Guerre des images #10 – 12 septembre 1969 – Funérailles d’Ho Chi Minh : un répit inespéré dans la confrontation sino-soviétique.

funéraille ho chi minh

« Un peu de patriotisme éloigne de l’internationalisme, beaucoup de patriotisme en rapproche »,

Jean Jaurès, L’armée nouvelle, 1911

Que montre la photo ?

        On peut voir la dépouille d’Ho Chi Minh reposant dans un cercueil de verre alors qu’il est entouré des quatre hommes forts du Politburo du Parti des Travailleurs Vietnamiens (nom du parti communiste vietnamien à partir de 1960), de gauche à droite on trouve : Le Duan, premier secrétaire du Parti ; Ton Duc Thang, vice-président ; Truong Chinh, membre éminent du Politburo et idéologue majeur et Pham Van Dong, premier ministre.

            Bien que le défunt ait rendu l’âme le 2 septembre, soit 24 ans jour pour jour après la déclaration d’indépendance sur la place Ba Dinh[1], la nouvelle du décès de l’oncle Ho ne fut rendue publique que le lendemain pour ne pas perturber les festivités de circonstance[2].

Dans quel contexte la photo a-t-elle été prise ?

           1969 est une année particulièrement critique pour le Nord Vietnam pour au moins 3 raisons.

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Nikita Khrouvtchev (1894-1971)

D’abord c’est l’année de l’acmé des tensions sino-soviétiques. En effet, suite à la mort de Staline en 1953, son successeur au poste de secrétaire général du PCUS Nikita Khrouvtchev lance la déstalinisation du régime soviétique lors du XXème Congrès du PCUS. Sur le plan intérieur il s’agit de rompre avec les méthodes brutales de gouvernement de « l’Homme de Fer », ce qui se traduit sur le plan extérieur par une accalmie sur le plan diplomatique en période de guerre froide soutenu par l’idée selon laquelle les blocs communiste et capitaliste peuvent vivre côte à côte sans conflit frontal : c’est la « coexistence pacifique ». Sur le plan idéologique et dogmatique, cette modération apportée à la « Révolution Prolétarienne », établie comme nécessairement violente et absolue par les marxistes « orthodoxes », devait valoir au nouvel homme fort d’URSS d’être taxé de « révisionnisme bourgeois».

 

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Eduard Bernstein (1850-1932)

Comme il ne s’agit pas ici de faire un cours traitant de l’histoire des idées marxistes, on notera seulement que ce terme fait référence à une controverse ancienne : à la fin du XIX siècle, un social-démocrate allemand répondant au nom d’Eduard Bernstein avait dans Présupposé du Socialisme pris le contrepied des thèses de Marx dans le Manifeste du Parti Communiste s’agissant de l’évolution du capitalisme et en avait déduit qu’avec plusieurs lois sociales fortes, la Révolution s’avérait non nécessaire. Cet abandon de la logique révolutionnaire fut violemment attaqué par les « orthodoxes » comme Rosa Luxembourg, Klara Zetkin et Karl Kautsky. Ce dernier, ayant développé la critique la plus « solide » de Bernstein, vit ses thèses reprises par Lénine qui s’en servit en 1918 pour justifier la suppression des libertés individuelles type Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, considérées comme un héritage « bourgeois » contrevenant aux nécessités de la «Révolution Prolétarienne »[3].

 

        Si coté soviétique cette position se justifie par des besoins de réformes intérieures et de désescalade nucléaire, Mao compte utiliser ce prétexte pour prendre la tête du mouvement communiste mondial et évincer un Khrouvtchev déconsidéré pour son statut d’apparatchik, jugé inférieur à celui de meneur d’homme et de chef de guerre du n°1 chinois. Pour se départager, les rivaux marxistes vont choisir un des point les plus « chauds » de la guerre  froide : l’Indochine, au sein de laquelle le Vietnam et le Laos[4] connaissent un regain de tension continu. Après la crise des missiles de Cuba en 1962 (à la suite de laquelle le retrait des missiles soviétiques fut conspué par le PCC), l’entrée en guerre de Washington contre la guérilla communiste vietnamienne en 1964 entrainera le soutien de Moscou mais la méfiance de Pékin vis-à- vis de Hanoï. Comme nous le verrons plus loin, cette situation poussera les « camarades » vietnamiens à vouloir « vietnamiser » la guerre en diminuant l’influence chinoise sur le cours de la guerre.

