Actualités – Qu’attendre du Traité de libre-échange Union Européenne – Vietnam ? (Partie I)

             Le 9 juin dernier, l’Assemblée Nationale de la République Populaire du Vietnam ratifiait l’Accord de libre-échange entre l’Union Européenne et la Viêtnam (ALEUEV), faisant suite en cela suite à la décision du parlement du 12 février 2020. Il pourrait ainsi entrer en vigueur dans le courant de l’été.

Vietnam-UE: Signature des accords de libre échange et de ...
La cérémonie de signature de l’accord.

               Cet accord constitue « un tournant important »selon Cecilia Malmström, commissaire européenne au Commerce lors de la signature dudit accord à Hanoï le 30 juin 2019, ajoutant « C’est le traité le plus ambitieux que l’Union Européenne ait signé avec un pays en développement ».

               Les développements suivants chercheront à décrypter ces déclarations en tentant de déterminer quelles sont les ambitions dont parle la commissaire européenne au Commerce. Nous verrons d’abord qu’il s’agit évidemment de favoriser le commerce entre les pays européens et Hanoï, mais aussi de poser la première pierre d’une alliance avec l’ASEAN, l’association transnationales des pays d’Asie du Sud-Est (I) . Ensuite, nous verrons que l’ALEUEV est à ranger dans la catégorie des accords commerciaux « de nouvelle génération » en ce qu’il annexe des dispositions politico-sociales à des préoccupations commerciales (II).

I) Une libéralisation considérable des échanges en vue d’un accord interrégionale de premier plan.

Avant d’inscrire la ratification de l’ALEUEV dans une perspective historique et politique (B), plongeons nous d’abord dans le détail des dispositions de l’accord sur un plan commercial (A).

A) Les dispositions commerciales pures.

Nous nous emploierons à détailler ici les dispositions prévues par l’accord quant aux échanges de marchandises. Pour des raisons de confort de lectures, celles-ci seront abrégées. Je conseille ainsi à tous ceux qui sont intéressés par le contenu exact du document de se référer à la version publiée par la commission européenne et disponible à l’adresse web suivante : https://trade.ec.europa.eu/doclib/docs/2016/june/tradoc_154622.pdf

               S’agissant donc des dispositions commerciales en elles-mêmes, l’ALEUEV prévoit l’abaissement des droits de douanes à 0% pour 99% des produits échangés sur une période de 10 ans. Dès son entrée en vigueur, 65% des lignes tarifaires vietnamiennes seront annulées contre 71% côté européen. Les produits concernés sont la totalité de la production textile et la moitié des électroniques. Il faudra attendre 7 années pour voir la disparition des droits de douanes sur les pièces détachées automobiles et les motos de plus de 150 cm3, et 10 ans pour les automobiles.  Les taxes pour les produits chimiques seront éliminées sur une période de 3 à 7 ans.

               Concernant l’agroalimentaire et les produits agricoles, l’ensemble droits de douanes sera ramené à 0 au bout de 3 ans pour le bœuf, 7 ans pour le porc congelé, de 3 à 5 ans pour les produits laitiers et 10 ans pour le poulet. Dans la catégorie « vin et spiritueux », les taxes seront abolies passées 7 années sauf pour la bière pour laquelle 10 ans seront nécessaires. Sur un plan non tarifaire, le Vietnam a obtenu des quotas d’importation pour ses œufs, ses champignons, son riz (de 20 000 à 30 000 tonnes selon son degré de transformation), son sucre (20 000tonnes) et son éthanol (1 000 tonnes). Hanoï s’est également engagé à abolir la quasi-totalité de ces droits à l’exportation. Les subventions sur les produits agricoles qu’ils échangent seront abrogées par les deux parties.

               Sur le plan de la propriété intellectuelle, 169 indications géographiques protégées (IGP) européennes (dont une quarantaine pour la France, particulièrement les Grands vins et les fromages) sont reconnues par le Vietnam, contre 39 par l’Union Européenne (sauces, thé et café notamment). A noter que pour 5 d’entre elles, à savoir le Champagne, la Fontine, l’Asiago, la Feta et le Gorgonzola, une coexistence avec des marques déjà enregistrées au Vietnam a dû être reconnue. D’une manière générale, les standards de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) en matière de droits des marques, des brevets et des dessins industriels sont adoptés par le Vietnam qui devra mettre ne place une série de réforme visant à appliquer concrètement ces nouvelles règles. La plus importante transformation demeure l’inscription dans le droit vietnamien du concept d’« utilisation normale d’une marque » ne limitant pas la reconnaissance de la marque à son degrés de proéminence parmi les consommateurs d’un pays donné. En application de l’accord de La Haye concernant l’enregistrement international des dessins industriels (récemment signé par le ), le Vietnam étend la protection des droits sur les dessins industriels à 15 ans.

               Les services ne sont pas en reste. Dans le domaine financier, sous 5 années, un duo de banques européennes pourra acquérir jusqu’à 49% des capitaux de certaines banques commerciales vietnamiennes. Les compagnies d’assurances peuvent s’établir au Vietnam pour offrir des couvertures santé ou ouvrir des sociétés de réassurances. Sur le plan maritime, le Vietnam a libéralisé le transport de passagers et le fret. Les investisseurs européens peuvent s’établir dans le pays pour offrir ce type de service.

               L’accès aux marchés publics vietnamiens est désormais garantie pour les entreprises européennes.

               Un second texte est annexé à l’ALEUEV : l’accord de protection des investissements. Ceux d’entre vous qui comptent parmi les lecteurs réguliers de ce blog se souviennent sans doute que c’est ce type de disposition qui avait créé la discorde au sein des pays partis aux traités transatlantique et transpacifique, notamment aux Etats-Unis. En effet, en plus de comporter des garanties juridiques « classiques » permettant l’attraits des Investissements Directs Etrangers (traitement national, traitement de la nation la plus favorisée, traitement juste et équitable, compensation en cas d’expropriation), l’accord en question prévoit le règlement des différends entre un investisseur et le pays hôte via un arbitrage international. En somme, si un investisseur se sent lésé par une nouvelle réglementation étatique, il pourra demander réparation au gouvernement du pays en question. Traditionnellement c’est le Centre International pour le Règlement des Différends relatifs aux Investissements (CIRDI), un organe de la Banque Mondiale, qui est saisi dans ce cadre. L’ALEUEV prévoit néanmoins la mise en place d’un tribunal ad hoc permettant de statuer sur ce type de différent. Si l’accord de protection des investissements est ratifié par les états membres de l’Union (le processus d’entrer en vigueur est différent de celui de l’ALEUEV, voir le paragraphe suivant), ladite juridiction devrait être mise en place sous la forme suivante : elle devrait comprendre 9 membres (3 désignés par l’Union, 3 par le Vietnam et 3 par un pays tiers) et pourra être saisie après une tentative de médiation infructueuse d’une durée de tractation maximum de 90 jours.

               Autant dire, à ce stade du raisonnement, que le champ d’application matériel de l’ALEUEV est large et transforme en profondeur la nature des échanges entre le Vietnam et l’Union Européenne. De ce fait, l’accord à l’étude fait figure de test qui devra prouver la viabilité de ce type de partenariat auprès d’autres pays de la région Asie du Sud-Est.

B) La première pierre d’un accord commercial interrégional ?

Comme nous l’avons déjà vu à l’occasion de notre étude du traité transatlantique, les accords tels que celui que nous étudions sont nés des blocages des négociations au sein de l’organisation mondiale du commerce (OMC) depuis le sommet de Cancun en 2003. Celui-ci fut le témoin du changement des rapports de force entre le trio « économie développée » Union Européenne – Amérique du Nord – Japon et les économies émergentes. Chacune de ces parties tente de faire valoir ses intérêts : les premiers veulent la protection des droits de la propriété intellectuelle (brevet, appellation d’origine protégée et droits de marques pour éviter la contrefaçon), la réduction des taxes sur les services et les marchandises à haute valeur ajoutée et la protection des investissements dans les pays en développement ; les seconds, au contraire, veulent avoir accès à d’avantage de technologie, réduire les droits de douane sur les produits à basse-moyenne valeur ajoutée et, surtout, sur l’agroalimentaire non ou peu transformé. De ce fait, le cycle de négociation de Doha est dans une impasse et avec lui l’approche multilatérale des négociations permettant une harmonisation des règles commerciales au niveau global.

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Caricature publié suite aux désaccords de Cancun  en 2003

Dès lors, la plupart des acteurs du commerce international ont tenté de contourner cet obstacle en se lançant dans un véritable marathon de négociations bilatérales avec les pays en voie de développement. Ne dérogeant pas à la règle, L’Union Européenne démarcha notamment l’ASEAN en 2007, souhaitant en cela avoir accès à son marché de 640 millions de personnes environ et bénéficier du dynamisme économique de la région, mu par les grandes économies d’Asie Orientale (Chine, Japon, Taiwan, Corée du Sud, …). Pour donner quelques chiffres, l’Union Européenne est le deuxième partenaire économique de l’ASEAN ( 13% de son commerce extérieur total) alors que l’ASEAN est le troisième partenaire de l’Union. Le montant des échanges commerciaux bilatéraux s’est élevé à 237 milliards de dollars en 2018 et l’UE était la principale source d’investissements directs étrangers vers l’ASEAN en 2017 (27 milliards de dollars). Pourtant, faute de cohésion et d’intérêt commun à la négociation parmi les 10 nations composant l’ASEAN, les discussions entre les parties sont suspendus d’un commun accord en 2009.

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Les 10 pays membres de l’ASEAN

Dans la foulée débutent des concertations afin d’établir des accords commerciaux entre l’UE et les pays de la région, on trouve dans l’ordre chronologique : Singapour et la Malaisie à partir de 2010, le Vietnam en juin 2012, la Thaïlande en mars 2013, les Philippines en décembre 2015 et l’Indonésie en juillet 2016. A ce jour, seules les tractations avec Singapour et le Vietnam ont abouti (respectivement en 2014 et 2015) alors que celles avec la Thaïlande, la Malaisie et les Philippines sont en pause. L’Indonésie est le seul pays poursuivant les négociations à l’heure où ces mots sont écrits.

Certes, l’ALEUEV n’est pas le premier accord de libre-échange signé entre l’Union Européenne et un pays membre de l’ASEAN puisque Singapour en approuva un le 19 octobre 2018 qui est entré en vigueur en novembre 2019. Les dispositions tenant aux droits de douanes, aux services, à la propriété intellectuelle, à l’annulation des barrières commerciales non tarifaires sont similaires à l’ALEUEV. Pour autant, la situation de hub financier de la Cité-Etat de Singapour est difficilement comparable à celle de ses pairs de la région (hormis l’autre Cité-Etat pétrolière qu’est le Brunei Darussalam), dans le sens où 1) son économie est plus performante que la moyenne[1] et 2) repose sur des bases différentes du reste de la région[2], de ce fait 3) sa législation, notamment en matière de propriété intellectuelle et de garanties financières, ne nécessite pas une refonte quasi intégrale pour convenir aux exigences européennes[3].

Le Vietnam, en revanche, présente quasiment toutes les caractéristiques partagées par les pays de l’ASEAN : une économie reposant sur l’agriculture et la production manufacturière à moyenne-basse valeur ajoutée (assemblage mécanique et électronique, textile), un modèle d’intégration du marché mondial tourné vers l’exportation menant au développement des services liés au commerce et plaçant le pays au centre des chaines de valeur mondiale, l’émergence d’une classe moyenne boostant la consommation intérieure,  une forte dépendance aux investissements directs étrangers. Ajoutons d’ailleurs que le Vietnam est le second partenaire commercial de l’Union dans la région (après Singapour), avec 47 milliard de dollars de marchandises échangées en 2018. Notons que, selon les estimations de la Commission Européenne, cet accord devrait générer une plus-value commerciale de 15 000 millions d’euros par an d’exportations supplémentaires du Vietnam vers l’UE, tandis que les exportations de l’UE vers le Vietnam augmenteraient de 8 300 millions d’euros par an.

