Actualités – Spécial Têt – Deux épisodes guerriers célèbres dans l’histoire vietnamienne à l’occasion du nouvel an lunaire.

            Le Tết Nguyên Ðán (littéralement “fête du premier jour de l’année”) est la fête la plus importante du calendrier lunaire vietnamien. Il a généralement lieu entre la mi janvier et la mi février. C’est une fête héritée de l’occupation chinoise et du système de relations internationales hiérarchisées extrême-oriental plaçant culturellement la Chine au centre de ce système (l’adoption du calendrier chinois base sur les phases de la Lune était un pré requis à l’établissement des liens de vassalité entre Chinois et “barbare”(voir article précédent).

            Les festivités du Têt augurent de l’année qui arrive et les rites accomplis ainsi que les personnes visitées ou qui rendent visite détermine le déroulement plus ou moins prospère et heureux de celle ci MAIS, à la différence de ce que pourrait être Noël pour les chrétiens, ce jour n’est pas réellement un jour sacré. Aussi aucune sorte de malédiction ne pourrait s’abattre sur qui l’enfreint.

            Au vu de son importance, il est néanmoins traditionnellement un jour de paix y compris durant les périodes de guerre.

        Seulement les configurations militaires étant très souvent au désavantage des vietnamiens, cette trêve a été rompue deux fois dans l’histoire afin de créer un effet de surprise à l’occasion de deux batailles célèbres illustrant fidèlement les principes de l’art vietnamien de la guerre (III) : la première, peu connue, a lieu contre les Chinois en 1788 (I) et la seconde, très connue, est l’offensive communiste du Têt 1968 (II)

I) La première offensive du Têt : la victoire militaire de Quang Trung contre les Chinois (1788).

            Si nous avons déjà évoqué cette période de l’Histoire du Vietnam il faut néanmoins faire ici un petit rappel du contexte.

            Suite à l’émancipation de la tutelle chinoise, les vietnamiens entament par à coup leur marche vers le Sud et étendent leur souveraineté progressivement. Devant cette progression le pouvoir central peine à maintenir sous contrôle les seigneurs locaux qui gagnent en influence à mesure qu’ils agrandissent leurs clientèles politiques locales.

            Au XVIIIème siècle le pays est divisé en deux parties (avec quasiment la même ligne de séparation que pendant la guerre moderne) depuis plus de cent ans et deux familles règnent au nom de la dynastie des Lê (sans pouvoir effectif) : les Trinh au Nord et les Nguyen au Sud.

            Un troisième élément va bouleverser cet équilibre précaire : une révolte paysanne éclate dans les Sud. Menée par les frères Tay Son, la révolte mène à une campagne militaire en règle en 1773. Malgré l’intervention des seigneurs du Nord, la capitale du Sud est prise en 1776 et l’héritier de la maison de Nguyen (le futur Gia Long) échappe de justesse au massacre et s’enfuit au Siam (ancêtre de la Thailande). Grace à une campagne brillante, le leader des frères Tay Son, Nguyen Hue (rien à voir avec la maison du Sud), prend Thang Long/Hanoï en 1786 et prête allégeance au souverain Lê en place, Hien Tong.

            Mais les choses changent à nouveau du fait du décès de ce dernier et de l’attitude de son successeur, Lê Chieu Thong, hostile au pouvoir des Tay Son (il veut restaurer l’autorité impériale des Lê). Parti pour le Sud combattre l’héritier des Nguyen, Nguyen Hue délègue la répression de cette rébellion au général Vu Van Nham qui une fois vainqueur se fait lui même proclamer roi. Nguyen Hue envoie deux de ses généraux mater le rebelle.

            Pendant ce temps l’empereur déchu, réfugié dans les montagnes du Nord, comprend qu’il ne peut espérer récupérer son trône qu’avec l’appui du grand voisin chinois. Il envoie donc sa mère et son fils négocier cet appui avec Sun Shiyi, vice roi du Guangxi et du Guangdong (Sud de la Chine frontalier avec le Vietnam). Ce dernier y voit une opportunité pour la dynastie Qing de placer le rebelle Dai Viet sous son administration directe, celle ci étant à l’apogée de sa puissance. L’empereur Qianlong donne son accord à une intervention et Sun Shiyi traverse les montagnes du Nord Vietnam avec quelque 200 000 hommes au motif de soutenir un vassal déchu. Le Nord est rapidement conquis et Thang Long tombe aux mains de l’empereur Lê.

