Défi 30 jours/30 articles #8 – Hoa Hao – Le bouddhisme vietnamien réformé.

             Tout comme la religion Cao Daï, le mouvement Hao Hoa émerge à la fin des années 20/début des années 30 dans un contexte de misère paysanne et de délitement culturel par l’aliénation coloniale et ce notamment dans le clergé bouddhiste[1]. Le Bouddhisme Hoa Hao se réclame de ce fait de plusieurs mouvements réformateurs antécédents (dont il serait trop long de parler en détail) fortement antifrançais[2].

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Huynh Phu So, fondateur de la religion Hao Hoa.

            Cette religion a été fondée par Huỳnh Phú Sổ et porte le nom de son village d’origine. Souffrant de troubles lors de sa jeunesse, son père l’emmène auprès d’un ermite bouddhiste sur le mont Sam afin de le guérir. Il revient dans le monde public se déclarant guéri et affichant sa volonté de réformer le bouddhisme alors en vigueur au Vietnam.

            Sa doctrine est relativement simple : il faut rendre au bouddhisme sa pureté originelle en le débarrassant des nombreuses superstitions et « pratiques impures » (transes, divination, médium, utilisation d’amulettes) et en l’adaptant à la société vietnamienne alors très pauvre. Il est donc nécessaire de rendre leur importance aux « 4 nobles Vérités » en suivant l’ « octuple sentier » et en respectant les 5 interdits[3]. Ainsi le rite est dépouillé de tous faste que cela soit des temples (remplacé par des salles de prêche quasi laïque) ou sur les autels sur lesquels aucune image de Bouddha ou des esprits n’est tolérée, un simple morceau de tissu brun suffit ou pour les cérémonies (simplification stricte des cérémonies). Les sacrifices carnées et de riz gluant ainsi que les objets à bruler en fin de sacrifice sont proscrits afin de rendre son aspect simple et pauvre au Bouddhisme originel. Il n’est pas nécessaire d’être moine pour prêcher et la pratique religieuse est fortement encouragée à domicile afin que le fidèle acquière une expérience personnelle de la pratique religieuse et intériorise au mieux les préceptes.

            D’un point de vue politique le bouddhisme Hoa Hao remet en avant le principe confucéen de hiérarchisation en le revisitant quelque peu. Ainsi pour respecter le devoir de piété filiale et de loyauté il faut observer 4 « Gratitudes » : à l’égard des parents et des ancêtres, à l’égard de la Patrie, à l’égard des Trois Trésors (c’est à dire Bouddha son enseignement et l’ordre monastique qui le soutient) et à l’égard des compatriotes et de l’Humanité. Ainsi la tendance Hoa Hao est fortement indépendantiste et, bien que n’étant pas officiellement monarchiste, de nombreux adeptes de la première heure le furent et soutinrent l’héritier Nguyen au trône, le marquis Cường Để en exil au Japon.

            La doctrine et les pratiques sont clairement tournées vers la paysannerie pauvre de la Cochinchine (région du Vietnam où le fondateur de la religion Hoa Hao a commencé à prêcher) lui valant une expansion rapide. Comme le caodaïsme, le bouddhisme Hoa Hao remplacent les liens de solidarités préexistant par une clientèle politique et un réseau de relations suivant la cause, ce qui tend à en faire une force militaire et politique. Ils ont notamment présent dans la région dite du Miên Tây (région montagneuse à la frontière cambodgienne) où ils forment rapidement une contre société dans des réduits quasi imprenable militairement.

            Ainsi quand Huỳnh Phú Sổ commence à prêcher et à convertir de nombreuse personnes la première année par des guérisons miraculeuses et un charisme certain (environ un million selon la Sureté française), les autorités coloniales le font rapidement interné en hôpital psychiatrique (où il réussit à convertir son médecin traitant) en 1940 puis en résidence surveillée à partir de 1941. Deux ans plus tard les japonais le ramène à Saïgon en espérant s’assurer la loyauté de ses fidèles, mais, farouche indépendantiste, le réformateur refuse et prédit leur défaite en 1945.

            Après la déclaration d’indépendance par Ho Chi Minh et le début de la première guerre d’Indochine, les Hoa Hao sont hostiles au Viet Minh et plusieurs massacres de civils dans le Sud du Vietnam sont perpétrés par et à l’encontre de la communauté Hoa Hao[4]. En 1947 et bien que les circonstances de sa mort soit encore floues, il semble que le « bonze fou » (surnom du fondateur de la secte) soit tombé dans une embuscade tendu par le Viet Minh, jugé sommairement, exécuté et démembré en trois morceaux pour éviter que sa « magie » opère[5].