Sur un plan purement politique, Hanoï présente également la particularité d’être le plus fervent défenseur d’une vision plus inclusive de l’ASEAN après en avoir été le membre le plus conservateur. Il faut dire que le Vietnam est sans doute celui qui souffre le plus de sa dépendance à l’économie chinoise dans la région, aussi la diversification des échanges économiques y revêt-elle une importance toute particulière. Pour reprendre l’analyse de Benoit de Tréglodé, directeur de recherche à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem) et spécialiste du Vietnam : « L’accord permet à Hanoï de sortir de ce face-à-face Chine – Etats-Unis qui les asphyxie sur le plan économique et qui les met en position d’arbitre ». Le Vietnam peut ainsi jouer son atout « Chine +1[4] » afin de continuer à attirer les entreprises étrangères souhaitant limiter leur dépendance à la Chine (révélée brutalement par la crise sanitaire liée au Covid-19) et échappé aux répercussions de la guerre commerciale sino-américaine sur l’économie chinoise.

Ces deux éléments permettent ainsi aux institutions européennes d’avancer sans risque que l’ALEUEV, s’il porte ses fruits, permettra sans aucun doute de faciliter les négociations ultérieures avec les autres pays membres de l’ASEAN, voir même de parvenir à un accord de région à région. Or, cette réussite dépend en grande partie de la capacité d’Hanoï de rendre effective les normes sociales et environnementales contenues dans l’accord de libre-échange et du niveau d’exigence de l’Union Européenne s’agissant de leur application.

(Suite dans la deuxième partie).

[1] Avec Brunei, Singapour est le seul pays de la région à être classé parmi les pays « à revenus élevé » selon la Banque mondiale. Pour donner une idée de l’ampleur de l’exception qu’est Singapour, en 2018, le PIB/habitant y était en moyenne de 65 000 USD contre 4 600 USD en moyenne au sein de l’ASEAN. De la même façon, malgré une population de l’ordre de quelques 5,6 millions, Singapour parvient à afficher un PIB de 364, 16 milliards (2019), ce qui reste inférieur à la Thailande et à l’Indonésie (respectivement 504, 99 milliards et 1042, 17 milliards pour la même année) mais témoigne d’une efficacité économique supérieure une fois rapportée aux contraintes démographiques et géographiques. Source: https://planificateur.a-contresens.net/asie/classement_par_pays/PIB-AS.html

[2] Bien que reposant également sur un modèle économique extraverti requérant un flux d’investissement étranger constant comme le reste des pays de la région, Singapour se distingue notamment par l’absence d’activité et d’exportation agricoles rendant la contribution de ce secteur au PIB et à l’emploi quasiment nulle (0.1% et 0.5%). De la même façon, le pays est fortement industrialisé et spécialisé dans l’électronique de pointe et la pétrochimie. Les services quant à eux représente 70.4% du PIB et emploi 83% de la population active. Notons ici que Singapour se trouve à la seconde place mondiale en termes de transbordements de conteneur, derrière Hong Kong. Plus d’informations: https://import-export.societegenerale.fr/fr/fiche-pays/singapour/marche-principaux-secteurs#:~:text=L’%C3%A9conomie%20de%20Singapour%20repose,et%20les%20services%20aux%20entreprises.&text=Le%20secteur%20des%20services%20repr%C3%A9sente,83%25%20de%20la%20population%20active.

[3] Désireux de faire de l’ex-colonie britannique l’environnement d’affaire le plus accueillant d’Asie, le gouvernement singapourien a lancé en 2013 le « IP Hub Master Plan » afin d’être pionnier en la matière dans la région. En tant que hub financier, la législation concernant les transactions financière y est également protectrice et facilement exécutable. Plus d’informations: https://www.inpi.fr/fr/la-propriete-intellectuelle-singapour

[4] L’expression « Chine+1 » désigne la situation de pays tels que le Vietnam présentant les mêmes avantages économiques que la Chine pour les investisseurs étrangers (main d’œuvre nombreuse, jeune et à bas cout notamment) mais dépourvu des aléas politiques frappant régulièrement la stabilité de l’économie chinoise ou affectant son image à l’international (crise de Hong Kong ou des Ouïghours)

Poudrières en MDC VIII. Stratégie vietnamienne en Mer de Chine: internationalisation des conflits et déni d’accès.

Nous avons déjà beaucoup parlé de stratégie militaire sur ce blog[1][2][3][4][5] mais sans étudier en détail les mesures prises par le gouvernement vietnamien contre la stratégie de « provocation calibrée » mise en œuvre par la Chine pour progresser dans l’espace maritime de la MDC du Sud et établir sa « langue de bœuf »[6].

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La « langue de boeuf » chinoise représentée pour la première fois sur une carte en 1947. Au centre on voit les archipels Spratleys et Paracels.

Pour les lecteurs qui n’ont pas eu l’occasion de lire les précédents articles de la série un petit résumé peut s’imposer : la «territorialisation des mers » par la convention de Montego Bay en 1982 a provoqué une série de revendications de souverainetés vietnamiennes sur les archipels dits « Spratley » et « Paracels »[7]. Mais cette souveraineté n’est qu’en partie effective du fait que le Vietnam n’est pas le seul pays à avoir fait de telles réclamations : les iles Paracel sont également revendiquées par Taïwan et la Chine alors que les Spratleys constituent un lieu de conflit pour la Chine (qui réclame l’archipel dans son intégralité), les Phillipines, Brunei et la Malaisie[8]. Par l’occupation de ces iles la Chine entend faire valoir des « droits historiques » sur la MDC (mer de l’Est pour les Vietnamiens) et ainsi être en mesure de contrôler les voies maritimes actuellement au centre des échanges commerciaux internationaux[9][10]. Pour se faire elle a drastiquement changé sa politique martiale pour privilégier la marine et s’active à se doter d’une force de frappe à hauteur de ses intentions[11]. Le Vietnam, frontalier du géant par la mer et la terre, voit dans les intentions chinoises une menace à sa souveraineté nationale et n’hésite pas à rappeler les contentieux historiques profond entre les deux pays pour construire un roman nationale anti chinois[12]. Rappelons également que le dialogue entretenu entre les deux PC, fortement éprouvés par la corruption, ainsi que les concessions avérées ou supposées qui en découlent provoquent la colère du peuple vietnamien et constituent sans nul doute le risque intérieur le plus important pour le gouvernement[13].

Bien qu’officiellement en paix avec son grand voisin du nord, le Vietnam voit sa politique de défense se construire pour tenter de contrebalancer l’hégémonie chinoise dans la région. Ces réflexions stratégiques forment un ensemble de prescriptions martiales recueillies dans des « Livres Blancs de la Défense » (LBD). 3 de ces livres ont été publiés en 1998, 2004 et 2009. Cette dernière version sera la base de cet article.

D’un point de vue général, le LBD de 2009 revient aux concepts traditionnels qui ont nourris les guerres vietnamiennes depuis la première invasion par la Chine[14] : « guerre du peuple » dans une stratégie défensive globale basée sur un « potentiel politico-spirituel » défini comme « une composante du potentiel de défense nationale, inhérent aux qualités humaines, aux traditions nationales historico-culturelles, et au système politique ».

Si cette conception est peu prolixe quant aux menaces « non traditionnelles [15]» (comme dans le cas du Mékong[16]), elle répond néanmoins aux menaces traditionnelles que représente ce qui peut être compris comme une résurgence de la menace chinoise pour le Vietnam. Evidemment, la Chine présente sa montée en puissance comme une «  émergence pacifique » et la nécessité pour le gouvernement vietnamien de maintenir un dialogue avec son homologue chinois lui interdit de présenter la situation dans ce sens.

Ainsi les autorités vietnamiennes préfèrent estimer que ces tensions en MDC sont, plutôt qu’une annexion pure est simple, une entrave à la « maritimisation » du pays alors que la part de l’économie maritime dans la croissance économique du pays va croissante et que cette matière est prioritaire dans la politique vietnamienne[17].

Fidèle à une maitrise de la dialectique « politique – militaire » pour mener une guerre, la doctrine militaire vietnamienne issue du LBD de 2009 repose sur un triptyque de rapport de force avec son voisin chinois : économique, diplomatique et militaire. Comme l’asymétrie sur le plan économique est patente et que nous avons déjà quelque peu étudier le sujet précédemment[18] [19], l’article se concentrera d’avantage sur les parties diplomatiques et militaires. A noter que, correspondant à la fois à la doctrine marxiste-léniniste (subordination du militaire au pouvoir civil) et à la tradition martiale du Vietnam, la seconde est considérée comme un soutien au premier.

Commençons donc par le volet diplomatique.

D’un point de vue global, après le « Renouveau » (ou « Doi Moi ») et l’effondrement de l’URSS, l’objectif du Vietnam a clairement été une ouverture diplomatique tous azimut dans le but de suppléer au « grand frère » et seul allié soviétique en voie d’effondrement. La normalisation des rapports avec la Chine en1991 fut un des principaux moteurs de cette ouverture diplomatique même s’il est clair que la nouvelle configuration mondiale plaçait le Vietnam dans un état de faiblesse par rapport à son voisin du Nord et ce notamment lorsque celui ci réactive ses intentions impériales dans le « pré carré » vietnamien (Laos et Cambodge) .Ainsi toute alliance diplomatique frontalement opposée à la Chine était à oublier.

Le Vietnam fonda alors sa politique étrangère sur une position neutre en pariant sur une progression économique qui serait la panacée de ses problèmes. Cette politique implique trois refus toujours explicites : pas de base militaire étrangère sur le territoire, pas d’alliance de nature militaire et pas de relations diplomatiques cherchant uniquement à nuire à un pays tiers. Il s’agit pour le gouvernement vietnamien de se donner les moyens d’une politique étrangère d’équidistance entre les grandes puissances en évitant toute réaction disproportionnée de la Chine.

Il s’agit dans les faits d’une mise à jour de la stratégie dite « du faible au fort[20] » dans le contexte actuel. Les stratèges contemporains préfèrent le terme de « stratégie de couverture » (« hedging strategy »). Il s’agit de mettre en place un réseau de relations diplomatiques flexibles et de haute intensité mais sans lui donner un caractère formel. L’intérêt du Vietnam à lier de telles alliances est à la fois de bénéficier de partenaires internationaux pour servir de caisse de résonance à ses positions et d’internationaliser les conflits en MDC. Nous avions déjà vue en ce sens la stratégie consistant à associer l’Inde dans l’exploitation du pétrole off shore situé dans l’espace maritime attenant au Vietnam[21].

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Signature du partenariat stratégique France-Vietnam par les premiers ministres français et vietnamien à Paris (25 septembre 2013).

Le pays fut ainsi un des premiers à signer un « partenariat stratégique » avec la Russie en 2001[22]. Depuis ce dispositif n’a cessé de s’étendre puisque le pays est signataire de 13 « partenariats stratégique » (Japon en 2006, Inde en 2007, Corée du Sud en 2009, Royaume Uni en 2010, Allemagne en 2011, France, Indonésie, Singapour et Thailande en 2013) et de 11 « partenariats compréhensifs » (Australie et Nouvelle Zélande en 2009, Etats Unis et Ukraine en 2013 notamment).

Un autre théâtre pour le Vietnam est également la visibilité offerte par l’ASEAN même s’il est clair, que comme nous avons déjà pu le voir, l’organisation régionale ne prévoit aucune procédure contraignante en cas de conflit d’un des membres avec un pays tiers et plusieurs voies se sont déjà faites entendre sur le fait que les altercations en MDC ne saurait en aucun cas être toléré comme un conflit « ASEAN- Chine »[23].

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Carte de répartition des zones maritimes militaires et des bâtiments de la marine vietnamienne (selon le LBD de 2009). La concentration des moyens militaires au large des Spratleys ne laisse aucun doute quant à la crispation vietnamienne dans la zone.

Afin d’appuyer cette logique diplomatique visant à ne pas laisser le pays isolé, le gouvernement vietnamien a suivi son voisin chinois dans son appel du large afin de se donner les moyens de fonder une stratégie dite de « déni d’accès ». Cette tactique est essentiellement défensive et consiste comme son nom l’indique en la neutralisation d’une éventuelle aventure militaire sur un territoire que l’on contrôle[24]. Le Vietnam mime en cela les dispositions que les chinois prennent en MDC mais à l’égard des Américains[25].