            Mais les Chinois se comportent moins en allié qu‘en occupant, pillant, tuant, faisant subir brimades et humiliations à la population. Le dernier empereur Lê profite de la violence de la situation pour épurer les membres de l’administration ayant travaillé pour les Tay Son et même certains villages. L’installation des troupes et les mesures prises par les préfets chinois ne laissent aucun doute sur la volonté chinoise de rester dans le Nord du Dai Viet[1].

            La population, déjà éprouvée par la guerre civile, est au bord de la révolte. Il ne manque plus que l’étincelle.

            Celle ci proviendra d’une série de catastrophes naturelles entrainant des récoltes catastrophiques en décembre 1788. Tous ces signes sont interprétés comme confirmant que le souverain Lê a perdu la confiance céleste et qu’un changement de dynastie est requis.

            Devant cette déferlante Nguyen Hue est contraint de céder du terrain mais prépare la contre-offensive. Il se déclare ainsi Roi sous le nom de Quang Trung et dépose la dynastie des Lê. Il lève également une armée et l’entraine patiemment pendant 35 jours.

            La stratégie consiste en une attaque submersive et simultanée du dispositif chinois à la fois sur leur front et derrière leur ligne dans le but de compenser l’infériorité numérique par la surprise. Pour cela il masse secrètement des troupes dans le Nord pour former 5 colonnes.

          Il dispose pour cela d’une armée extrêmement motivée et très bien entrainée ainsi

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Commémoration de la victoire de Quang Trung et de la reconquête d’Hanoi par la poste vietnamienne.

que d’un groupe d’une centaine d’éléphants (très efficaces contre la cavalerie). Il envoie des émissaires dans tous les villages occupés et requiert de leur part un soulèvement général destiné à créer l’anarchie dans les rangs ennemis. La population étant de façon quasi viscéralement antichinoise cette tâche n’est guère difficile. Par ce fait elle fournit également un réseau de renseignement extrêmement performant à Quang Trung qui sait exactement où frapper. Une flotte de guerre est même monter pour empêcher tout appui chinois par la mer.

       En habile stratège, Quang Trung envoie dans le même temps des émissaires au commandement chinois afin de négocier une paix/reddition dans des termes que celui ci  ne saurait accepter du fait de son avantage. La délégation finit décapitée. Cette manœuvre dilatoire a pour but à la fois de gagner du temps et de conforter les Chinois dans l’idée qu’ils n’ont pas à forcer pour se saisir du reste du Vietnam. Ivre de ses victoires faciles et du titre de « Grand Tacticien » que vient de lui conférer l’empereur, Sun Shi-Yi, croyant l’armée Tay Son désemparée, décide de suspendre l’offensive le temps du nouvel An[2].

         Ainsi quand les troupes vietnamiennes passent à l’offensive le 25 janvier – veille du Nouvel An Chinois et Vietnamien – la surprise est totale pour les Chinois qui ne peuvent dès lors que reculer. Constamment harcelés et ne trouvant aucun point d’appui géographique ou auprès des civils, les envahisseurs sont incapables de se regrouper et donc de faire jouer leur avantage numérique. La retraite est transformée en catastrophe quand, lors du passage des troupes chinoises, un pont sur le fleuve rouge s’effondre sous le poids des soldats. Les chroniques vietnamiennes parlent de milliers de mort à l’occasion de cet événement.

         Défaites, les troupes chinoises se retirent. Pragmatique, Quang Trung propose la paix à l’empereur Qing et lui demande le reconnaître roi afin de perpétuer le système de relation antérieure à l’événement.

        Le Dai Viet sort unifié de cet épisode mais malheureusement le roi-stratège meurt de maladie en 1792 et ne laisse qu’un héritier âgé de 10 ans qui sera lui même renversé par le futur Roi Gia Long en 1802.

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Célébration de la victoire de Quang Trung sur l’envahisseur chinois à Hanoi dans le temple qui lui est dédié.

