Entretien #2 – L’histoire du Vietnam selon Nguyen Ngoc Chau

Résultat de recherche d'images pour "chau nguyen ngoc"1) Pouvez-vous vous présenter rapidement ?

Je suis un ingénieur qui s’est mis à écrire après sept ans de retraite. J’ai commencé par écrire un livre sur ma famille, celui- là (Vietnam-L’histoire politique des deux guerres, ndlr) parle de l’histoire contemporaine de mon pays et je pense en publier un troisième sur le caodaïsme qui est la religion de mon grand-père. Le besoin d’écriture provient de ma soif de recherche pour savoir ce qui s’est réellement passé. A la différence de beaucoup de Vietnamiens, je suis venu faire mes études ici et puis je suis rentré au Vietnam en pleine guerre en 1973, comme tous ceux qui voulaient servir leur pays, puis en 75 j’ai dû quitter le Vietnam sur un chaland tiré par un petit bateau. Depuis je vis en France.

Résultat de recherche d'images pour "chau nguyen ngoc au temps des ancetres"2) Outre le livre que vous venez de publier (et dont nous allons reparler), vous avez écrit « Au temps des ancêtres – une famille vietnamienne dans sa traversée du XXème siècle » (édition l’Harmattan), livre dans lequel vous présentez l’Histoire du Vietnam à travers l’histoire de vos aïeux et même des éléments de votre propre vie. Quelles furent les motivations qui vous poussèrent à effectuer ce travail de témoignage ?

C’est simple, il y a déjà des livres qui ont été écrits en vietnamien sur ma famille, et même une pièce de théâtre qui a été mise en scène partout le pays et qui a été diffusée à la télévision vietnamienne. Mes enfants et ma femme, qui ne connaissent pas le vietnamien, m’ont dit qu’il fallait faire quelque chose, « il faut écrire un livre en français pour que nous et notre génération puissions savoir ce qui s’est passé». A partir de ça, j’ai écrit un livre sur mes aïeux : « Le temps des ancêtres – une famille vietnamienne dans sa traversée du XXè siècle » préfacé par Pierre Brocheux.

Pour une transmission familiale, donc ?

Oui, et aussi parce qu’elle représente bien la complexité de l’Histoire de mon pays. Par exemple, ma famille est connue, mon père était un polytechnicien, ingénieur des ponts, qui a pris le maquis au Vietnam en devenant commandant adjoint de la zone militaire IX du Viet Minh. Il avait refusé l’offre de rejoindre le Parti Communiste en 1945 . Il fut arrêté par les Français et condamné à mort. Ce sont des polytechniciens officiers dans l’armée française qui se sont arrangés pour qu’il soit échangé et exilé en France, ne pouvant ainsi plus lutter les armes à la main contre la France. À Paris, il fit sa médecine et créa avec des amis les éditions Minh Tân pour publier des livres écrits par des intellectuels vietnamiens pour les Vietnamiens. En 54, il fut parmi ceux qui étaient sur les rangs pour être premier ministre de Bảo Đại, le chef de l’État du Việt Nam (le dernier empereur du Vietnam, ndlr). À l’époque il fallait quelqu’un qui n’avait pas travaillé pour les Français ou n’ayant pas la réputation d’être un pro français.  Mon père appartenait à un groupe que certains appelaient le groupe « Minh Tân», parce qu’il se réunissait au siège des éditions Minh Tân au 7 rue Guénégaud dans le 6ème arrondissement. Ce groupe préconisait une coopération économique et financière entre le Nord et le Sud jusqu’à ce que les conditions soient réunies pour une réunification pacifique du pays. A l’époque, ni les Français, ni les Américains ne suivaient cette ligne. Il fallait combattre les communistes pour les éradiquer complètement.

J’imagine que ni les Américains, ni les Soviétiques, ni les Chinois ne devaient apprécier…

Oui, surtout les Américains qui détenaient les cordons de la bourse, et malgré le fait que le Nord était d’accord durant une première période. Ngô Đình Diệm lui-même, juste avant le coup d’Etat qui le renversa, avait contacté Hà Nội en ce sens.