Ainsi l’Armée Populaire du Vietnam, jouant encore un rôle central dans l’économie vietnamienne, se voit renforcer de jour en jour et notamment s’agissant de son volet maritime. A l’image de la doctrine militaire chinoise ayant cour jusque dans les années 90[26], le Vietnam ne se considérait guère comme une puissance navale malgré sa façade maritime immense. Le développement effréné de la marine chinoise l’obligea à choisir entre se cantonner à la défense côtière en accusant un retard technologique rendant la marine de guerre vietnamienne impuissante ou au contraire se doter d’un arsenal militaire hauturier (de haute mer) en cohérence avec ses aspirations souveraines en MDC.

Depuis le début des années 2000 la marine vietnamienne connaît un saut qualitatif sans précédent et ce grâce au développement économique du pays. Ainsi si le pourcentage du PIB alloué à la défense reste relativement stable (entre 1,5 et 2,5%) la valeur absolue du budget augmente radicalement chaque année. En 2014 le gouvernement vietnamien dépensait 6,2 Milliards de dollars dans la défense[27].

Ces excédents économiques permettent de ce fait de moderniser la marine à grande vitesse principalement par l’importation d’appareils étrangers même si des chantiers navals vietnamiens apparaissent et parviennent à ébaucher une industrie de guerre sophistiquée au Vietnam depuis la réussite du navire TT400TP en 2011[28].

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Le premier sous-marin russe de classe Kilo juste avant sa mise à flot dans la baie Cam Ranh (2011)

Cette production locale est encore relativement faible vis à vis des importations. C’est la Russie qui très vite a participé à l’émulation du potentiel naval vietnamien en vendant son savoir-faire à son ancien allié. En plus de signer le premier partenariat stratégique avec le Vietnam, le gouvernement russe a fourni dès 2001 2 patrouilleurs multitâches Svetlyak au Vietnam. Cette dynamique sera poursuivie autant par la quantité que par la montée en gamme des vaisseaux de guerres commandés : 4 corvettes lances missiles Tarantul I entre 2001 et 2004 (aujourd’hui il semble qu’une dizaine de corvettes améliorées Tarantul V soit en construction au Vietnam) et 2 frégates ultra modernes de type Gepard en 2011 (deux sont actuellement en construction au Vietnam[29]). Mais c’est surtout la signature d’un contrat d’acquisition par le Vietnam de 6 sous marins russes de classe Kilo qui apporte l’avancée la plus significative : en acquérant ce type de matériel (les sous marins russes de ce type possèdent une signature sonore si basse qu’ils sont surnommés  « trou noir » par la marine américaine[30]), le Vietnam devient la première puissance navale d’Asie du Sud Est à se doter d’une dissuasion sous marine de pointe pouvant rivaliser avec les moyens chinois[31]. A noter que par le truchement d’une alliance plus ancienne, c’est l’Etat indien qui fournit les pièces de rechange de marque russe au Vietnam, entérinant de ce fait un solide axe diplomatique Vietnam – Inde – Russie[32].

Fidèle à sa logique internationalisante, le Vietnam favorise la diversification de sa chaine d’approvisionnement en recevant la visite de bâtiments français ou japonais dans sa base de Cam Ranh ou en se voyant doter de frégate lance missile par le Japon[33]. Le grand tour historique que prend notre affaire est la levée de l’embargo américain sur les armes durant la visite à Hanoï de l’ex président américain Barack Obama le 23 mai 2016. Si plusieurs commentateurs sont circonspects quant à l’achat d’avion de combat F-16, il semble clair que le Vietnam veuille se doter de matériel « non létal » axé sur la détection et l’intervention rapide. Les avions espions Orion III semblent ainsi particulièrement indiqués[34]. La France collabore en ce sens avec le Vietnam avec la mise en place du programme de télédection Movimar et de son extension qui, bien que non cantonné au secteur de la défense, sert également de base au programme de surveillance satellite vietnamien et ce notamment dans le cadre des conflits en MDC[35]. A noter que d’ici 2020, le Vietnam entend se doter par ses propres moyens de satellites de détection et de communication[36].

En guise de conclusion, on ne peut que constater que les efforts diplomatiques et militaires du Vietnam autour de la stratégie internationaliste du « déni d’accès » sont efficaces pour éviter tout aventurisme chinois en MDC et ce malgré la domination économique et militaire écrasante de la Chine.

Il semble par ailleurs évident que ces mêmes efforts ne sauraient être suffisants pour que le Vietnam seul puisse tenir tête à l’hégémonie chinoise. Ainsi si les partenariats stratégiques que nous avons détaillés plus haut témoignent de la vitalité diplomatique d’Hanoï, ils ne garantissent en rien l’alignement des partenaires sur la vision vietnamienne et n’efface pas les divergences entre les pays partenaires. Cet état de fait laisse largement entrevoir l’instabilité du dispositif vietnamien. Ainsi l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux Etats Unis et la fin annoncée du Taité Transpacifique ainsi que la réserve américaine au sein de l’APEC[37] peuvent être comprises comme deux revers pour les Vietnamiens étant donné qu’ils comptaient les utiliser pour tenter de sortir de l’hégémonie économique de leur grand voisin du Nord. Toutefois les commandes d’armes auprès des pays tiers prévoient l’envoi de personnels de formation et d’entretien sur place qui peuvent en revanche forcer les pays concernés à la réaction.

De la même façon sur le plan martial, l’inexpérience de la marine vietnamienne s’agissant de la défense en haute mer nécessitant une grande coordination inter-arme (détection, artillerie côtière, aviation, navire d’attaque, missile balistique) laisse augurer une phase d’adaptation relativement longue avant d’être parfaitement opérationnel. Ce fait est d’autant plus important que dans l’archipel des Spratleys, le Vietnam contrôle pas loin de 22 îles/îlots/ banc de sable, faisant du « merritoire » vietnamien le plus vaste à défendre.

Il paraît cependant clair que cette dynamique, déjà bien entamée par le gouvernement vietnamien, va se poursuivre plus rapidement. En effet bien qu’aucun front antichinois ne soit officiellement proclamé, il paraît clair que le Vietnam se trouve au centre de 3 visions stratégiques majeures alimentant sa doctrine : la stratégie japonaise dite « Look South[38] », la stratégie indienne « Act East[39] » et la stratégie américaine de « pivot stratégique[40] » ver l’Asie.

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Les premiers ministres indien et vietnamien assiste à la signature d’un accord de coopération intéressant la marine civil et militaire entre les amiraux en chef des deux pays (Septembre 2016).

[1] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/20/defi-30-jours-30-articles-23-absurde-le-manque-de-contenu-politique-des-contre-insurges-francais-et-americains-durant-les-deux-premieres-guerres-dindochine/

[2] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/19/defi-30-jours-30-articles-22-la-guerre-contre-insurectionnelle-la-conception-dune-nouvelle-doctrine-de-guerre-pour-defaire-la-guerilla-maoiste-du-viet-minh/

[3] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/02/01/actualites-special-tet-deux-episodes-guerriers-celebres-dans-lhistoire-vietnamienne-a-loccasion-du-nouvel-an-lunaire/

https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-vi-la-strategie-militaire-chinoise-en-mer-de-chine-lempire-du-milieu-repond-a-lappel-du-large/

[5] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/duc-un-regard-allemand-sur-le-vietnam-1965-1972-uwe-siemon-netto-les-indes-savantes-editions-2015/

[6] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-ii-historique-des-litiges-sino-vietnamiens-sur-les-iles-spratley-et-paracels/

[7] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-iii-le-difficile-contexte-de-merittorialisation-la-convention-de-montego-bay/

[8] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-ii-historique-des-litiges-sino-vietnamiens-sur-les-iles-spratley-et-paracels/

[9]https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-iv-la-mdc-au-centre-de-la-mondialisation/

[10] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-v-lambiguite-des-revendications-maritimes-chinoises-les-difficultes-de-la-merritorialisation-et-la-notion-chinoise-des-frontieres/

[11] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-vi-la-strategie-militaire-chinoise-en-mer-de-chine-lempire-du-milieu-repond-a-lappel-du-large/

[12] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mer-de-chine-vii-la-schizophrenie-vietnamienne-attraction-et-repulsion-chinoise/

[13] Idem.

[14] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/12/05/reponse-au-lecteur-n3-la-forte-influence-sans-assimilation-de-la-civilisation-chinoise-sur-le-vietnam-partie-i-introduction-et-perspectives-historiques/

[15] http://www.diploweb.com/La-pensee-strategique-vietnamienne.html#nh10

[16] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/le-mekong-ii-quand-lhydrologie-devient-geopolitique/

[17] Nathalie Fau, La maritimisation de l’économie vietnamienne : un facteur exacerbant les tensions entre le Vietnam et la Chine et MDC méridionale ?, dans Hérodote n°57, Les enjeux géopolitiques du Vietnam, 2ème trimestre 2015, p.39-55.

[18] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/01/22/actualites-le-discours-gagnant-gagnant-de-xi-jinping-au-forum-economique-mondiale-de-davos-vers-un-retour-a-la-hierarchie-des-relations-internationales-du-systeme-tributaire/

[19] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mer-de-chine-vii-la-schizophrenie-vietnamienne-attraction-et-repulsion-chinoise/

[20] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mer-de-chine-vii-la-schizophrenie-vietnamienne-attraction-et-repulsion-chinoise/

[21] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/02/28/defi-30-jours30-articles-petrole-le-vietnam-pays-petrolier-emergent/

[22] Elevé au rang de « partenariat stratégique compréhensif » en 2011.

[23] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/26/defi-30-jours30-articles-29-lasean-et-le-vietnam-de-la-posture-conservatrice-a-la-volonte-dintegration-les-limites-de-la-vision-utilitaire-vietnamienne/

[24] https://www.files.ethz.ch/isn/165710/201317.pdf

[25] http://www.ttu.fr/pacifique-comment-contrer-le-deni-dacces-chinois/

[26] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-vi-la-strategie-militaire-chinoise-en-mer-de-chine-lempire-du-milieu-repond-a-lappel-du-large/

[27] http://www.nationmaster.com/country-info/profiles/Vietnam/Military

[28] http://blog.vietnam-aujourdhui.info/post/2011/11/27/Marine-%3A-naissance-du-premier-navire-de-guerre-made-in-Vietnam

[29] http://cesm.marine.defense.gouv.fr/images/Cargo/2012/CARGO2012-17_Vietnam-stratgie-defense-chinoise.pdf

[30] https://classe-internationale.com/2015/03/22/modernisation-de-la-marine-vietnamienne-un-nouvel-acteur-en-asie-du-sud-est/

[31] http://nationalinterest.org/feature/chinas-nightmare-vietnams-new-killer-submarines-12505

[32] https://classe-internationale.com/2015/03/22/modernisation-de-la-marine-vietnamienne-un-nouvel-acteur-en-asie-du-sud-est/

[33] https://asialyst.com/fr/2016/03/16/mer-de-chine-le-retour-sous-marin-du-japon/

[34] http://thediplomat.com/2016/05/with-arms-embargo-lifted-whats-on-vietnams-shopping-list/

[35] http://lecourrier.vn/le-developpement-des-technologies-spatiales-au-vietnam/179266.html

[36] http://lecourrier.vn/les-technologies-aeronautiques-largement-appliquees-au-vietnam/354509.html

[37] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/01/22/actualites-le-discours-gagnant-gagnant-de-xi-jinping-au-forum-economique-mondiale-de-davos-vers-un-retour-a-la-hierarchie-des-relations-internationales-du-systeme-tributaire/

[38] Dans la vision japonaise, le Vietnam est le seul pays d’Asie du Sud Est à partager sans réserve la position du gouvernement japonais à l’égard de la Chine. Il s’agit donc par cette stratégie de lier les deux pays pour répondre à un certain nombre de menaces d’origine chinoises (même si la Chine n’apparaît jamais). Pour plus d’info : http://www2.jiia.or.jp/pdf/fellow_report/140711_Vietnam-Japan_Strategic_Partnership-Final_paper_Thuy_Thi_Do.pdf

[39] Il s’agit pour l’Inde de profiter de sa diaspora en Asie du Sud Est et de son influence culturelle pour fonder des partenariats stratégiques visant, entre autre, a empêché l’océan Indien de tomber sous domination chinoise. Pour plus d’info : https://www.theglobalist.com/modi-and-india-act-east-policy/

[40] Le « pivot » américain engagé en 2011 par l’administration Obama consiste en un rééquilibrage de la politique étrangère américaine vers la zone Asie Pacifique et ce notamment afin de répondre à une éventuelle menace chinoise. Pour plus d’info : https://asialyst.com/fr/2016/11/02/quel-bilan-pour-le-pivot-asiatique-de-barack-obama/

Défi 30 jours/30 articles #29 – L’ASEAN et le Vietnam – De la posture conservatrice à la volonté d’intégration: les limites de la vision utilitaire vietnamienne.

