Guerre des images #11 – 30 Avril 1970 – L’armée américaine intervient (officiellement) au Cambodge : Richard Nixon ouvre la boîte de Pandore khmère.

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Que montre la photo ?

            On peut voir Richard Nixon, 37ème Président des Etats-Unis, expliquer à ses administrés depuis son bureau de la maison la décision de faire intervenir les militaires au Cambodge, alors que des campagnes de bombardement secrètes y sont menée depuis mars 1969, lors d’un message télévisé à la nation. Se trouvent inscrites sur une carte les principales cibles de l’aviation et des troupes au sol[1].

            Dans le discours qu’il prononce, Nixon expose les raisons de cette attaque : alors que des négociations se sont ouvertes à Paris concernant la guerre au Vietnam, il s’agit de dégager la région du delta du Mékong de la pression exercée par les « sanctuaires » Viet Cong présents sur le sol cambodgien tout en dénonçant la duplicité des meneurs communistes vietnamiens ayant opté pour la solution « négociation-combat » à la fois pour ménager les Soviétiques et les Chinois et pour signer un accord en position de force[2]. Notons également qu’il s’agit pour la Maison Blanche de faire la promotion de l’armée sud-vietnamienne qui devra prendre le relai à mesure que les Gis vident la place[3].

            Comme il sait que les mouvements anti-guerre et les médias ont forcé son prédécesseur à renoncer à briguer un second mandat[4], décision est prise de garder les détails des opérations, notamment aériennes, secrets. En effet, si le double jeu de Hanoï est patent, Nixon sait pertinemment que le paradoxe négociation/retrait des troupes et élargissement du théâtre d’opération vietnamien au Cambodge ne manquera de créer un mécontentement populaire retentissant.

            Aussi, très peu de personne connaît l’étendu des activités américaines au Cambodge que cela soit à Washington ou sur le terrain. Afin d’échapper au contrôle du Congrès, l’opération aérienne « Menu » (déclenchée en mars 1969) est lancée dans le plus grand secret. Les contrôleurs radars ont ordre de transmettre de nouvelles coordonnées de bombardement, évidemment situées au Cambodge, aux pilotes tandis que seuls les coordonnées inscrits dans les ordres de missions ( et correspondant au territoire sud-vietnamien) remontent au niveau central.

Dans quel contexte la photo a-t-elle été prise ?

       Pour être comprise, cette campagne de bombardement ainsi que l’intervention américaine au sol sur le territoire du royaume khmer doivent être restituées dans la trame de la guerre du Vietnam, dont le Cambodge est devenu un théâtre parallèle.

       Evidemment, les développements suivant n’ont pas vocation à être exhaustif mais plusieurs sujets ont déjà été traités à l’occasion d’articles précédents. Je laisserai donc le soin aux lecteurs curieux de cliquer sur les liens concernés.

        On avait déjà vu précédemment que la guerre américaine au Vietnam pouvait être considéré comme une guerre d’Indochine n°2 étant donné l’histoire commune des trois pays indochinois sous le giron français, la porosité des frontières dans la péninsule et la stratégie des belligérants.

       Du point de vue historique d’abord, nous avions pu voir dans Indochine ou Vietnam ? de Christopher Goscha[5] qu’alors que se mettaient en place les réseaux communistes coiffés par le Komintern, via notamment les cadres formés à Canton, Paris ou Moscou, les maîtres soviétiques avaient imposé aux révolutionnaires vietnamiens de mettre en place un Parti Communiste Indochinois, les forces communistes devant combattre les « impérialistes » en épousant leur frontière administrative[6].

         Seulement, les circonstances locales l’exigeant, les « camarades » vietnamiens avaient décidé de passer outre les commandements du Kremlin en créant le Viet Minh. Pour autant, les Vietnamiens, plus nombreux et mieux formés au sein du mouvement indochinois, n’ont pas cessé de s’ériger en tuteur des deux « Partis frères » : le Pathet Lao et les Khmers Issarak.

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Après s’être libérés du joug chinois à la fin du Xème siècle de notre ère, les Vietnamiens vont entreprendre une campagne d’annexion des territoires Cham et Khmer sur le modèle d’assimilation chinois. C’est la « Nam Tien » ou la « Marche vers le Sud ».