         La victoire de Quang Trung est écrasante : en 5 jours d’offensive les Viets ont repris Thang Long, détruit 6 forts chinois et quasiment exterminé tout les officiers supérieurs contre un ennemi deux fois plus nombreux[3]. Encore aujourd’hui cet épisode est considéré comme la plus grande réussite militaire du Vietnam. Des célébrations se tiennent même en cette occasion à Hanoï le 5ème jour du premier mois lunaire[4].

II) La seconde offensive du Têt : la victoire politique et psychologique du Viêt Công et du Nord Vietnam sur les Américains et le Sud Vietnam.

            Au vu du rayonnement de ce succès, ce n’est donc pas un hasard si les stratèges du Viet Cong et du Nord Vietnam ont voulu se placer sous ces bons hospices en lançant l’offensive du Têt 1968.

            Pour situer le contexte, le Vietnam, balloté entre les superpuissances de la guerre froide et l’actualité du conflit coréen, est coupé en deux au niveau du 16ème parallèle après l’indépendance de 1954. Au Nord se trouve la République Démocratique du Vietnam, communiste et alignée sur l’axe Moscou/Pékin et au Sud la République du Vietnam sous le patronage américain.

            Frustrés d’avoir dû se contenter d’un partage négocié du pays après huit ans de guerre, les révolutionnaires communistes de l’ex Viet Minh décident de réactiver la lutte au Sud en 1960 avec la constitution de Front de Libération National du Sud (ou Viêt Cong dans sa forme vietnamienne abrégée). Comme pour la guerre d’indépendance, la stratégie communiste consiste en une guerre révolutionnaire de type maoïste où l’établissement d’une guérilla révolutionnaire doit amener l’équilibre des forces puis, une fois l’armée conventionnelle constituée, une guerre révolutionnaire capable de renverser le régime des « fantoches » de Saïgon.

            Devant l’agressivité de la rébellion et du voisin du Nord, Ngo Dinh Diem, président du Sud Vietnam depuis qu’il a renversé le dernier empereur vietnamien Bao Dai, appel les Etats Unis à la rescousse afin de contenir «l’agression » communiste. En se basant sur la « théorie des dominos[5] », les américains commencent à envoyer des conseillers puis multiplient les « opérations spéciales[6] » afin, notamment, d’abattre les officiers politiques, épine dorsale de la propagande, du recrutement et de la formation dans les maquis Viêt Cong[7].

            L’insuffisance de ces mesures et la progression de la guérilla communiste entraine l’Amérique de Johnson dans la guerre. Le prétexte, plutôt fallacieux, du Golfe du Tonkin plonge les Américains dans la guerre de façon directe le 6 aout 1964.

            Dès lors les effectifs de GI grimpent rapidement d’environ 20 000 en 1964 à 536 000 à la fin de l’année 1968[8]. La stratégie américaine, dite d’attrition[9], se résume par la maxime « Search and Destroy » (« chercher et détruire ») qui consistait à débusquer les maquis Viêt Cong et à les détruire afin de démoraliser les efforts de guerre communistes.

            Placés dans une situation d’impasse stratégique devant la démesure des moyens employés contre eux, les stratèges commandant les armées communistes au Sud Vietnam décident de passer à l’offensive. C’est le concept dit de « l’offensive précoce » dérogeant à la stratégie révolutionnaire maoïste classique supposée être une attaque conventionnelle décisive. Il s’agit d’accélérer l’usure psychologique d’un ennemi pouvant se lasser rapidement (ses intérêts vitaux n’étant pas en jeu) et de montrer la détermination des attaquants[10].

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Carte des principaux points d’attaques du FLN lors de l’offensive du Tet 1968.

            Ainsi troupes et munitions se concentrent dans le Sud. Il s’agit, comme en 1788, d’une attaque surprise, massive et submersive sur l’ensemble du dispositif américain en profitant du repos apparent offert par le Têt. En effet depuis que les combats ont repris au Sud Vietnam en 1960, cette époque a systématiquement été une période de trêve. En complément de cette attaque un soulèvement populaire pour chasser les « impérialistes / interventionnistes américains » est également préparé à grand renfort de propagande. Les troupes « rebelles » sont bien entrainées et possèdent un moral d’acier et une détermination qui fait parfois défaut à leurs ennemis, plusieurs commandos suicides sont même formés (comme celui qui prendra d’assaut l’ambassade américaine).