3) Cet ouvrage traite également du caodaïsme, religion témoignant de la vitalité de la mystique de l’âme vietnamienne dont l’un de vos ancêtres fut une figure de proue. Cette croyance étant largement méconnue en France, pourriez-vous nous la présenter succinctement ?

Dans cet ouvrage le caodaïsme est présenté succinctement comme les autres groupements politico-militaires, les Hòa Hảo et les Bình Xuyên. Les chapitres qui y sont consacrés sont plus détaillés dans mon premier livre. Ce n’est pas une religion nouvelle car il est basé sur le Tam Giáo ou la Triple Voie qui regroupe le Confucianisme, le Taoïsme et le Bouddhisme qui  existaient déjà en 500 avant JC, et qu’il postule l’existence d’un Tout Puissant comme les trois religions monothéistes du Moyen-Orient. C’est une religion qui a été révélée par le spiritisme, l’évocation des esprits supérieurs, et qui s’appelle « Đại Đạo Tam Kỳ Phổ Độ », c’est-à-dire “La Grande Voie de la Troisième Amnistie” , sous-entendu “de Dieu vis-à-vis de l’humanité”.  Pour les caodaïstes, par deux fois déjà, le Tout-Puissant avait voulu ramener l’homme vers la bonne voie, celle de la sagesse et du bonheur. La première amnistie se rapporte au temps de l’avènement du judaïsme (Moïse selon un certain message divin) en Occident et des proto-confucianisme (empereur Phuc Hi) , proto-taoïsme (Thái Thượng Đạo Quân) et proto-bouddhisme (Nhiên Đăng Cổ Phật, le Bouddha Ancien) en Orient. La deuxième amnistie se rapporte à l’avènement du christianisme (Jésus-Christ) et de l’islam (Mahomet) en Occident, et à celui du confucianisme (Khong Phu Tseu) , du taoïsme (Lao Tseu) et du bouddhisme (Sakya Mouni) en Orient.

Pour la troisième amnistie, ne voulant plus passer par des intermédiaires comme il l’avait fait auparavant, le Tout-Puissant se révéla directement à l’homme par le biais de l’évocation des esprits, le spiritisme, une pratique alors courante autant en Orient qu’en Occident. Sous l’appellation de Cao Đài Tiên Ông Đại Bồ Tát Ma Ha Tát[1], il se posa en Thầy (Maître) venu enseigner à l’homme, qu’il appela Con (enfant) , la route vers sa “délivrance”, la Grande Voie Universelle qui pourrait concilier toutes les croyances. Le Tout-Puissant caodaïste est là pour enseigner, pour transmettre, pour montrer la Voie, tel Bouddha qui était là pour faire profiter l’humanité de son expérience de l’Éveil, et non pour qu’on le vénère ou qu’on travaille à Sa Gloire. Il n’est pas là pour participer aux affaires des hommes et répondre à leurs sollicitations.

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La plus grande église caodaïste à Tay Ninh²

La devise du caodaisme est « Tam Giáo Quy Nguyên, Ngũ Chi Hôp Nhất » qui veut dire « Les Trois Voies (Tam Giáo) mènent vers l’Origine (Quy Nguyên) , les Cinq Subdivisions (Ngủ Chi) vers l’Unité (Hợp Nhứt) » . Les cinq « chi » sont la voie de l’Homme  (avec l’enseignement de Confucius), la voie des génies (avec l’enseignement de Khương Thái Công), la voie des Saints (avec l’enseignement de Jésus Christ), la voie du Taoisme, de l’immortalité (avec l’enseignement de Lao Tseu) et la voie du bouddhisme ou de la Délivrance (avec l’enseignement de Bouddha). L’objectif est le retour vers l’origine, avant qu’il y ait eu la création (Quy Nguyên). Dès la création de la religion, il y eut un grave shisme et la majorité des fondateurs quittèrent Tây Ninh pour créer chacun sa propre branche. Il y eut plus de douze, Tây Ninh devenant une branche comme les autres, mais une branche particulière, car gérée par un caodaïste d’origine catholique, elle vénérait Victor Hugo et Jeanne d’arc, s’engagea dans la politique, posséda une armée et fonda un parti politique. Aujourd’hui (2019), il y a 9 « Hội Thánh Cao Đài », des églises caodaïstes avec un clergé sacerdotal et 19 organisations caodaistes indépendantes ( temples, comités, etc…)