L’ « Association of Southeast Asia Nation » (ASEAN) et le Vietnam entretiennent des relations paradoxales dans le sens où l’organisation régionale a été pensée et promue comme un bloc politique devant empêcher l’élargissement de la deuxième guerre d’Indochine et l’avancée communiste dans des pays où des guérillas communistes avait été écrasées (Indonésie, Malaisie et Phillipines[1] notamment). Plutôt neutraliste (mise en place de la zone de paix, de liberté et de neutralité en 1971) dans sa conception politique, l’ASEAN s’est néanmoins largement servi de la menace vietnamienne pour attirer les capitaux américains puis japonais et coréens. Si la création « clé en main » de l’association par les Etats Unis résiste mal à l’épreuve des faits, il est clair qu’alors le Nord Vietnam était au centre d’un réseau de subversion communiste opérant en Asie du Sud Est (Laos et Cambodge notamment) et que cette association anti-communiste fut plébiscitée par les régimes autoritaires des membres fondateurs (Indonésie, Malaisie, Singapour, Thaïlande, Phillipines)[2].

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Les membres de l’ASEAN

            En effet la logique de cette association repose d’avantage sur l’existence et l’entretien d’intérêts communs entre les pays de la région que sur une politique idéologique sine qua non (contrairement à l’Union Européenne, franchement libérale). C’est ce qui permit ainsi une politique de main tendue de l’association envers le Vietnam dès 1975, engageant ainsi une dynamique de contacts diplomatiques constructifs à laquelle seule l’intervention vietnamienne au Cambodge mettra fin[3].

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Suharto et son homologue vietnamien lors de la visite diplomatique de 1990

           Il faudra attendre 1988, l’ouverture économique par le Doi Moi et le début de la résolution du cas cambodgien pour que des contacts soient à nouveau établis. Le véritable tournant des rapports ASEAN-Vietnam fut la visite du président philippin Suharto à Hanoï en 1990. A partir de cette date le Vietnam signe le Traité d’Amitié et de Coopération (TAC, document clé de l’ASEAN depuis 1974) en 1992, postule à l’admission en 1993 et devient finalement membre en 1995.

            Pourquoi le Vietnam a t’il accepté d’intégrer une telle organisation alors même que le PCV vietnamien est encore actuellement au pouvoir ?

            Dans les faits le pays était placé sous embargo américain depuis 1975 – hypothéquant donc tout contact diplomatique avec l’occident ou les pays du bloc de l’Ouest – et l’intervention vietnamienne au Cambodge provoqua la rupture des liens diplomatiques avec la Chine. Aussi lorsque l’URSS est dissoute en 1989, le pays se retrouve complètement isolé sur la scène internationale et la politique d’ouverture économique ne peut qu’échouer si des capitaux frais ne viennent pas faire tourner l’économie. La diplomatie vietnamienne se transforme alors radicalement en procédant à des ouvertures tous azimuts dans un contexte de crise économique très dure pour la population.

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Le logo de l’ASEAN

Si les deux grands moteurs de l’ouverture vietnamienne furent clairement la normalisation des rapports avec la Chine (1991) et avec les Etats Unis (1995), il est clair que l’accès du Vietnam à l’ASEAN fut une étape importante dans la construction de la politique du pays mais également de l’organisation : l’adhésion du Vietnam emmenait l’élargissement de l’organisation au Cambodge, Laos et Myanmar (ex Birmanie ) et en retour elle fut un gage de crédibilité pour le gouvernement vietnamien à la fois dans les réformes économiques et politiques du pays. Ainsi l’ASEAN soutint le Vietnam dans sa candidature d’adhésion à l’APEC (organisation pour la Coopération Economique en Asie Pacifique, Asia-Pacific Economic Cooperation en anglais) en 1995 et à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) en 2007. Les différents sommets de l’ASEAN furent également l’occasion de tissage de liens diplomatiques bilatéraux entre le Vietnam et des pays comme l’Inde, la Nouvelle Zélande ou l’Australie.

Jusqu’au début des années 2010 le Vietnam fut donc un grand bénéficiaire de l’ASEAN et, arguant de l’importance la souveraineté des nations, un membre conservateur refusant toute remise en question de la logique d’intérêts communs de l’association. Ainsi devant les question soulevées par la crise financière et monétaire asiatique à propos des différentes réponses à y apporter[4], le Vietnam fut un des membres les plus conservateurs et refusa tout compromis sur une éventuelle réforme de l’institution[5].

Dans ce sens le pays s’appropria très rapidement les normes de l’ASEAN étant donné que celle ci fut un important instrument de développement économique et politique. Le gouvernement vietnamien devint alors un membre actif de l’organisation afin d’orienter l’action de celle dans une sens servant principalement ses intérêts. La diplomatie vietnamienne s’illustra notamment dans la rédaction de la Charte de l’ASEAN de 2007, la création de l’ASEAN Defense ministery meeting élargie à des pays tiers et la définition d’objectifs concrets en vue de réaliser la communauté ASEAN en 2015.

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Photo finale de la dernière réunion des ministres de la défense dit ASEAN+8. En plus des dix membres de l’organisation on trouve: la Nouvelle Zélande, la Russie, la Chine, l’Australie, l’Inde, les Etats Unis, la Corée du SUD. Si cette réunion n’apporte guère de solution aux conflits en mer de Chine, il est clair que son rayonnement et ses travaux braquent les yeux du monde sur ceux ci.

Au bout du compte cette logique utilitariste rentre en conflit avec le conservatisme initiale du Vietnam : les troubles en mer de Chine/mer Orientale pousse le PCV à demander des réponses tangibles de l’organisation devant la stratégie de « provocation calibrée [6]» du géant Chinois. Or il faudrait pour cela que les états membres s’engagent dans une voie contraignante en matière de défense afin de parer à la division de ceux ci à propos de l’attitude à adopter vis à vis du Vietnam. Plusieurs voies se sont déjà fait entendre à propos de ces visées inclusives de la part du Vietnam en estimant que, sil est clair que le comportement chinois menace la stabilité de la paix, le différend opposant le Vietnam et la Chine ne saurait s’étendre pour devenir un conflit Chine/ASEAN et ce d’autant plus que la Chine est un partenaire majeur de l’association et de l’ensemble des ses membres. Ainsi malgré les appels répétés de Hanoï pour que les pays membres soutiennent les positions vietnamiennes face à la Chine, l’ASEAN refuse de s’impliquer.

Le pragmatisme utilitaire des diplomates vietnamiens, expliquant ce revirement de conservateur à réformiste, trouve donc sa limite dans l’ASEAN. Toutefois il se peut que sur le long terme les provocations chinoises provoquent la lassitude et/ou l’inquiétude des pays membres et mènent de ce fait à remettre en cause la neutralité et les structures peu inclusives de l’association.

[1] Eric Nguyen, L’Asie géopolitique : de la colonisation à la conquête du monde, Studyrama,2006, p.195

[2] Sophie Boisseau du Rocher, Le Vietnam et l’ASEAN : dépasser la startégie utilitaire, Hérodote n°157, Les enjeux géopolitiques du Vietnam, 2ème trimestre 2015, p.58

[3] Idem

[4] Navarro Marion, « Retour sur la crise asiatique », Regards croisés sur l’économie, 1/2008 (n° 3), p. 273-275. Disponible sur : http://www.cairn.info/revue-regards-croises-sur-l-economie-2008-1-page-273.htm

[5] Idem, p.63

[6] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-vi-la-strategie-militaire-chinoise-en-mer-de-chine-lempire-du-milieu-repond-a-lappel-du-large/

Défi 30 jours/ 30 articles #25 – Complexe militaro-industriel et guerre du Vietnam – La paix n’est définitivement pas rentable.

Ambiance sonore : Boris Vian – Le petit commerce[1]

« Car nous sommes confrontés à une conspiration monolithique et impitoyable dans le monde, qui compte principalement sur des moyens cachés pour étendre sa sphère d’influence, avec l’infiltration plutôt que l’invasion, par la subversion au lieu d’élections, par l’intimidation au lieu du libre choix, par des guérilla la nuit au lieu de l’armées en plein jour. C’est un système qui a enrôlé de vastes ressources humaines et matérielles dans la construction d’une machine soudée hautement performante qui associe des opérations de renseignements, militaires, diplomatiques, économiques, scientifiques et politiques. Les préparatifs sont cachés, non publiés, leurs erreurs sont enterrées et ne font pas les manchettes. Les dissidents sont réduits au silence et non pas louangé. Aucune dépense n’est remise en question, aucune rumeur n’est imprimée, aucun secret n’est révélé . Il mène la Guerre Froide. En bref, dans un contexte de discipline martiale, aucune démocratie ne pourrait espérer ou souhaiter réussir. »

            John Fitzgerald Kennedy s’adressant à l’Association Américaine de la Presse le 27 Janvier 1961[2].

            Je sais qu’il est un peu provocateur d’entamer un article sur le complexe militaro-industriel (CMI) américain en citant ainsi le président John Fitzgerald Kennedy. S’il est clair que celui ci s’était fait de nombreux ennemis (la Banque aves sa réforme de la Réserve Fédérale  Américaine, la mafia par ses opérations policières de démantèlement), sa gestion de la crise des missiles de Cuba et l’initiation de la politique de « détente » en 1963 après un processus de courses aux armements avec l’URSS (1949-1963) en fait un grain de sable dans les rouages de la guerre à outrance alors en en vogue avec le début de la Guerre Froide.

            Mais qu’appelle t-on CMI ?

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Le président Monoroe, promoteur de la doctrine non interventionniste. Le second de sa réflexion l’amène à estimer que l’Amérique du Sud est un « pré carré des américains »

Le terme émerge en 1914, lorsque le déclenchement de la Première Guerre Mondiale en Europe pose la question de l’engagement américain en Europe après une longue phase d’isolationnisme (doctrine politique de 1823 du président américain James Monroe estimant que les Etats Unis ne devait pas intervenir en dehors des deux continents américains). Les partisans de l’isolationnisme se confondent ici avec les pacifistes qui dénoncent les « va t’en guerre » des industries de l’armement.

 

            Même si les Américains attendront 1917 pour entrer dans la guerre au coté de la France et de la Grande Bretagne, ils suppléèrent rapidement les pays belligérants dans les pays qu’ils ne pouvaient plus approvisionner en raison de l’effort de guerre. Ils alimentèrent par la suite les nations européennes dont la production était touchée. Enfin, quand les Etats Unis rentrèrent dans la Guerre, le (petit) monde de la production d’arme américaine surproduisit, créant des problèmes de répartition de la production et de l’approvisionnement. Devant ces troubles l’Etat fut contraint d’intervenir pour arbitrer les différents et centraliser les informations concernant la production, il créa donc le National Research Council (NRC) que plusieurs auteurs qualifient « d’embryon du complexe militaro indutriel [3]».

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La première guerre mondiale fut la première guerre américaine mobilisant la société dans son ensemble, ici une affiche de propagande en direction des femmes et en faveur des bons de guerre américain

Bien que circonstancielle, cet interventionnisme marqua une étape relativement importante dans un pays où le rôle de l’Etat dans l’économie n’était pas souhaitable. Plusieurs économistes interventionnistes y virent une formidable expérience de planification économique contenant (par un contrôle de la production et des prix) les excès du business privé sans tuer la justice sociale. Ainsi bon nombre de ceux ci assimilèrent directement qu’intervention de l’Etat en matière d’armement en temps de guerre était synonyme de progrès social[4].

