Guerre des images #10 – 12 septembre 1969 – Funérailles d’Ho Chi Minh : un répit inespéré dans la confrontation sino-soviétique.

funéraille ho chi minh

« Un peu de patriotisme éloigne de l’internationalisme, beaucoup de patriotisme en rapproche »,

Jean Jaurès, L’armée nouvelle, 1911

Que montre la photo ?

        On peut voir la dépouille d’Ho Chi Minh reposant dans un cercueil de verre alors qu’il est entouré des quatre hommes forts du Politburo du Parti des Travailleurs Vietnamiens (nom du parti communiste vietnamien à partir de 1960), de gauche à droite on trouve : Le Duan, premier secrétaire du Parti ; Ton Duc Thang, vice-président ; Truong Chinh, membre éminent du Politburo et idéologue majeur et Pham Van Dong, premier ministre.

            Bien que le défunt ait rendu l’âme le 2 septembre, soit 24 ans jour pour jour après la déclaration d’indépendance sur la place Ba Dinh[1], la nouvelle du décès de l’oncle Ho ne fut rendue publique que le lendemain pour ne pas perturber les festivités de circonstance[2].

Dans quel contexte la photo a-t-elle été prise ?

           1969 est une année particulièrement critique pour le Nord Vietnam pour au moins 3 raisons.

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Nikita Khrouvtchev (1894-1971)

D’abord c’est l’année de l’acmé des tensions sino-soviétiques. En effet, suite à la mort de Staline en 1953, son successeur au poste de secrétaire général du PCUS Nikita Khrouvtchev lance la déstalinisation du régime soviétique lors du XXème Congrès du PCUS. Sur le plan intérieur il s’agit de rompre avec les méthodes brutales de gouvernement de « l’Homme de Fer », ce qui se traduit sur le plan extérieur par une accalmie sur le plan diplomatique en période de guerre froide soutenu par l’idée selon laquelle les blocs communiste et capitaliste peuvent vivre côte à côte sans conflit frontal : c’est la « coexistence pacifique ». Sur le plan idéologique et dogmatique, cette modération apportée à la « Révolution Prolétarienne », établie comme nécessairement violente et absolue par les marxistes « orthodoxes », devait valoir au nouvel homme fort d’URSS d’être taxé de « révisionnisme bourgeois».

 

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Eduard Bernstein (1850-1932)

Comme il ne s’agit pas ici de faire un cours traitant de l’histoire des idées marxistes, on notera seulement que ce terme fait référence à une controverse ancienne : à la fin du XIX siècle, un social-démocrate allemand répondant au nom d’Eduard Bernstein avait dans Présupposé du Socialisme pris le contrepied des thèses de Marx dans le Manifeste du Parti Communiste s’agissant de l’évolution du capitalisme et en avait déduit qu’avec plusieurs lois sociales fortes, la Révolution s’avérait non nécessaire. Cet abandon de la logique révolutionnaire fut violemment attaqué par les « orthodoxes » comme Rosa Luxembourg, Klara Zetkin et Karl Kautsky. Ce dernier, ayant développé la critique la plus « solide » de Bernstein, vit ses thèses reprises par Lénine qui s’en servit en 1918 pour justifier la suppression des libertés individuelles type Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, considérées comme un héritage « bourgeois » contrevenant aux nécessités de la «Révolution Prolétarienne »[3].

 

        Si coté soviétique cette position se justifie par des besoins de réformes intérieures et de désescalade nucléaire, Mao compte utiliser ce prétexte pour prendre la tête du mouvement communiste mondial et évincer un Khrouvtchev déconsidéré pour son statut d’apparatchik, jugé inférieur à celui de meneur d’homme et de chef de guerre du n°1 chinois. Pour se départager, les rivaux marxistes vont choisir un des point les plus « chauds » de la guerre  froide : l’Indochine, au sein de laquelle le Vietnam et le Laos[4] connaissent un regain de tension continu. Après la crise des missiles de Cuba en 1962 (à la suite de laquelle le retrait des missiles soviétiques fut conspué par le PCC), l’entrée en guerre de Washington contre la guérilla communiste vietnamienne en 1964 entrainera le soutien de Moscou mais la méfiance de Pékin vis-à- vis de Hanoï. Comme nous le verrons plus loin, cette situation poussera les « camarades » vietnamiens à vouloir « vietnamiser » la guerre en diminuant l’influence chinoise sur le cours de la guerre.

     Des litiges frontaliers viennent mettre le feu à la poudrière idéologique et personnelle : en mars des troupes sont déployées de chaque côté de la frontière commune et l’armée soviétique prend une position contestée en tuant 30 soldats chinois. Peu après Moscou réfléchit à des frappes ciblées au cœur même de la Chine populaire, en réponse Pékin se rapproche rapidement mais officieusement de Washington (le rapprochement officiel aura lieu en 1972 avec la visite de Nixon à Pékin)[5].

        Ensuite, par extension, c’est également l’année du conflit durant laquelle les relations entre Hanoï et Pékin seront les plus exécrables, préparant en cela le terreau sur lequel prospèrera la guerre sino-vietnamienne de 1979.

           S’il ne s’agit pas de refaire l’historique des relations entre le PCC et le PCV, il faut néanmoins poser quelques jalons permettant d’éclairer la situation. Grossièrement, la Chine voyait dans la partition du Vietnam par les Accords de Genève de 1954, sur lesquels ils ont lourdement pesé, un moyen de gérer le départ des Français sans voir les armées « impérialistes » américaines au contact direct de leur frontière. Comme la Corée du Nord, dont le sort fut réglé lors des mêmes conférences à Genève en 1954, la République Socialiste du Vietnam est considérée comme une zone tampon dans un contexte de Guerre Froide.

           Aussi lorsqu’en décembre 1960 fut créé le Front National pour la Libération du Sud Vietnam afin de reprendre la guérilla communiste au sud du 16 ème parallèle, « Hô à la volonté éclairée » avait dû arracher des deux grands frères socialistes un soutien de principe et matériel pour ses combattants, ménageant par là le chou soviétique adepte de « la coexistence pacifique » avec la chèvre chinoise partisane de la « guerre révolutionnaire contre les réactionnaires ».

       Seulement, une fois passée l’escalade du conflit avec l’intervention direct de l’US Army à partir de 1964 et le paroxysme de la brutalité guerrière de l’offensive du Têt 1968 (que Pékin avait ouvertement désapprouvé), Washington entend négocier et des pourparlers de paix sont organisés à Paris dès février 1968.

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Ouverture de la conférence de Paris en février 1968. Les négociations resteront au point mort jusqu’en 1972, chaque parti voulant signer un accord en position de force.

   Dans cette situation la volonté d’autonomie vietnamienne se heurte au problème diamétralement inverse à celui de 1960 : alors que les Soviétiques soutienne la stratégie conciliatrice de Hanoï, les Chinois fustige cette approche « diplomatique », craignant de voir son allié vietnamien en position de faiblesse lors des tractations et donc les frontières chinoises compromises par des concessions trop importantes. Si en apparence Mao accepte le compromis « négociation-combat » de Hanoï, sur le terrain les soldats chinois affectés à la logistique ou à la défense anti-aérienne des positions stratégiques du Nord Vietnam (1707 avions américains abattus, 1608 endommagé, 42 aviateurs capturés en 4 ans) sont démobilisés à partir de novembre 1968, en 1969 toutes les batteries de DCA chinoises ont évacué et en juillet 1970, il n’y a plus aucun soldat chinois au Nord Vietnam. Dans le même temps l’aide chinoise de 1969 diminue de 20% par rapport à son niveau de 1968 et de 50% en 1970. En face, c’est le début du « retrait tactique » des « boys » : la « vietnamisation de la guerre » est en marche, les « parrains » sino-soviétique d’une part et américain d’autre part se mettent en retrait, laissant Sud et Nord Vietnam face-à-face[6].

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Affiche de propagande nord-vietnamienne. On peut y voir la tête de Nixon sur une bombe et le slogan « Nixon doit payer la dette du sang »

Pour autant, Washington ne compte pas laisser le Vietnam se réunifier sous la bannière communiste et, troisième point marquant de 1969, reprend sa campagne de bombardement massif du nord du 16ème parallèle à partir du 5 juin. L’armée américaine se prépare également à intervenir au Cambodge pour déloger les « sanctuaires » des guérilleros communiste malgré les premiers retraits de troupe à partir du 8 juin. Le Nord Vietnam, déjà durement touché par 3ans de pilonnage intense (1965-1968), subit un déluge de feu et vit essentiellement des désormais maigres ravitaillements chinois et de ceux envoyés par Moscou mais qui rencontre parfois des problèmes de transits à travers le territoire chinois. Rappelons qu’entre 1964 et 1972, l’aviation américaine aura déversé 7,4 millions de tonnes de bombes sur le Nord Vietnam alors que l’ensemble des bombardements de la deuxième guerre mondiale (1941-1945) n’avait vu « que » 3,3 millions de tonnes de bombes larguées par l’oncle Sam sur les théâtres européen et asiatique[7]. Autant dire que le choc est brutal pour la République Démocratique du Vietnam et sa population…

 

En quoi cette photo montre-t-elle l’évolution du conflit vietnamien ?