 

Résultat de recherche d'images pour "chau nguyen ngoc au temps des ancetres"4) Le livre que vous venez de publier, Vietnam-L’histoire politique des deux guerres 1858-1954 et 1954-1975, revient sur les deux premières guerres d’Indochine. Or, lorsque vous expliquez vos mobiles dans la partie remerciement, vous finissez en disant vouloir faire comprendre aux héritiers de l’histoire vietnamienne « que le présent et le futur d’un pays ne se construisent pas sans douleurs ni larmes » , pensez-vous qu’il existe une rupture générationnelle au sein du peuple vietnamien et que la jeunesse se désintéresse des combats de leurs aïeux ?

C’est une question générale et particulière au Vietnam, car il n’y a pas que dans ce pays que le futur se construit sur des larmes. Prenez les gilets jaunes, ils construisent la France de demain. Ce que j’ai écrit est classique et valable pour tous les pays, c’est un passage obligatoire. Maintenant au niveau des générations, vous avez les anciens, comme moi, qui ne se posaient pas la question de pouvoir dire ou non ce que nous voulions dans notre Viet Nam du passé. Maintenant tout est différent. Vous pensez que vous pouvez écrire ce que vous voulez actuellement au Vietnam ? Bien sûr que non ! Les jeunes générations n’ont pas à se préoccuper de politique, à ne pas se soucier de la gestion du pays. C’est le Parti qui gère le pays. Il faut laisser les professionnels faire leur travail, et les jeunes n’ont qu’à profiter de la vie, c’est tout.  On est revenu à un système féodal, même si la bureaucratie a changé de nature.

Est-ce que cela peut durer sur le long terme étant donné la vivacité du sentiment antichinois et ce que se permet Pékin ?

Est-ce que vous connaissez un pays communiste qui a pu changer de régime à partir d’actions de l’étranger ? L’histoire nous montre que ce sont les dirigeants qui décident du changement, de l’ouverture, jamais une action extérieure. Quand au sentiment antichinois, les Vietnamiens l’ont toujours eu. Cela ne les ont pas arrêtés de leur quémander les armes pour combattre les Français, les Américains et les nationalistes vietnamiens. On ne sait pas le prix à payer que le Vietnam de maintenant doit à la Chine pour tout cela.

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En 2014, l’installation par la Chine d’une plateforme pétrolière dans les eaux revendiquées par le Vietnam avait entrainé des émeutes dans les villes vietnamiennes, faisant plusieurs centaines de blessés et 1 mort.

5) Même s’il est relativement exhaustif, votre ouvrage semble avoir été rédigé dans un style scolaire sans pour autant vouloir sacrifier le détail significatif ou l’anecdote révélatrice. Pouvez-vous nous expliquer votre méthode d’écriture et les éventuels obstacles que vous avez rencontrés ?

Premièrement, c’est un livre qui raconte 117 ans de l’histoire du pays, de 1858 à 1975, donc une période très longue. Au début le livre faisait 620 pages et j’ai dû réduire pour ne pas le publier en deux volumes. Deuxièmement, l’objectif de mon livre n’est pas une analyse de ce qui s’est passé accompagné de ce que j’en pense. C’est une retransmission aux nouvelles générations ce qui peut être su et compris concernant ce qui s’est passé. Je n’emploie donc jamais la première personne, je prends toujours le point de vue d’un tiers pour tisser la trame de l’histoire. Je donne des faits, je laisse aux lecteurs la possibilité d’analyser et de faire leur propre opinion de ce qui s’est passé. Je suis simplement un raconteur d’histoire. Un lecteur m’a écrit qu’il a relevé 258 petites histoires dans mon livre qui l’ont enchanté. Un autre a dit que c’est le livre le plus complet sur cette période de l’histoire qu’il avait jamais lu, que tout y est expliqué. Les seuls obstacles sont la véracité des écrits des autres. Comment savoir si la vérité se trouve dans tous les livres ? Car il y a des historiens engagés, qui mettent leurs sentiments au-dessus de la vérité, ou qui présentent leur propre vérité…