 

            Aussi, alors que les réponses économiques « traditionnelles » ne parvenaient pas à relever les Etats Unis de la crise de 29, Roosevelt se fit élire avec son « New Deal ». Cette politique n’était en aucun idéologique et reposait principalement sur le groupe d’expert économique qui entourait Roosevelt : le Brain Trust. Parmi ceux-ci plusieurs étaient de « gauche » social démocrate pro-intervention de l’Etat et certains firent même un passage au NRC comme Ruxford Tugwell[5].

            Il faut également noté que durant ce temps d’entre deux guerre une branche de l’industrie se développa et maintint un fort niveau de production, même après la crise de 29. L’aviation était devenue l’Amérique durant cette période à la fois de par sa part de plus en plus importante dans la création de richesse américaine, par son statut de progrès industriel alors le plus avancé et par l’avènement de héros de l’aviation civile comme Charles Lindbergh, premier homme à faire la traversé de l’Atlantique solitaire en reliant New York et Paris en avion le 21 mai 1927. Cette industrie, mobilisant plusieurs corps de métier (scientifique, ingénieurs, ouvriers qualifiés), sera extrêmement féconde lorsque les préparatifs de guerre débuteront en 1941 (après la défaite française). L’aviation sera alors le domaine pivot du CMI pendant et après la Guerre[6].

Lindbergh
Charles Lindbergh et le monoplace avec lequel il fit la traversée de l’Atlantique.

            Ainsi lorsque l’attaque de Peral Harbor le 7 décembre 1941 projettera les Etats Unis dans la seconde guerre mondiale, le CMI bénéficiera d’un grand nombre de soutien dans diverses branches de la vie politique américaine et ceci sur un spectre politique extrêmement large.

            La nation américaine dans son ensemble entra donc dans une période de production à des fins de guerres. Souhaitant devenir « l’arsenal des alliés » devant l’isolement anglais et la déconfiture soviétique, Roosevelt mit en place le Victory Program le 6 janvier 1942. Celui ci devait assurer les conditions matérielles de la Victoire des Alliées par l’orientation progressive de l’ensemble de l’économie vers la guerre sous la tutelle planificatrice de l’Etat. Ce fut une réussite puisqu’en plus d’aligner une quantité impressionnante d’équipement par soldat engagé, les Etats Unis participaient à l’effort de guerre anglais et soviétique.

Il convient de préciser que si les relances Keynésienne eurent un effet bénéfique sur le plan social, leurs efficacités économiques sur le long terme restent suffisamment médiocres pour que l’on puisse estimer que c’est l’effort de guerre qui sera décisif pour sortir les Etats Unis de la grande dépression[7].

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Affiche de propagande pour l’achat de « bons de guerre ». Ici le CMI compose la structure de la puissance permettant au géant oncle Sam d’amener la liberté au monde.

Ce fut l’âge d’or du CMI. Il liait alors plusieurs « mythe » américain comme le business, la science, l’aviation et jouissait de la réputation d’épée de la démocratie contre les fascismes allemands, japonais et italiens. La progression de son influence fut telle qu’elle fit dire à John Kenneth Galbraith (conseiller économique de Roosevelt puis de Johnson) en 1943 : « Entretemps, l’armée avait fait son apparition. En 1940, sur les questions d’économie, d’industrie et d’approvisionnement, son influence était dérisoire. A présent, elle pèse lourd dans les décisions. A mesure que les militaires gagnaient en influence, bon nombre de libéraux, séduits par leur style ou convaincus que les les soldats ne manifesteraient envers la politique intérieure qu’indifférence ou neutralité pour se consacrer seulement à la guerre, rallièrent leur cause. Ce fut le début d’une association qui devait revêtir une si lourde signification pendant la guerre froide et la guerre du Vietnam. Nous devions payer la victoire sur Hitler d’une militarisation durable de l’Etat »[8].

 

La figure des dictatures de type fasciste céda très rapidement le pas au Diable soviétique, avec la construction du mur de Berlin (1949) et le début de la guerre de Corée (1950), qui constitua une menace suffisamment crédible pour que le CMI continue son développement malgré les lourdes pertes subies par l’armée et choquant la sensibilité de l’opinion publique américaine.

Se mit dès lors en place une philosophie industrielle et technologique de la guerre orientant la stratégie et la politique vers une course à l’innovation militaire censée limiter le nombre perte humaine. C’est en 1945 que fut remis au général Arnold le rapport Towards the Horizons écrit par Théodore Von Karman, physicien du Californian Institute of Technology (Cal Tech), complexe scientifique spécialisé dans l’aéronautique qui avait formé le fer de lance des progrès de l’aéronautique américaine avec un soutien du Pentagone d ès 1941. Ledit rapport, loin d’une directive stratégique, indiquait le cadre technologique que le CMI devait prendre pour continuer à se développer.

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Logo, que vous avez déjà tous vu, du NSC.

Dès lors en plus de constituer un important secteur de dépense publique, le CMI voit l’Etat s’aligner sur lui par le National Security Act de 1947 mettant en place le National Security Council. Celui ci était sous la responsabilité du président et supervisé par les acteurs de la défense nationales autant institutionnels qu’industriels. Cette loi marqua également la fusion des trois armes (Terre, Air, Mer) en un seul poste de ministre mais surtout la création de la CIA.

 

De fait de la fin de la 2ème guerre mondiale au début des années 60 le CMI représente à la fois l’instrument qui a permis la défaite « des ennemis de la Liberté » en 1945, une recette de puissance industrielle et économique à longues ramifications commerciales ayant sortie les Etats Unis de la Grande Dépression et enfin une sorte de mythe de réussite américain permettant de faire flotter le drapeau étoilé sur tout le « Monde Libre ».

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Le président Dwight Eisenhower durant son dernier discours en tant que président, le 17 janvier 1961.

Certains cependant s’inquiétèrent cette emprise militaro industrielle sur la politique en pointant les dérives que cela pourrait entrainer. L’un des plus connus d’entre eux fut le président Eisenhower (ex commandant en chef des forces alliées pendant la seconde guerre mondiale) lors de son bref discours de fin de mandat de 1961 : « Son influence totale, économique, politique, spirituelle même, est ressentie dans chaque ville, dans chaque Parlement d’État, dans chaque bureau du Gouvernement fédéral. Nous reconnaissons le besoin impératif de ce développement. Mais nous ne devons pas manquer de comprendre ses graves implications. Notre labeur, nos ressources, nos gagne-pain… tous sont impliqués ; ainsi en va-t-il de la structure même de notre société. Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu’elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d’une désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l’énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble[9]. »

 

            Puis enfin le cas Kennedy. Il est certain que je ne peux apporter de preuves à l’implication du CMI dans l’assassinat de Kennedy. Il semble d’ailleurs que ce dossier ne contient aucune preuve tangible pour aucune version quelque soit l’organisation accusée : mafia de Chicago, CIA, gangster de la French Connection, URSS, Cuba, etc…[10].

            Cependant parmi les théories échafaudées, celle incriminant le CMI me paraît la plus vraisemblable et ce par différents biais de vraisemblance : est ce que Kennedy freinait les perspectives du CMI avec sa politique de détente ? Sans aucun doute. Est ce que son vice président Lyndon Johnson, qui a procédé à l’envoi massif de troupe au Vietnam, avait des liens avec de membres notoires du CMI ? Oui. Est ce que l’enquête sur la mort de Kennedy comporte des zones d’ombre ? Oui. La mort suspecte du tireur, Lee Harvey Oswald, assassiné par un bandit notoire de la mafia juive, seulement 24h après son arrestation donne t elle l’impression qu’il n’est que l’exécutant d’une force qui le dépasse ? Oui. Le CMI a t’il tirer bénéfice de l’intervention américaine au Vietnam ? Bien sûr.

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Le président Nixon annonçant la fin de la convertibilité dollar/or en 1971.

Et c’est bien le nœud du problème (bien plus que de faire des théories sur la mort de JFK), la deuxième guerre d’Indochine fut longtemps le conflit le plus couteux de l’Histoire, même si, en raison de négligences d’archivage comptable depuis le début de l’opération[11], le cout total a été difficile à établir. Le Pentagone avance le chiffre officiel de 140 milliards de Dollars de l’époque (soit environ 870 milliards de dollars actuels) sur les années fiscales allant de 1965 à 1974[12]. Une agence de statistique abstraite, la US Statistical Abstract ira jusqu’à estimer que l’ensemble des couts indirects de cette guerre s’élève à environ 352 milliards de dollars (de l’époque)[13] .

 

 Ce coût exorbitant de la seconde guerre d’Indochine, s’il n’est pas le seul déterminant, sera l’une des principales causes de l’effondrement du système de Bretton Woods quand Nixon annonça la fin de la convertibilité Dollar/Or, pour le plus grand plaisir des spéculateur[14].

En fait le système de convertibilité reposait sur un taux fixe d’échange entre le dollar et l’or (35$ l’once) et la confiance des banques centrales dans le dollar, confiance reposant entièrement du rapport entre les dollars détenus en dehors des Etats-Unis et la valeur du stock d’or américain [15]. Or en 1971, les quantités de dollars détenus par les banques centrales étrangères étaient très supérieures à la réserve américaine d’or (5 pour 1)[16], montrant les limites du système et entrainant une spéculation sur le dollar. Dès lors Nixon est conscient que s’il veut financer la fin de la guerre, il doit augmenter la masse de dollars dans le monde, ce qui n’est possible qu’avec la fin de la convertibilité[17]. Il faut noter par ailleurs que depuis 1968 une certaine crise de confiance dans le dollar s’était installée du fait que, si le « système dollar » représentait l’hégémonie américaine, la crise de celle ci au Vietnam se traduisit immanquablement par la chute du dollar[18].

            Du point de vue strictement militaire, la guerre américaine du Vietnam fut également une guerre à record et un véritable laboratoire grandeur nature pour tous les types de technologie.

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L’hélicoptère à lui seul est le symbole de la guerre américaine au Vietnam. Pilier des théories française de contre insurrection, l’hélicoptère est censé permettre un appui rapide de troupe au sol afin de reprendre l’initiative aux insurgés.

Ainsi entre 1965 et 1973, sont lâchées plus de trois fois plus de bombes sur les 3 pays indochinois que pendant toute la Seconde Guerre Mondiale[19]. Du fait des bombardements américain dans le but de couper la « piste Ho Chi Minh », le Laos est encore aujourd’hui le détenteur du triste record du pays le plus bombardé au monde[20]. A noter par ailleurs qu’environ 30% de ces bombes n’ont pas explosées et constitue encore aujourd’hui une menace pour la population[21]. L’utilisation de la technique du « tapis de bombe » était systématiquement utilisée (on est loin de la frappe chirurgicale).

 

            L’aviation, au centre du CMI, connaît une utilisation inégalée alors avec pas moins de 36 145 000 missions pour tout les types d’hélicoptères[22] et 8 campagnes de bombardements intenses[23], sans compter les frappes de Napalm par les chasseurs bombardiers.

            La guerre du Vietnam est également la première à voir tester l’efficacité de l’utilisation massive d’armes chimiques létales ou stratégiques : Napalm et herbicides (dont le fameux agent Orange, sujet d’un prochain article).

            Selon Nicolas Pontic dans le numéro de janvier 2016 de la revue Champs de bataille estimait que malgré la puissance de feu américaine, seulement une bombe sur 300 touchait un insurgé, faisant de la guerre du Vietnam non seulement une guerre marquant un record de bombardement mais également le meilleur exemple d’inefficacité militaire[24].

            La guerre du Vietnam permis par ailleurs la mise en place d’un système de capteur, de sonde, de radar et d’outil de localisation informatique dans le but d’augmenter l’efficacité des bombardements. Ce système, inclus dans la Task Force Alpha est notamment utilisé le long de la piste Ho Chi Minh afin de repérer les camions de ravitaillement Viêt Cong et de coordonner les frappes aériennes sur la zone[25].

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Photo ironique d’un B-52 larguant des bombes. Si le montage n’est pas d’époque, il montre bien le désenchantement des Américains quant à leur motif de guerre à partir de la guerre du Vietnam.