       Ce rapport de force hiérarchisé au sein de la rébellion contre le système colonial est d’ailleurs le double symétrique de la vision française de la colonisation en Indochine. En effet, en conflit larvé avec le Siam (actuelle Thaïlande) sous influence anglaise à ses frontières, l’administration coloniale française a fondé son action sur un partenariat Franco-Annamite, les Khmères et les Laotiens étant considérés comme moins industrieux et énergiques que leurs voisins « Annamite ». Il s’agissait dès lors d’exploiter la vision traditionnelle vietnamienne tenant tous les pays culturellement éloignés du modèle confucéen pour des barbares, vision qui avait déjà connue un franc succès à mesure que les Viêts s’étendaient vers le sud de la péninsule indochinoise au détriment des royaumes Chams et Khmers[7]. Il s’agissait alors de former un bloc compact autour du poids démographique vietnamien et de l’administration française afin de neutraliser le bloc d’influence thaï. Partant, de nombreux colons vietnamiens, ancêtres des actuels Vietnamiens du Cambodge ou du Laos, sont incités à s’établir des deux côtés des frontières Vietnam-Laos et Vietnam-Cambodge[8].

         Cette présence vietnamienne offre un atout non négligeable à qui pourra l’utiliser et le Viet Minh puis le Viet Cong saura en tirer avantage en termes de stratégie, comme nous pourrons le voir au travers des développements suivants.

         On notera d’ailleurs que ce privilège accordé aux élites « annamites », notamment en terme d’éducation à la française, sera à l’origine de la naissance des principaux milieux révolutionnaires des années 30 et de l’après guerre, les « indigènes » ainsi formés en métropole ayant découvert le deux poids, deux mesures appliqué par le Gouverneur d’Indochine quand venait le moment de trouver un emploi ou de garantir des libertés publiques pour ceux-ci.

         S’agissant des frontières ensuite, on avait déjà évoqué le fait qu’en plus de ces détachements de travailleurs/colons vietnamiens, le territoire vietnamien et indochinois était structuré autour d’une division entre les plaines occupées par l’ethnie majoritaire des Kinh (ou Viêt) et les montagnes occupées par des ethnies minoritaires (54 dans le Vietnam actuel) majoritairement issues des peuplades sous influence culturelle indienne. Notons d’ailleurs que plusieurs de ces groupes minoritaires sont des nomades, rendant les mouvements humains et les trafics de tout poil (notamment l’opium et aujourd’hui l’héroïne[9]) nettement plus faciles

          Cette fracture territoriale et ethnique, associée au fait que les frontières se trouvent très souvent difficiles à atteindre car situées dans des endroits montagneux recouverts de jungle épaisse, prend un tour radical lors des guerres, les intérêts locaux comptant parfois davantage que les prises de position idéologiques ou tout autre considération abstraite. A noter, qu’en plus, la création de plusieurs entités plus au moins autonomes suite à la deuxième guerre mondiale (la secte des caodaïstes[10] ou du bouddhisme réformé Hoa Hao[11] par exemple) et la mauvaise gestion du Vietnam par le président du tout nouveau président Sud-Vietnam Ngo Dinh Diem[12] allaient rendre la situation encore plus compliquée pour les Américains lors de leur intervention.

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Léopold Sabatier, administrateur de la province de Dak Lak entre 1914 et 1926, s’était opposé au lobby colonial français prônant le partenariat Franco-Annamite

           On avait ainsi pu voir que Français et Américains avaient utilisé un sentiment communautaire créé par un administrateur colonial français du nom de Sabatier hostile au partenariat franco-vietnamien au détriment des ethnies minoritaires[13]. De la même façon, l’incapacité passée (et présente) à contrôler ces frontières avait provoqué la première débâcle française lors de la première guerre d’Indochine lors de la bataille de la RC4.

            Au final les limites administratives des états souverains sont très souvent peu consistantes sur le terrain, disqualifiant toute séparation nette entre eux. Le meilleur exemple de cet état de fait étant le tracé de la piste Ho Chi Minh, permettant à Hanoï de ravitailler les maquis du sud.