Votre position de relative neutralité est d’autant plus rare quand on parle d’un pays comme le Vietnam, l’histoire polarise immédiatement les avis sur des bases politiques…

Exactement, et Ho Chi Minh en est un parfait exemple. Certains historiens français, des plus notoires, disent que Hồ Chí Minh était « plus patriote que communiste », qu’il était devenu communiste seulement parce que Lénine avait dit qu’il aiderait les colonisés, et qu’il avait accepté de voir le Viet Nam devenir un état associé dans le cadre de l’Union française.  Je n’ai pas cherché à les contrarier en donnant des explications agrémentées de démonstrations savantes. J’ai seulement cité plusieurs passage du livre « Đường Kách Mệng» écrit par Hồ Chí Minh pour former dès 1925 ( il est allé en Russie pour la première fois en 1923) les premiers membres du Thanh Niên Cộng Sản Đoàn (« Groupement des Jeunes Communistes »), son premier noyau de militants, avec en page de couverture deux citations extraites du « Que faire ? » de Lénine : « Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire » et « Seul un parti révolutionnaire guidé par une théorie d’avant-garde peut remplir le rôle de combattant d’avant-garde. »

 Concernant le sentiment de Hồ Chí Minh sur l’indépendance , il m’a suffi de le citer  des documents biographiques publiés au Việt Nam : « « Si le gouvernement français, tirant des leçons de la guerre de ces dernières années, veut aller vers une trêve par la négociation et résoudre les problèmes du Việt Nam par la voie pacifique, le peuple vietnamien et le gouvernement de la RDVN sont prêts à l’accepter […] Il suffit que le gouvernement [français] arrête sa guerre d’invasion pour qu’il y ait un cessez-le-feu. La base du cessez-le-feu au Việt Nam est le respect de la véritable indépendance du Việt Nam […] » et « L’expérience de la Corée nous montre qu’il faut se battre jusqu’à ce que l’impérialiste soit à terre. Sachant qu’il ne peut plus combattre, il acceptera de négocier […] Nous devons aussi nous battre pour que la France soit à terre. À ce moment, on négocie s’il y a des négociations, ce n’est pas en lui proposant de négocier qu’elle va tout de suite négocier. N’ayons pas des illusions. Son but est de nous envahir. S’il lui reste 1 % d’espoir après avoir perdu 99 %, elle continuera de se battre. Il faut la mettre à terre pour qu’elle accepte de négocier. »

6) Le choix de dates étant forcément arbitraire dans l’écriture de l’histoire, pourriez-vous expliciter le choix de ne pas avoir inclus la guerre sino-vietnamienne de 1979 ou troisième guerre d’Indochine, pourtant étroitement liée aux deux précédentes et faisant encore sentir ses effets quant aux relations entre Pékin et Hanoï ?

Je me suis arrêté à 1975 car c’est la fin de la guerre entre les communistes et ceux qui ne veulent pas d’eux, qu’on appelle au Viet Nam les « nationalistes ». De toute façon, quelle que soit l’époque, les Chinois ont toujours été les ennemis du Vietnam, malgré les embrassades des camarades des deux pays. Si les communistes ont utilisé leur camarade chinois pour arriver à leur fin, c’est par calcul.

La guerre sino-vietnamienne est liée à la relation entre Sihanouk et Pékin. L’attaque chinoise du Nord Việt Nam avait pour but de faire pression sur les Vietnamiens pour qu’ils se retirent du Cambodge. Cela n’a rien à voir avec la guerre d’indépendance ( 1858-1954) et la guerre idéologique ou Nord-Sud ( 1945-1975) que je traite dans mon livre.