            Il faut néanmoins reconnaître que c’est sans doute cette pression aérienne constante et cette puissance de feu impressionnante qui précipita l’attaque du Têt 1968. Giap et les stratèges nord vietnamiens comprennent que si ils laissent leurs hommes succombés dans les tunnels, la rébellion dans le Sud Vietnam est à terme condamner. Il fallait donc enrayer le rouleau compresseur américain par un choc psychologique sur l’opinion publique américaine pour frapper le dispositif américain « là ou ça fait mal ».

            A partir de cette date le CMI connaît un « twist » par lequel ce qui faisait sa gloire mythique et sa puissance devient un motif de honte à la fois aux Etats Unis et sur la scène internationale. De la même façon la doctrine édictée dans le rapport Towards the Horizons, affirmant que la technologie était au service de la préservation des vies humaines, fut mis à mal à la fois par la brutalité des bombardements, leur imprécision et les catastrophes écologiques qu’ils entrainent(défoliants notamment).

            Ainsi le CMI passe de fierté nationale à honte pour l’Amérique en même temps que l’absurdité de la guerre provoque des vagues de protestations. Son aura héroïque post seconde guerre mondiale se transforme en halo menaçant les libertés publiques américaines, la vie des jeunes américains pauvres (conscription) et le reste du Monde.

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Cette photo de 1972, représentant des enfants vietnamiens fuyant le déluge de Napalm, est certainement une des photos de guerre les plus connus de tout les temps en raison de son impact sur les opinions publiques américaines alors que Nixon écrasait le Nord Vietnam à coup de bombe.

            Si on ne peut que tirer des plans sur la comète à propos de l’assassinat de Kennedy ou de l’influence réelle du CMI sur la politique (influence qui pour certains explique la durée de la guerre, son absurdité et la débauche de moyens utilisés et ce pour le plus grands bonheurs des membres du CMI), il est clair que l’approche matérialiste, quantitative et qualitative, sur lequel il est plus ou moins constitué depuis le Victory Programm de 1941, a provoqué de graves négligences quant à la recherche de solutions politiques. En cela le CMI porte de façon certaine une part de responsabilité importante dans l’humiliation américaine au Vietnam.

Peut être que la déclassification actuelle des documents « secrets défense » du Pentagone et de la CIA se référant à la guerre du Vietnam nous dira si l’entretien d’une guerre dépourvue de sens fut par aveuglement scientifique et patriotique ou par avidité.

[1] https://www.youtube.com/watch?v=ZvguecF60S8

[2] https://www.jfklibrary.org/Asset-Viewer/Archives/JFKPOF-034-021.aspx (en anglais, de la page 10 à 12).

[3] Philippe Grasset, Le complexe militaro-industriel américain : dimension mythique et crise de l’armement, Revue Française d’Etudes Américaines, Année 1995, Volume 63 Numéro 1, pp. 129-143, p.132

[4] Idem.

[5] Idem.

[6] Idem.

[7] Idem.

[8] Idem.

[9] http://reseaux.blog.lemonde.fr/2013/10/26/mises-en-garde-eisenhower-1961/ , discours intégral en français.

[10] https://www.youtube.com/watch?v=wcs0Cbkbg2c

[11] « Vietnam Statistics – War Costs: Complete Picture Impossible. » In CQ Almanac 1975, 31st ed., 301-5. Washington, DC: Congressional Quarterly, 1976. http://library.cqpress.com/cqalmanac/cqal75-1213988.

[12] Idem.

[13] Idem.

[14] Après la seconde guerre mondiale, le dollar a logiquement été promu comme monnaie internationale du fait de la vigueur de l’économie américaine et de leur puissance militaire après guerre. Les accords de Bretton Woods de 1944 officialise ce nouveau statut et prévoit notamment l’étalonnage du dollar sur l’or établissant un système de change stable pour toutes les monnaies du monde. La fin de ce système conduit notamment au « flottement » de toutes les devises les rendant vulnérables à des attaques en bourse comme lorsque Georges Soros s’est enrichi en attaquant la Livre Sterling anglaise.

[15] http://www.alternatives-economiques.fr/crise-dollar-leffondrement-systeme-de-bretton-woods/00062278

[16] http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve?codeEve=529

[17] Idem.

[18] Idem.

[19] https://www.herodote.net/1963_1975-synthese-1750.php

[20] http://geopolis.francetvinfo.fr/au-laos-les-bombes-americaines-font-encore-des-victimes-117045

[21] Idem.

[22] http://www.laguerreduvietnam.com/pages/statistiques-1/nombre-de-sorties-par-annee-nombre-de-pertes-par-localisation-helicopteres-americains.html

[23] http://www.laguerreduvietnam.com/pages/operations/les-principales-operations-aeriennes-americaines-au-vietnam.html

[24] http://www.journaux.fr/champs-de-bataille_histoire_art-et-culture_97364.html

[25] https://www.youtube.com/watch?v=L3Ji24I7nWE , 27 :17.

Défi 30 jours/ 30 articles #14 – Coolie – Le temps des « Jauniers » .

Du tamil[1] Kuli « salaire ».

La fin du XVIII siècle avait vu la révolte des esclaves à Saint Domingue (alors colonie française). Celle ci entrainera la première abolition française de l’esclavage en 1794 (mais rétabli en 1802 par Napoléon). Cette date est la source d’une série de décret d’interdiction de la traite négrière et d’abolition dans les colonies européennes (Angleterre 1833, France 1848, Hollande 1860) et aux Etats Unis (1865).

Moins dus au grand cœur des occidentaux (comme le voudrait la propagande coloniale appuyée sur les Droits de l’Homme il ne faut pas l’oublier[2]) que par le fait que le salariat devient plus rentable avec la révolution industrielle[3], la fin de l’esclavage voit un système de bas salariat se mettre en place d’abord dans les colonies britanniques puis dans le reste de l’Asie colonisée.

Il s’agit de recruter des paysans pauvres dans les zones de peuplement à forte densité de population en leur faisant miroiter une vie meilleure dans les plantations industrielles (sucre, coton, hévéas) et dans les mines.

La réalité est bien plus dure. Le maigre salaire qu’ils empochent ne suffisent pas la plupart du temps à leur permettre de vivre sur le site où il travail en raison des prix prohibitifs pratiqués par les employeurs. Les cadences et les conditions de travail sont infernales et les coupes dans les salaires pour des raisons indues sont faits courants[4]. Le travail est si dur que le terme « coolie » est transcrit en mandarin et en cantonnais par « force de peine ».

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Carte postale Indochinoise représentant le travail des coolies. La comparaison entre le système esclavagiste et le système de travail contractuel pratiqué en Asie n’est pas excessif, comme en témoigne le commentaire écrit sous entendant que les coolies sont assimilables à des marchandises.

En Indochine l’emploi de coolie sert à juguler (de façon assez inefficace) la trop grande pression démographique à l’origine des insuffisances alimentaires chroniques du delta du Tonkin[5].

On en retrouve principalement dans les plantations d’hévéas en Cochinchine et au Cambodge, dans les plantations de café aux alentours de Dalat, dans la mine d’étain de Nam Pathène au Cambodge et dans les mines de nickel de nouvel Calédonie. D’une façon générale, ils furent envoyés partout où la main d’œuvre était nécessaire notamment lors des grands travaux hydrauliques dans le delta du Mékong.

Les flux migratoires étaient gérés par l’Office Général de la Main-d’œuvre Indochinoise (OGMOI), faisant du système de travail contractuel un emblème de la domination coloniale. D’ailleurs l’un de ses plus illustre représentant, Alfred François Bazin, fut assassiné par des nationalistes élevés à l’école française et appartenant au groupe Việt Nam Quốc Dân Đảng[6]. La répression qui s’ensuivit fut la cause directe des insurrections de Yen Bai[7].

Le groupe des coolies, considérés comme des (sous) prolétaires par la doctrine marxiste léniniste fut, avec les paysans pauvres, au centre des attentions de la propagande communiste et constituèrent vite la base des mouvements insurrectionnels communistes.

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En plus de constituer une base militante toute trouvé pour la propagande du Viet Minh, les ex-coolies furent décisifs dans la logistique militaire durant la première guerre d’Indochine contre le corps expéditionnaire français. Ici acheminement de matériel, de vivre et de munition lors de la bataille de Dien Bien Phu. La légende raconte que le poids maximum transporté sur ces bicyclettes s’élève à 233kg (l’engin du record est conservé au musée de la guerre d’Hanoï).

Pour l’anecdote « le travail des coolies de Saïgon » fut parmi les premiers documents filmés au monde en 1896, alors que les frères Lumières avaient inventés le cinématographe 2 ans plu tôt. Lien pour la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=GewNxyDOpos

[1] Langue des Tamouls, ethnie du sud de l’Inde.

[2] http://lmsi.net/La-mission-civilisatrice-Premiere

[3] https://www.cairn.info/revue-mouvements-2002-2-page-171.htm

[4] http://belleindochine.free.fr/LesJauniers.htm

[5] Pierre Brocheux, Une histoire économique du Viêt Nam (1850-2007). La palanche et le camion, Les Indes savantes, 2009, p30 et 31

[6] Parti nationaliste fondé en 1927 par des intellectuels du Tonkin sur le modèle du Kuomintang chinois.

[7] Insurrection de 1930 la mieux dirigé depuis les derniers soubresauts des mouvements monarchiques à la fin du XIXème siècle.

Une histoire économique du Viêt Nam (1850-2007). La palanche et le camion -Pierre Brocheux – Les Indes savantes – 2009

L’auteur :

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Pierre Brocheux rendant hommage au militant colonialiste Henri Martin lors de sa mort en 2015

Pierre Brocheux est un historien spécialiste du Vietnam, de l’Indochine Française et de l’Asie du Sud Est. Il est né en 1931 dans la ville de Cholon, jouxtant Saigon, dans le Sud du Vietnam. Après ses études au Vietnam puis en France, il devient professeur d’histoire-géographie au lycée français de Saigon (1960-1968) puis en région parisienne. Il passe ensuite son doctorat d’histoire avec succès et devient Maître de conférences à l’université Paris VII.

Il s’illustre comme étant le rédacteur en chef de la Revue d’histoire des outre-mers de 1989 à 2001 (Voir le site de la Société française d’histoire des outre-mers ou SFHOM http://www.sfhom.com/spip.php?article108 ) et le cofondateur de l’association des chercheurs français sur l’Asie du Sud-Est ou AFRASE ( http://www.afrase.org/ )

Le livre :

Le livre se présente comme une chronologie entrecoupée de chapitres thématiques touchant à des domaines associés à l’économie du Vietnam (Chapitre I sur la démographie vietnamienne ou IV sur les changements sociaux induits par la mise en place d’une économie coloniale).histoire-du-vietnam

L’ouvrage est très documenté et semble incontournable à quiconque d’intéresse au sujet.

Il est issu de la constatation que le sujet de l’économie vietnamienne n’avait guère intéressé les historiens (il n’existe, par exemple, quasiment pas d’étude sur la Banque d’Indochine) et que, quand il était traité, celui-ci se retrouvait pris au piège d’une conception manichéenne capitaliste/communiste et impérialiste/anti-impérialiste n’offrant qu’une vision borgne de la réalité (pour ne pas dire fausse). Cependant sous l’effet combiné de l’engouement pour l’historiographie du capitalisme colonial et du vaste projet de constitution d’une base de données statistiques historiques de l’Asie de l’université de Hitotsubashi (incluant une étude de l’économie coloniale indochinoise, des deux systèmes coexistant au Vietnam après l’indépendance et du Vietnam réunifié), il s’avère que ce retard en terme de recherche sera bientôt comblé.

En effet pour un pays singulier comme le Vietnam (économie coloniale, séparation en deux systèmes antagonistes au Sud et au Nord, économie de guerre, création de « l’économie de marché à orientation socialiste » après le Doi Moi) l’approche historique pour comprendre la situation et répondre aux enjeux économiques actuels (notamment au vu des acteurs économiques internationaux comme le FMI ou la banque mondiale) semble cardinale.

