Raffinement macabre V – Les chiens de guerre durant la première et deuxième guerre d’Indochine.

Même si l’utilisation des chiens de guerre remonte au début de l’humanité, ceux –ci vont trouver une place tout à fait spéciale lors des deux guerres d’Indochine. En effet la pratique de la « guerre révolutionnaire » de type maoïste et des tactiques de guérilla de tradition vietnamienne (comme théorisées par Tran Hung Dao[1]) poussa largement les armés française et américaine à s’équiper en chien de guerre pour plusieurs raisons.

            D’abord, face à la tactique « frapper fort puis disparaître » sous couvert de la forêt, les chiens furent utiliser pour le pistage des guerilleros à travers la dense forêt vietnamienne où l’on peut difficilement voir et entendre, représentant alors 2/3 de la surface totale du pays.

            Ensuite, le facteur politique étant déterminant pour les insurgés, les chiens, dressés pour flairer les explosifs et les intrus, constituaient des détecteurs précieux pour la défense des points sensibles, aussi bien militaires que civils.

            Enfin, les pièges et mines en tout genre tenant une place centrale dans la tactique de démoralisation des soldats français et américains, les chiens permettaient d’ouvrir les marches dans des zones à risque.

            Si les aspects de ce type de guerre sont rapidement survolés ici c’est parce vous pourrez trouver d’avantages de détails à ce propos dans les articles suivants : https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/21/defi-30-jours30-articles-24-strategies-politiques-et-militaires-pendant-les-deux-premieres-guerres-dindochine-monolithisme-vietnamien-et-flottement-francais-puis-americain/ , https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/20/defi-30-jours-30-articles-23-absurde-le-manque-de-contenu-politique-des-contre-insurges-francais-et-americains-durant-les-deux-premieres-guerres-dindochine/ et https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/19/defi-30-jours-30-articles-22-la-guerre-contre-insurectionnelle-la-conception-dune-nouvelle-doctrine-de-guerre-pour-defaire-la-guerilla-maoiste-du-viet-minh/

Une petite parenthèse technique s’impose à propos des rôles des chiens de guerre dans l’histoire :

  • Le chien sanitaire : premier rôle connu du chien militaire (Egypte des Pharaons). Le chien sanitaire ou chien infirmier à pour but de repérer les blessés et de lécher leurs plaies, la bave de chien étant antiseptique[2].
  • Le chien de patrouille, de pistage et de garde : il s’agit de profiter des qualités sensorielles du chien à des fins de détection d’intrus sur un théâtre d’opération où les sens des soldats sont inefficaces (nuit, végétation dense, ennemi proche, etc…)
  • Le chien de traits ou porteur : tout est dans l’appellation, il s’agit d’utiliser les chiens comme moteurs. La mécanisation rendit rapidement les chiens obsolètes pour cette fonction.
  • Le chien démineur : il s’agit d’exploiter les qualités olfactives du chien pour détecter des matériaux explosifs.
  • Le chien messager.

            Afin de comprendre l’histoire et le rôle de ces corps d’armée cynophiles durant les deux première guerres d’Indochine je vous propose une petite étude historique d’abord du côté du Corps Expéditionnaire Français d’Extrême Orient (CEFEO) puis de celui de l’armée américaine.

            Lors de l’avènement de la guerre d’Indochine, les Français sont très en retard concernant le dressage de chiens de guerre et leur utilisation tactique.

            En effet un préjugé négatif persistant dans l’armée française depuis le début de la mécanisation, le chien étant jugé obsolète face au progrès technologique, empêche toute action massive et laisse les initiatives à des particuliers (comme le centre de dressage du général Lyautey à Lille).

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Charlot, le chien décoré de la croix de guerre pour bravoure en 1919.

            Pourtant le chien de guerre avait fait ses preuves durant la première guerre mondiale. Ainsi il faut attendre 1915 pour que Millerand, ministre de la guerre, commence à amorcer le développement public des chenils militaires devant les besoins des armées (agacées de la lenteur de leur ministre de référence) : un centre de dressage est fondé en décembre 1915 (seulement pour des chiens de guerre « sanitaires ») et il faut attendre 1917 pour voir le « Service des Chiens de Guerre » institutionnalisé. Malgré les résultats probants et la décoration d’un chien de la croix de guerre (plus haute distinction militaire de l’époque), la démobilisation des chiens de guerres en 1919 et leur envoi dans des chenils de la SPA ou auprès des particuliers signa, après des débuts laborieux, la fin de l’idée d’utiliser des chiens en permanence sous les drapeaux.