7) Votre bibliographie ne compte pas moins de 159 références en 3 langues (français, vietnamien et anglais) comprenant parfois des documents d’époques, pourriez-vous donc nous expliquer comment vous avez bâti cette bibliographie et combien de temps a-t-il été nécessaire afin de mener cette tâche à bien ?

Cela m’a pris 3 ans pour accumuler ma documentation. A chaque fois que je lisais quelque chose d’intéressant, je la mettais en mémoire dans mon ordinateur. Je suis littéralement envahi par mes livres. Après avoir écrit mon premier livre, je me suis dit qu’il fallait que j’exploite tout cela. J’ai trouvé des choses qui n’ont jamais été traitées par les historiens les plus sérieux, comme, par exemple, la raison de la répression des chrétiens qui était la justification de l’intervention française au Việt Nam. Source de tous les maux pour les Vietnamiens, elle devait être expliquée, et je me suis plongé dans les archives des Missions étrangères de Paris. Ainsi j’ai pu découvrir la question de la querelle des rites en Chine et ses répercussions au Vietnam.

8) Un dernier mot pour la fin?

J’espère avoir fait de ce livre un bon résumé des événements au Vietnam durant ces deux périodes de son histoire. Les nouvelles générations pourront ainsi connaitre le sens de ce qui est arrivé. J’ai découvert que les Français n’avaient pas l’intention de nous aider à nous épanouir et à devenir une puissance qui pouvait les chasser du pays. Il est indéniable qu’ils nous ont apporté beaucoup de choses, mais pas assez pour nos nombreux besoins. Après leur départ il fallait presque tout inventer. Il est aussi indéniable que le Parti Communiste Vietnamien a pleinement réussi dans ses entreprises de chasser le Français colonisateur et les Américains qui sont venus soutenir les nationalistes. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Qui pouvait prévoir que l’URSS et les pays de l’Est craqueraient un jour ? Déjà, il n’y a plus que 4 pays communistes dans le monde, la Chine, Cuba, le Viet Nam et le Laos. Et au Vietnam seul le mot léniniste de marxiste-léniniste lui est encore attaché. Mais c’est un mot qui pèse encore très lourd, tant que son grand Frère du Nord l’utilise encore …

[1]    Cao Đài veut dire Tour élevée et fait référence au Tout-Puissant, Tiên Ông fait référence aux Immortels, donc au taoïsme, et Đại Bồ Tát Ma Ha Tát fait référence au Bouddha et donc au bouddhisme. Il y a douze  mots dans l’invocation complète lors des prières : « Nam Mô Cao Đài Tiên Ông Đại Bồ Tát Ma Ha Tát. »

Entretien #1 / Interview #1 – Marko Nicolic: le premier romancier étranger en langue vietnamienne / Marko Nicolic: the first foreign novelist in Vietnamese.

Nota bene:

L’entretien suivant a été réalisée selon la méthode suivante: 1) envoi des question en français, 2) réponse en anglais (l’ami Marko n’étant plus très à l’aise avec le français à l’écrit) et 3) traduction en français puis publication. Les objectifs des développements ci-dessous est de faire la promotion d’une première dans la littérature en langue vietnamienne, de donner de la visibilité à un ami méritant et d’encourager l’apprentissage du vietnamien auprès des étrangers vivant sur son territoire. Ne pouvant lire le livre en question en raison de mon niveau de Vietnamien, merci aux lecteurs de bien vouloir excuser l’éventuelle superficialité des questions.

Résultat de recherche d'images pour "marko nikolic vietnam"Peux-tu te présenter et nous dire comment tu es arrivé au Vietnam ?