     Des litiges frontaliers viennent mettre le feu à la poudrière idéologique et personnelle : en mars des troupes sont déployées de chaque côté de la frontière commune et l’armée soviétique prend une position contestée en tuant 30 soldats chinois. Peu après Moscou réfléchit à des frappes ciblées au cœur même de la Chine populaire, en réponse Pékin se rapproche rapidement mais officieusement de Washington (le rapprochement officiel aura lieu en 1972 avec la visite de Nixon à Pékin)[5].

        Ensuite, par extension, c’est également l’année du conflit durant laquelle les relations entre Hanoï et Pékin seront les plus exécrables, préparant en cela le terreau sur lequel prospèrera la guerre sino-vietnamienne de 1979.

           S’il ne s’agit pas de refaire l’historique des relations entre le PCC et le PCV, il faut néanmoins poser quelques jalons permettant d’éclairer la situation. Grossièrement, la Chine voyait dans la partition du Vietnam par les Accords de Genève de 1954, sur lesquels ils ont lourdement pesé, un moyen de gérer le départ des Français sans voir les armées « impérialistes » américaines au contact direct de leur frontière. Comme la Corée du Nord, dont le sort fut réglé lors des mêmes conférences à Genève en 1954, la République Socialiste du Vietnam est considérée comme une zone tampon dans un contexte de Guerre Froide.

           Aussi lorsqu’en décembre 1960 fut créé le Front National pour la Libération du Sud Vietnam afin de reprendre la guérilla communiste au sud du 16 ème parallèle, « Hô à la volonté éclairée » avait dû arracher des deux grands frères socialistes un soutien de principe et matériel pour ses combattants, ménageant par là le chou soviétique adepte de « la coexistence pacifique » avec la chèvre chinoise partisane de la « guerre révolutionnaire contre les réactionnaires ».

       Seulement, une fois passée l’escalade du conflit avec l’intervention direct de l’US Army à partir de 1964 et le paroxysme de la brutalité guerrière de l’offensive du Têt 1968 (que Pékin avait ouvertement désapprouvé), Washington entend négocier et des pourparlers de paix sont organisés à Paris dès février 1968.

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Ouverture de la conférence de Paris en février 1968. Les négociations resteront au point mort jusqu’en 1972, chaque parti voulant signer un accord en position de force.

   Dans cette situation la volonté d’autonomie vietnamienne se heurte au problème diamétralement inverse à celui de 1960 : alors que les Soviétiques soutienne la stratégie conciliatrice de Hanoï, les Chinois fustige cette approche « diplomatique », craignant de voir son allié vietnamien en position de faiblesse lors des tractations et donc les frontières chinoises compromises par des concessions trop importantes. Si en apparence Mao accepte le compromis « négociation-combat » de Hanoï, sur le terrain les soldats chinois affectés à la logistique ou à la défense anti-aérienne des positions stratégiques du Nord Vietnam (1707 avions américains abattus, 1608 endommagé, 42 aviateurs capturés en 4 ans) sont démobilisés à partir de novembre 1968, en 1969 toutes les batteries de DCA chinoises ont évacué et en juillet 1970, il n’y a plus aucun soldat chinois au Nord Vietnam. Dans le même temps l’aide chinoise de 1969 diminue de 20% par rapport à son niveau de 1968 et de 50% en 1970. En face, c’est le début du « retrait tactique » des « boys » : la « vietnamisation de la guerre » est en marche, les « parrains » sino-soviétique d’une part et américain d’autre part se mettent en retrait, laissant Sud et Nord Vietnam face-à-face[6].

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Affiche de propagande nord-vietnamienne. On peut y voir la tête de Nixon sur une bombe et le slogan « Nixon doit payer la dette du sang »

Pour autant, Washington ne compte pas laisser le Vietnam se réunifier sous la bannière communiste et, troisième point marquant de 1969, reprend sa campagne de bombardement massif du nord du 16ème parallèle à partir du 5 juin. L’armée américaine se prépare également à intervenir au Cambodge pour déloger les « sanctuaires » des guérilleros communiste malgré les premiers retraits de troupe à partir du 8 juin. Le Nord Vietnam, déjà durement touché par 3ans de pilonnage intense (1965-1968), subit un déluge de feu et vit essentiellement des désormais maigres ravitaillements chinois et de ceux envoyés par Moscou mais qui rencontre parfois des problèmes de transits à travers le territoire chinois. Rappelons qu’entre 1964 et 1972, l’aviation américaine aura déversé 7,4 millions de tonnes de bombes sur le Nord Vietnam alors que l’ensemble des bombardements de la deuxième guerre mondiale (1941-1945) n’avait vu « que » 3,3 millions de tonnes de bombes larguées par l’oncle Sam sur les théâtres européen et asiatique[7]. Autant dire que le choc est brutal pour la République Démocratique du Vietnam et sa population…

 

En quoi cette photo montre-t-elle l’évolution du conflit vietnamien ?