            Aussi lorsque la seconde guerre mondiale éclate, l’armée française est, encore une fois, dépourvu d’effectifs notables en chien de guerres alors que les Allemands, ayant tiré les leçons de la première guerre mondiale, en aligne près de 200 000 (contre quelques centaines côté français). Les retours d’expérience des maquisards français ainsi qu’un état major moins bouffi de suffisance après la défaite de 1940 conduisent l’armée à reprendre les projets cynophiles après la fin de la deuxième guerre mondiale.

            Le début de la guerre en Indochine voit donc une volonté affirmée par les Français de se doter sérieusement en chien de guerre. Seulement le peu de base technique et de chiens utilisés durant la seconde guerre mondiale posent un problème opérationnel. Aussi les premiers chiens envoyés en Indochine furent des chiens pris à la Wehrmacht après sa défaite. Il faut attendre 1949, c’est à dire avec l’entrée en guerre de la Chine communiste sur le théâtre indochinoise, pour que le Service Vétérinaire de l’Armée fonde le 10ème groupe vétérinaire de Linx, issu d’un ex chenil militaire allemand en zone occupée par les Français. Ce centre modèle fut la base du développement des chiens de guerre dans l’armée française[3].

            Malgré tout l’utilisation des chiens de guerre en Indochine ne fut pas optimum en raison des difficultés techniques (dressages) et logistiques (temps et équipements). Ainsi les chiens furent cantonnés à des tâches sanitaires ou de gardes.

Il faudra attendre 1951 pour que les chiens deviennent pisteurs et/ou éclaireurs dans les « cynocommandos opérationnels légers » opérant au Tonkin avec une certaine efficacité malgré leurs sous effectifs évident. Les officiers français avaient dans ce cadre étudier la méthode des Américains lors de la guerre du Pacifique ainsi que celle des Waffen SS lors de la guerre de partisan qui les opposèrent aux guérilleros communistes de Tito en Yougoslavie. Composées d’un groupe de maximimum 6 personnes, ces unités étaient chargés du « nettoyage » de certaines zones soit par eux même soit de la localisation des groupes ennemis à neutraliser. Elles étaient composées d’au moins un chien de pistage, d’un officier (généralement français) et de troupes locales connaissant bien le terrain. Armés uniquement de matériels légers et de vivre en quantité importante, il s’agissait d’assurer une occupation optimale du terrain, d’empêcher les replis rapides de l’ennemi ou de ramener des renseignements sur les caches d’armes très souvent enterrées[4].

cyno 2
Insigne d’un commando cynophile en Indochine.

C’est dans ce souci de rapidité et d’adaptation dans la course contre la montre avec le Viet Minh que l’armée française innova malgré tout avec le premier chien parachutiste. Les Français furent même pionniers étant donné que c’est Pierre Blanchard qui eut l’idée de tester son parachute avec un chien depuis son dirigeable en 1785, le chien ne fut jamais retrouvé… A vrai dire la France se distingue par les premiers parachutages de chien réussis, les américains ayant tenté l’expérience sans succès en Normandie. Le premier test réussi eut lieu à l’école de saut de Meucon en 1949 pour être ensuite directement utilisé sur le terrain[5].

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Un chien parachutiste français. 

 

            Du fait du manque de temps pour créer un véritable cheptel et affiner les techniques de dressage les chiens démineurs ne seront pas utilisés en Indochine, il faudra pour cela attendre 1959 et la guerre d’Algérie où ils s’avéreront très efficaces.

            Au final le manque de temps associé au retard accumulé par l’armée française en la matière ainsi que la désorganisation de l’armée suite au raz de marée nazi ne permirent pas aux troupes cynophiles de fonctionner à plein potentiel, malgré des résultats sur le terrain très encourageant (réduction de 60% des pertes en patrouilles, des centaines de milliers de dollars d’équipement, augmentation du moral des troupes en présence d’un chien, « nettoyage de sanctuaire Viet Minh[6]).

