/pourquoi-le-discours-gagnant-gagnant-de-xi-ping-a-davos-est-il-si-peu-audible-en-occident/

[25] David C. KANG, “The theoretical roots of hierarchy in international relations”, in Australian Journal of International Affairs, 2004, Vol.58, n°3, p.339

[26] David A. LAKE, “Relational Authority and Legitimacy in International Relations”, in American Behavioral Scientist, 2009, Vol.53, n°3, p.332

[27] Li ZHAOJIE, “Traditional Chinese World Order”, in Chinese Journal of International Law, 2002, Vol.1, n°1, p.30

[28] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/11/19/reponse-aux-lecteurs-n2-le-rayonnement-civilisationnel-chinois-en-asie-orientale-partie-2-le-commerce-lusure-et-lexemple-japonais/

[29] John K. FAIRBANK, Ssu-yü TÊNG., “On The Ch’ing Tributary System”, in Harvard Journal of Asiatic Studies, 1941, Vol.6, n°2, p.140

[30] David C. KANG, “Hierarchy and Legitimacy in International Systems: The Tribute System in Early Modern East Asia”, in Security Studies, 2010, Vol.19, n°4, p.594

[31] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/12/05/reponse-au-lecteur-n3-la-forte-influence-sans-assimilation-de-la-civilisation-chinoise-sur-le-vietnam-partie-i-introduction-et-perspectives-historiques/

[32] Gang DENG, “The Foreign Staple Trade of China in the Pre-Modern Era”, in The International History Review, 1997, Vol.19, n°2, p.257

[33] Justine Colognesi, « Le système tributaire chinois sous les dynasties Ming et Qing – Une illustration historique de la hiérarchie dans les relations internationales », Cahire Baillet-Latour, Université catholique de Louvain, note d’analyse n°22, Juin 2012

[34] http://www.ina-expert.com/e-dossier-de-l-audiovisuel-asie-medias-et-soft-power/la-culture-populaire-japonaise-en-asie-de-l-est-un-soft-power-conteste.html

[35] http://www.infoguerre.fr/culture-et-influence/la-culture-au-service-de-la-puissance-sud-coreenne-5695

[36] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-vi-la-strategie-militaire-chinoise-en-mer-de-chine-lempire-du-milieu-repond-a-lappel-du-large/

[37] http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2013/05/14/inde-chine-une-rivalite-ravivee_3205910_3216.html

[38] http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/La-Chine-et-la-Russie-reglent-leur-dernier-litige-frontalier-_NG_-2008-10-15-678764

[39] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-vi-la-strategie-militaire-chinoise-en-mer-de-chine-lempire-du-milieu-repond-a-lappel-du-large/

[40] http://www.iris-france.org/62827-grande-parade-militaire-en-chine-le-choix-de-la-modernite/

[41] Voir l’excellente vidéo du dessous des cartes à ce sujet : https://www.youtube.com/watch?v=e-mVZ6k7Q68

[42] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/le-mekong-ii-quand-lhydrologie-devient-geopolitique/

[43] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-iv-la-mdc-au-centre-de-la-mondialisation/

[44] Voir Céline Marangé, « Le rapprochement de la Russie et de la Chine : le triomphe de la stratégie sur la tactique ? », note de recherche stratégique n°19-Mai 2015, Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire.

[45] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/le-mekong-iii-la-sous-region-du-grand-mekong-greater-mekong-subregion-ou-gms-en-anglais/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s