D’une façon générale il est appréciable de voir le sujet économique traité dans une perspective historique à une époque où les disciplines des sciences humaines semblent vouloir se cloisonner avec l’apparition des « experts » défendant leurs chapelles et ce au détriment de la pensée critique. Cette remarque est particulièrement valide pour l’économie dans le sens où l’école libérale, constituant l’orthodoxie de la science économique actuelle, tente de transformer sa thèse en dogme et ce malgré ses limites de plus en plus tangible à mesure de la répétition des crises.

Ainsi le livre s’équilibre en abordant une à une les périodes de l’histoire économique du vietnamien d’un point de vue globale (ce qui est assez rare en la matière, la plupart des études portant sur un domaine précis) afin de dresser un tableau de chaque partie de cette histoire et de saisir les phases de rupture et de continuité. Il est à noter que si la période précoloniale est abordée, le manque de document ne permet pas une précision comparable à celle des périodes ultérieures.

Si l’on voulait résumer le contenu du livre on pourrait dire que le début de l’aventure coloniale française en Indochine a introduit des structures économiques industrielles tournées vers l’exportation dans le domaine agricole (hévéa, café, coton) dans un pays plutôt fermé au commerce (du fait de la méfiance confucéenne envers les marchands) et pratiquant une agriculture de subsistance. L’auteur insiste sur le fait que cette économie précoloniale subsiste en parallèle au système français dans la mesure du possible.

La crise de ce système colonial avec la crise de 1929 ainsi que son incapacité à se réformer (c’est à dire passé d’un modèle de « préférence impérial » à un modèle industriel) pour résoudre les problèmes de pauvreté et de précarités alimentaires causés par une pression démographique extrêmement importante va nourrir l’émergence des mouvements nationalistes et surtout communistes. La prédation japonaise et l’isolement de l’Indochine durant la seconde guerre mondiale va constituer la rupture politique et économique de laquelle l’entreprise coloniale française en Indochine ne saurât se relever.

Après l’indépendance en 1954 deux systèmes s’affrontent : au Nord une économie centralisée et planifiée de type soviétique (avec leur aide précieuse d’ailleurs) et héritière de l’économie de résistance du Viêt Minh et au Sud une économie plutôt capitaliste mais en fait décadente et ultradépendante des américains.

A la prise de Saïgon en 1975, les dirigeants du Nord, convaincus de la vertu de l’économie de type soviétique et heureux de récupérer l’important dispositif de production du Sud, dirigent les affaires dans un sens politique et stratégique et non économique. Ainsi les tares des deux économies (industrialisation insuffisante, production de riz insuffisante, déséquilibres des secteurs, inflation, économie informelle parasite) allèrent en s’accentuant jusqu’à ce que le VI Congrès du PCV de 1986 acte de l’échec de la transition vers l’économie socialiste et consacre la sortie graduelle de l’économie dirigée et planifiée par la mise en place du Doi Moi.

Aujourd’hui le Vietnam s’est affranchie de l’utopie de l’industrialisation pour substituer les importations et a adopté la stratégie des « tigres » et « dragons » asiatiques en jouant sur l’avantage comparatif d’une main d’œuvre peu chère produisant des biens de basse/moyenne valeur ajoutée destinés à l’export. La société reste assez largement agricole mais de gros progrès ont été fait dans ce domaine et dans le secteur de l’agroindustrie. L’ouverture du pays a permis également le développement des technologies ouvrant la voie à une exploitation gazière et pétrolière dans la mer oriental/mer de Chine. Bien qu’en période de transition démographique, la jeunesse de la population provoque encore des problèmes d’insertion dans le marché du travail.

On notera qu’un des fils rouge de l’ouvrage est la position économique des Chinois au Vietnam.

Réponse aux lecteurs n°2. Le rayonnement civilisationnel chinois en Asie Orientale. Partie 2: le commerce, l’usure et l’exemple japonais.

I) Les chinois d’outre mer en Asie Orientale : le commerce et l’usure.

L’influence chinoise en Asie orientale passe également par les contacts commerciaux et l’établissement de chinois outre mer.

L’extension de la zone de négoce chinoise est le fait, très souvent, de la fuite des commerçants chinois de l’empire en raison d’une politique répressive à leur encontre. En effet dès les Zhou, l’autorité centrale comprend que sa stabilité politique et financière dépend du contrôle des zones agraires et que l’activité commerciale concentre les richesses dans des mains potentiellement rivales. Cette opposition fondamentale entre un régime agraire sous contrôle militaire et les velléités purement mercantiles d’une poignée de possédants d’accéder au pouvoir va former la matrice de l’Histoire économique de la Chine impériale[1].

Seulement l’avènement des royaumes combattants (-770 à -256) et la multiplication des postes administratifs qui s’en suit vont créer la volonté chez les commerçants d’accéder au pouvoir politique et chez les politiques de devenir aussi riche que les commerçants. De ce fait la charge politique prend un tournant commercial dans l’inconscient collectif et la corruption ainsi que la cooptation prennent des proportions exceptionnelles durant cette période[2].

Témoin de ce chaos, Confucius place les commerçants tout en bas de l’échelle sociale avec les brigands et les criminels parce qu’ils tiraient leur richesse du travail des autres[3] (qu’ils récoltaient là où ils n’avaient pas semé[4])

La mise en place du confucianisme comme doctrine d’état par les Han (-202 à 220) puis son reflux ou son redéploiement forge la destinée des commerçants chinois. Ils fuient en général le Nord très teinté de confucianisme orthodoxe car siège des premières grandes villes chinoises. Mais fuir au Sud n’était pas suffisant : il fallait disparaître, être invisible selon la stratégie de Sun Tzu. Aussi parfois l’expatriation était une bonne solution. Selon les époques et la répression plus ou moins dure du régime, une certaine collusion naquit néanmoins entre mandarin et commerçant pour certains services comme la récolte des impôts, la surveillance douanière ou tout simplement quand les autorités publiques avaient besoin de l’argent des commerçants[5].

Cette migration fut d’abord terrestre puisque des documents attestent la connaissance par les chinois de la « route du jade » reliant Chine et Inde par la Birmanie et le Siam dès le IIIème siècle avant JC ou encore les routes menant en Asie Centrale où l’explorateur Chang Chien rencontra les descendants grecs des campagnes asiatiques d’Alexandre le Grand en -139[6].

Elle fut ensuite maritime. La boussole et le gouvernail avaient été inventés sous les Han et la mer de Chine forme quasiment une méditerranée facilement navigable. Mais, du fait de la politique impériale, les réseaux commerciaux maritimes chinois ne furent pas vraiment exploités, seule la route de la soie l’était. Seuls quelques fugitifs venus d’une principauté conquise ou d’une dynastie déchue vinrent se réfugier aux Phillipines, au Japon, en Malaisie[7]. Malgré des avantages commerciaux importants (exclusivité de la soie) le commerce maritime chinois ne fut pas exploité à plein potentiel.

Il faut ainsi attendre les Song du Sud (1127 à 1279) [8] et leur installation à Hangzhou sur l’embouchure du fleuve Yangtze en 1127 pour que la Chine encourage réellement le commerce. Avec la plupart des voies terrestres du Nord en proie aux raids mongols, le ravitaillement maritime, plus sur, s’avère une nécessité à cette époque.

L’arrivée des hordes mongoles sonna comme une libération pour les commerçants chinois dans les sens où les envahisseurs étaient beaucoup moins confucéen que les empereurs précédent. Ils ne considéraient donc en rien l’activité de commerce comme quelque chose de répréhensible ou de dangereux. Au contraire, profitant de l’efficacité de l’administration chinoise, les mongols mettent en place un réseau dense de relais de poste et de transport à l’intérieur de la Chine mais également en direction des territoires contrôlés alors par les mongols (c’est à dire en direction de l’Asie centrale, de la Mongolie, de la Russie et dans une perspective plus grande, de l’Europe). Les voies maritimes vont également êtres exploitées et, en plus de l’encouragement à commercer outre mer, les empereurs mongols envoient un corps expéditionnaire à Java (actuelle Indonésie/Malaisie) qui ne rentrera jamais puisque l’ile est accueillante[9].

Vint ensuite la politique duale des Ming (1316 à 1644) qui utilisèrent d’abord l’argent des commerçants chinois pour lever des armées pour libérer le pays du joug mongol et stabiliser le pays pour ensuite procéder à une répression arbitraire des commerçants selon leur richesse et leur mauvaise foi supposée à vouloir coopérer avec l’autorité centrale. L’époque des Ming fut également l’apogée du néo confucianisme et la morale de l’époque réprouve de plus en plus fortement le négoce. S’en suivit une migration massive de familles commerçantes chinoises fuyant la répression et les représailles, le commerce étant assimilé peu à peu avec un trafic illégal. Devant cette fuite de capital et de personnes, les Ming iront même jusqu’à considérer l’émigration comme un acte de sédition à l’empire. Dès lors les chinois d’outre mer devinrent des expatriés permanents et n’eurent d’autre choix que d’essayer de se fondre dans leur pays d’accueil [10].

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L’amiral chinois Zeng He (1371 – 1433). En plus de son rôle en faveur du rayonnement chinois, il représente également les capacités d’assimilation de la Chine impériale puisqu’il est issu des minorités musulmanes chinoises du Sud Ouest chinois

C’est alors que les Ming, devant ce gâchis de ressources, comprennent qu’ils doivent
tenter de contrôler ces communautés chinoises en leur faisant admettre que leur isolement linguistique/ethnique/culturel étaient un handicap pour elles et qu’elles devaient s’inscrire dans un réseaux commercial plus ou moins sous contrôle impérial. Il s’agit en fait de renouer avec une tradition très chinoise de sociétés secrètes issues de l’organisation des nombreuses sectes taoïste du pays[11]. Ainsi les 7 expéditions de Zeng He dont nous avons déjà parlé[12], ont entre autre pour mission de mettre ces communautés chinoises en relation et ce sous la bénédiction impériale mais contre tributs. L’opération commerciale fut un franc succès en mer de Chine Sud où le maillage de ces communautés chinoises était dense en raison de la proximité des voies commerciales terrestres (Yunnan – Indochine) et du goulet du détroit de Malacca dont nous avons également déjà parlé[13]. Ainsi Zeng He est encore aujourd’hui un personnage adulé par les Chinois de Thailande, d’Indonésie, de Malaisie et dans une moindre mesure des Phillipines[14]. Seulement jugées comme trop couteuses ces expéditions furent stoppées.

Dans le même temps, la criminalisation du commerce sur le long terme entraine la

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La « reine des pirates » Ching Chih (1775 -1844), capitaine de la flotte du pavillon rouge et terreur des mers de Chine au XIXème siècle.

formation d’une piraterie très abondante et très dangereuse. Ainsi malgré la légalisation du commerce maritime en 1567, ce sont les pirates qui tiennent les passages commerciaux importants où ils ont établis un réseau de contrebande et de marché noir parasitant, court circuitant ou attaquant le commerce légal. En effet un peu avant 1500, la demande européenne pour les produits d’Asie Orientale explose et l’appareil de production chinois, tourné vers la production intérieur, ne peut répondre. De ce fait le négoce au marché à prix fort alimente cette piraterie jusqu’à la mise sous tutelle de la Chine par les puissances occidentales[15]. On citera par exemple la très vaste flotte rouge ( 1600 bateau, 17 000 combattants et 80 000 milles complices à terre le plus souvent issus des réseaux commerciaux chinois) de la pirate Ching Shih qui ne sera démanteler qu’avec l’amnistie de celle ci et l’octroi d’un titre de noblesse[16]. Par extension la piraterie engendre également un important phénomène de corruption et même l’éclosion d’une révolte ouverte dans le Zheijang[17].

L’arrivée des Mandchous, nomade partiellement sinisé, entraine d’ailleurs un clivage encore plus important entre les commerçants/pirates/chinois d’outre mer et l’autorité centrale considérée comme « étrangère ». A tel point que beaucoup de pirates et de commerçants se rallièrent à Coxinga (1624-1662)  qui mena une guerre de résistance contre le pouvoir mandchou qu’il estimait non légitime car non chinois en alliance avec la plupart des princes du Sud restés fidèles aux Ming. Il assiégea Nankin en 1658 par voie de terre et de mer avec une flotte estimée à quelques milliers de bateaux. Défait, il reprend Taiwan aux hollandais en 1661 et fonde un Etat chinois indépendant de la Chine mandchou sur l’île de Taiwan où il est encore aujourd’hui considéré comme un père fondateur[18].