            Ainsi l’impossibilité de sélectionner les races précisément par défaut d’expérience et le manque d’effectif dans chaque race poussa les militaires à une diversité rendant l’efficacité et les possibilités de dressage aléatoires. Ainsi, sur les 1500 chiens (environ) déployés au côté des armées, furent utilisés depuis la métropole : le Berger allemand (majorité du cheptel, principalement issus des chenils de guerre allemand), le Braque, le Bleu d’Auvergne, le Pointer, le Fox Terrier à poils ras ; venant d’Afrique : le Sloughis ; venant de Chine : le Chow-Chow ; provenant des races de chien locales : le chien de Phu Quoc, le Méo, le chien Annamite à poil ras, le chien de Dalat[7].

            De la même façon le dressage rudimentaire des premiers chiens les rendaient extrêmement agressifs et de nombreux cas de morsures accidentels ont été recensés durant le conflit. Par ailleurs la compréhension limitée du chien, aussi bien dûe au dressage qu’à l’intelligence de la race de chien en elle même, le rendait difficile à commander lors de certaines missions commando nécessitant discrétion, synchronisation et rapidité[8]. De ce fait le rôle principal des chiens de guerre durant la guerre d’Indochine fut la patrouille et la sentinelle.

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Un commando cynophile dans la région de Guelma (Algérie), 1959.

            A titre de symbole le premier mémento « sur les conditions d’utilisation et d’entretien des chiens de guerre en Indochine » ne sera publié qu’en juin 1954[9], soit environ un mois après la défaite de Dien Bien Phu. Par extension la vocation cynophile de l’armée française se matérialisera pleinement lors de la guerre d’Algérie où, ayant affiné les techniques de dressages et la synchronisation entre les sections cynophiles et les sections classiques, les chiens se révèleront beaucoup plus utiles et efficaces dans la traque (frontière marocaine et régions montagneuses), le renseignement (découverte de cachette, identification de suspect par le flair) et la détection d’explosif.

            Quant aux américains, la position isolationniste qu’ils tenaient avant la seconde guerre mondiale les éloigna des conflits modernes et donc de l’élevage des chiens de guerre. Malgré tout, ils firent connaissance avec ces méthodes lors de l’envoi d’un contingent pour participer à la première guerre mondiale du côté de la triple entente (Russie, France, Royaume Uni) en 1917. Leurs connaissances se limitaient alors aux chiens sanitaires, aux chiens messagers et, du fait de la conquête de l’Ouest, aux chiens de patrouille ou de chasse.

            Ce retard fut néanmoins très rapidement comblé lorsque l’attaque surprise de Pearl Harbor par l’aéronavale nippone plongea les Etats Unis dans la seconde guerre mondiale en 1942. Suite à la capture de plusieurs officiers allemands survivant d’un naufrage de sous marin, l’US Army se dota en masse en chien de patrouille et sentinelle. Le département « K-9 » (s’approchant phonétiquement du mot « canine » en anglais) fut mis en place décembre 1942 avec l’objectif, quelque peu fantasque, de dresser 125 000 chiens de guerre, principalement pour les théâtre d’opération dans la jungle des îles du Pacifique. Bien que les techniques de dressages fussent également très rudimentaires chez l’oncle Sam et que les conditions tropicales rendaient l’efficacité de leur travail aléatoire, les chiens de pistage et de patrouille utilisés comme chien éclaireur pour ouvrir la marche des colonnes firent des coups d’éclats. C’est le cas notamment du chien Heil durant la très éprouvante bataille de Guadalcanal qui sauva une compagnie entière en détectant une force armée nippone dans la jungle. Utile dans la jungle dense où les combats sont rapprochés, les chiens de guerre ne furent guère utilisés par les américains en Europe – si ce n’est pour le déminage – du fait de l’échelle des champs de bataille et de la rapidité des mouvements de troupes d’infanterie ou de blindés.

            1500 d’entre eux furent également déployés lors de la guerre de Corée mais, comme en Europe la forme du conflit, principalement basé sur des assauts rapides et des raids aériens, cantonna la fonction des chiens à la garde et à la patrouille[10].

            Le début de la guerre du Vietnam/ seconde guerre d’Indochine marqua un réinvestissement de l’armée américaine dans les chiens de guerre. En 1965 beaucoup étaient déjà déployés sur les bases aériennes américaines où ils stoppèrent de nombreuses vagues d’infiltrations (notamment à Pleiku, Bien Hoa, Phan Rang, Ban Me Thot).