              Etant donné la richesse des éléments de contexte cités plus haut ainsi que ceux du prochain paragraphe, cette partie sera volontairement réduite au fait que, dans ce balai d’alliances idéologiques/pratiques, la direction du Parti Communiste Vietnamien connut diverses orientations politiques et militaires, faisant et défaisant les carrières des cadres et officiers supérieurs. 1969 est une année charnière en ce que, même si la mort d’Ho Chi Minh aura offert une accalmie dans les tensions sino-soviétiques, la direction du Parti bascula lentement mais surement en faveur des Soviétiques. Il faudra attendre 1989 pour que le Vietnam normalise ses relations avec son grand voisin du nord, après une guerre-éclair (17 février-16 mars) ayant fait environ 200 000 morts dans les deux camps.

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Mao Zedong rencontre Richard Nixon en juin 1972 à Pékin. Les Vietnamiens, venant de subir une ultime campagne de bombardement intensif avant le départ des troupes américaines, nourriront une rancune certaine à l’égard du PCC pour ce qu’il juge être une trahison.

            Tout Ho Chi Minh qu’il fut, le père de la révolution lui même dut subir les conséquences de ces divers renversements d’alliance et de pouvoir, au point de n’avoir plus qu’une influence symbolique à partir de 1955. En effet, en 1955 le Parti, via les « conseillers » militaires et politiques envoyés par Pékin dès 1949, étaient sous la direction d’une classe de meneurs maoïstes « durs » recrutés sous impulsion chinoise davantage pour leur disposition au fanatisme idéologique du fait de leur extraction paysanne (forcément signe d’honnêteté et de légitimité pour les communistes chinois) et à la brutalité que pour leurs capacités réels. Ainsi en 1955, le chef de la police politique vietnamienne, un certain Tran Quoc Hoan, aurait fait assassiner la maîtresse cachée d’Ho Chi Minh à la fois parce que celui-ci était jugé trop pro-soviétique et pour maintenir l’aura de sainteté du leader. Depuis le triste sir à disparu de l’histoire officielle[8]. On notera que le général Vo Nguyen Giap connaîtra la même forme d’isolement, son prestige militaire suite à Dien Bien Phu et à la chute de Saïgon ainsi que ses positions pro-soviétiques étant jugés trop important par les caciques du Parti.

Quel a été son impact ?

            La mort du père de la Révolution Vietnamienne est quasiment un non événement en terme d’influence sur le cours de la guerre. En effet, les services de renseignement américain était parfaitement au fait qu’Ho était un gros fumeur[9] (pour l’anecdote, il avait la réputation de ne fumer que des cigarettes américaines, une prouesse dans un Vietnam sous embargo) et qu’il connaissait des complications respiratoires depuis plusieurs années puisque, très malade et sentant sa fin proche, ce fils de mandarin s’était rendu en « pèlerinage » sur la tombe de Confucius en 1965[10].

            Par ailleurs et dans la même veine, alliés et ennemis du Nord Vietnam savaient que l’oncle Ho, bien qu’occupant une fonction symbolique dans son pays, n’avaient quasiment plus aucune influence sur les décisions du Parti au moment de sa mort. Comme nous venons de le voir les diverses orientations des dirigeants vietnamiens, et les purges qui s’en suivirent, avaient déjà fini de transférer le pouvoir de Ho dans les mains du Politburo.

            C’est donc d’un point de vue purement symbolique que la mort d’Ho Chi Minh eu un impact.

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Le jeune Ho Chi Minh lors du Congrès de Tours de 1920 qui vit la naissance du Parti Communiste Français.

Sur le plan extérieur d’abord et comme le titre de l’article le laisse entendre, la figure du vieux révolutionnaire était suffisamment prestigieuse et respectée pour mettre en sourdine les rivalités entre frères ennemis marxistes. Lui le révolutionnaire « Rouge » pur et dur, témoin et participant à la fondation du parti communiste français, l’homme du Komintern ayant survécu aux purges staliniennes des années 30, l’exilé durant plus de 30 ans, le chef de guerre contre les Français ayant pris le maquis à 55 ans, l’infatigable diplomate tentant (en vain) de mettre en sourdine les divisions entre « camarades » dans l’intérêt de son peuple, le vénérable « oncle » dans la plus pur tradition du gentilhomme confucéen, incarnait une vision quasi religieuse et romantique du communisme moderne avec tout ce que cette vision implique de sacrifice, de gloire, d’ascèse ou d’épreuve. Ainsi, malgré les tensions, maoïstes et soviétiques firent le déplacement pour lui rendre hommage.

 

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Alexis Kossyguine (1904-1980)
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Chou En Lai  (1898-1976)

Même si les représentants chinois, menés par le premier ministre chinois Chou En Lai et le maréchal Ye Jianying (principal artisan du rapprochement sino-américain), ne restèrent qu’une journée à Hanoï, les Vietnamiens réussirent à organiser une rencontre secrète entre ceux-ci et la délégation soviétique ; emmené par Alexis Kossyguine, Président du conseil des ministres d’URSS ; le 11 septembre à l’aéroport de Pékin[11]. Dernier service rendu par Ho, les relations sino-soviétiques et sino-vietnamienne en sortiront nettement améliorées[12] jusqu’à ce que le rapprochement Pékin-Washington de 1972 viennent détruire l’ensemble…

 

            Sur le plan intérieur, la mémoire du défunt fut évidemment au centre de tous les jeux de pouvoirs du moment. Ainsi, comme le culte de Lénine fut principalement le fait d’un Staline en quête de légitimité et au mépris des dernières volontés du père de la Révolution bolchevique, les cadres du Parti des Travailleurs Vietnamiens organisèrent le culte d’Ho Chi Minh en publiant une version tronquée de son testament. Il fallut attendre 1986 et la politique du « Doi Moi » (ou « Renouveau ») pour voir d’autres versions émergées. On trouve d’abord celle publiée par le journal Tîen Phong le 9 mai 1989 et datée du 10 mai 1968 dans laquelle les Vietnamiens apprirent notamment que l’oncle Ho voulait être incinéré et était tout à fait opposé à l’idée d’un culte posthume et d’un mausolée « à la Lénine ». Cinq jours après c’est le journal Nhan Dan, quotidien du Parti, qui publie une version datant de 1965 et complétant le texte précédemment publié. Le Parti lui-même publiera une version définitive des testaments en y ajoutant les photographies d’origines des textes écrits de la main de Ho lui même[13]. Depuis, comme chacun le sait, la figure du révolutionnaire vietnamien est omniprésente dans son pays et il est en passe de devenir un génie tutélaire du Vietnam pour son rôle pionnier de libérateur et d’unificateur du pays. Pour ce faire, un temple lui est dédié sur une haute colline de Ba Vi, près de Hanoï.

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Autel dédié à Ho Chi Minh dans le temple de Ba Vi. Le message sur le fronton rappel une phrase du révolutionnaire « Rien n’est plus précieux que l’indépendance et la liberté ».

            En guise de conclusion, intéressons nous au contenu de ces testaments qui permettent d’éclairer la vision qu’avait Nguyen Le Patriote de son œuvre passée et des mots qu’ils voulaient léguer à la postérité.

            Fidèle à sa réputation de militant chevronné n’ayant jamais voulu être doctrinaire ou idéologue (fonction dévolu à Truong Chinh depuis la création du Parti Communiste Indochinois), l’Oncle Ho s’est adonné à un style est plutôt plat, sans sensibleries, ni envolées lyriques (pourtant assez souvent répandues dans les textes marxistes) et faisant ressortir les deux caractéristiques principales qui formèrent l’originalité de son combat : le national-communisme[14].

            En effet, si cette contradiction absolue peut s’avérer confuse pour un observateur occidental des choses vietnamiennes calfeutrer dans des catégories inconciliables, Ho Chi Minh a réussi à la tenir tout au long de sa vie. Comment ? Par la primauté accordée à l’action prochaine, à la situation vécue, à la « praxis », pour jargonner selon l’école de pensée marxiste, qualité que même ses plus féroces détracteurs ne sauraient lui nier. On en veut d’ailleurs pour preuve la rapidité de l’attaque : « Dans la lutte patriotique contre l’agresseur américain… ».