              Etant donné la richesse des éléments de contexte cités plus haut ainsi que ceux du prochain paragraphe, cette partie sera volontairement réduite au fait que, dans ce balai d’alliances idéologiques/pratiques, la direction du Parti Communiste Vietnamien connut diverses orientations politiques et militaires, faisant et défaisant les carrières des cadres et officiers supérieurs. 1969 est une année charnière en ce que, même si la mort d’Ho Chi Minh aura offert une accalmie dans les tensions sino-soviétiques, la direction du Parti bascula lentement mais surement en faveur des Soviétiques. Il faudra attendre 1989 pour que le Vietnam normalise ses relations avec son grand voisin du nord, après une guerre-éclair (17 février-16 mars) ayant fait environ 200 000 morts dans les deux camps.

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Mao Zedong rencontre Richard Nixon en juin 1972 à Pékin. Les Vietnamiens, venant de subir une ultime campagne de bombardement intensif avant le départ des troupes américaines, nourriront une rancune certaine à l’égard du PCC pour ce qu’il juge être une trahison.

            Tout Ho Chi Minh qu’il fut, le père de la révolution lui même dut subir les conséquences de ces divers renversements d’alliance et de pouvoir, au point de n’avoir plus qu’une influence symbolique à partir de 1955. En effet, en 1955 le Parti, via les « conseillers » militaires et politiques envoyés par Pékin dès 1949, étaient sous la direction d’une classe de meneurs maoïstes « durs » recrutés sous impulsion chinoise davantage pour leur disposition au fanatisme idéologique du fait de leur extraction paysanne (forcément signe d’honnêteté et de légitimité pour les communistes chinois) et à la brutalité que pour leurs capacités réels. Ainsi en 1955, le chef de la police politique vietnamienne, un certain Tran Quoc Hoan, aurait fait assassiner la maîtresse cachée d’Ho Chi Minh à la fois parce que celui-ci était jugé trop pro-soviétique et pour maintenir l’aura de sainteté du leader. Depuis le triste sir à disparu de l’histoire officielle[8]. On notera que le général Vo Nguyen Giap connaîtra la même forme d’isolement, son prestige militaire suite à Dien Bien Phu et à la chute de Saïgon ainsi que ses positions pro-soviétiques étant jugés trop important par les caciques du Parti.

Quel a été son impact ?

            La mort du père de la Révolution Vietnamienne est quasiment un non événement en terme d’influence sur le cours de la guerre. En effet, les services de renseignement américain était parfaitement au fait qu’Ho était un gros fumeur[9] (pour l’anecdote, il avait la réputation de ne fumer que des cigarettes américaines, une prouesse dans un Vietnam sous embargo) et qu’il connaissait des complications respiratoires depuis plusieurs années puisque, très malade et sentant sa fin proche, ce fils de mandarin s’était rendu en « pèlerinage » sur la tombe de Confucius en 1965[10].

            Par ailleurs et dans la même veine, alliés et ennemis du Nord Vietnam savaient que l’oncle Ho, bien qu’occupant une fonction symbolique dans son pays, n’avaient quasiment plus aucune influence sur les décisions du Parti au moment de sa mort. Comme nous venons de le voir les diverses orientations des dirigeants vietnamiens, et les purges qui s’en suivirent, avaient déjà fini de transférer le pouvoir de Ho dans les mains du Politburo.

            C’est donc d’un point de vue purement symbolique que la mort d’Ho Chi Minh eu un impact.

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Le jeune Ho Chi Minh lors du Congrès de Tours de 1920 qui vit la naissance du Parti Communiste Français.

Sur le plan extérieur d’abord et comme le titre de l’article le laisse entendre, la figure du vieux révolutionnaire était suffisamment prestigieuse et respectée pour mettre en sourdine les rivalités entre frères ennemis marxistes. Lui le révolutionnaire « Rouge » pur et dur, témoin et participant à la fondation du parti communiste français, l’homme du Komintern ayant survécu aux purges staliniennes des années 30, l’exilé durant plus de 30 ans, le chef de guerre contre les Français ayant pris le maquis à 55 ans, l’infatigable diplomate tentant (en vain) de mettre en sourdine les divisions entre « camarades » dans l’intérêt de son peuple, le vénérable « oncle » dans la plus pur tradition du gentilhomme confucéen, incarnait une vision quasi religieuse et romantique du communisme moderne avec tout ce que cette vision implique de sacrifice, de gloire, d’ascèse ou d’épreuve. Ainsi, malgré les tensions, maoïstes et soviétiques firent le déplacement pour lui rendre hommage.