Cependant, l’intensité de la guerre allant croissante, la tactique de guerre d’attrition du général Westmorland[11] requit des moyens de traque plus efficace que les balbutiantes technologies de détection d’alors.

Aussi l’US Army prit conscience que former des chiens se cantonnât à la surveillance de certains périmètres ne suffisait plus. L’Etat Major américain prit donc contact avec l’armée anglaise qui défit des insurrections communistes en Indonésie et en Malaisie à l’aide de chiens ayant subit un dressage à la traque extrêmement pointu pour l’époque (les chiens savaient ainsi suivre leurs « proies » à une distance de 50 mètres en étant équipé d’un radiotransmetteur donnant au renseignement la position en temps réel. Les britanniques avaient mis sur pieds des groupes cynophiles tactiques légers, à l’image des Français en Indochine, mais avaient poussé beaucoup plus loin la démarche en fondant une école de dressage modèle à Johor Bahru (Malaisie). Ainsi, bien que l’Etat Major britannique fût gêné par la demande américaine – le Royaume Uni et la Malaisie avaient signé une convention de non intervention dans le conflit indochinois – il consentit à faire don de 14 chiens de traque, des labradors noirs parfait pour l’obscurité de la jungle, et à entrainer en cachette quelques maitres chiens américains[12]. Ainsi furent fondé les « Combats Trackers Team » sur le modèle anglais : un officier, un maitre chien, un mitrailleur et deux « Kit Carlson scouts[13] » capable, avec la détection du chien, de déterminer le nombre d’homme en déplacement, leur équipement ainsi que leur vitesses de déplacement. A la base conçues pour opérer seules, ces formations furent rapidement intégrées à des sections d’infanteries plus vastes afin de détruire rapidement les sanctuaires des guérilleros communistes. A noter d’ailleurs que durant la période de présence américaine sur le théâtre indochinois, les chiens de traque furent les quasi seuls moyens pour les américains de détruire ces sanctuaires. Un maître chien vétéran raconte même que les insurgés mettaient très souvent des récompenses sur la tête des chiens de traque durant le conflit[14].

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Un cynocommando américain durant la guerre du Vietnam.

Après l’attaque du Têt 1968, 1400 chiens de traques étaient mobilisés (l’armée américaine n’avait pas tenu les comptes avant cette date) et les activités redoublèrent. Seulement les soldats du Front de Libération du Sud Vietnam trouvèrent petit à petit des parades aux chiens de traques et l’efficacité de ceux ci diminua rapidement avec le temps[15].

Avec le perfectionnement des techniques, les Américains tentèrent une astuce chimique pour améliorer la détection en pulvérisant la substance appelée squaline, une hormone présente dans la sueur et à laquelle les chiens sont très sensibles. Il s’agissait de pulvériser cette substance sur une zone donnée pour pouvoir pister quiconque y passerait. Bien que les informations sur ces opérations ne soient pas encore déclassifiées, il semble que cette méthode ne connut pas d’utilisation à grande échelle, la squaline étant difficile à produire en quantités industrielles[16].

exemple de piège
Croquis d’exemple de « piège à tigre ».

En plus de la traque, les chiens de guerre de la seconde guerre d’Indochine se distinguèrent de par leur efficacité à prévenir les divers pièges laissés en immense quantité par la guérilla communiste (mine, « booby trap/attrape nigaud », « pièges à tigre » consistant en des fosses hérissées de bambous acérés couverts d’excrément pour que la plaie s’infecte, les « portes pièges » consistant en une grille de bambou se relevant soudainement pour crucifier le piégé). On estime que 15 à 20% des pertes américaines sont directement liées à ces pièges (soit entre 8700 et 11 600 hommes)[17]. Et cela aurait pu être bien pire sans les chiens. En plus de constituer des armes meurtrières, les « surprises » communistes sapaient à la fois le moral des troupes et l’opinion publique américaine.