            Peu avant l’attaque générale du Têt, l’armée de libération du Sud avait attaqué la base américaine de Khe Sanh le 21 janvier. Si les objectifs de cette bataille ne font pas l’objet d’un consensus chez les spécialistes, la durée du siège (77 jours, la plus longue bataille de toute la guerre), les moyens employés (utilisation de chars d’assaut part le Viet Cong pour la première fois) et surtout la quasi victoire des rebelles communistes a non seulement eu un impact dévastateur – comme on le verra plus loin – mais a aussi fixer les troupes américaines et Sud Vietnamienne près de la zone démilitarisée, empêchant un support lors de l’offensive générale du Têt.

            Malgré cette offensive prématurée sur Khe Sanh, le commandement américain est totalement pris au dépourvu quand environ 85 000 soldats communistes se jettent à l’assaut des bases américaines, des points stratégiques et des villes le 30 janvier 1968 peu après minuit. Bien que conscientes des mouvements de troupes et de matériels, les troupes américaines et sud vietnamiennes étaient peu mobilisées.

            Une fois la stupeur passée, les troupes américaines et sud vietnamiennes reprennent rapidement le terrain gagné à la faveur de la surprise même si par endroit près de la zone démilitarisée les combats continuent assez longtemps (28 jours de combat très dur à Hué et dans les alentours).

            Le bilan humain est très lourd pour les assaillants (environ 40 000 morts et prisonniers côté communiste contre environ 12 000 en face[11]) et le soulèvement populaire n’a pas eu lieu, il a même semblé que les populations cherchaient la protection américaine : l’opération du Têt 1968 est un échec militaire complet et les 8 ans de concentrations des forces pour la troisième phase de la guerre révolutionnaire sont perdus. Par la suite l’opération dite « Phoenix » menée par les services secrets américains finira de débusquer et de neutraliser les agents communistes qui ont du se découvrir lors de l’attaque, anéantissant le réseau de renseignement et de propagande Viet Cong[12].

            Seulement l’offensive constitue un succès certains sur le plan psychologique et moral :

  • D’abord la tactique de la guerre d’attrition du général Westmorland est un échec total et de plus en plus de membre de l’état major américain deviennent conscient du « bourbier » vietnamien. En plus d’être inefficace – les Viet Cong ayant étendu leur influence à la suite de l’offensive[13] – le décompte macabre qu’elle implique entraine des dérives de la guerre comme le massacre de My Lai[14], qui depuis l’ouverture des archives de la CIA, n’apparaît plus comme un cas isolé[15].
  • Ensuite en attaquant les villes, les Viet Cong ont réussi à dégarnir les campagnes des troupes de l’armée Sud Vietnamienne et américaine et – en plus de gagner du terrain et de mettre en faillite la « contre-insurrection – a totalement sapé la confiance des populations sud vietnamiennes dans le gouvernement.
  • Enfin le choc de l’attaque sur l’opinion publique américaine est immense. A contrario des promesses de l’armée, il semble que la guerre dure longtemps et ses justifications paraissent de moins en moins crédibles. Par ailleurs le maintien de 524 000 recrues sur ce théâtre d’opération, le poids des impôts nécessaire pour la guerre ainsi que la mise en place de la conscription fini de marquer la guerre du Vietnam du sceau de l’impopularité. Le fait que l’attaque se doit déroulée sous l’œil même des caméras et que certains « sanctuaires » américains soient pris et tenus par des commandos font disparaître toutes les certitudes des pros guerres, dans l’armée comme dans la population.
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Double page du magazine Life lors de la reprise de l’ambassade américaine par la police militaire et les GI’s. Le déroulement de l’offensive juste en face de l’objectif des journalistes a fourni une importante quantité d’illustrations du chaos et du manque de maitrise américain.