            A l’écrit cela se traduit à la fois par un constant rappel aux idées de la IIIème Internationale bolchevique, à la volonté de voir le mouvement ouvrier international prospérer, à la recherche de filiation avec Lénine et Marx, à sa vision du Parti tel qu’il le souhaite mais aussi par une familiarité et une bonhomie dans le ton ainsi que par des références culturelles quasi folkloriques ou tenant à la beauté des paysages vietnamiens.

            Le texte prend ainsi la tournure d’une dernière leçon (les termes revenant le plus souvent étant ceux de « moralité révolutionnaire ») délivrée par un aïeul respectable à une famille étendue que serait le peuple vietnamien.

             Si ce type de relation filiale dans la vie publique peut faire sourire en prenant des airs de coquetterie de vieillard ou crier à la supercherie d’un paternalisme héroïque dérivant d’un culte de la personnalité longtemps caractéristique d’un fanatisme marxiste-léniniste produit d’un lavage de cerveau dès l’enfance, il n’en est rien. Cette conception du pouvoir est profondément ancrée dans la société vietnamienne de par ses traditions multiséculaires. Malgré les ruptures qu’avait provoquées la colonisation française puis la révolution marxiste, la famille et le village restait et reste encore aujourd’hui les deux foyers d’une vie publique conçue comme un principe d’association hiérarchisé selon les préceptes de Confucius. Aussi l’appellation « oncle » ou « bac » en vietnamien (désigne l’oncle plus vieux que son propre père), auquel Ho Chi Minh tenait beaucoup, créait un lien de solidarité tellement fort au sein de la population vietnamienne que même le déluge de bombes américaines ne put le briser. Elle constituait également le sceau de la réussite et de la légitimité populaire du vieux leader alors même que son influence disparaissait peu à peu du processus de décision au sein du Parti.

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L’oncle Ho en visite dans un village de la proche de Hai Duong, 1964.

             La perte de vitesse de l’idéologie marxiste-léniniste orthodoxe dans le Vietnam d’aujourd’hui a conduit le gouvernement d’Hanoï à faire la promotion de la « Pensée Ho Chi Minh[15] » pour la direction des affaires publiques. Si les contours de cette idéologie restent flous, on peut supposer que son usage légitime et permet de résoudre par voie de « praxis » et de pragmatisme le paradoxe (un autre) qui caractérise le régime vietnamien actuel : « l’économie de marché à orientation socialiste[16] » inaugurée lors des réformes du Doi Moi.

[1] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/09/02/actualite-declaration-dindependance-vietnamienne-que-sest-il-passe-le-2-septembre-1945/

[2] http://www.nydailynews.com/news/world/minh-north-vietnam-president-dies-79-1969-article-1.2345741

[3] Céline Marangé, Le Communisme Vietnamien (1919-1991). Construction d’un Etat Nation entre Moscou et Pékin, les Presses de Science Po, 2012, p.290 et 291

[4] https://vinageoblog.wordpress.com/2018/01/14/guerre-des-images-2-20-septembre-1965-le-pilote-et-la-milicienne-le-laos-au-centre-de-la-deuxieme-guerre-dindochine-le-nord-vietnam-sous-les-bombes-et-le-prisonnier-le/

[5] Céline Marangé, Le Communisme Vietnamien (1919-1991). Construction d’un Etat Nation entre Moscou et Pékin, les Presses de Science Po, 2012, p.337

[6] Idem, p.314 à 336

[7] voir http://www.landscaper.net/timelin.htm#VIETNAM%20WAR%20STATISTICS et http://www.angelfire.com/ct/ww2europe/stats.html

[8] Céline Marangé, Le Communisme Vietnamien (1919-1991). Construction d’un Etat Nation entre Moscou et Pékin, les Presses de Science Po, 2012, p.267 à 278.

[9] http://www.nydailynews.com/news/world/minh-north-vietnam-president-dies-79-1969-article-1.2345741

[10] Claude Gendre, La Franc-maçonnerie mère du colonialisme – Le cas du Vietnam, L’Harmattan, 2011, p.122

[11] Céline Marangé, Le Communisme Vietnamien (1919-1991). Construction d’un Etat Nation entre Moscou et Pékin, les Presses de Science Po, 2012, p.338

[12] Idem, p.338 à 341.

[13] Alain Ruscio, Ho Chi Minh – Textes 1914-1969, L’Harmattan, p.209 à 217

[14] Jean Lacouture, Sur le testament d’Ho Chi Minh. In: Tiers-Monde, tome 11, n°42-43, 1970. Le Vietnam entre la guerre et la paix. pp. 265-268. https://www.persee.fr/doc/tiers_0040-7356_1970_num_11_42_1701

[15] http://vovworld.vn/fr-CH/chronique-du-jour/la-pensee-de-ho-chi-minh-base-et-ferment-de-toute-vie-sociale-440121.vov

[16] https://www.lecourrier.vn/perfectionner-leconomie-de-marche-a-orientation-socialiste/116831.html

Divers/ Poudières en MDC – Le Vietnam, là ou s’accrochent les empires : « île monde » eurasiatique contre thalassocratie dans la théorie globale du « Grand Jeu ».

Afin de clore la série d’articles concernant les litiges territoriaux impliquant Hanoï en MDC, je souhaiterai inscrire ces événements contemporains dans une trame historique plus longue plaçant le Vietnam au centre d’une opposition entre les forces continentales et maritimes : le « Grand Jeu ». A des fins didactiques, le développement de cet article suivra le plan suivant : I) Définition de la théorie du « Grand Jeu », II) son application particulière sur l’histoire du Vietnam..

I) Qu’est ce que le « Grand Jeu » ? 

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Le « fardeau de l’homme blanc », dans la vision coloniale la race blanche devait amener les autres à la civilisation.

On doit l’expression au poète britannique Rudyard Kipling (1865-1936) – auteur du magnifique poème Si … tu seras un homme mon fils mais également père du « White man burden » (« Le fardeau de l’homme blanc »), pendant britannique de la « mission civilisatrice » de Jules Ferry – lorsqu’il décrit les luttes d’influences au Moyen Orient et en Asie centrale entre la Russie d’une part et l’Angleterre et la France d’autre part. Des luttes qui atteindront leurs paroxysmes lors de la guerre de Crimée de 1856, lorsque Paris et Londres estimeront que Moscou nourrit de bien trop grandes ambitions dans le dépeçage de l’empire Ottoman, déjà engagé dans un déclin irrémédiable. La notion est alors très romanesque puisqu’elle mêle l’Orient mystérieux et ses richesses (soies, tapis persans, encens, épices, etc…), les courses à l’exploration des aventuriers intrépides, les intrigues militaires et diplomatiques des espions.

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Halford Mackinder

Toute littéraire qu’elle fut à l’origine, cette conception va largement influencer un des pionniers de la géopolitique mondiale : le britannique Halford Mackinder (1861- 1947). En accord avec les idées de son temps, il est persuadé de la supériorité raciale anglo-saxonne dont il explique la domination par le contrôle des Mers face à une « île monde » divisée. En effet, professeur de géographie à l’université d’Oxford, il se distingue de ses confrères en prônant une vision polaire de la planète. Ainsi projetée, notre Terre offre la vision d’une île géante au centre – le « Heartland », composée de l’Afrique et de l’Eurasie et représentant 2/12ème de la surface du globe – entourée d’un unique océan – 9/12ème du globe – accueillant des îles périphériques moindres – Australie, les Amériques représentant 1/12 ème de la surface terrestre.

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La projection du monde selon la vision de Mackinder. Projeté ainsi on comprend mieux l’opposition de l’île monde entourée des océans extérieurs et des îles périphériques.

Par l’analyse de la constance anglaise à briser toute puissance hégémonique en Europe (Habsbourg, Napoléon, Reich Nazi) et des déferlantes barbares nomades provenant des steppes d’Europe Orientale et d’Asie centrale (Huns et Mongoles notamment), il synthétise un principe qui lui servira de devise : « qui tient l’Europe orientale tient le heartland, qui tient le heartland domine l’île mondiale, qui domine l’île mondiale domine le monde ». Partant, il préconise dans le cadre de la domination mondiale anglaise l’hégémonie maritime et la division du Heartland. Il est en cela l’inspirateur direct de la doctrine « Thalassocratique » de l’amiral américain Mac Mahan auquel nous avons déjà pu nous intéresser[1].

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Nicholas Spykman

          Cette théorie est enrichie par un des disciples de Mackinder : l’Américain Nicholas Spykman. Il reprend les thèses de son « maître » et s’il conserve intact la théorie de domination des Mers, il enrichit la conception originelle en introduisant la notion de « Rimland ». Cette dernière désigne un croissant territorial comprenant l’Europe, le Moyen Orient, le sous continent indien et les bordures littorales extrêmes orientales et enserrant le Heartland. Pour lui c’est dans cette zone que le rapport de force se définit, aussi est il nécessaire pour les forces thallassocratiques excentrées de nouer des alliances ou de contrôler les pays de cette zone pour réduire l’influence du Heartland.