            Enfin, si Nixon décide le bombardement des maquis communistes vietnamiens au Cambodge, c’est parce qu’il connaît bien la stratégie des guérilleros : la guerre révolutionnaire, sorte de mélange entre les tactiques traditionnelles de résistance nationale et la guérilla de type maoïste[14].

            Il s’agit pour les insurgés d’éviter de se faire tailler en pièce par un ennemi jouissant d’une puissance de feu nettement supérieure. La lutte se concrétise donc par des embuscades, des coups de main audacieux, d’actions directs de type terroriste et de contrôle des populations par n’importe quel moyen efficace. Pour ce faire, les partisans communistes doivent frapper vite et fort afin de causer un maximum de dégât à l’ennemi avant de s’évanouir dans la jungle en distançant les forces dépêchés en soutien. C’est dans cette dernière phase stratégique que les sanctuaires Viet Cong à proximité de Saïgon et à cheval sur la frontière vietnamo-khmère, pour les raisons que nous avons développées précédemment, trouvent toute leur importance pour Hanoï.

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Emplacement des principales cibles Viet Cong à la frontière Sud-Vietnam – Cambodge.

            C’est même l’existence de ces refuges qui empêche la disparition pure et simple des guérilleros lors du déclenchement de l’opération Phoenix, contre-attaque sud-vietnamienne et américaine après que l’ensemble de la structure opérationnelle des guérilleros se soit découvert à l’occasion de l’offensive générale du Têt 1968[15].

            Ces bases opérationnelles, en plus d’offrir un répit aux combattants communistes, répit dont les contre-insurgés ne semblent pas pouvoir jouir en raison du harcèlement constant de leurs troupes, menacent directement Saïgon et la région du delta du Mékong.

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La piste Ho Chi Minh, voie de ravitaillement de la guérilla sud-vietnamienne, profite de la porosité des frontières pour contourner le 17ème paralèlle en traversant le Laos et le Cambodge.

          Aussi, Washington s’étant engagé à négocier suite à sa défaite politico-médiatico-psychologique lors du Têt 68 et Nixon ayant été élu sur la base d’une promesse de retrait les « boys » du théâtre vietnamien, l’US Army veut pouvoir se dégager sans pour autant abandonner ses alliés sud-vietnamien.

            La solution s’impose donc d’elle même pour obtenir une « paix dans l’honneur » : il faut mettre la pression sur le Nord-Vietnam en bombardant ses installations stratégique et les voies de ravitaillement vers le sud du 17ème parallèle (la piste Ho Chi Minh) tout en neutralisant toutes les forces vives menaçant le régime de Saïgon, c’est à dire les sanctuaires Viet Cong au Cambodge.

            Ainsi, devant compter avec les conséquences de la construction politique coloniale (porosité des frontières et maitrise des terrains cambodgiens et laotiens par les insurgés) et la « guerre révolutionnaire » communiste, décision est prise d’intervenir dans un Cambodge faisant de fait involontairement partie au conflit.

En quoi cette photo montre-t-elle l’évolution du conflit vietnamien ?

            La stratégie et les intérêts défendus détaillés par le 37ème président américain dans son discours télévisé sont le prélude à deux phénomènes majeurs intéressant la guerre du Vietnam : la « vietnamisation » de la guerre et l’élargissement de la guerre du Vietnam vers le Cambodge.

            Comme nous avions déjà parlé du premier phénomène du point de vue Nord Vietnamien à l’occasion de l’article sur les funérailles d’Ho Chi Minh, quelques mots suffiront à ce stade du développement pour l’expliquer du point de vue américain et sud-vietnamien.

