Défi 30 jours/30 articles #7 – La religion Cao Daï – Saint Victor Hugo et Sainte Jeanne d’Arc au Vietnam.

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Décoration d’une église Cao Daï dans le Sud Vietnam. On voit à gauche le fondateur de la religion, Victor Hugo et Lao Tseu écrire la profession de foi Cao Daï avec « Dieu et Humanité » et « Amour et Justice »

La religion Cao Daï est une religion syncrétique[1] mêlant conceptions catholiques du Dieu Unique et clergé de type romain (avec pape, évêque, etc…), Confucianisme (comportement moral), le Taoïsme (recherche ascétique de plénitude et initiation ésotérique), et le Bouddhisme (théorie du Karma et réincarnation). La conception caodaïste entend les religions comme autant de voie vers Dieu (comme concept) toute basée sur le concept de Justice et d’Amour et formant une même Vérité. C’est ainsi que le panthéon caodaïste regroupe une foule de personnes considérées comme saintes indépendamment de leur ethnie ou religion, on trouve entre autre Jesus, le Bouddha, le Prophète Mohammed, Jules César, Périclès, Sun Yat Sen, Victor Hugo, Shakespeare ou encore Jeanne d’Arc[2].

Les caodaïstes se représentent eux même comme les participants à un mouvement d’harmonisation des religions voulu par Dieu lui même[3], ce qui mène à une Foi très équilibré du point de vue des croyances et de la pratique. Ainsi le but de la religion Cao Dai consiste en la délivrance des Hommes de la servitude du Karma et de la chaine de la réincarnation (Bouddhisme) afin de rejoindre le Dieu Unique (qui se confond avec le principe taoïste de Tao[4]) au Nirvana/Paradis.

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L’ésotérisme a une place importante dans la religion Cao Daï : on peut voir ici le symbole de l’oeil de la Providence emprunté à la représentation maçonnique.

S’agissant de la pratique, elle suit la division traditionnelle entre les pratiquants choisissant la voie monastique (c’est à dire devenir moine) et les laïques vivant une vie « normale ». Les premiers sont initiés à plusieurs rituels ésotériques (qui seraient trop longs à développer ici) basés sur la méditation/prière afin de « progressivement éradiquer le moi inférieur (mauvais) et développer l’élément divin en soit dans le but d’atteindre l’unité avec l’Etre Suprême . Les pratiquants laïques quant à eux doivent : 1) cultiver les 5 vertus et 3 devoirs confucéens ( devoirs hiérarchiques citoyen/Roi, père/fils, mari/femme et vertus d’humanité, de civilité, de connaissance, de loyauté et de sens de l’obligation), 2) cultiver le Bien et rejeter le Mal, 3) observer les 5 préceptes (ne pas tuer, ne pas voler, interdiction de l’adultère, interdiction de l’ivresse, ne pas pécher par la parole (calomnie, mensonge, diffamation, etc…), 4) pratiquer le végétarisme au moins 10 jours par mois pour purifier le corps et préserver les animaux, 5) prier au moins une fois par jour et suivre les cérémonies à l’église. A noter que depuis la réunification du pays le gouvernement vietnamien a interdit la pratique d’invocation et de dialogue avec les esprits.

Aujourd’hui l’Eglise caodaïste revendique près de 6 millions de fidèles (soit le double des 2,8 millions estimés par le gouvernement) et concentre ses 1290 lieux de culte principalement dans le Sud du Vietnam. Le « Saint Siège » caodaïste se trouve à Tay Ninh (environ 300 kilomètres au nord d’Ho Chi Minh Ville).

A noter que l’architecture des lieux de cultes caodaïstes est à l’image de la doctrine prescrite en ce qu’elle présente un mélange intrigant mais réussi d’éléments des religions catholiques, bouddhistes et taoïste.

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Principale église Cao Daï à Tay Ninh dans le Sud du Vietnam.

Plusieurs auteurs occidentaux soulignent que la religion Cao Daï est moins un système philosophique autonome qu’une réactivation des religions protestataires traditionnels (bouddhisme et taoïsme) teinté de modernité occidentale par l’intégration d’élément de culte catholique. D’un point de vue sociologique le mouvement Cao Daï fut un mouvement prenant acte de l’aliénation culturelle coloniale et cherchant à préserver ou à ressusciter les liens de solidarités traditionnelles sous une nouvelle forme. Le mouvement est de ce point de vue conservateur et antirévolutionnaire, ce qui explique son antagonisme évident avec les mouvements communistes vietnamiens[5].

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Ngo Van Chieu, fondateur de la religion Cao Daï

Cette religion à été fondée par un certain Ngo Van Chieu, fonctionnaire au service de l’Indochine Française, en 1926 après que celui ci soit sujet à des révélations divines depuis 1919.

Les autorités françaises ne sont pas hostiles à ce mouvement religieux car celui ci est alors apolitique et ne s’occupe que des âmes. Cependant l’occupation japonaise de l’Indochine Française à partir de 1941 pousse progressivement la communauté à se politiser et à s’armer dans une perspective de résistance et de libération nationale.