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Statue de Koxinga à Tainan (Taïwan).

La répression des Qing (mandchou) sera terrible face aux seigneurs du Sud et aux pirates entrés en rébellion contre eux. Des larges pans de la population des provinces côtières sont déportés, les familles commerçantes poursuivies et le commerce maritime sévèrement contrôlé. Mais cette politique, par ses résultats catastrophique et la peur qu’elle engendre, ne fit que produire plus de départ des chinois en général et des commerçants en particulier, renforçant les sociétés secrètes d’outre mer et la piraterie[19].

La mise sous tutelle progressive de la Chine mandchoue par les puissances occidentales et le Japon, ainsi que leur mainmise sur le commerce et l’avancement de leur marine de guerre met un terme à la piraterie mais ne parvient pas à dissoudre les réseaux plus ou moins secrets des chinois d’outre mer, ceux ci étant même parfois largement associés aux autorités occidentales dans une logique du divisée pour mieux régner.

Loin de se désintéresser des affaires du pays, les communautés chinoises d’outre mer ont fourni des leader de premier plan aux mouvements révolutionnaires de tout bord. On peut citer ici Sun Yat Sen, considéré même par les autorités chinoises actuelle comme le père de la nation chinoise moderne.

Aujourd’hui on estime le PIB cumulé des chinois d’outre mer à environ 450 milliards de dollars US[20].

Si l’on ne peut détaillé l’influence de ces chinois d’outre mer dans tous les pays où ils sont présents on peut néanmoins y apporter quelques généralités.

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Caricature vietnamienne de 1978. Les chinois sont représentés (de bas en haut) comme directeur de fumerie d’opium, escroc, proxénète et on leur reproche d’avoir collaborer avec les pouvoirs français puis américains et de dissimuler des marchandises pour alimenter les pénuries alimentaires et s’enrichir par l’augmentation factice des prix.

D’abord l’habileté des commerçants chinois dans le négoce, leur lien avec les rares produits chinois, leur capacité d’entraide et l’importance de leur communauté leur a permis de fonder des structures très secrètes et très efficaces sur le plan commercial .Ainsi avant l’arrivée des français au Vietnam, les chinois possédaient un monopole minier et même le droit de battre monnaie. Par la suite leur importance les plaça comme rivaux des colons français dans certains pans de l’économie malgré le favoritisme colonial [21]. Basé sur cette organisation les chinois peuvent également maitriser un marché par des pratiques que l’on appellerait aujourd’hui « contraire à la concurrence » comme l’augmentation voulue des prix par la maitrise de la production[22]. Les triades chinoises actuelles s’inscrivent directement dans ce type de société secrète pour le trafic, le racket ou la corruption[23].

Ensuite l’étendu du réseau chinois d’outre mer et leur coordination suite aux expéditions de Zeng He leur permit d’imposer un système monétaire qu’ils ne contrôlaient pas parfaitement mais qui plaçait la Chine au centre des échanges. De fait cette sphère monétaire chinoise eut une influence très forte malgré la mise sous tutelle du pays. Même l’établissement de la piastre Indochinoise par les français fut conditionné par la sphère monétaire chinoise indexée sur le métal argent, tandis que les systèmes monétaires européens et américains étaient basé sur le métal or[24].

Cette capacité d’influence sur les monnaies et leur maitrise des mécanismes de crédit leur donna bientôt une réputation d’usurier prêt à s’enrichir sur le malheur des autres. Le roi de Thailande Rama VI ira même jusqu’à les taxer de « juifs d’asie » en raison de leur rôle nécessaire dans l’économie pour lequel ils sont haïs[25]. Enfin, la plupart des migrants chinois étant des commerçants, l’arrivée dans un nouveau pays avec des réserves de richesses généralisa la monétarisation et produisit un phénomène de prêt à taux usuraire mais également de corruption[26].

II) Le cas du Japon.

Le Japon est certainement le meilleur exemple de l’importance de l’influence chinoise sur un pays sans conquête de grande envergure et sans que celui ci en devienne une copie conforme. On notera d’ailleurs que le nom du pays en Japonais (Nippon ou Nihon) découle de l’appellation chinoise « japonisée » signifiant « pays du soleil levant ». Certains historiens japonais estime même que l’histoire du pays débute avec l’introduction des us chinois, les chroniques historiques des époques antérieures étant rares et pauvres en information [27]. La longue histoire du Japon se caractérise principalement par des phases d’absorption de certains traits culturels chinois puis de phases d’isolationnisme durant lesquels ces acquis culturels vont subir une trajectoire particulière parfois même à l’opposé des pratiques chinoises[28].

Ainsi le Japon subit une vague d’invasion/migration chinoise, coréenne et malaise entre le IIIème et IIème siècle avant l’ère chrétienne. Cet afflux de population marque le début de la civilisation dite de la rue Yayoi[29]. De nouveaux objets témoignent d’abord d’un apport certain de nouvelles techniques de production (poterie, bronze) mais aussi et surtout de la percée des rites chinois dans l’archipel nippone[30]. Mais la vrai « révolution » consiste dans l’importation du riz qui, en remplaçant le millet, va engendrer un boom démographique et provoquer la mise en place d’une stratification sociale selon le métier et dans un but guerrier. En effet sur l’archipel les populations issues des migrations sont confrontées aux royaumes Aïnos[31]. C’est lors de cette époque que les clans guerriers vont s’allier au pouvoir central contre les Aïnos jusqu’à former l’empire japonais au VIIème siècle.

S’en suit un âge d’or japonais où TOUS les biens culturels chinois et toutes les coutumes vont faire l’objet d’un transfert plus ou moins fiable via la péninsule coréenne. Les livres classiques chinois, l’organisation administrative, le Droit, la calligraphie, la peinture vont être repris au Japon. Le pays subit l’influence de la très prestigieuse Chine des Tang[32].

Tous ces apports vont être digérés et transformés au fil de l’Histoire japonaise au point de ne plus ressembler aux éléments importés. La meilleur des illustration de ce fait est certainement la place de l’empereur au Japon jusqu’à l’ère Meiji au XVIIIème siècle. En effet bien que calquer sur l’institution chinoise, la fonction va changé avec la prise de pouvoir progressive des seigneurs de guerre et l’instauration des Shogun qui vont dès le XIIème siècle diriger directement le pays jusqu’à l’ère Meiji. De la même façon l’introduction des préceptes confucéens au pays du soleil le vent n’entrainera pas la naissance d’une classe de lettrés japonais équivalente aux mandarins chinois ni même la répression des marchands. On peut également cité l’introduction du Bouddhisme Zen (élaboré en Chine) qui, au contraire du développement pacifique en Chine, va devenir la base du Bushido (voie du guerrier) des samouraïs des époques sanglantes.

[1] « Les Chinois d’outre-mer des Tchou à Deng Xiaoping : des origines historiques et géographiques d’un phénomène migratoire plus que millénaire », Pierre-Arnaud Chouvy : https://cybergeo.revues.org/4375#tocto1n1

[2] Idem.

[3] Pairault Thierry, « L’illusion confucéenne ou l’impensée économique », Outre-Terre 2/2006 (no 15) , p. 139-144 : https://www.cairn.info/revue-outre-terre1-2006-2-page-139.htm

[4] Bible, Ezechiel, 18-1.32

[5] « Les Chinois d’outre-mer des Tchou à Deng Xiaoping : des origines historiques et géographiques d’un phénomène migratoire plus que millénaire », Pierre-Arnaud Chouvy : https://cybergeo.revues.org/4375#tocto1n1

[6] Le pavot à opium et l’homme : origines géographiques et premières diffusions d’un cultivar, Pierre Arnaud Chouvy, Annales de Géographie Paris, Armand Colin , Mars – avril 2001, N° 618, pp. 182-194

[7] Grammaire des civilisations, Fernand Braudel, Champs histoires, respectivement page 365, 387, 374

[8] Lors de la Chine des Song, ceux ci sont obligé de déplacer leur capitale devant les menaces mongoles.

[9] « Les Chinois d’outre-mer des Tchou à Deng Xiaoping : des origines historiques et géographiques d’un phénomène migratoire plus que millénaire », Pierre-Arnaud Chouvy : https://cybergeo.revues.org/4375#tocto1n1

[10] Idem.

[11] Voir mon article Fernand Braudel – Grammaire des civilisations (chapitres sur l’Extrême-Orient). Partie II: analyse de l’Extrême Orient et de la Chine classique : https://vinageoblog.wordpress.com/2016/09/12/fernand-braudel-grammaire-des-civilisations-chapitres-sur-lextreme-orient-partie-ii-analyse-de-lextreme-orient-et-de-la-chine-classique/

[12] Voir mon article Poudrières en MDC VI. La stratégie militaire chinoise en Mer de Chine: l’empire du milieu répond à l’appel du large : https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-vi-la-strategie-militaire-chinoise-en-mer-de-chine-lempire-du-milieu-repond-a-lappel-du-large/

[13] Voir mon article Poudrières en MDC IV. La MDC au centre de la mondialisation : https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-iv-la-mdc-au-centre-de-la-mondialisation/

[14] Supalak Ganjanakhundee, The Chinese fleet in Ayutthaya, The National, 2015 http://www.nationmultimedia.com/news/life/art_culture/30275236

[15] Éric Denécé, Géostratégie de la mer de Chine méridionale et des bassins maritimes adjacents, Paris, L’Harmattan, 1999, p. 129-133.

[16] Voir l’excellente vidéo de la chaine Pour La Petite Histoire sur Ching Shih : https://www.youtube.com/watch?v=ii-6T8Kem6w

[17] « Les Chinois d’outre-mer des Tchou à Deng Xiaoping : des origines historiques et géographiques d’un phénomène migratoire plus que millénaire », Pierre-Arnaud Chouvy : https://cybergeo.revues.org/4375#tocto1n1

[18] Julien Serru, DOSSIER / Koxinga, l’invincible « demi-dieu » maritime sur le blog expression engagée : http://expressionengagee.blogspot.com/2014/08/dossier-koxinga-linvincible-demi-dieu.html

[19] « Les Chinois d’outre-mer des Tchou à Deng Xiaoping : des origines historiques et géographiques d’un phénomène migratoire plus que millénaire », Pierre-Arnaud Chouvy : https://cybergeo.revues.org/4375#tocto1n1

[20] Idem

[21] Pierre Brocheux, Unes histoire économique du Vietnam – La Palanche et le camion, Les Indes savantes, 2009, p.106

[22] Idem

[23] Solene (profil auteur sur le blog), La mafia chinoise, entre « tradition » et « conformisme mafieux », : http://www.geolinks.fr/institutions/criminalite-organisee/la-mafia-chinoise-entre-tradition-et-conformisme-mafieux/

[24] Pierre Brocheux, Unes histoire économique du Vietnam – La Palanche et le camion, Les Indes savantes, 2009, p.57

[25] Ève Lortie-Fournier, L’intégration de la dispora chinoise, une question de nationalisme thaï ? : http://redtac.org/asiedusudest/2009/10/25/l%E2%80%99integration-de-la-diaspora-chinoise-une-question-de-nationalisme-thai/

[26] « Les Chinois d’outre-mer des Tchou à Deng Xiaoping : des origines historiques et géographiques d’un phénomène migratoire plus que millénaire », Pierre-Arnaud Chouvy : https://cybergeo.revues.org/4375#tocto1n1

[27] Fernand Braudel, Grammaire des civilisations, p.387

[28] Idem

[29] Du nom de la rue de Tokyo ou de nombreux objets inconnus avant cette vague d’invasion furent trouvés

[30] Notamment le culte de l’accompagnement du mort dans un autre monde

[31] Les Aïnos désigne les populations « autochtones » du Japon (c’est à dire arrivée des steppes d’Asie centrale avant le IIIème siècle avant JC). Ils refusent la vie avec les japonais et se retirent vers les confins japonais à mesure de la colonisation.

[32] [32] Fernand Braudel, Grammaire des civilisations, p.388