            Ainsi, si la « vietnamisation » du conflit côté communiste prend les traits d’une recherche d’autonomie du PCV vis-à-vis des « grands frères » socialistes chinois et soviétique[16], côté américain cette logique répond avant tout à des problématiques de politique intérieure comme les flambées de violence raciales ou les soulèvements étudiants contre la conscription[17]. Richard Nixon, élu sur la base du retour des troupes au bercail, avait parfaitement compris que l’implication de l’armée sud-vietnamienne était une condition sine qua none à la réussite de ce désengagement et à la baisse des pertes américaines au sud du 17ème parallèle. Ayant bien vu la mise à mort politique de son prédécesseur par la presse quasi intégralement anti-guerre après la rupture psychologique que constitue l’attaque du Têt 1968, le locataire de la Maison Blanche d’alors savait que les opérations nécessaires à l’autonomisation de l’armée de Saïgon, notamment celles du Cambodge, devaient rester secrètes jusqu’à ce que des résultats viables soient obtenus, et ce au risque de voir l’affaire tailler en pièce sa popularité.

           On peut également supposer que, conscients de l’aspect « agresseur » de l’engagement américain direct (que les partisans communistes vietnamiens ne manque jamais de rappeler), l’Etat Major de l’US Army a compris qu’avec l’ouverture des négociations de paix à Paris, leur présence en force aux côté des hommes du régime de Saïgon pouvait pénaliser ces derniers face au « bloc » communiste (constitué des représentants d’Hanoï et du Viet Cong), ce qui minait leur légitimité déjà chancelante du fait des coups d’Etat à répétition depuis 1963 dans la capitale sud-vietnamienne.

         S’agissant du Cambodge ensuite.

         Si le but des bombardements et du nettoyage au sol était de faire disparaître la menace communiste sur le delta du Mékong et sur Saïgon, force est de constaté que l’opération « Menu » et toutes les missions y étant attaché ont failli à leur objectif et précipité le royaume khmère dans une spirale de violence intense qui culminera avec le génocide perpétré par le régime des khmers rouge et la guerre sino-vietnamienne et khmers rouges- Vietnam en 1979.

          La raison en est relativement simple : devant l’ampleur des bombardements, les insurgés vietnamiens déplacent progressivement leur campement vers l’intérieur du pays, y attirant de ce fait les bombes américaines.

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Carte présentant l’ensemble des zones ayant fait l’objet d’un bombardement américain.
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Norodom Sihanouk lors de son couronnement en 1941

          Ce déplacement des opérations des périphéries au centre du Royaume du Cambodge pose alors un problème d’une autre nature aux stratèges américains : le positionnement neutraliste du Roi du Cambodge Norodom Sihanouk.

          Pour comprendre ce positionnement du souverain il faut remonter à l’époque où le Cambodge était encore un protectorat géré par l’administration française.

          Sihanouk, formé à l’école française, avait très bien compris que le coup de force japonais d’aout 1945 avait hypothéqué l’avenir de la France dans cette partie du monde et qu’une période d’instabilité pouvait naître de cette situation troublée. Aussi, afin d’éviter les ingérences thaïlandaises, Viet Minh, chinoise ou américaine et de subir les nouveaux rapports de force sur la péninsule, cet indépendantiste convaincu est le premier représentant indochinois à cautionner la nouvelle construction coloniale française qu’est l’Union Indochinoise, système pensé comme une confédération d’états fortement autonomes au sein d’une union économique et politique placé sous l’égide de Paris.

           La bataille de Dien Bien Phu marque cependant la fin de la présence française en extrême-orient. Les accords de Genève de 1954 reconnaissent la souveraineté et la neutralité et garantissent l’intégrité territoriale du royaume khmer mais imposent également la tenue d’élection démocratique, prorogeant ainsi les obligations de la constitution que les Français avaient imposée au Cambodge[18].

          Conscient de la précarité de sa situation de monarque à l’aune des résultats des élection précédentes, Sihanouk abdique au profit de son père Norodrom Suramarit pour s’ériger en tant que Prince du Cambodge et chef de fil de son propre parti politique le Sangkum Reastr Niyum (Communauté Socialiste Populaire en khmer). Cette manœuvre lui permet de remporter les élections de 1955 au grand dam de ses opposants[19].

          Le pays est en effet très divisé quant à l’attitude à adopter concernant la guerre froide en général et la guerre du Vietnam en particulier. Toujours dans l’intérêt de son peuple et de son pays et selon une rhétorique à la fois anti-américaine et anti-communiste, le chef d’état khmer va poursuivre une politique de neutralité afin de ne pas impliquer le Cambodge dans cette guerre à ces frontières, craignant de se retrouver au centre de luttes d’influence entre des forces bien plus importantes qui pourrait alors broyer le pays. Cette vision neutraliste repose en partie sur l’héritage de la conférence de Bandung mais suit également les grandes lignes du neutralisme prôné par De Gaulle en France. Celui-ci sera même reçu en grande pompe à Phnom Penh en 1966[20] afin de donner corps à cette position de non-aligné[21].

