Défi 30 jours/30 articles #1 – Introduction et Pham Xuan An (1927-2006) – « L’espion parfait »[1].

Comme les prochains articles demandent un travail de fond plus important qu’à l’habitude, j’ai choisi, pour patienter, de me lancer un petit défi en publiant en 30 jours 30 articles centrés sur des mots ou groupe de mots associés à l’histoire et à la géopolitique du Vietnam (j’ai pris exemple sur deux chaines youtube que j’ai découvert en procrastinant et proposant un défi similaire : Teddyboy RSA: https://www.youtube.com/watch?v=YMP3VNPi-Ys&index=2&list=PL9jCZn7aVAdBq3b1wWs84dYzV0iiB54DO   et Autodisciple: https://www.youtube.com/watch?v=nKYtf8n7vSs, allez voir ça c’est bien!). J’en profite donc pour aborder certains personnages, faits historiques ou concept dont j’ai déjà parler rapidement sans avoir la possibilité de détailler ou dont la subtsance n’est pas suffisante pour en faire un article normal.

 

Pham Xuan An (1927-2006) – « L’espion parfait »[1].

 

« Nous sommes maintenant dans la salle d’opération américaine » plaisanta le Général Vo Nguyen Giap en évoquant le service d’espionnage du Nord Vietnam. Il faisait en cela référence à la qualité des rapports d’un des espions les plus prolixe de la guerre du Vietnam (si ce n’est de la guerre froide) : Pham Xuan An.

Sous couvert d’un poste de journaliste à plein temps pour le Time Magazine, il fait passer de nombreux rapports sur les activités américaines que cela soit sur les troupes, la tactique, la situation politique, les renseignements dont l’ennemi dispose. Il s’est notamment illustré en révélant très rapidement (1961) les plans de la stratégie de contre insurrection/guerre d’attrition que les conseillers et forces spéciales américaines venaient appliquer au Vietnam. Il s’illustre également en fournissant des preuves à Hanoï que les Etats Unis n’interviendront pas en cas d’offensive générale Nord Vietnamienne sur le Sud en 1973.

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Edward Lansdale, expert en contre-insurrection marxiste et tête pensante de la CIA durant la deuxième guerre d’Indochine

Il débuta très tôt sa carrière au sein des renseignements communistes vietnamiens étant donné qu’il commença en 1944 comme simple messager alors que le Viet Minh préparait l’insurrection contre les Français, il n’avait alors que 16 ans. Repéré par le docteur Pham Ngoc Thach, médecin personnel d’Ho Chi Minh, il intègre pleinement le service de renseignement communiste en 1952 tout en faisant partie de l’armée « fantoche » combattant au coté des français. Intelligent et parlant parfaitement le français et l’anglais, il parvient à être affecté au bureau de liaison militaire franco-américain où il opère comme « taupe ». C’est à cette époque qu’il rencontre le légendaire Colonel Edward Landsdale[2], avec qui il restera en contact jusqu’à la fin de la guerre.

Voulant pousser leur avantage, les dirigeants du Viet Minh envoyèrent en 1957 le jeune, mais non moins prometteur, espion suivre une formation de journaliste au Fullerton College en Californie. Il rentrera prématurément après 2 ans d’études (au lieu de 4), alors que la répression des activités communistes au Sud Vietnam avait détruit 80% du réseau de renseignement vietnamien.

Débute alors une double vie qui ne s’arrêtera qu’à la chute de Saigon en 1975. D’abord journaliste pour l’Associated press puis pour Reuters et enfin pour le Time Magazine, il était également chargé par Tran Kim Tuyen, patron des renseignements Sud Vietnamiens, de gérer les correspondants de l’agence de presse officielle du Sud Vietnam.

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Le journaliste-espion Pham Xuan An à Saïgon durant les années 60. Afin de passer inaperçu lors de ses reconnaissance ou de ses prises de contacts avec ses intermédiaires il s’est spécialisé dans l’achat et le dressage de chiens et d’oiseaux rares.

Homme affable et journaliste de grande qualité, il sympathise avec tout ceux qu’il faut connaître à Saigon pour avoir des renseignements, incluant des journalistes, des hauts gradés de la CIA et de l’armée Sud Vietnamienne, des membres du gouvernement sud vietnamien. Ils avaient ses entrées absolument partout (ambassade américaine, CIA, présidence, état major) à tel point que certains pensaient qu’il travaillait pour le renseignement américain[3].

Malgré la chute d’une trentaine de personnes censées l’appuyé il ne fut jamais inquiété par le contre espionnage du Sud Vietnam et les américains n’auront la mauvaise surprise de connaître sa véritable fonction qu’à l’occasion son élévation au rang de « Héros de la nation » par la république socialiste du Vietnam en 1978.

Resté largement discret sur ses activités durant la guerre, il n’en subit pas moins la défiance des autorités communistes après la réunification.

En effet si Pham Xuan An devint légendaire pour sa vie d’espion, il représente à lui seul la complexité du conflit vietnamien dans le sens où bien qu’américanophile, il s’est engagé en tant que patriote en estimant que ni les Français, ni les Américains n’étaient légitime au Vietnam et que le pays devait être réunifié. Mais il n’entretenait aucune haine à l’endroit des populations de ces pays et a même conservé de nombreuses relations amicales avec des amis de l’époque de la guerre du Vietnam.

Ayant vécu aux Etats Unis et dans le confort capitaliste, son élévation au rang de « Héros de la Patrie », ses quatre médailles pour « Exploit de Libération » et ses 6 médailles pour mérite en tant que « soldat de l’émulation » n’empêchent pas la défiance du régime. Après la guerre il suit des cours de rééducation politique – « gentils » selon ses propres dires – où il s’avère très médiocre. Il finira sa vie en résidence surveillée et n’aura jamais obtenu le droit de sortir du pays ou bien même de communiquer directement avec l’extérieur du pays.

Beaucoup de ceux qui l’ont fréquenté à partir des années 90 témoignent de son amertume quant à l’évolution du pays et notamment vis à vis de la corruption, lui qui n’aura touché à la fin de sa vie qu’une pension de général de brigade avoisinant les 30dollars/mois. Reconnaissant admirer les révolutionnaires communistes des premières heures pour leur nationalisme et leur dévouement à la cause, il ne manquait jamais par sa dérision acerbe – et fort peu appréciée – de mentionner le décalage entre la propagande du régime et ses réalisations.

 

A lire sur ce sujet : Jean Claude Pomonti, « Un Vietnamien bien tranquille : l’extraordinaire histoire de l’espion qui défia l’Amérique ».

[1] Lire l’excellent livre de Larry Berman, « Perfect spy – The incredible double life of Pham Xuan An », First Smithsonian Books, 2007.

[2] Edward Lansdale est un officier du renseignement américain très connu pour avoir mis sur pieds les opérations spéciales américaines avant leur entrée définitive dans le conflit. Après avoir opéré en Asie pendant la seconde guerre mondiale il se fait connaître en réprimant avec succès les révoltes marxistes des paysans phillipins puis indonésiens à la fin des années 60. Il demeura un des spécialiste les plus connu de la contre insurrection.

[3] http://www.forumvietnam.fr/forum-vietnam/le-vietnam-son-passe-son-histoire-12/pham-xuan-l-espion-qui-en-savait-trop-11332/

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