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Le monde selon Nicholas Spykman.

            Par la suite cette thèse du grand jeu a été généralisée par nombre de conseillers américains à la défense, les deux plus éminents étant Kissinger (conseiller spécial de Nixon) et feu Brezinski (ancien conseiller spécial de Carter). C’est d’ailleurs ce dernier qui a posé noir sur blanc dans Le grand échiquier : « Il est impératif qu’aucune puissance eurasienne concurrente capable de dominer l’Eurasie ne puisse émerger et ainsi contester l’Amérique ». Evidemment, devant cette explication on ne peut plus clair de la stratégie américaine, les rivaux russes et chinois réagissent par la poursuite de projets commun afin de tenir en échec les intrigues américaines.

            De ce fait, c’est par ce prisme du « Grand Jeu » qu’il faut comprendre les événements géostratégiques mondiaux depuis la fin de la guerre froide. En plus de battre en brèche l’indigence et/ou la propagande des « experts » médiatiques, il permet de comprendre les articulations des deux axes en opposition : un axe Washington – Tel Aviv – Riyad – Union Européenne (ou plutôt OTAN) contre l’axe Pékin – Moscou – Téhéran. Guerres du Golfe de 1991 et 2003, guerre de Tchétchénie, guerre du Kosovo de 1999, intervention américaine en Afghanistan, guerre de Géorgie de 2008, isolement de l’Iran, « révolutions colorées » des années 2000, coupures de gaz répétées entre la Russie et l’Europe, mise en place de l’Organisation de Coopération de Shanghai, discours des néo-conservateurs américains sur la « nouvelle Europe », « guerre fraîche » entre Moscou et Washington, crise ukrainienne de 2014, « printemps arabes », guerre civile en Syrie, coup d’Etat au Brésil, déstabilisation du Venezuela, etc. toutes ces péripéties dérivent de l’application du « Grand Jeu ».

            A noter par ailleurs que les milles et une richesse de l’île monde ont changé de nature et que l’Asie Centrale, la zone de la Mer Caspienne notamment, est riche en hydrocarbure.

Mais plus important que l’accès direct à ces ressources, c’est leur acheminement qui est central dans la question stratégique. On parle même de « géopolitique des pipelines » dans le sens où ceux ci matérialise les objectifs stratégiques du promoteur[2]. En ce sens on assiste à la concurrence des projets de gazoduc américain –contournant la Russie et permettant le contrôle de l’approvisionnement énergétique des « alliés » européens – et le projet Russe, mis en difficulté par la guerre civile en Syrie et les troubles en Turquie.

Malgré la complexification du monde multipolaire et l’émergence d’acteurs indispensables, il semble bien que ce soit la Chine qui tire son épingle du jeu avec son projet de « nouvelle route de la soie »[3], à condition que celui ci aboutisse.

Si le sujet vous intéresse je vous conseille l’excellent blog de Christian Greiling dédié à la question : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2015/06/le-grand-jeu-cadre-theorique.html ainsi qu’un de ses articles pour la revue Conflits : http://www.revueconflits.com/le-nouveau-grand-jeu-bonus/

Mais resserrons la focale sur le Vietnam.

 II) L’influence de la théorie du « Grand Jeu » sur l’histoire vietnamienne.

Dans le cadre théorique du « Grand Jeu », il convient d’apporter quelques précisions d’ordres géographiques sur le Vietnam.

Le pays est situé dans à l’extrême Est de l’ « île monde » eurasiatique. Il se distingue par la longueur de sa frontière maritime (3260km) et sa forme en « S » s’étirant sur 1650 km du Nord au Sud. Coincé entre la MDC du Sud et la cordillère annamitique, il est en cela un « balcon sur le pacifique » dont le coefficient de maritimité (ratio côtes/superficies terrestres) est comparable à celui de l’état insulaire malaisien.

Cette influence maritime place une part importante des enjeux économiques vietnamiens vers la mer : la pêche représente 7% du PNB et 4,5millions d’emplois et l’exploitation du pétrole off-shore pèse pour un quart du budget de l’Etat et 24% du PNB du pays.

Malgré ce patrimoine maritime, le pays souffre d’une certaine carence structurelle (surcapacité des infrastructures) l’empêchant de s’insérer de manière optimale dans le trafic mondial des containers[4].

En dépit de son caractère maritime le pays est cependant attelé à l’île monde pour trois raisons relativement simples : 1) la MDC du Sud est une mer semi fermée suffisamment poissonneuse pour ne pas avoir à pratiquer la pêche hauturière, 2) l’invasion puis la menace constante de la Chine, la Nam Tien et les guerres civiles ont constamment maintenu l’attention des gouvernements vietnamiens sur le continent[5], 3) la façon dont les Vietnamiens se représentent leur pays à l’âge pré colonial est calqué sur la vision chinoise se considérant elle même comme une puissance terrestre[6]. Dans la vison de Spykman, le Vietnam est un état faisant partie du Rimland, c’est à dire un état à désolidariser des pays du Heartland, ici la Chine.

Ainsi, bien jouissant d’une indépendance relative du fait des liens de vassalité plus ou moins lâche avec son grand voisin du Nord, le Dai Viet ne sort de la sphère d’influence du Heartland qu’à partir du moment où la France, alors puissance thallassocratique, arrache le pays de force après que les deux guerres de l’opium aient ouvert à coup de canon les portes de la Chine. Nous avons déjà pu le voir, la présence française sur la péninsule indochinoise est à la fois le fait d’une œuvre évangélisatrice relativement ancienne mais également parce que le Vietnam, par la longueur de sa côte, fournit une excellente « tête de pont » pour la France dans le but d’accéder aux richesses extrêmes orientales[7]. Dans le même ordre d’idée, la colonie indochinoise est industrielle et vue comme une pourvoyeuse de matière première à la métropole excentrée.

Or c’est précisément cet éloignement entre les extrêmes Ouest et Est de l’île monde qui va faire de l’Indochine Française la seule colonie de l’Empire à être du côté Vichyste durant la totalité de la seconde guerre mondiale. Le chaos que provoqua le départ des Japonais sera dès lors favorable au développement de l’influence soviétique – l’URSS étant alors la quintessence du Heartland en regroupant la Russie et les républiques turcophones d’Asie centrale – et chinoise (à travers le PCC). Le Viet Minh étant la seule formation politique à avoir les moyens de proclamer l’indépendance puis de l’obtenir par les armes, le rapport de force en place s’aligne sur la logique de la guerre froide opposant les communismes soviétiques puis chinois à la puissance coloniale d’outre mer française ainsi qu’aux Etats Unis, nouvel hégémon thallassocratique depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. A noter que dès 1950 l’influence (le contrôle ?) des communistes chinois sur leurs homologues vietnamiens était déjà décisive.

            Cette vision est largement renforcée par les doctrines stratégiques américaines de « Containment » et de « Roll Back »[8], censées contenir l’émergence communisme venue du centre du Heartland. Sur le théâtre Sud asiatique, cela correspond en fait à la mise en place de l’ASEAN en 1967. Cette organisation représente quasi parfaitement l’opposition terre/mer dans le sens où elle compte un pays continental pour quatre pays insulaire (Thaïlande contre Malaisie, Indonésie, Philipines, Singapour), le tout s’opposant à la péninsule indochinoise sous menace communiste.

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L’opposition entre l’ours soviétique et l’oncle Sam durant la seconde guerre mondiale. Le premier s’étend du continent vers les mers tandis que le second tente de le repousser dans le sens inverse

            Ayant financé la défaite française (plus de la moitié du budget de guerre à partir de 1954), les Américains pensaient avoir stabilisé le partage Heartland/Thallassocratie au Vietnam avec les Accords de Genève partageant le pays en deux (et ce en même temps que la Corée dont la question n’était toujours pas réglée). Mais c’était sans compter sur les hommes d’Ho Chi Minh dont le mot « unité » avait été l’un des maitres mots contre les Français.