Aussi le « Limited Warfare Laboratory » (le laboratoire de guerre restreinte) d’Aberdeen mit rapidement au point une technique de dressage de chien de déminage – ou « M-dog » – très efficace dans la détection des mines, booby traps, piège à tigre, tunnels et caches d’armes ennemis. Ils dépassèrent même les espoirs de l’armée en se révélant capable de détecter les explosifs auxquels ils n’avaient pas été entrainés. Ils pouvaient détecter des mines enfouies sous le sol entre 20 cm et 4 m ainsi que les booby traps suspendus et les fils déclencheurs à une distance comprise entre 1 et 5 mètres. Une fois repérer, ils s’asseyaient près de l’emplacement à moins d’un mètre. Ils furent surtout utilisés lors des patrouilles mais aussi pour dégager le chemin de colonnes imposantes ou de forces de reconnaissance importantes. Les équipes cynophiles ouvraient la route suivi de près par des fantassins lourdement armés, venaient ensuite les démineurs équipés de détecteur de mine « poêle à frire » puis parfois des camion poussant d’immense cylindre faisant explosé les mines restantes[18].

Enfin le rôle moral des chiens dans les unités combattantes a été fondamental bien qu’insuffisants pour décrocher une victoire. Toujours est il que selon les sondages réalisés dans l’armée américaine lors du conflit pas moins de 85% des soldats des unités combattantes estimaient que la présence des chiens avaient accrus sensiblement la sécurité en patrouille contre 12% étant peu impressionnés et 3% les jugeant défavorablement. Et pour cause, toujours selon l’US Army, la présence des chiens durant la seconde guerre d’Indochine auraient permit de sauver pas loin de 10 000 vies[19].

Cet attachement des soldats aux quelques 4000 chiens de guerre ayant servi dans l’armée américaine s’est surtout ressenti à la fin du conflit lorsque les chiens furent démobilisés et confiés à l’armée du Sud Vietnam qui, ne maitrisant pas leur utilisation militaire, les euthanasièrent pour leur grande majorité. Ceci est également en partie dut au fait que les chiens furent considérés par les supérieurs de l’armée américaine comme des équipements obsolètes, négligeant la fonction « humaine » des canidés.

L’association des anciens maitres chiens rapporta que plusieurs vétérans du Vietnam, en plus d’être horrifiés par cette pratique, avaient souffert d’un syndrome de stress post traumatique directement lié à l’abandon de compagnons de combat à quatre pattes qui, en plus de leur sauver la vie dans beaucoup de cas, leur avaient dispenser une affection sans condition, véritable phare dans l’épaisse absurdité de la seconde guerre d’Indochine[20].

C’est d’ailleurs après ces évènements que la « United States War Dogs Association » fût fondée afin de faire reconnaître les mérites des chiens de guerre par l’Etat et l’opinion publique mais également de leur assurer une « démobilisation » honorable. Ces revendications furent solidement appuyés par une série de documentaires vidéos et de livres visant à glorifier ces « héros trahis et abandonnés du Vietnam ». Voir notamment le documentaire de Jeffrey Benett « War Dogs : America’s forgotten heroes » et le livre de Michael Lemish, vétéran du Vietnam et spécialiste en hitsoire des chiens de guerre, « Forever forward : K-9 operations in Vietnam ». Concrètement ces revendications ont abouti dans les années 2000 lorsque le président Bill Clinton promulgua une loi prévoyant la réhabilitation civile des chiens de guerre américains mais surtout autorisa l’établissement de monument au mort en l’honneur des chiens tombés au combat. On en dénombre actuellement 3 aux Etats Unis : le premier et le second furent fondés grâce aux dons à l’association respectivement au Musée de l’armée de l’Air March Field à Riverside (Californie) et le second à Fort Benning en Géorgie ; le troisième fut implanté par l’armée elle même à San Antonio au Texas en 2013, chose impensable une dizaine d’année auparavant[21]. A noter qu’un projet de mémorial canin jouxtant le mémorial des vétérans du Vietnam à Washington est actuellement à l’étude outre-atlantique. Ainsi, les guerres en Afghanistan puis en Irak réactivant les besoins en chien de guerre de l’US Army, les chiens militaires sont devenus de véritables figures angéliques à partir de l’intervention américaine au Vietnam[22].

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En plus des 3 mémoriaux nationaux actuels, beaucoup d’initiatives locales contribuent à honorer les mémoires des chiens de guerre américains. Ici le mémorial des chiens et maitres-chiens du New Jersey.

En guise de conclusion on peut estimer que les deux conflits indochinois furent l’occasion aussi bien pour l’armée française que pour l’armée américaine de développer les acquis de la seconde guerre mondiale pour les adapter aux conditions de la « guerre asymétrique » pratiquée par les partisans communistes vietnamiens.