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Le discours de De Gaulle en mars 1966 à Phnom Penh

          Mais soutenir cette position du « juste milieu » ne vaut à Sihanouk que l’accroissement du nombre de ses ennemis, qu’ils soient pro-américain ou pro-communiste. En effet, ceux qui devaient devenir plus tard les khmers rouges avaient déjà protesté lorsque Sihanouk avait menacé de faire bombarder les positions Viet Minh au Cambodge en 1953 et avaient d’ailleurs commencé à se regrouper à l’Est du pays dès les résultats des élections 1955. De la même façon Phnom Penh refuse de collaborer avec les Etats Unis alors qu’il commence déjà à s’enliser dans le conflit vietnamien : en 1963, Sihanouk met fin au programme d’aide économique militaire américain, fait fermer l’ambassade américaine à Phnom Penh et exige le départ de tous les nationaux américains[22].

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Lon Nol, ex-premier ministre de Sihanouk.

           Autant dire que Washington n’hésitera pas longtemps à soutenir ses opposants pro-américains, à savoir son premier ministre Lon Nol et son cousin le prince Sirik Matak, en mars 1970 afin d’avoir l’assentiment aux bombardements sur les positions communistes dans le centre du pays.

           Le déclenchement de la guerre civile au Cambodge est immédiat. Elle oppose les partisans pro-américains de Lon Nol (nouveau maître du pays), les neutralistes de Sihanouk et les futurs Khmers Rouges de Pol Pot soutenus par Hanoï et les Chinois. Seulement coupé de ses bases et exilé en Chine, l’ex-Roi ne peut entretenir à lui seul une force armée et appel ses partisans à rejoindre les rangs communistes. La violence de la guerre portée par les américains et le ralliement de Sihanouk provoquent une montée en puissance des Khmers Rouges qui, après une ultime campagne de bombardement en 1973[23], finiront par prendre le pouvoir à Phnom Penh en 1975 et deviendront célèbre pour la brutalité avec laquelle ils imposeront un régime marxist-léniniste extrêmement dur. Ils ne seront chassés du pouvoir qu’en 1979, lorsque l’armée vietnamienne intervient militairement. Rappelons que le régime des Khmers Rouges fit, entre 1975 et 1979, environ 1,5 millions de victimes, soit 20% de la population khmère d’alors[24].

             Avec ces éléments en tête, force est de constater que la stratégie américaine ayant sous-tendue les interventions américaines au Cambodge n’ont pas permis d’atteindre les objectifs fixés : non seulement les guérilleros vietnamiens ne seront pas délogés mais en plus l’exportation de la guerre en territoire khmer provoquera le débordement de l’emprise communiste sur le Cambodge, pire hantise des stratèges américains dont la rhétorique se fonde toujours sur la « théorie des dominos ».

Quel a été son impact ?

            Pour les « anti-guerre » tout comme pour les électeurs de Nixon, l’annonce d’un effort de guerre vers le Cambodge apparaît comme une nouvelle étape dans l’escalade de la guerre du Vietnam et les réactions sont épidermiques aux Etats Unis.

            En effet, 10 jours après avoir annoncé le retrait de 150 000 hommes du théâtre vietnamien, l’intervention télévisée de Nixon confère à un reniement de sa promesse d’accalmie et ce d’autant plus que l’opinion publique américaine se sent manipulée car elle n’apprendra l’ampleur des opérations au Cambodge que lorsque Bill Clinton fera ouvrir les archives en 2000.

            Aussi dans la foulée, s’organisent de nombreux soulèvements populaires, notamment sur les campus, pour conspuer cette position jusqu’à atteindre une flambée de violence causant 4 morts dans le camp des révoltés à l’université de Kent State[25].

          Ces mouvements de contestation formant les développements du prochain article, nous nous en tiendrons donc à cette courte conclusion.