            Au final la seconde guerre d’Indochine verra le retrait américain et l’unification du pays sous la coupe du Nord Vietnam sous influence chinoise et soviétique. Mais celle ci aura aussi eu un effet indirect : la préparation de la troisième guerre d’Indochine qui signera la fracture irrémédiable du bloc communiste mais également la division du Heartland. En effet l’intervention américaine au Cambodge en 1970 ainsi que le rapprochement entre Washington et Pékin sur fond de tensions sino – soviétiques en 1972 provoquera l’accès au pouvoir des Khmers Rouges alliés de la Chine Popualires. Il faudra attendre 1979 pour que l’habileté de Kissinger transforme une défaite américaine traumatisante en une victoire diplomatique déchirant le camp socialiste et maintenant le Viêtnam sur le pied de guerre jusqu’en 1991. Certains estiment d’ailleurs que le « délai raisonnable » évoqué par Nixon lorsqu’il avait promis le retrait des GIs lors de l’élection présidentiel de 1969 a correspondu au temps nécessaire à la mise en place de la diplomatie américaine pour transformer le théâtre Indochinois en champs de bataille entre les deux géants marxiste-léniniste[9]. Allié à Moscou, le Vietnam reste donc rattaché à une puissance du Heratland.

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Mao Tse Toung rencontre Richard Nixon à Pékin en 1972.

            La situation changera lors de l’effondrement de l’URSS. Le Vietnam isolé doit se trouver de nouveaux partenaires diplomatiques. Cet état de nécessité allié à la préoccupation pour les régimes marxistes – léninistes vietnamiens et chinois aboutirent à la réunion de durant laquelle les PC des deux états se sont entendus pour un soutien mutuel afin de survivre à la fin de l’ère soviétique. De fait l’ouverture du marché vietnamien aux produits chinois ainsi que l’entente des deux PC pour se maintenir au pouvoir implique indubitablement le retour d’un certain lien de vassalité entre les deux pays : le Vietnam est rattaché à un Heartland que l’on peut qualifier d’unifier autour du partenariat russo-chinois matérialisé par l’organisation de coopération de Shangaï (qui a même réussi à inclure l’Inde récemment).

            De fait, Hanoï subit, comme nombre de ses voisins du Sud Est asiatique, le pouvoir d’attraction chinois (le revirement le plus impressionnant étant celui du président Duterte aux Philipines) en passe d’être facteur d’unité en Eurasie et ce notamment par l’initiative One Belt One Road (nouvelle route de la Soie). Couplé avec le retrait américain (échec du traité transpacifique et retrait américain de l’APEC), la situation internationale montre un reflux des forces thallassocratiques face à l’ « île monde » et ce à tel point que les forces continentales se jettent à l’assaut des mers.

            Au final, après la parenthèse tallassocratique française puis américaine qui détacha le Vietnam de l’influence chinoise et donc du Heratland, il semble que le pays soit aujourd’hui contraint par les règles du Grand Jeu à rejoindre l’unité eurasiatique.

[1] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-vi-la-strategie-militaire-chinoise-en-mer-de-chine-lempire-du-milieu-repond-a-lappel-du-large/

[2] https://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RIS_065_0051

[3] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/06/08/actualite-quelle-place-pour-le-vietnam-dans-le-projet-chinois-de-nouvelle-route-de-la-soie/

[4] Nathalie Fau, La maritimisation de l’économie vietnamienne : un facteur exarcerbant entre le Vietnam et la Chine en mer de Chine méridionale ?, dans : Hérodote 2ème trimestre 2015, n°157, « les enjeux géopolitiques du vietnam », p.43.

[5] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/12/20/reponse-aux-lecteurs-n3-la-forte-influence-sans-assimilation-de-la-civilisation-chinoise-sur-le-vietnam-partie-i-introduction-et-perspectives-historiques-de-lindependance-a-larrivee-des/

[6] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-vi-la-strategie-militaire-chinoise-en-mer-de-chine-lempire-du-milieu-repond-a-lappel-du-large/

[7] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/01/18/reponse-aux-lecteurs-n3-la-forte-influence-sans-assimilation-de-la-civilisation-chinoise-sur-le-vietnam-partie-i-introduction-et-perspectives-historiques-leffondrement-de-la-chine-e/

[8] Le « Containment » est une stratégie politique américaine mise en place en 1947 et visant à stopper l’extension de la zone d’influence soviétique après la seconde guerre mondiale.

Le « Roll back » est une doctrine politique américaine mise au point par Eisenhower à partir de 1952 visant, après l’avoir contenu, à refouler le communisme.

[9]https://www.cairn.info/revue-relations-internationales-2008-3-page-53.htm et http://yetiblog.org/index.php?post/2470

Défi 30 jours/ 30 articles #22 – La guerre contre-insurectionnelle – La conception d’une nouvelle doctrine de guerre pour défaire la guérilla maoïste du Viet Minh.

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Mao Zedong, « Grand Timonier » de la révolution chinoise et concepteur de la guerre révolutionnaire.

            La victoire des communistes de Mao Zedong en Chine en 1949 opère une véritable révolution dans le domaine de la stratégie militaire. En effet la « guerre révolutionnaire » menée par le PCC ne répond pas vraiment au cadre de réflexion posé depuis Clausewitz pour ne quasiment plus bouger. La guerre n’est dans ce cas plus l’affaire de deux armées étatiques de métier séparées par une ligne de front et ravitaillées par l’arrière. Ces notions ont quasiment disparu dans Stratégie de la guerre révolutionnaire en Chine de Mao dans lequel il cristallise une partie de l’Art de la Guerre de Sun Tsu, les techniques de subversion issues des centres de formation soviétiques et ses propres observations lors de la guerre civile chinoise pré 2ème guerre mondiale et de la guerre de résistance contre l’envahisseur japonais.

            Cette stratégie trouve son utilité dans une guerre civile ou une guerre de décolonisation par lesquelles il ne s’agit pas seulement d’anéantir les force ennemis mais de les dissoudre dans une unité retrouvée, ce qui implique une vitalité politique au moins aussi importante que les capacités militaires à disposition. Il s’agit pour les guérilleros révolutionnaires de vivre dans la société civile comme « un poisson dans l’eau ».

            Le but de ladite stratégie est de combattre un ennemi supérieur en terme de puissance militaire pure par une montée en intensité des actions guerrières selon un schéma souple respectant l’ordre suivant : 1) fonte de la guérilla dans la population grâce à une activité de propagande intense, action de guérilla de petite envergure 2) montée en puissance des attaques sur les cibles militaires et institutionnelles, concentration des armes et des hommes 3) combat conventionnel massif. Ce type de guerre est essentiellement entrepris dans une perspective d’usure sur le long terme.

            La guerre révolutionnaire maoïste suppose 4 éléments indispensables dans ce sens : 1) un parti léniniste, c’est à dire fortement organisé, endoctriné et discipliné, devant assumer le rôle moteur de la révolution ; 2) le soutien des masses constituées de paysans pauvres gagnés par des promesses ou des faveurs matériels afin de former un front commun et de participer activement au renseignement, à la logistique, à l’autodéfense, aux embuscades spontanées ; 3) une armée révolutionnaire totalement soumise au parti ; 4) des bases opérationnelles en état de vivre par elles mêmes et offrant une « retraite sûre ». Ces bases doivent servir de sanctuaire pour les troupes et pour se faire doivent être situées dans des réduits montagneux discrets et difficile d’accès et de préférence sur une zone frontalière à cheval sur plusieurs juridictions.

            En plus d’être une nouvelle doctrine militaire, l’aura de la révolution bolchevique de 1917 et de celle de Mao en Chine en 1949 prête à cette stratégie une influence extrêmement importante de part le monde. C’est notamment vrai s’agissant des pays sous domination coloniale auprès desquels la Chine populaire mènent une activité de propagande tendant à faire de Mao un protecteur des pays dit du « Tiers Monde » et du communisme comme panacée à l’impérialisme et au colonialisme. On notera dans ce sens la présence de Chou En Lai à la conférence de Bandoung de 1955 qui établira l’émergence d’une « tiers monde » ne souhaitant pas s’aligner sur l’une ou l’autre des superpuissances de la Guerre Froide[1].

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Chou En Lai, chef de la diplomatie de la Chine Populaire, Soekarno président des Phillipines et initiateur du mouvement des non alignés et Nasser, président de l’Egypte à la conférence de Bandoung en 1955.

            Ainsi la guerre révolutionnaire de Mao connut un succès très important et fut reprise par nombres de groupements politico-militaires anticolonialistes et anti impérialiste marxisants dans un grand nombre de pays dit du « tiers monde ». On peut trouver Cuba, les Phillipines, les « Indes néerlandaises » (Indonésie et Malaisie actuelle), la Bolivie, l’Algérie et évidemment l’Indochine.

            Cette dernière sera même sans doute le premier territoire à connaître le développement de cette stratégie par la proximité géographique, idéologique et culturelle des leaders et militant Viet Minh avec le PCC. Ce furent donc les militaires français qui durent les premiers trouver une parade à cette forme de guerre auxquels leur formation militaire ne les préparaient pas. En effet jusqu’alors les guerres menées par les puissances occidentales en général et la France en particulier, correspondaient aux conceptions de la guerre établies par Clausewitz (les deux guerres mondiales avaient ainsi été des exemples de « guerre absolue »[2]).