Je vis au Vietnam depuis 5 ans. Comme la plupart des expatriés, je suis arrivé ici un peu par hasard et ne voulait pas y faire mon trou initialement. A cette époque, je sillonnais les routes d’Asie du sud-est et le Vietnam m’a semblé très accueillant et correspondant plutôt bien tant à ma personnalité qu’à mon style de vie. Après une rapide délibération, j’ai pris un aller simple pour tenter ma chance dans le delta du Mékong. Je suis resté là-bas un an et demi avant de déménager pour la capitale où je demeure actuellement.

Tu viens de publier Phố nhà thờ (Rue de l’église en vietnamien), pourrais-tu nous en donner les grandes lignes ?

C’est une histoire d’amour mettant en scène un Français habitant au Vietnam. Je décris sa vie, ses hauts et ses bas, ses joies et ses peines, ses combats et ses difficultés. J’ai surtout eu le souci de tisser la narration selon la vision qu’il se fait du Vietnam et des Vietnamiens à travers le temps.

Je vois également ce livre comme une chronique du Hanoï moderne : à travers ces 40 chapitres, je pose comme toile de fond les lieux caractéristiques de la capitale, ses allers, ses coins de rues, ses parcs… J’adore cette ville pour l’âme qui en émane. La cité semble évoluer autour du ressenti de Nicolas comme si elle avait la capacité d’éprouver de la compassion à son égard.

Résultat de recherche d'images pour "pho nha tho"Comment t’es venu l’initiative de ce livre et quelles idées voulais-tu y sublimer ?

J’ai décidé d’écrire cette histoire pour deux raisons. D’abord, j’avais dans l’idée de présenter une sorte de vérité concernant la vie des expatriés à Hanoï. Je tente de décrire la communauté occidentale fidèlement que possible, selon ma propre expérience de ces milieux. Ensuite, je voulais transcrire mes propres sentiments : les peurs, les efforts, les défis, l’amour et l’égocentrisme. Ce livre est un recueil de piste de réflexion aux questions existentielles dans nos vies : pourquoi nous échouons, quels éléments font que nous ne sommes pas totalement heureux… Il s’agissait de mettre sur papier mes propres conclusions et de les diffuser auprès du plus grand nombre.

En combien de temps l’as-tu écrit ?

Il m’a fallu une année pour le préparer et une autre pour l’écrire. Le processus fut long du fait des difficultés tenant à la langue : il me fallait 2-3 heures pour remplir une feuille A4 tout en consultant plusieurs dictionnaires ou texte de référence pour m’assurer de la justesse de mes propos et de mon ton naturel.

A ma connaissance, ton livre est l’un des rares ouvrages écrit directement en vietnamien par un étranger. Comment expliques-tu cette situation ?

Je suis fier de pouvoir dire que je suis le premier étranger à avoir publier un roman en Vietnamien, les autres productions déjà disponibles dans cette catégorie se limitant aux nouvelles, à la prose ou aux articles de blogs. C’est un accomplissement en soi bien que je ne me borne pas à cette dimension. Je pense vraiment que les valeurs véhiculées dépassent le simple fait que l’auteur soit un « Tây » (l’équivalent du « gringo » en langue vietnamienne) ou toute potentielle valeur-ajoutée qu’on pourrait par conséquent attribuer à mon travail. D’ailleurs, les premières réactions du public et de la presse m’ont conforté dans cette idée. Après un mois, le roman a été relayé dans la plupart des médias papiers et télé au Vietnam pour se vendre à 1400 exemplaires environ.

Quelles difficultés as-tu rencontré lors de l’écriture de ce livre ?

Ecrire un bon roman est déjà un défi en soi, mais le faire dans une langue que l’on a commencé à apprendre que 3 ou 4 années auparavant corse encore plus l’affaire. J’ai dû sacrifier une grande part de mon temps libre et de ma concentration à cette œuvre. Il m’a fallu une grosse période de réflexion et une recherche constante de l’amélioration de ma maitrise du Vietnamien par la lecture de douzaine de livres. C’est d’ailleurs à ce jour le projet le plus appliqué de ma vie et je suis satisfait de pouvoir dire que ces efforts ont payé, ne serait-ce que par le nombre de Vietnamiens ayant apprécié mon travail.