         En définitive l’année 1968 marque incontestablement un tournant dans la guerre du Vietnam. 10 mois après l’attaque du Têt, Richard Nixon est élu sur sa promesse de mettre fin à la guerre et des négociations – officielles et secrètes – sont envisagées à Paris dans le cadre d’un désengagement américain. Sur le terrain cela va se traduire par la fin de la tactique d’attrition et le début du désengagement américain par la « vietnamisation » de la guerre. Il s’agit dès lors pour les Etats Unis de trouver une « paix honorable » par la prise de relai de l’armée du Sud Vietnam et par la pression exercée sur le Nord Vietnam par une série de bombardement massif.

III) Les offensives du Têt : deux illustrations pertinentes de l’art de la guerre vietnamien.`

« L’ennemi en général se fie au nombre, et nous ne disposons que de faibles effectifs. Combattre le long avec le court, tel est l’art militaire. »

Trần Hưng Đạo[16] après sa victoire sur les armées sino-mongole.

« Notre art militaire est l’art de “vaincre le grand nombre par le petit nombre”. Les guerres nationales, dans le passé comme de nos jours, ont posé à notre nation une exigence stratégique impérieuse : vaincre des ennemis possédant des armées nombreuses et un potentiel économique et militaire de plusieurs fois supérieur au nôtre. »

Võ Nguyên Giáp, Guerre de libération : politique, stratégie, tactique, Paris, Éditions sociales, 1970.

            Formée dans la matrice des guerres de résistance contre le puissant voisin du Nord la pensée guerrière vietnamienne figure comme l’une des plus originales et efficaces au monde. Alliant formation classique chinoise et expériences tirées de l’Histoire, elle est constituée d’un certain nombre de constantes afin de palier à la disproportion des moyens et à la faiblesse apparente des armées vietnamiennes. Ces faits guerriers du même type sont tellement récurrents dans l’Histoire vietnamienne qu’un chercheur du nom de Goerges Condominas est allé jusqu’à parlé de spécificité culturelle[17].

           Ainsi si les deux offensives du Têt sont deux victoires vietnamiennes sur des plans différents et à des époques éloignées l’une de l’autre, il n’en demeure pas moins qu’elles témoignent de ces constantes dans la pensée guerrière vietnamienne : importance du mouvement (les allés-retour de Quang Trung avant la bataille où les capacités logistique sur la piste Ho Chi Minh en préparation de l’offensive), systématique de l’initiative pour démoraliser et prendre l’ennemi à contrepieds, soutien de la population (même si le soulèvement général n’a pas eu lieu lors de l’offensive de 1968, les capacités de propagandes, de recrutement et de logistiques du Viet Cong témoignent d’un soutien populaire certain), « guerre totale »/ « stratégie intégrale » au sens où l’ensemble des facteurs locaux spécifiques sont utilisés pour faire plier l’ennemi, importance primordiale accorder à la valeur des troupes et à la souplesse de la tactique (moral constamment fort et capacité d’adaptation politique et tactique pour attendre le « moment opportun »)[18].

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Sun Yat Sen (a droite) dinant avec des conseillers militaires soviétique à Canton dans les années 20. Il a fondé l’école d’officier de Whampoa alors que le Sud de la Chine était le laboratoire révolutionnaire de l’Asie.

A noter que ces constantes ont trouvé un relai dans le monde moderne par la greffe des techniques révolutionnaires marxistes dont se sont imprégnées Ho Chi Minh aussi bien que le général Giap[19]. Ainsi les principes marxistes insistant notamment sur les moyens de propagande, l’alternance des opérations de guérilla et de guerre régulière, la terreur d’Etat (terrorisme sélectif alimentant la guerre civile) furent introduits pour compléter l’arsenal conceptuel et tactique vietnamien. La formation des officiers vietnamiens à l’école des cadets de Whampoa à Canton à partir de 1924 compléta la formation militaire par l’adaptation de ces concepts tactiques aux armes et aux moyens techniques modernes[20].

L’offensive du Têt 68 est en cela une belle démonstration du haut degré de maitrise par les stratèges vietnamiens de la dialectique entre les arts militaires, politiques et diplomatiques ainsi que des moyens de mobilisation de la société . C’est précisément ces capacités qui ont contribuées à faire d’une défaite militaire cinglante une victoire à terme.