            Ce vide stratégique devant être comblé dans le cadre de la première guerre d’Indochine, plusieurs penseurs stratégique Français recherchèrent des solutions offrant des perspectives de victoire : c’est le début de la « doctrine de la guerre révolutionnaire » (DGR).

            Cette doctrine est élaborée par des officiers français, issus pour la plupart de la prestigieuse école militaire de Saint Cyr, ayant participé à la Résistance face aux forces de l’Axe ainsi qu’aux conflits chinois, indochinois et algériens et qui, prenant acte des transformations stratégiques, décrivent puis théorisent les moyens stratégiques des « guerre asymétrique », « guerre de subversion », « guerre coloniale » ou « guerre insurrectionnelle ». On peut ainsi citer Maurice Prestat, Lucien Poirier, Jacques Hogard, André Souryis, Jean Némo, Charles Lacheroy et Rooger Trinquier pour leurs travaux en la matière et dans lesquels les expériences indochinoises puis algériennes sont centrales.

            Si l’on ne peut revenir sur chacun des ces auteurs, l’on peut néanmoins avoir un aperçu à travers une figure de cette doctrine qui influence encore aujourd’hui les stratèges modernes : David Galula.

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David Galula lors de son entrée à Saint Cyr en 1949.

            Longtemps inconnu par rapport aux autres auteurs cités, Galula et son ouvrage central Counterinsurgency : theory and practice (écrit originellement en anglais et paru en 1964) connaissent une certaine popularité aux Etats Unis depuis le début des conflits afghan et irakien. Ceci s’explique assez largement sur le fait que Galula, ayant bénéficié d’expériences de combat plus diversifiées que ses collègues, fonde une théorie globale que la fin de la guerre froide n’a pas rendu obsolète (contrairement à Trinquier qui, bien que premier théoricien du genre, ne parvient pas à dépasser le cadre de pensée « Guerre froide » et l’opposition démocratie libérale/communisme).

            Natif de Tunisie, il s’engage dans l’armée de Terre puis est reçu à Saint Cyr en 1939. N’ayant même pas le temps de finir sa formation, le régime de Vichy le radie des listes d’officiers parce qu’il est juif. Fuyant la Collaboration, il se réfugie en Afrique du Nord où les Forces Françaises Libres du général de Gaulle le réintègre en 1943. La fin du conflit mondial le propulse dans les missions militaires françaises en Chine où il chargé d’observer les combats entre le Kuomintang et le PCC de Mao. Capturé puis relâché par les communistes chinois, il est affecté ensuite à une mission militaire internationale d’observation de la guerre civile grecque au terme de laquelle les insurgés communistes seront éliminés. Il participe ensuite à la guerre d’Indochine puis d’Algérie durant lesquelles il obtiendra plusieurs succès avec sa méthode[3].

            La doctrine de Galula repose essentiellement sur l’importance accordée à la politique dans la menée de la guerre insurrectionnelle. Il considère ainsi que les masses sont dans leur immense majorité neutres et attentistes se ralliant au vainqueur et que, partant, le but des insurgés et contre insurgés est de les pousser à choisir leur camps à la fois sur des bases idéologiques, matérielles ou coercitives[4].

            Il cite ainsi les pré-requis du succès d’une insurrection : 1) la cause (perçue ou réelle) de l’insurgé, changeante car soumise aux péripéties du combat, lui permettant de rallier un maximum de mécontents ; 2) la faiblesse du régime politique que l’insurgé veut remplacer (érosion du consensus national, manque de contrôle de l’appareil administratif, manque de volonté dans la répression de l’insurrection) ; 3) une situation de crise offrant des opportunités de prise de pouvoir ; 4) le soutien extérieur basé sur la realpolitik ou l’idéologie et pouvant être moral, politique, technique militaire ; 5) les structures géographiques et économiques[5].

            Partant deux stratégies insurrectionnelles peuvent être utilisé pour la prise du pouvoir : 1) la stratégie maoïste orthodoxe, uniquement possible dans un pays où l’opposition politique est tolérée ou 2) une variante de type algérien basée sur un centre « bourgeois-nationaliste » où le noyautage et l’endoctrinement sont remplacés par une phase de terrorisme intense coupant les liens entre les masses et l’administration[6].

            Sur ces bases sont établis 8 étapes par lesquelles on se débarrasse des rebelles : 1) anéantissement ou dispersion du gros des forces insurrectionnelles sur une base territoriale donnée par la concentration de troupes forçant le rebelle à la fuite dispersée ou au combat. La réparation des dommages collatéraux doit être prise en charge pour s’attirer les faveurs de la population autochtone ; 2) déploiement d’unités statiques censée tenir la zone « nettoyée » pour éviter le retour en force des rebelles, notamment par la mobilisation des populations concentrées et préparées à l’autodéfense ; 3) l’établissement de contacts gagnant-gagnant avec la population afin que la communication opérationnelle fonctionne à plein régime et que les populations se sentent protégées ; 4) l’éradication de l’organisation politique clandestine des insurgés par l’élimination des officiers politiques et de l’appareil de propagande, privant le parti de son rôle moteur ; 5) des élections libres afin de désigner des autorités locales provisoires légitimes, il faut dans ce cadre permettre l’émergence de jeunes leaders et permettre aux femmes de participer ; 6) tester les leaders locaux en leur donnant des tâches sécuritaires légères mais concrètes, la plupart du temps des actions d’autodéfense ; 7) réunir les leaders politiques fiables dans une unité politique faisant concurrence aux organisations politiques insurgées et 8) le ralliement ou la réduction définitive des éléments restant de la guérilla, le noyau dur rebelle doit être isolé et une « paix des braves » proposés aux moins convaincus des insurgés[7].

            A noter que cette redécouverte et cet encensement de Galula intervient après que la doctrine des premiers auteurs que nous avons cité soit reprise par les américains au Vietnam et mise en œuvre en Algérie.

            Le problème étant, dans les deux cas, que cette stratégie, bien que pouvant être à la base de succès tactiques, a été la source de nombreuses dérives empêchant la logique contre insurrectionnelle de fonctionner.

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Le Colonel Roger Trinquier en Indochine. Bien que mêlant le militaire et le politique dans sa conception de la guerre contre insurrectionnelle, sa tendance au « tout répressif » a produit des conséquences néfastes sur la conduite la guerre à long terme.

           La doctrine majoritaire à l’époque reposait d’avantage sur les conceptions du Colonel Roger Trinquier qui estimait que l’on devait combattre « le feu par le feu » et qui de ce fait légitimait une violence aveugle envers les insurgés. En effet, basées sur la doctrine Jdanov partageant le monde entre barbares impérialistes et civilisés communistes, les méthodes maoïstes consistaient essentiellement dans la pratique de la terreur par des mutilations ou des exécutions spectaculaires forçant les indécis à choisir leurs camps. Les conceptions « tout répressif » de Trinquier et des américains sont alors le miroir des conceptions maoïste de la guerre entrainant un engrenage de violence toujours plus éprouvant pour les soldats. Or bien souvent, l’endoctrinement et les causes poussant les insurgés au combat leur procurent un moral bien plus important que les soldats des armées régulières servant une logique coloniale/impérialiste bouffie de contradictions et bien souvent envoyés au combat par la conscription (Algérie, deuxième guerre d’Indochine). D’où la faiblesse des armées régulières dans la guerre psychologique imposée par les guérilleros et le manque de contrôle des dérives ultraviolentes horrifiant souvent l’opinion publique et les masses populaires autochtones, finissant d’affaiblir le dispositif politique de la guerre.

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L’Organisation de l’Armée Secrète est un groupement d’officier français militant pour l’Algérie française et à l’initiative du Putsch des généraux à Alger en 1958 provoquant la chute de la IVème République et le retour de de Gaulle dans la politique française.

            Ajoutons par ailleurs que la DGR fut très prisée par les officiers supérieurs français proches de L’OAS et que, de ce fait, elle fut interdite par de Gaulle en 1961, la faisant dès lors tomber dans l’oubli. La plupart des tenant de la doctrine s’exileront néanmoins en Amérique du Sud où ils participeront activement à l’élaboration des stratégies contre insurrectionnelle pour lutter contre les guérillas communistes y émergents. Pinochet fut ainsi un des élèves de la DGR[8].

            Le retour de la DGR dans l’actualité stratégique provient du général américain David Petraeus responsable de l’opération américaine en Afghanistan et considérant David Galula comme le « Von Clausewitz  de la contre insurrection[9] ». Il a publié avec David Kilcullen plusieurs essais touchant à la fois à la guérilla montagnarde moudjahidin et à la répression du terrorisme en Afghanistan et en Irak après les interventions américaines[10].

