Elections législatives 2017, 11ème circonscription des Français de l’étranger (Asie,Océanie)- Mme Myriem Alnet, candidate du mouvement Citoyens.

1) Pouvez-vous vous présenter rapidement ? Dans quel état d’esprit briguez-vous la 11ème circonscription des Français de l’étranger ? Quelles idées phares proposez-vous aux électeurs expatriés (emploi, fiscalité, administration, éducation, culture, etc.) ?

Je suis originaire de Normandie, basée à Ho Chi Minh ville depuis deux ans et projetant mon futur en Asie de l’Est. Je travaille en freelance en tant qu’urbaniste, designeuse et animatrice culturelle – j’ai notamment créé une initiative locale visant à promouvoir auprès de la jeunesse vietnamienne une meilleure connaissance des questions urbaines et architecturales à travers l’action culturelle.

J’habite une région extrêmement dynamique, connectée et qui, paradoxalement, est représentée par un homme qui semble peu au fait de notre quotidien. Je pense qu’il y a un véritable besoin de renouvellement de notre représentation nationale et qu’il est temps que les citoyens eux-mêmes s’engagent.

myriem-alnet

Un autre point qui me semble important est l’absence de proposition de projet commun de société – en particulier pour les législatives et pour les circonscriptions des FAE – je ne vois s’afficher que la représentation des partis, sans prise en compte du contexte, des spécificités de l’Asie-Océanie. D’autre part, que ce soit MM. Mariani, Nizet, Bohême ou Mme Genetet, à chaque email nous nous sentons enfermés dans une vision négative et limitée de nous-mêmes où nous sommes réduits à des revendications de droits et d’assurances. Bien entendu, ces propositions sont un minimum à l’amélioration de notre qualité de vie à l’étranger, mais c’est à mon avis trop limité. Rien pour nous permettre de transcender le quotidien, de nous projeter dans l’avenir, de nous sentir concernés par la politique et utiles à la société. Or, nous aussi, Français de l’étranger nous voulons retrouver notre place, revendiquer une exposition à la multiculturalité qui puisse servir notre pays. Nous aussi, nous voulons nous sentir appartenir à une nation progressiste, innovante, juste ; une nation dont nous sommes les premiers ambassadeurs à l’étranger.

Parce qu’en parlant autour de moi je fais le constat que je ne suis pas la seule à attendre plus de la politique, parce que personne ne le fait ou ne défend des idées constructives, j’ai décidé d’être candidate à ces législatives 2017 pour notre circonscription.

Outre les questions de meilleure accessibilité des soins de santé, de l’éducation, de la culture, je veux défendre une idée novatrice de la France autour de 3 points principaux :

– l’écologie et la protection de l’environnement : Si la réalité doit être tyrannique, c’est au regard de l’urgence environnementale. Ce doit être notre préoccupation numéro 1. En ce sens, je défends l’idée d’une diplomatie écologique – où la France serait novatrice. En Asie du Sud-Est, j’ai rencontré – notamment grâce à mon métier – de nombreux Français qui ont fait le choix de s’installer dans la région pour aider ou simplement explorer de nouvelles manières de faire, de construire (de la mode éthique à l’agroécologie en passant par la bioclimatie). Je pense qu’il est important de soutenir les initiatives à forte valeur sociale et environnementale ajoutée, qui participent d’un « softpower écologique » de la France que je défends et permettent de renouveler l’image de notre pays à l’international.

– l’entrée dans l’ère numérique : il devient vital d’adapter nos politiques et institutions publiques à la réalité technologique. Les infrastructures et réseaux doivent être modernisés, et cela doit être mené avec deux objectifs : une plus grande accessibilité des données et services étatiques et une meilleure protection données privées et des droits fondamentaux numériques. Il y aura une participation active sur ces sujets à l’Assemblée Nationale, parce qu’ils concernent directement la vie quotidienne des Français à l’étranger.

– démocratie participative digitale : nous mettrons en place une plateforme digitale pour permettre aux concitoyens de partager leurs expériences et de participer, si et quand ils le souhaitent, au débat national. Plutôt que de passer mon temps dans les avions pour organiser des réunions très cosmétiques, j’inviterai les Français de la 11e circonscription à participer sur cette nouvelle plateforme à la construction de notre pays. Vivant dans la région la plus dynamique du monde, nous sommes tous confrontés à des politiques, technologies, fonctionnements différents, novateurs qui forcent notre curiosité, notre critique mais surtout nous inspirent d’idées pour améliorer le fonctionnement de notre société, notre économie, nos administrations. Cette plateforme permettra à chacun de s’exprimer et échanger autour de ces idées, construire des propositions et me permettre de mieux représenter mes concitoyens.

2) Si vous êtes élu(e), comment vous positionnerez-vous vis-à-vis du gouvernement de M. Édouard Philippe ? (soutien, opposition, à voir au cas par cas).

S’il y a une leçon que je peux déjà tirer de mon expérience en Asie, c’est que si on ne s’engage pas, le monde se fait sans nous. Autrement dit, en adoptant une position d’opposition catégorique, nous n’aurons aucune influence, aucun rôle à jouer. Or le but est de participer, d’influencer et d’attirer les regards vers nos idées. Il y a plusieurs points sur lesquels je ne suis pas d’accord avec ce gouvernement, mais si je suis élue, je ne veux pas laisser passer l’opportunité de travailler et participer à améliorer la société. Donc, au-delà de la question de soutien ou d’opposition, au-delà des logiques de parti traditionnelles, il s’agit d’adopter une approche constructive et de se battre (proposition de) loi après (proposition de) loi pour atteindre la vision de la France que nous défendons : une société plus écologiste, innovante, juste et défenseuse des libertés fondamentales. Si les mesures proposées par le gouvernement me semblent aller à l’encontre de cette vision, je m’y opposerai. S’il y a une marge de manœuvre ou si elles vont dans le bon sens, je travaillerai à les améliorer. L’entrée au gouvernement de Monsieur Hulot est un bon signe, mais dans un gouvernement pour lequel la seule réalité est économique, comment le Ministre de l’écologie va-t-il défendre la vraie réalité – l’urgence environnement ? Quelle marge de manœuvre lui laissera-t-on ? Rien n’est moins sûr. Il s’agira dans ce cas de le soutenir.