 

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Alexis Kossyguine (1904-1980)
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Chou En Lai  (1898-1976)

Même si les représentants chinois, menés par le premier ministre chinois Chou En Lai et le maréchal Ye Jianying (principal artisan du rapprochement sino-américain), ne restèrent qu’une journée à Hanoï, les Vietnamiens réussirent à organiser une rencontre secrète entre ceux-ci et la délégation soviétique ; emmené par Alexis Kossyguine, Président du conseil des ministres d’URSS ; le 11 septembre à l’aéroport de Pékin[11]. Dernier service rendu par Ho, les relations sino-soviétiques et sino-vietnamienne en sortiront nettement améliorées[12] jusqu’à ce que le rapprochement Pékin-Washington de 1972 viennent détruire l’ensemble…

 

            Sur le plan intérieur, la mémoire du défunt fut évidemment au centre de tous les jeux de pouvoirs du moment. Ainsi, comme le culte de Lénine fut principalement le fait d’un Staline en quête de légitimité et au mépris des dernières volontés du père de la Révolution bolchevique, les cadres du Parti des Travailleurs Vietnamiens organisèrent le culte d’Ho Chi Minh en publiant une version tronquée de son testament. Il fallut attendre 1986 et la politique du « Doi Moi » (ou « Renouveau ») pour voir d’autres versions émergées. On trouve d’abord celle publiée par le journal Tîen Phong le 9 mai 1989 et datée du 10 mai 1968 dans laquelle les Vietnamiens apprirent notamment que l’oncle Ho voulait être incinéré et était tout à fait opposé à l’idée d’un culte posthume et d’un mausolée « à la Lénine ». Cinq jours après c’est le journal Nhan Dan, quotidien du Parti, qui publie une version datant de 1965 et complétant le texte précédemment publié. Le Parti lui-même publiera une version définitive des testaments en y ajoutant les photographies d’origines des textes écrits de la main de Ho lui même[13]. Depuis, comme chacun le sait, la figure du révolutionnaire vietnamien est omniprésente dans son pays et il est en passe de devenir un génie tutélaire du Vietnam pour son rôle pionnier de libérateur et d’unificateur du pays. Pour ce faire, un temple lui est dédié sur une haute colline de Ba Vi, près de Hanoï.

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Autel dédié à Ho Chi Minh dans le temple de Ba Vi. Le message sur le fronton rappel une phrase du révolutionnaire « Rien n’est plus précieux que l’indépendance et la liberté ».

            En guise de conclusion, intéressons nous au contenu de ces testaments qui permettent d’éclairer la vision qu’avait Nguyen Le Patriote de son œuvre passée et des mots qu’ils voulaient léguer à la postérité.

            Fidèle à sa réputation de militant chevronné n’ayant jamais voulu être doctrinaire ou idéologue (fonction dévolu à Truong Chinh depuis la création du Parti Communiste Indochinois), l’Oncle Ho s’est adonné à un style est plutôt plat, sans sensibleries, ni envolées lyriques (pourtant assez souvent répandues dans les textes marxistes) et faisant ressortir les deux caractéristiques principales qui formèrent l’originalité de son combat : le national-communisme[14].

            En effet, si cette contradiction absolue peut s’avérer confuse pour un observateur occidental des choses vietnamiennes calfeutrer dans des catégories inconciliables, Ho Chi Minh a réussi à la tenir tout au long de sa vie. Comment ? Par la primauté accordée à l’action prochaine, à la situation vécue, à la « praxis », pour jargonner selon l’école de pensée marxiste, qualité que même ses plus féroces détracteurs ne sauraient lui nier. On en veut d’ailleurs pour preuve la rapidité de l’attaque : « Dans la lutte patriotique contre l’agresseur américain… ».

            A l’écrit cela se traduit à la fois par un constant rappel aux idées de la IIIème Internationale bolchevique, à la volonté de voir le mouvement ouvrier international prospérer, à la recherche de filiation avec Lénine et Marx, à sa vision du Parti tel qu’il le souhaite mais aussi par une familiarité et une bonhomie dans le ton ainsi que par des références culturelles quasi folkloriques ou tenant à la beauté des paysages vietnamiens.