Lors du départ des Japonais et de la mise en place du conflit colonial, les caodaïstes forment une force politique et militaire effective avec laquelle il faut compter. Ils sont donc courtiser autant par les Français que le Viet Minh. Ces derniers seront pourtant rejetés car voulant noyauter le mouvement pour l’inféoder à l’idéal marxiste-léniniste. Les autorités coloniales rapatrièrent donc le Pape caodaïste Pham Cong Tac en 1946 de Madagascar (où il avait été exilé par les autorités Vichyste pour entrave à l’amitié franco-japonaise) et le 8 janvier 1947 il signe un partenariat militaire avec la France afin d’intégrer le gros des forces Cao Daï dans le corps expéditionnaire français. La sortie de cette neutralité est considérée comme une véritable trahison pour le Viet Minh et marque une étape importante dans la montée de la guerre civile entre les Vietnamiens.

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Le général Jean de Lattre de Tassigny. Cumulant les pouvoirs civils et militaires de fin 1950 à fin 1951, il fut le seul commandant français à saisir la tactique vietminh et à leur reprendre l’initiative. Malade, il mourra cependant en Janvier 1952.

Cette coopération ne doit cependant pas masquer le fait que l’Eglise caodaïste cherche avant tout sa propre indépendance et que l’alliance avec les français demeure une décision opportune afin de reconstruire l’organisation après la répression durant l’occupation japonaise. Elle prendra d’ailleurs fin avant l’indépendance du Vietnam, après que le Pape caodaïste et le commandant du corps expéditionnaire français, le général Jean de Lattre de Tassigny, entre en conflit ouvert à propos du commandement des forces caodaïstes. Suite à cette altercation Pham Cong Tac se déclare chef suprême de ces forces et rompt avec les militaires français en 1952.

Suivant la défaite française de Dien Bien Phu le 19 Mai 1954 et les accords de Genève concernant l’indépendance du Viet Nam en juillet 1954, les caodaïstes acceptèrent l’autorité de gouvernement de Saïgon.

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Ngo Dinh Diem fut premier ministre du Sud Vietnam de 1954 à 1955 puis président de 1955 à 1963. Son aveuglement et ses manière brutales seront en grande partie les causes de la guerre civile au Sud Vietnam et de son propre assassinat par ses généraux.

Mais rapidement les rapports se détériorent avec le premier ministre du Sud Vietnam, Ngo Dinh Diem, catholique quelque peu extrême voyant d’un mauvais œil l’Eglise Cao Daï. Celle ci pratiqua donc une guérilla propre contre les forces gouvernementales en même temps que d’autres groupes armés comme la secte des Hoa Hao, la milice Binh Xuyen et quelques unités catholiques. En 1957 Diem en appellera à Washington pour augmenter l’aide militaire en contrepartie d’une répression extrêmement violente (les Etats Unis ne voulaient pas d’une neutralisation de la zone et cherchèrent le moindre casus belli pour s’engager au Vietnam[6]) dont sortira une guerre civile sanglante au Sud et ouvrant des espaces pour la future guérilla Viêt Cong.

La répression de Saïgon fut telle que le mouvement se concentra d’avantage sur sa doctrine religieuse sans pour autant abandonné la lutte armée pour son propre compte, la seule perspective politique caodaïste étant de préserver un espace autonome au sein d’un Etat quel qu’il soit[7].

Pris entre deux feux (armée du Sud Vietnam et rebelles communistes), l’Eglise caodaïste n’était donc guère appréciée par le gouvernement d’Hanoï après la réunification. Ainsi l’ensemble des terres et lieux de culte furent confisqués et 4 hauts dignitaires ayant collaborés avec l’ex gouvernement de Saïgon furent exécutés en 1979.

La situation ne revint à la normale qu’en 1985 quand les possessions furent restituées. Aujourd’hui le caodaïsme est une des 6 grandes religions du Vietnam.

[1] Une religion syncrétique est une religion présentant une Foi originale na pouvant être rattaché uniquement à un mouvement déjà existant (dans le cas contraire c’est une « branche) et combinant de ce fait des composantes de plusieurs autres religions.

[2] http://www.religionfacts.com/cao-dai

[3] http://www.caodai.org/web/content.aspx?pageID=1

[4] Pour plus de détails voir mon explication du taoïsme dans l’article suivant : https://vinageoblog.wordpress.com/2016/09/12/fernand-braudel-grammaire-des-civilisations-chapitres-sur-lextreme-orient-partie-ii-analyse-de-lextreme-orient-et-de-la-chine-classique/

[5] https://www.monde-diplomatique.fr/1982/09/HEMERY/36908

[6] Devillers Philippe. La politique française et la seconde guerre du Viet Nam. In: Politique étrangère, n°6 – 1967 – 32ᵉannée. p.569-604;

[7] https://www.monde-diplomatique.fr/1982/09/HEMERY/36908

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