[1]Spencer C. Tucker, A Global Chronology of Conflict: From the Ancient World to the Modern Middle East (6 volumes): From the Ancient World to the Modern Middle East, ABC-CLIO, 23 déc. 2009, p.960

[2] http://www.historynet.com/the-first-tet-offensive-of-1789.htm

[3] Spencer C. Tucker, The Encyclopedia of the Vietnam War: A Political, Social, and Military History, 2nd Edition (4 volumes): A Political, Social, and Military History,

ABC-CLIO, 20 mai 2011, p.454

[4] http://lecourrier.vn/le-tet-de-la-grande-victoire/111669.html

[5] Introduite par le président américain Dwight Eisenowher lors de la conférence au sujet de la paix en Corée et au Vietnam à Genève le 7 Avril 1954, la théorie des dominos induit que si l’un des pays d’Asie du Sud Est tombe dans l’escarcelle communiste ses voisins vont nécessairement suivre. Succédant à la stratégie du « containment », elle revenait dans les faits à dire que la défense de la sécurité américaine se trouvait en Asie du Sud Est.

[6] Les « opérations spéciales » ou « black ops » en anglais, désignent les opérations clandestines menées par les Etats Unis dans le Sud Est Asiatique avant leur entrée en guerre officielle en 1965. Plusieurs groupes se sont particulièrement illustrés durant cette montée en puissance des forces américaines : les bérets verts, les Navy Seal, le LRRP, le MACV-SOG.

[7] Voir le Chapitre 5 du livre de Thomas K. Adams, US Special Operations Forces in Action: The Challenge of Unconventional Warfare, Routledge, 10 sept. 2012. (disponible en ligne)

[8] http://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1970_num_25_5_14734

[9] Dans le cadre militaire l’attrition consiste en la diminution général des moyens de l’ennemi à faire la guerre par une mise sous pression constante.

[10] http://www.diploweb.com/La-pensee-strategique-vietnamienne.html

[11] Eric Nguyen, La politique étrangère des Etats-Unis depuis 1945: de Yalta à Bagdad,

Studyrama, 2004, p.85

[12] Jacques Portes, Les Américains et la guerre du Vietnam, Editions Complexe, 1993, p.190 et 191

[13] David F. Schmitz, The Tet Offensive: Politics, War, and Public Opinion, Westport CT, Praeger, 2004, p.109

[14] Afin de convaincre l’opinion américaine, l’état major américain désirait prouver l’efficacité de ses opérations en comparant le nombre de perte de GI avec le nombre d’agent Viet Cong. Poussés à « faire du chiffre », certaines unités américaines ne s’embarrassaient pas de ce détail et massacraient purement et simplement des populations civiles comme dans le village de My Lai, lieu du massacre de 300 à 500 civils vietnamiens.

[15] Pierre Journoud, « Secret et stratégie pendant la guerre du Vietnam », Bulletin de

l’Institut Pierre Renouvin 2012/2 (N° 36), p. 57-80.

[16] Général vietnamien ayant défait la flotte d’invasion de la Chine Mongole de « l’invincible » Kubilai Khan

[17] Condominas Georges, « La guérilla viet. Trait culturel majeur et pérenne de l’espace social vietnamien », L’Homme, 4/2002 (n° 164), p. 17-36. Disponible sur : http://www.cairn.info/revue-l-homme-2002-4-page-17.htm

[18] Boudarel Georges. Essai sur la pensée militaire vietnamienne,:L’Homme et la société, N. 7, 1968. numéro spécial 150° anniversaire de la mort de Karl Marx. pp. 183-199. Disponible en ligne sur Persée : http://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1968_num_7_1_1109

[19] Le premier est le pionnier des auteurs stratégiques vietnamien en rédigeant des plaquettes sur l’art de la guérilla et les expériences des soldats chinois menés par Mao ainsi qu’en traduisant les œuvres de Sun Tsu et plusieurs classiques chinois. Le second est journaliste et chroniqueur de guerre lors de la longue marche de l’armée de Mao, il devient par la suite traducteur de ses œuvres puis professeur d’histoire.

[20] Boudarel Georges. Essai sur la pensée militaire vietnamienne,:L’Homme et la société, N. 7, 1968. numéro spécial 150° anniversaire de la mort de Karl Marx. P188 . Disponible en ligne sur Persée : http://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1968_num_7_1_1109

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