            Dès lors les forces Hoa Hao se tournent vers la coopération avec les Français. Seulement le manque de projection politique ainsi que la succession de plusieurs bandits (avérés) à la tête du mouvement ainsi que les multiples divisions des forces armées[6] produit une stratégie erratique et des retournements constants d’alliance accompagnés de massacre de soldat ou d’officiers français[7].

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Tran Van Soai, leader des forces armées Hoa Hoa et général-ministre de la République du Vietnam.

            Après Dien Bien Phu, Ngo Dinh Diem dirige le Sud du Vietnam et entend élargir son gouvernement afin de rallier à lui les nombreuses milices du Sud du Vietnam et fait de Trân Văn Sóai, leader de la force armée Hoa Hao la plus importante, un ministre d’Etat à la défense. Toutefois comprenant (comme les caodaïstes et les Binh Xuyen) que Diem cherchait à les « embrasser pour mieux les étouffer », il quitta son poste avec fracas et participa à la flambée de violence sud vietnamienne d’où émergera une guerre civile propice au Front de Libération du Sud Vietnam communiste.

            Si l’extrême confusion de la situation ne permet pas un développement simple de la situation, il est tout de même à noter qu’il apparaît qu’entre 1955 et 1961 les Hoa Hao aient coopéré avec le Viet Cong (ou son ancêtre, la guérilla communiste n’étant officiellement relancé qu’en 1960) notamment par la déstabilisation de l’armée régulière du Sud et l’extension des réseaux rebelles au gouvernement de Saïgon[8]. Mais comprenant qu’ils se font débordés peu à peu par un mouvement bien plus organisée et mieux pourvu qu’eux, les Hoa Hao entrent en conflit avec le FLSV et rallie les forces de Saïgon après l’assassinat de Diem par ses propres généraux en Novembre 1963. Le reste de la guerre ne modifia guère la configuration et les Hao Hoa restèrent, plus ou moins sincèrement, attachés à l’autorité de Saïgon en défendant leur territoire conte les incursions communistes.

            La chute de Saïgon en 1975 ouvre une ère de répression pour la secte et de nombreux fidèles s’exilent pour y échapper ou entre en clandestinité au Vietnam. Après un plan de rééducation politique et de mouvement de population pour déconcentrer les population Hoa Hao, la pratique religieuse est à nouveau autorisée en 1999 sous certaines conditions, créant de fait une scission dans le mouvement entre les officiels et les « purs » encore considérés comme hors la loi pour le gouvernement vietnamien. Une des conditions les plus inacceptables pour les Hoa Hao clandestin demeure notamment l’interdiction de célébrer le martyre du maitre fondateur du mouvement.

            Aujourd’hui la religion Hoa Hao compte près de 2 millions de fidèles et est considéré comme une religion officielle du Vietnam. Seulement du fait de son rôle moteur dans les réclamations d’une plus grande liberté religieuse (avec d’autres confessions du pays)[9] et des appels à l’ouverture démocratique[10], le mouvement reste entravé par une liberté de circulation réduite et une surveillance policière constante.

[1]Joseph Nguyen Huy Lai, La tradition religieuse, spirituelle et sociale au Vietnam: sa confrontation avec le christianisme, Editions Beauchesne, 1 janv. 1981, p.363

[2] http://paristimes.net/fr_culture/HoaHao_huavt.html

[3] Le Bouddhisme repose sur le système de la réincarnation sans fin et de la loi de rétribution (ou Karma), le but étant de brisé ce cycle de réincarnation par la reconnaissance de 4 vérités : l’universalité de la souffrance, l’origine de la souffrance, la cessation de la souffrance par le chemin qui y conduit. Il faut ainsi cultiver 8 vertus dans ce sens : Compréhension Juste, Parole Juste, Pensée Juste, Action Juste, Moyen d’existence Juste, Effort Juste, Attention Juste, Concentration Juste. Les 5 interdits correspondent à celui du meurtre, du vol, du mensonge, de l’alcool et des pratiques impurs.

[4] https://indomemoires.hypotheses.org/7623

[5] Idem

[6] La secte était divisée en fief avec à sa tête un capitaine chargé de géré cet espace avec l’appui d’une troupe armée.

[7] http://aejjrsite.free.fr/goodmorning/gm98/gm98_NamLuaEtSesTroupesHoaHao.pdf

[8]George Kilpatrick Tanham, Communist Revolutionary Warfare: From the Vietminh to the Viet Cong, Greenwood Publishing Group, 2006, p.74

[9] https://indomemoires.hypotheses.org/tag/bouddhisme-hoa-hao

[10] https://indomemoires.hypotheses.org/7623

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