3) Quel bilan tirez-vous de l’action du député sortant M. Thierry Mariani ? En quoi auriez-vous agi différemment de celui-ci ?

Monsieur Mariani a été très présent, il a beaucoup voyagé, rencontré les Français, soit.

Mais ses positions en France ou à l’international sont à l’opposé de mes convictions personnelles de défense de l’égalité, des minorités et du multiculturalisme. C’est d’ailleurs très paradoxal d’avoir un tel personnage comme représentant des Français vivant à l’étranger…

Quant à sa ligne économique : il a toujours soutenu les politiques allant à une libéralisation de l’économie qui accroit les inégalités et conforte les privilèges de classe. Ce n’est pas la société que je souhaite transmettre aux générations futures.

Concernant la 11e circonscription, sa grande lubie reste la diminution des CSG. Je suis convaincue qu’on peut offrir aux FAE d’autres perspectives d’implication dans la France que celle d’un investissement dans l’immobilier : je pense à des projets d’avenir sous forme de prêts (en France ou dans leur pays de résidence) pour soutenir l’innovation – écologique, sociale et culturelle notamment.

4) Le pays connaît une émigration telle que l’on n’en avait pas vu en France depuis que Louis XIV révoqua l’édit de Nantes, poussant les protestants à s’installer notamment en Allemagne. Comment comprenez-vous ce phénomène? Quels avantages ou inconvénients implique cette diaspora pour le pays ?

Nous vivons à un âge globalisé où, nourris de films, livres, nourritures venus du Japon, des Etats-Unis, d’Amérique Latine, de Chine, d’Afrique, du Moyen Orient, nous sommes naturellement enjoins à voyager, à partir, voire à nous installer ailleurs. D’autant plus que nombre d’entre nous ne trouvent pas les structures, soutiens et l’inspiration pour se réaliser en métropole. Nous partons nous confronter à d’autres cultures, nous questionner, nous enrichir et créer. Beaucoup voient cette « fuite des cerveaux » comme un drame. Je pense qu’avoir une diaspora peut au contraire être une chance – si elle est ouverte et intégrée, elle a le potentiel de constituer un fort réseau global de solidarités. La question n’est pas de savoir comment les ré-attirer systématiquement en France, mais bien de se demander comment maintenir ce lien avec la France, comment prouver à la diaspora qu’elle est une force pour le pays et qu’elle peut participer à faire progresser la société, malgré la distance. Donc, à la fois donner les moyens de s’accomplir à l’étranger et donner des pistes de réintégration si un retour en France est désiré – ce qui est souvent le cas.

5) Le Forum économique mondial de Davos du 17 janvier dernier est remarquable en ce que ce fut la première fois que le n°1 Chinois, M. Xi Jinping, était invité. Celui ci s’est fait apôtre du libre échange en appelant notamment à la levée des restrictions économiques imposées à la Chine par l’OMC, provoquant l’anxiété des économistes occidentaux. Quel devrait être selon vous l’attitude de la France et de l’Union Européenne face à Pékin sur le plan commercial et économique ?

Je pense que c’est une bonne opportunité pour la France et l’UE de mettre en place de nouvelles conditions d’échanges et d’accès au marché européen : en termes de respect des droits humains et environnementaux (salaires minimum, conditions de travail décentes, limitation des dégâts environnementaux…). On ne peut plus continuer à consommer n’importe quoi n’importe comment ; les citoyens en ont conscience et sont demandeurs de politiques ambitieuses allant dans ce sens. Le fait que la Chine soit à la recherche de nouveaux partenariats commerciaux nous offre enfin l’occasion de changer nos modes de consommation et de donner un coup d’envoi à cette « diplomatie écologique » que nous proposons. La Chine, confrontée à des problèmes sanitaires d’une ampleur sans précédent, investit désormais massivement dans les technologies dites « propres ». En fixant de telles régulations, il s’agit d’encourager la première puissance mondiale à poursuivre cet effort et à montrer la voie à ses voisins asiatiques.

6) Le 5 Juin 2016, Jean Yves Le Drian (alors ministre de la défense) a déclaré vouloir faire patrouiller davantage la Marine Nationale en Mer de Chine du Sud afin de garantir les libertés de circulation prévues par le droit international, notamment la Convention de Montego Bay, et ce dans un contexte de regain de tension entre les riverains s’agissant des problèmes de souveraineté sur les îles Spratley et Paracel. Adhérez vous à cet objectif ? Pensez vous que la Marine Nationale possède les moyens matériels d’assurer une mission de patrouille régulière dans la zone alors que plusieurs militaires pointent la vétusté et le manque de moyen de l’armée suite aux coupes budgétaires des deux gouvernements précédents ?

Les attitudes belliqueuses de nos gouvernants me laissent toujours dubitative. La France a en effet quelques territoires dans le Pacifique qui peuvent l’amener à être directement impactée par les vues expansionnistes de la Chine. Toutefois, je ne pense pas que nous ayons les moyens militaires pour soutenir une montée des tensions dans la région. La France bénéficie en revanche d’une forte influence diplomatique auprès des pays riverains de la Chine, il serait préférable de privilégier cette voie.

Pour aller plus loin:

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