            Loin de ce point de vue, plusieurs commentateurs soulignent les limites de cette vision qui, quoique plus globale que les conceptions de Trinquier, a montré son inefficacité dans la lutte contre des guérillas de type Daesh et Al Qaïda[11]. L’emploi de mercenaires issus d’entreprise privée (de type Blackwater), ne combattant donc pas au nom d’une idéologie, et les errements stratégiques américaines, pour ne pas dire le manque de vision globale, n’aide en effet pas à la mise en place d’un contexte politique provoquant l’adhésion des populations subissant pas les conflits, alors que, rappelons le, ce type de guerre nécessite une vitalité politique au moins aussi importante que les moyens militaires déployés.

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Mercenaires de l’entreprise privée Blackwater. En plus de pratiquer la guerre au nom d’intérêt financier, ces nouveaux soldats ont changé le visage de la guerre moderne (guerre d’Irak et d’Afghanistan principalement) et leur statut n’est encore pas clairement défini autant en droit international qu’en terme de responsabilité dans les crimes de guerre.

            Dans Duc, un regard allemand sur le Vietnam (1965-1972) Uwe SIEMON-NETTO, alors reporter de guerre durant la seconde guerre d’Indochine et ce faisant témoin de la mise en œuvre des tactiques de guerre contre insurrectionnelle, estime même que ce type de guerre asymétrique est largement défavorable aux pays se réclamant des démocraties occidentales. Il explique ainsi que la transparence démocratique et l’influence des médias sur l’opinion publique du pays belligérant (ici les Etats Unis) provoque une certaine faiblesse innée dans l’arsenal politique du dit pays face à des doctrines idéologiques plus monolithique (pour ne pas dire totalitaire). Ainsi la menée d’une guerre dans laquelle le politique et le militaire occupent une place quasi égale ne peut conduire qu’à une défaite[12].

[1] https://www.herodote.net/18_avril_1955-evenement-19550418.php

[2] https://www.institut-jacquescartier.fr/2011/01/clausewitz-un-stratege-pour-le-xxie-siecle%C2%A0/

[3] http://maisonducombattant.over-blog.com/pages/David_Galula_19191968-487697.html

[4] https://www.files.ethz.ch/isn/136512/201202.pdf

[5] http://www.bleujonquille.fr/documents/docs/Galula_Petraeus.pdf

[6] Idem

[7] Idem

[8] http://blog.mondediplo.net/2009-11-26-Nouvelle-prosperite-de-la-contre-insurrection-a

[9] http://www.bleujonquille.fr/documents/docs/Galula_Petraeus.pdf

[10] Idem

[11] https://www.files.ethz.ch/isn/136512/201202.pdf

[12] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/duc-un-regard-allemand-sur-le-vietnam-1965-1972-uwe-siemon-netto-les-indes-savantes-editions-2015/

Défi 30 jours/ 30 articles #11 – Retour de France / de Russie / de Chine – Les divisions du mouvement communiste vietnamien.

            L’appellation « retour de … » est largement utilisée par les auteurs pour déterminer les lieux de formation des cadres communistes vietnamiens et leurs conséquences historiques et politiques.

            En effet les mouvements des Vietnamiens partis se former à l’étranger va largement influencé le déroulement de la guerre d’indépendance et la méthode choisie pour gouverner ensuite.

            Il est entendu que si les influences sont extrêmement fortes au début du mouvement indépendantiste et communiste vietnamien (du fait de l’absence d’organe de formation au Vietnam) elles diminuent au fur et à mesure que le temps passe et que la guerre ou la situation économique finissent par primées.

Le nombre de personnalités classés dans les « retours de France » étant infime par rapport au deux autres pays de formation, on insistera d’avantage sur ces derniers. A noter cependant qu’Ho Chi Minh, bien qu’également formé à Moscou, est considéré comme un « retour de France » car ayant participé à la formation du Parti Communiste Français. Nguyen Van Tao, délégué « annamite » du Parti Communiste Français, organisateur des mouvements vietnamien en France et principal artisan de la prise de pouvoir communiste à Hanoï en 1945 ou encore Tran Van Giau, organisateur du mouvement étudiant à Paris, organisateur des université révolutionnaires dans les prisons politiques et principal artisan de la prise de pouvoir Viet Minh à Saïgon en 1945 méritent cependant d’être cité.

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Carte de membre de l’école du Komintern de Le Hong Phong lors de sa formation en URSS.

Chronologiquement les retours de Russie sont les premiers à apparaître. Ils constituèrent l’avant garde du Parti Communiste Indochinois dès les années 30 et subirent une répression féroce de la Sureté Française qui, avant l’arrivée des japonais, démantela rapidement les principales organisations indépendantistes vietnamiennes. Plusieurs noms des victimes de ce mouvement sont encore honorés au Vietnam pour leur sacrifice, on peut citer parmi les plus importants : Le Hong Phong (membre fondateur du Than Nhien pour la formation des cadres et organisateur puis dirigeant du PCI après la « décapitation » du mouvement par les autorités coloniales, mort au bagne), Tran Phu (premier dirigeant du PCI, mort au bagne) ou encore Ha Hui Tap (dirigeant du PCI entre 1936 et 1938, exécuté en prison). Cette première vague de cadres formés à l’étranger apporta les techniques de « subversion » et de propagande soviétique et formèrent nombres de compatriotes à ces techniques

Ils sont peu après relayés par les « retours de Chine » (même si certains vietnamiens étaient allé se former dans les universités révolutionnaires chinoises auparavant) dès 1945 avec le retour des officiers vietnamiens ayant participé à la campagne des communistes chinois contre les Japonais et à celle contre le Kuomintang qui fit basculé la Chine dans le camps communiste. Dès lors, la proximité facilitant, les cadres vietnamiens vont se former chez le grand voisin du Nord qui envoie en masse de l’équipement et des conseillers militaires et politiques. A ce moment la sphère politique Viet Minh est complètement dominée par les cadres formés en Chine.

Ainsi dès la première réforme agraire (sur le modèle maoïste) en 1951, l’influence chinoise est déterminante sur les affaires vietnamiennes et ce jusqu’au début des tensions avec Pékin que l’on peut faire remonter à 1972, lorsque Mao rencontre Nixon, même si le point de rupture indépassable est 1979, lors du coup d’envoi de la troisième guerre d’Indochine et de l’attaque chinoise sur le nord du Vietnam en soutien de leurs alliés Khmers Rouges.

Trial of a Bourgeois Landowner
Un tribunal spéciale durant les réformes agraires. Celles ci avaient pour but de décupler la production par la répartition équitable des terres et l’élimination des « féodaux » ou grands propriétaires afin de faire émerger « l’homme nouveau ». Executé sur le modèle maoïste, celles ci furent des échecs qui entraineront la démission de Chuong Trinh (premier secrétaire du PCV) et les excuses publiques de Vo Nguyen Giap.

Cette influence est absolument décisive dans les premiers moments de l’indépendance lorsque qu’en 1956 la déstalinisation lancée par Khrouvtchev lors du XXème congrès du PCUS ouvre une période de relâchement dans le pouvoir autoritaire chinois et vietnamien connu sous le nom du mouvement des cents fleurs « Cents fleurs ». Le mouvement est cependant vite stoppé par Mao revendiquant, du fait de la mort de Staline, la « véritable » orthodoxie marxiste-leniniste et retournant à la terreur stalinienne par le biais de la police politique.

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Tran Quoc Hoan

Le même phénomène se produisit au même moment au Vietnam où la quasi totalité de la police politique a été formé à l’école chinoise et s’est déjà illustrée dans la « rectification des cadres », l’épuration du Parti et dans la campagne de transformation vers « l’homme nouveau » menée dans les maquis Viet Minh. La police politique a alors un pouvoir tel que le chef de celle ci, Tran Quoc Hoan, aurait violé et fait assassiner la femme cachée d’Ho Chi Minh en 1957 (celui ci étant considéré comme trop pro soviétique)[1]. Suite à sa disparition ce chef de police a disparu de l’histoire officiel du pays.

            La dissension sino-soviétique éclata au grand jour en 1960 et les dirigeants du Nord Vietnam prirent largement parti pour Pékin lors du 9ème plénum du parti en 1963 après que la position neutre se soit avérée complètement intenable. Des purges furent alors de nouveau organisée et certains ne durent leur survie politique et physique qu’à leur incroyable popularité comme le général Giap qui fut néanmoins mis à l’écart un bon moment[2].