[1] https://blogs.weta.org/boundarystones/2015/04/23/nixons-weirdest-day

[2] https://vinageoblog.wordpress.com/2018/08/05/guerre-des-images-10-12-septembre-1969-funerailles-dho-chi-minh-un-repit-inespere-dans-la-confrontation-sino-sovietique/

[3] http://www.mekong.net/cambodia/nixon430.htm

[4] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/12/10/guerre-des-images-0-en-guise-dintroduction-guerre-du-vietnam-et-medias/

[5] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/indochine-ou-vietnam-christopher-e-goscha-vendemiaire-edition-2015/

[6] Christopher Goscha, Indochine ou Vietnam ?, Vendémiaire, 2015, p.82 à 92

[7] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/12/20/reponse-aux-lecteurs-n3-la-forte-influence-sans-assimilation-de-la-civilisation-chinoise-sur-le-vietnam-partie-i-introduction-et-perspectives-historiques-de-lindependance-a-larrivee-des/

[8]Christopher Goscha, Indochine ou Vietnam ?, Vendémiaire, 2015 , p.13 à 49

[9] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/07/defi-30-jours30-articles-10-opium-source-de-linstallation-des-occidentaux-en-extreme-orient-et-fleau-en-asie-du-sud-est-en-general-et-au-vietnam-en-particulier/

[10] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/04/defi-30-jours30-articles-7-la-religion-cao-dai-saint-victor-hugo-et-sainte-jeanne-darc-au-vietnam/

[11] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/05/defi-30-jours30-articles-8-hoa-hao-le-bouddhisme-vietnamien-reforme/

[12] https://vinageoblog.wordpress.com/2018/01/05/guerre-des-images-1-11juin-1963-limmolation-du-moine-thich-quang-duc-et-la-fin-de-la-stabilite-de-la-republique-du-vietnam/

[13] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/17/defi-30-jours-30-articles-20-front-de-liberation-montagnard-et-front-unitaire-de-liberation-des-races-opprimees-flm-et-fulro-lheritage-du-pays-montagnard-du-sud-indochinois-du/ et https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/16/defi-30-jours30-articles-19-pays-montagnard-du-sud-indochinois-pmsi-la-mobilisation-politique-montagnarde-durant-la-premiere-guerre-dindochine/

[14] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/19/defi-30-jours-30-articles-22-la-guerre-contre-insurectionnelle-la-conception-dune-nouvelle-doctrine-de-guerre-pour-defaire-la-guerilla-maoiste-du-viet-minh/

[15] https://vinageoblog.wordpress.com/2018/04/29/guerre-des-images-7-1er-fevrier-1968-saigon-execution-debuts-de-loperation-phoenix-et-sensationnalisme-contre-information/

[16] https://vinageoblog.wordpress.com/2018/08/05/guerre-des-images-10-12-septembre-1969-funerailles-dho-chi-minh-un-repit-inespere-dans-la-confrontation-sino-sovietique/

[17] https://vinageoblog.wordpress.com/2018/02/18/guerre-des-images-5-20-juin-1967-cassius-clay-alias-mohamed-ali-condamne-pour-avoir-refuser-de-partir-au-vietnam-le-refus-de-la-conscription-et-le-mouvement-des-droits-ci/

[18] Laetitia Battisti, Bombardements américains sur le Cambodge (1965-1973)- Le rôle du travail de mémoire artistique, Institut d’étude politique de Toulouse, 2015, p.17 à 32.

[19] Idem.

[20] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/24/defi-30-jours-30-articles-27-le-discours-de-de-gaulle-a-phnom-penh-1er-fevrier-1966-discours-de-fin-dempire-colonial-en-ex-indochine-francaise/

[21] Laetitia Battisti, Bombardements américains sur le Cambodge (1965-1973)- Le rôle du travail de mémoire artistique, Institut d’étude politique de Toulouse, 2015, p.17 à 32.

[22] Idem.

[23] Idem.

[24] https://www.youtube.com/watch?v=qf5BaTs9ICo

[25] https://blogs.weta.org/boundarystones/2015/04/23/nixons-weirdest-day

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