Défi 30 jours/30 articles #4- Alexandre Yersin (1863-1943).

            220px-petit-yersinMédecin et biologiste franco-suisse, il est notamment connu pour avoir isoler le bacille de Yersin ou bacille de la peste noire, qui a tout de même décimé le tiers de la moitié de la population européenne entre 1347 et 1352 (environ 25 millions de mort)[1], et pour avoir développer un sérum et un vaccin pour le combattre en 1894. Il est également le dernier survivant des collègues de Pasteur.

            Il est à la fois représentatif du paradoxe colonial et de la capacité des vietnamiens à « accueillir l’universel[2] » en étant parmi les (très rares) figures coloniales que le pays honore.

            Né à Lavaux (Canton de Vaud, Suisse), il suit des études médecines en Suisse puis en Allemagne avant de rencontrer Emile Roux qui le fait entrer dans le laboratoire de Louis Pasteur et à l’Ecole Normale supérieure en 1886.

            Du fait de son caractère timide et de son tempérament passionné, il quitte la France après 4 ans de travail dans le laboratoire de Pasteur (où son travail sur la diphtérie avec Roux a « ouvert l’étude des maladies microbiennes toxiques » selon ce dernier) et s’engage en tant que médecin dans la Compagnie des Messageries Maritimes. Affecté sur la ligne Saigon-Manille, il s’éprend rapidement de la toute nouvelle Indochine et sent une âme d’explorateur s’éveillée.

            Il quitte les Messageries en 1891 pour satisfaire sa curiosité. Il est dès lors affecté, à sa demande, dans le corps de santé des troupes coloniales du pays Moï (centre-sud du Vietnam). Pourvu de ce statut, Yersin mène 3 missions d’explorations (sans escorte, sinon c’est trop facile) entre 1892 et 1894 sur les hauts plateaux entre la Cochinchine, l’Annam, le Laos et le Cambodge. Il est en cela celui qui découvrit le plateau de Lang Bian où fut fondé l’actuelle Dalat, capitale du café, du vin et des légumes frais vietnamiens.

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Laboratoire de Yersin à Honk Kong en 1894

En Juin 1894, il est envoyé à la demande du gouvernement français et de l’Institut Pasteur à Hong Kong pour étudier l’épidémie de peste qui y sévit. Il parvient, avec un équipement de fortune, à isoler le bacille de la peste et met en évidence le rôle des rats dans la transmission de la maladie. Dès le début de l’année 1895, il est à l’institut Pasteur à Paris pour mettre au point un sérum et un vaccin contre la peste.

            Il partage dès lors son temps entre le perfectionnement de ses sérums et vaccins dans son laboratoire sur le domaine de Suoi Dau, la direction des Instituts Pasteurs de Saigon et de Nha Trang et ses expériences agricoles afin (entre autre) d’acclimater les plantes nécessaire à la production de quinine (antipaludique puissant) pour la colonie et la métropole. Il fondera également en 1902, à la demande du gouverneur générale d’Indochine Paul Doumer, l’université de médecine d’Hanoï à destination des « indigènes »

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Buste d’Alexandre Yersin à Nha Trang.

            En tant que directeurs des Instituts Pasteur, il joua un rôle moteur dans l’œuvre médicale française en Indochine (peste et choléra contenu, variole devenant épisodique, recul de la tuberculose, trachome et maladies vénériennes globalement en recul) même si celle ci doit être comprise comme faisant parti du plan de « mise en valeur des colonies [3][4]» d’Albert Sarraut (dont découle également le concept d’association franco-annamite [5]). Il a également été un pionnier dans la recherche agricole, notamment sur l’acclimatation de certaines plantes comme l’hévéa qui fera les beaux jours de l’Indochine Française et le malheur des coolies[6] .

            L’histoire du Vietnam l’a néanmoins retenu pour ce qu’il était : une personne douée d’une avidité sans limite dans le domaine de la connaissance mais n’étant guère intéressé par les honneurs. Il vivait au milieu de la population locale sans aucun problème et maitrisait parfaitement le vietnamien. Il est par ailleurs établit que Yersin s’est opposé plusieurs fois aux autorités coloniales en prenant faits et causes pour les « indigènes » lors de différents litiges ainsi qu’en s’élevant contre les quotas d’alcool que l’administration imposait à ses sujets coloniaux. Il eu notamment une phrase sans équivoque en 1890 (dans une lettre adressé à sa mère) : « demander de l’argent pour soigner un malade, c’est un peu lui dire la bourse ou la vie ! »[7].

           

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Cérémonie en l’honneur de la mémoire d’Alexandre Yersin dans sa ferme près de Nha Trang (2013)

Afin de bien comprendre pourquoi sa mémoire est encore honorée par les Vietnamiens, il faut également préciser que la vision marxiste, toujours d’actualité, sur la colonisation est double dans le sens où la colonisation procédait d’une logique prédatrice du Capital mais mettant à bas la société traditionnelle « féodale » pour accomplir l’Histoire en la transformant en société capitaliste moderne (dénouement inévitable de l’évolution des sociétés humaines quelle qu’elles soient selon Marx et Engels)[8]. En ce sens les marxistes vietnamiens tendent à voir dans Yersin un scientifique ayant apporter sa contribution en terme de modernité par le progrès de la médecine et ayant contribué au schéma agricole industrielle coloniale dont le pays est aujourd’hui encore bénéficiaire ( 2ème exportateur de café, thé, 1er /2ème exportateur de riz et légumes maraichers notamment).

[1] https://www.youtube.com/watch?v=Lfd2AL-tnwM

[2] Jean-Claude Pomonti, Vietnam- L ‘éphémère et l’insubmersible, Collection l’âme des peuples, 2015, p.62

[3] Pierre Brocheux, Une histoire économique du Viêt Nam (1850-2007). La palanche et le camion, Les Indes savantes, 2009, p.29

[4] La mise en valeur des colonies correspond au recours systématique à la science pour augmenter les rendements des colonies en adoptant le modèle anglais et surtout néerlandais en matière de gestion.

[5] Sujet d’un prochain article.

[6] Idem.

[7] https://www.herodote.net/20_juin_1894-evenement-18940620.php

[8] Karl Marx eut l’occasion d’exprimer son point de vue sur le colonialisme lors de divers articles de presse lorsqu’il était établi à Londres. Ces articles ainsi que ceux d’Engels sont disponibles dans le recueil K. Marx et F.Engels, Du colonialisme en Asie. Inde, Perse, Afghanistan, Mille et une nuits, Paris, 2002, édition établie par et postface de Gérard Filoche.

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