Un dernier mot ?

Vous pouvez en apprendre advantage à mon propos ou concernant mon livre sur mon site personnel : www.marko.vn. Vous pouvez également me contacter via Facebook ou commander le livre sur Tiki.


English version

Nota bene:

The following interview has been made through the following process: 1) the questions were sent in French, 2) then answered in English (the fellow Marko not been that confident in his fluency in French writing) and 3) translate in French. The aims of the following paragraphs are the promotion of a premiere in the Vietnamese literature, the increasing of his visibility on the internet and encouraging the foreigner in Vietnam to learn Vietnamese. As I’m not able to read the book due to my level in Vietnamese, thanks to the reader to apologize for the eventual superficiality of the questions.

Résultat de recherche d'images pour "marko nikolic vietnam"Can you introduce yourself and tell us what brings you to Vietnam?

I’ve been living in Vietnam for the past 5 years. Like most other expats, I ended up here by chance and didn’t initially plan to stay for long. At that time, I was backpacking around Southeast Asia and found Vietnam to be very welcoming and suitable for my personality and lifestyle.  Without much thinking, I decided to buy a one-way ticket and try out my luck in the Mekong Delta. After living there for a year and a half, I moved to the capital where I am still today.

You just published the novel Phố nhà thờ (Church street in Vietnamese), could you tell its headlines?

It’s a romantic story featuring life of a French man in Vietnam.  I describe his life here, his ups and downs, joys and disappointments, struggle and challenges. I especially focus on how his perception of Vietnam and Vietnamese people change over time.

My novel is also a piece on modern Hanoi: through 40 chapters, I describe various landscapes in the city – street corners, lanes, cafés with good views and green parks.  I love Hanoi and I found Hanoi has a soul. The city seems to go along with the main character Nicolas through his emotions, ups and downs in his life as if the city had the capability to sympathize with him.

Résultat de recherche d'images pour "pho nha tho"How did the initiative of this book come and what ideas do you want to pass through it?

I decided to write the story for two reasons. Firstly, I want to tell the truth about the life of expats in Hanoi. I describe the western community in an honest and realistic way. I share what Vietnamese haven’t known or misunderstood about us, what we dislike in Vietnam. My second reason to write is to share my feelings: fears, efforts, challenges, love, and selfishness. I wrote to find answers to essential questions in our life: why we lose, why we are not completely happy…I wrote it to find out solutions and share them with my readers.

How much time did you need to achieve this artwork?

I spent around a year planning and another year writing it. The process took a lot of time due to language limitations: I would need 2-3 hours just to write one A4 page, and I would need to consult several dictionaries at the same time in order to make sure the language I use is accurate and natural.

As far as I know, your book is one of the rare pieces of literature directly written in Vietnamese by a foreigner. How would you explain this situation?

There have been others before me, but they only wrote prose, short stories and blogs. This is the first novel in Vietnamese written by a foreigner. This is an achievement by itself. But I haven’t stopped there. I really believe that its value goes beyond the fact that its author is  »Tây » and that it has its inherent artistic value (e.g. the psychology of its characters,  the message I try to convey, the realistic way of depicting modern Vietnam…). And the first reactions have confirmed my hopes: the novel has been warmly welcomed by both the readers and the press.  During the first month after its publication, the novel was featured in most TV and newspaper outlets in the country and more than 1,400 copies have been sold.

What difficulties did you face during the writing process?

Writing a good novel is a challenge in itself, but doing that in a foreign language that I’ve been learning only for the past 3-4 years is really challenging. I had to sacrifice a lot of time and effort to write,  I had to spend a lot of time reflecting on it and also improving my Vietnamese by reading dozens of books. It was the biggest project in my life so far, and now I can say that the effort has paid off because so many Vietnamese readers are really enjoying the book.

One last word?

You can find out more about myself and my novel by visiting my personal website: http://www.marko.vn. You can also get in touch with me via Facebook or order my book on Tiki.