            Le texte prend ainsi la tournure d’une dernière leçon (les termes revenant le plus souvent étant ceux de « moralité révolutionnaire ») délivrée par un aïeul respectable à une famille étendue que serait le peuple vietnamien.

             Si ce type de relation filiale dans la vie publique peut faire sourire en prenant des airs de coquetterie de vieillard ou crier à la supercherie d’un paternalisme héroïque dérivant d’un culte de la personnalité longtemps caractéristique d’un fanatisme marxiste-léniniste produit d’un lavage de cerveau dès l’enfance, il n’en est rien. Cette conception du pouvoir est profondément ancrée dans la société vietnamienne de par ses traditions multiséculaires. Malgré les ruptures qu’avait provoquées la colonisation française puis la révolution marxiste, la famille et le village restait et reste encore aujourd’hui les deux foyers d’une vie publique conçue comme un principe d’association hiérarchisé selon les préceptes de Confucius. Aussi l’appellation « oncle » ou « bac » en vietnamien (désigne l’oncle plus vieux que son propre père), auquel Ho Chi Minh tenait beaucoup, créait un lien de solidarité tellement fort au sein de la population vietnamienne que même le déluge de bombes américaines ne put le briser. Elle constituait également le sceau de la réussite et de la légitimité populaire du vieux leader alors même que son influence disparaissait peu à peu du processus de décision au sein du Parti.

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L’oncle Ho en visite dans un village de la proche de Hai Duong, 1964.

             La perte de vitesse de l’idéologie marxiste-léniniste orthodoxe dans le Vietnam d’aujourd’hui a conduit le gouvernement d’Hanoï à faire la promotion de la « Pensée Ho Chi Minh[15] » pour la direction des affaires publiques. Si les contours de cette idéologie restent flous, on peut supposer que son usage légitime et permet de résoudre par voie de « praxis » et de pragmatisme le paradoxe (un autre) qui caractérise le régime vietnamien actuel : « l’économie de marché à orientation socialiste[16] » inaugurée lors des réformes du Doi Moi.

[1] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/09/02/actualite-declaration-dindependance-vietnamienne-que-sest-il-passe-le-2-septembre-1945/

[2] http://www.nydailynews.com/news/world/minh-north-vietnam-president-dies-79-1969-article-1.2345741

[3] Céline Marangé, Le Communisme Vietnamien (1919-1991). Construction d’un Etat Nation entre Moscou et Pékin, les Presses de Science Po, 2012, p.290 et 291

[4] https://vinageoblog.wordpress.com/2018/01/14/guerre-des-images-2-20-septembre-1965-le-pilote-et-la-milicienne-le-laos-au-centre-de-la-deuxieme-guerre-dindochine-le-nord-vietnam-sous-les-bombes-et-le-prisonnier-le/

[5] Céline Marangé, Le Communisme Vietnamien (1919-1991). Construction d’un Etat Nation entre Moscou et Pékin, les Presses de Science Po, 2012, p.337

[6] Idem, p.314 à 336

[7] voir http://www.landscaper.net/timelin.htm#VIETNAM%20WAR%20STATISTICS et http://www.angelfire.com/ct/ww2europe/stats.html

[8] Céline Marangé, Le Communisme Vietnamien (1919-1991). Construction d’un Etat Nation entre Moscou et Pékin, les Presses de Science Po, 2012, p.267 à 278.

[9] http://www.nydailynews.com/news/world/minh-north-vietnam-president-dies-79-1969-article-1.2345741

[10] Claude Gendre, La Franc-maçonnerie mère du colonialisme – Le cas du Vietnam, L’Harmattan, 2011, p.122

[11] Céline Marangé, Le Communisme Vietnamien (1919-1991). Construction d’un Etat Nation entre Moscou et Pékin, les Presses de Science Po, 2012, p.338

[12] Idem, p.338 à 341.

[13] Alain Ruscio, Ho Chi Minh – Textes 1914-1969, L’Harmattan, p.209 à 217

[14] Jean Lacouture, Sur le testament d’Ho Chi Minh. In: Tiers-Monde, tome 11, n°42-43, 1970. Le Vietnam entre la guerre et la paix. pp. 265-268. https://www.persee.fr/doc/tiers_0040-7356_1970_num_11_42_1701

[15] http://vovworld.vn/fr-CH/chronique-du-jour/la-pensee-de-ho-chi-minh-base-et-ferment-de-toute-vie-sociale-440121.vov

[16] https://www.lecourrier.vn/perfectionner-leconomie-de-marche-a-orientation-socialiste/116831.html

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