Cette pratique de la guerre fait directement écho aux guerres auxquelles sont confrontés les soldats français et américains sur les théâtres afghans, irakiens, centrafricains, maliens, etc… Aussi ; bien que le chien de guerre actuel diffère grandement de celui utilisé durant la première et la seconde guerre mondiale de par son entrainement, ses capacités et la façon dont il évolue dans le système d’arme homme-chien; il semble que ses tâches n’aient guère changées (garde des installations sensibles, appui d’infanterie, chien sanitaire, patrouille, déminage) mais que certaines fonctions se distinguent à l’heure actuelle (lutte contre les trafics de drogue, lutte contre le terrorisme).

Il apparaît par ailleurs que le chien, malgré sa rusticité, résiste à l’obsolescence que pourrait engendrer les avancées technologiques considérables et s’insère parfaitement dans un rôle qui leur est complémentaire. Raison pour laquelle on peut estimer sans trop de risque que le chien de guerre a encore un bel avenir devant lui.

A titre d’information, la maison mère de la cynotechnie militaire française est le 132ème Bataillon ou Groupe Cynophile de l’Armée de Terre (132ème G.C.A.T) sis à Suippes à quelques kilomètres de Châlons-en-Champagne (51). Ce chenil militaire est le plus grand d’Europe et demeure une référence en matière de formation de maitres-chiens[23].

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Le 132ème C.G.A.T de Suippes lors du défilé du 14 juillet 2016.

[1] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/27/defi-30-jours-30-articles-30-tran-hung-dao-celui-qui-defit-les-armees-sino-mongoles-de-linvincible-kubilai-kahn/

[2] http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5613332n

[3] Sébatsien Polin, Le chien de guerre – utilisations à travers les conflits, Thèse pour e doctorat vétérinaire, Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort, 2003, p. 44

[4] Idem.

[5] Idem, p. 63 ?

[6] US Military Review – n°4 –juillet 1953.

[7] Ministère des armées, Memento sur les conditions d’utilisation et d’entretien des chiens de guerre en Indochine , 1954, p.22

[8] Général Paul Ely, Les enseignements de la guerre d’Indochine (1945-1954), Tome 1.

[9] http://laguerreenindochine.forumactif.org/t2192-memento-sur-l-utilisation-du-chien-de-guerre-en-indochine

[10] Sébatsien Polin, Le chien de guerre – utilisations à travers les conflits, Thèse pour e doctorat vétérinaire, Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort, 2003, p.44-46.

[11] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/02/01/actualites-special-tet-deux-episodes-guerriers-celebres-dans-lhistoire-vietnamienne-a-loccasion-du-nouvel-an-lunaire/

[12] https://medium.com/war-is-boring/the-u-s-army-had-secret-war-dogs-in-vietnam-67a98311a734

[13] Du nom de Christopher « Kit » Carson célèbre trappeur et explorateur américain ayant par la suite intégré l’armée du Nord lors de la guerre de sécession. Il fut le premier explorateur à systématiquement enrôler des indiens dans ces expéditions afin de pas être surpris par les conditions naturelles ou les tribus autochtones. Son nom fut repris pour désigner les Vietnamiens anciennement soldats du Viêt Cong ralliés aux américains.

[14] http://edition.cnn.com/2010/LIVING/02/12/war.dogs/index.html

[15] Sébatsien Polin, Le chien de guerre – utilisations à travers les conflits, Thèse pour e doctorat vétérinaire, Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort, 2003, p.47

[16] Sébatsien Polin, Le chien de guerre – utilisations à travers les conflits, Thèse pour e doctorat vétérinaire, Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort, 2003, p.47

[17] Idem, p.54.

[18] Idem.

[19] Idem.

[20] http://edition.cnn.com/2010/LIVING/02/12/war.dogs/index.html

[21] http://www.reuters.com/article/us-usa-military-dogs/u-s-military-dedicates-first-national-monument-to-combat-dogs-idUSBRE99S00120131029

[22] http://www.rfi.fr/hebdo/20150313-etats-unis-passion-americains-chiens-soldats-guerre-afghanistan-vietnam

[23] http://www.defense.gouv.fr/terre/l-armee-de-terre/le-niveau-divisionnaire/1re-division/132e-bataillon-cynophile-de-l-armee-de-terre

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