Défi 30 jours/ 30 articles #14 – Coolie – Le temps des « Jauniers » .

Du tamil[1] Kuli « salaire ».

La fin du XVIII siècle avait vu la révolte des esclaves à Saint Domingue (alors colonie française). Celle ci entrainera la première abolition française de l’esclavage en 1794 (mais rétabli en 1802 par Napoléon). Cette date est la source d’une série de décret d’interdiction de la traite négrière et d’abolition dans les colonies européennes (Angleterre 1833, France 1848, Hollande 1860) et aux Etats Unis (1865).

Moins dus au grand cœur des occidentaux (comme le voudrait la propagande coloniale appuyée sur les Droits de l’Homme il ne faut pas l’oublier[2]) que par le fait que le salariat devient plus rentable avec la révolution industrielle[3], la fin de l’esclavage voit un système de bas salariat se mettre en place d’abord dans les colonies britanniques puis dans le reste de l’Asie colonisée.

Il s’agit de recruter des paysans pauvres dans les zones de peuplement à forte densité de population en leur faisant miroiter une vie meilleure dans les plantations industrielles (sucre, coton, hévéas) et dans les mines.

La réalité est bien plus dure. Le maigre salaire qu’ils empochent ne suffisent pas la plupart du temps à leur permettre de vivre sur le site où il travail en raison des prix prohibitifs pratiqués par les employeurs. Les cadences et les conditions de travail sont infernales et les coupes dans les salaires pour des raisons indues sont faits courants[4]. Le travail est si dur que le terme « coolie » est transcrit en mandarin et en cantonnais par « force de peine ».

coolie
Carte postale Indochinoise représentant le travail des coolies. La comparaison entre le système esclavagiste et le système de travail contractuel pratiqué en Asie n’est pas excessif, comme en témoigne le commentaire écrit sous entendant que les coolies sont assimilables à des marchandises.

En Indochine l’emploi de coolie sert à juguler (de façon assez inefficace) la trop grande pression démographique à l’origine des insuffisances alimentaires chroniques du delta du Tonkin[5].

On en retrouve principalement dans les plantations d’hévéas en Cochinchine et au Cambodge, dans les plantations de café aux alentours de Dalat, dans la mine d’étain de Nam Pathène au Cambodge et dans les mines de nickel de nouvel Calédonie. D’une façon générale, ils furent envoyés partout où la main d’œuvre était nécessaire notamment lors des grands travaux hydrauliques dans le delta du Mékong.

Les flux migratoires étaient gérés par l’Office Général de la Main-d’œuvre Indochinoise (OGMOI), faisant du système de travail contractuel un emblème de la domination coloniale. D’ailleurs l’un de ses plus illustre représentant, Alfred François Bazin, fut assassiné par des nationalistes élevés à l’école française et appartenant au groupe Việt Nam Quốc Dân Đảng[6]. La répression qui s’ensuivit fut la cause directe des insurrections de Yen Bai[7].

Le groupe des coolies, considérés comme des (sous) prolétaires par la doctrine marxiste léniniste fut, avec les paysans pauvres, au centre des attentions de la propagande communiste et constituèrent vite la base des mouvements insurrectionnels communistes.

coolie dien bien phu
En plus de constituer une base militante toute trouvé pour la propagande du Viet Minh, les ex-coolies furent décisifs dans la logistique militaire durant la première guerre d’Indochine contre le corps expéditionnaire français. Ici acheminement de matériel, de vivre et de munition lors de la bataille de Dien Bien Phu. La légende raconte que le poids maximum transporté sur ces bicyclettes s’élève à 233kg (l’engin du record est conservé au musée de la guerre d’Hanoï).

Pour l’anecdote « le travail des coolies de Saïgon » fut parmi les premiers documents filmés au monde en 1896, alors que les frères Lumières avaient inventés le cinématographe 2 ans plu tôt. Lien pour la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=GewNxyDOpos

[1] Langue des Tamouls, ethnie du sud de l’Inde.

[2] http://lmsi.net/La-mission-civilisatrice-Premiere

[3] https://www.cairn.info/revue-mouvements-2002-2-page-171.htm

[4] http://belleindochine.free.fr/LesJauniers.htm

[5] Pierre Brocheux, Une histoire économique du Viêt Nam (1850-2007). La palanche et le camion, Les Indes savantes, 2009, p30 et 31

[6] Parti nationaliste fondé en 1927 par des intellectuels du Tonkin sur le modèle du Kuomintang chinois.

[7] Insurrection de 1930 la mieux dirigé depuis les derniers soubresauts des mouvements monarchiques à la fin du XIXème siècle.

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