            Le comportement des « camarades » Chinois et leur volonté de plus en plus patente d’étendre leur influence dans l’arrière cour vietnamienne au Cambodge provoquent à nouveau une rupture dans les positions du PCV cherchant « l’équidistance » entre les deux « grands frères » communiste. L’irréparable sera commis en 1979 avec l’intervention au Cambodge par le Vietnam et la guerre sino-vietnamienne.

[1] Céline Marangé, Le Communisme Vietnamien (1919-1991). Construction d’un Etat Nation entre Moscou et Pékin, les Presses de Science Po, 2012, p.267 à 278.

[2] Idid, p.304 à 312

Actualités – Spécial Têt – Deux épisodes guerriers célèbres dans l’histoire vietnamienne à l’occasion du nouvel an lunaire.

            Le Tết Nguyên Ðán (littéralement “fête du premier jour de l’année”) est la fête la plus importante du calendrier lunaire vietnamien. Il a généralement lieu entre la mi janvier et la mi février. C’est une fête héritée de l’occupation chinoise et du système de relations internationales hiérarchisées extrême-oriental plaçant culturellement la Chine au centre de ce système (l’adoption du calendrier chinois base sur les phases de la Lune était un pré requis à l’établissement des liens de vassalité entre Chinois et “barbare”(voir article précédent).

            Les festivités du Têt augurent de l’année qui arrive et les rites accomplis ainsi que les personnes visitées ou qui rendent visite détermine le déroulement plus ou moins prospère et heureux de celle ci MAIS, à la différence de ce que pourrait être Noël pour les chrétiens, ce jour n’est pas réellement un jour sacré. Aussi aucune sorte de malédiction ne pourrait s’abattre sur qui l’enfreint.

            Au vu de son importance, il est néanmoins traditionnellement un jour de paix y compris durant les périodes de guerre.

        Seulement les configurations militaires étant très souvent au désavantage des vietnamiens, cette trêve a été rompue deux fois dans l’histoire afin de créer un effet de surprise à l’occasion de deux batailles célèbres illustrant fidèlement les principes de l’art vietnamien de la guerre (III) : la première, peu connue, a lieu contre les Chinois en 1788 (I) et la seconde, très connue, est l’offensive communiste du Têt 1968 (II)

I) La première offensive du Têt : la victoire militaire de Quang Trung contre les Chinois (1788).

            Si nous avons déjà évoqué cette période de l’Histoire du Vietnam il faut néanmoins faire ici un petit rappel du contexte.

            Suite à l’émancipation de la tutelle chinoise, les vietnamiens entament par à coup leur marche vers le Sud et étendent leur souveraineté progressivement. Devant cette progression le pouvoir central peine à maintenir sous contrôle les seigneurs locaux qui gagnent en influence à mesure qu’ils agrandissent leurs clientèles politiques locales.

            Au XVIIIème siècle le pays est divisé en deux parties (avec quasiment la même ligne de séparation que pendant la guerre moderne) depuis plus de cent ans et deux familles règnent au nom de la dynastie des Lê (sans pouvoir effectif) : les Trinh au Nord et les Nguyen au Sud.

            Un troisième élément va bouleverser cet équilibre précaire : une révolte paysanne éclate dans les Sud. Menée par les frères Tay Son, la révolte mène à une campagne militaire en règle en 1773. Malgré l’intervention des seigneurs du Nord, la capitale du Sud est prise en 1776 et l’héritier de la maison de Nguyen (le futur Gia Long) échappe de justesse au massacre et s’enfuit au Siam (ancêtre de la Thailande). Grace à une campagne brillante, le leader des frères Tay Son, Nguyen Hue (rien à voir avec la maison du Sud), prend Thang Long/Hanoï en 1786 et prête allégeance au souverain Lê en place, Hien Tong.

            Mais les choses changent à nouveau du fait du décès de ce dernier et de l’attitude de son successeur, Lê Chieu Thong, hostile au pouvoir des Tay Son (il veut restaurer l’autorité impériale des Lê). Parti pour le Sud combattre l’héritier des Nguyen, Nguyen Hue délègue la répression de cette rébellion au général Vu Van Nham qui une fois vainqueur se fait lui même proclamer roi. Nguyen Hue envoie deux de ses généraux mater le rebelle.

            Pendant ce temps l’empereur déchu, réfugié dans les montagnes du Nord, comprend qu’il ne peut espérer récupérer son trône qu’avec l’appui du grand voisin chinois. Il envoie donc sa mère et son fils négocier cet appui avec Sun Shiyi, vice roi du Guangxi et du Guangdong (Sud de la Chine frontalier avec le Vietnam). Ce dernier y voit une opportunité pour la dynastie Qing de placer le rebelle Dai Viet sous son administration directe, celle ci étant à l’apogée de sa puissance. L’empereur Qianlong donne son accord à une intervention et Sun Shiyi traverse les montagnes du Nord Vietnam avec quelque 200 000 hommes au motif de soutenir un vassal déchu. Le Nord est rapidement conquis et Thang Long tombe aux mains de l’empereur Lê.

            Mais les Chinois se comportent moins en allié qu‘en occupant, pillant, tuant, faisant subir brimades et humiliations à la population. Le dernier empereur Lê profite de la violence de la situation pour épurer les membres de l’administration ayant travaillé pour les Tay Son et même certains villages. L’installation des troupes et les mesures prises par les préfets chinois ne laissent aucun doute sur la volonté chinoise de rester dans le Nord du Dai Viet[1].

            La population, déjà éprouvée par la guerre civile, est au bord de la révolte. Il ne manque plus que l’étincelle.

            Celle ci proviendra d’une série de catastrophes naturelles entrainant des récoltes catastrophiques en décembre 1788. Tous ces signes sont interprétés comme confirmant que le souverain Lê a perdu la confiance céleste et qu’un changement de dynastie est requis.

            Devant cette déferlante Nguyen Hue est contraint de céder du terrain mais prépare la contre-offensive. Il se déclare ainsi Roi sous le nom de Quang Trung et dépose la dynastie des Lê. Il lève également une armée et l’entraine patiemment pendant 35 jours.

            La stratégie consiste en une attaque submersive et simultanée du dispositif chinois à la fois sur leur front et derrière leur ligne dans le but de compenser l’infériorité numérique par la surprise. Pour cela il masse secrètement des troupes dans le Nord pour former 5 colonnes.

          Il dispose pour cela d’une armée extrêmement motivée et très bien entrainée ainsi

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Commémoration de la victoire de Quang Trung et de la reconquête d’Hanoi par la poste vietnamienne.

que d’un groupe d’une centaine d’éléphants (très efficaces contre la cavalerie). Il envoie des émissaires dans tous les villages occupés et requiert de leur part un soulèvement général destiné à créer l’anarchie dans les rangs ennemis. La population étant de façon quasi viscéralement antichinoise cette tâche n’est guère difficile. Par ce fait elle fournit également un réseau de renseignement extrêmement performant à Quang Trung qui sait exactement où frapper. Une flotte de guerre est même monter pour empêcher tout appui chinois par la mer.

       En habile stratège, Quang Trung envoie dans le même temps des émissaires au commandement chinois afin de négocier une paix/reddition dans des termes que celui ci  ne saurait accepter du fait de son avantage. La délégation finit décapitée. Cette manœuvre dilatoire a pour but à la fois de gagner du temps et de conforter les Chinois dans l’idée qu’ils n’ont pas à forcer pour se saisir du reste du Vietnam. Ivre de ses victoires faciles et du titre de « Grand Tacticien » que vient de lui conférer l’empereur, Sun Shi-Yi, croyant l’armée Tay Son désemparée, décide de suspendre l’offensive le temps du nouvel An[2].

         Ainsi quand les troupes vietnamiennes passent à l’offensive le 25 janvier – veille du Nouvel An Chinois et Vietnamien – la surprise est totale pour les Chinois qui ne peuvent dès lors que reculer. Constamment harcelés et ne trouvant aucun point d’appui géographique ou auprès des civils, les envahisseurs sont incapables de se regrouper et donc de faire jouer leur avantage numérique. La retraite est transformée en catastrophe quand, lors du passage des troupes chinoises, un pont sur le fleuve rouge s’effondre sous le poids des soldats. Les chroniques vietnamiennes parlent de milliers de mort à l’occasion de cet événement.

         Défaites, les troupes chinoises se retirent. Pragmatique, Quang Trung propose la paix à l’empereur Qing et lui demande le reconnaître roi afin de perpétuer le système de relation antérieure à l’événement.

        Le Dai Viet sort unifié de cet épisode mais malheureusement le roi-stratège meurt de maladie en 1792 et ne laisse qu’un héritier âgé de 10 ans qui sera lui même renversé par le futur Roi Gia Long en 1802.

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Célébration de la victoire de Quang Trung sur l’envahisseur chinois à Hanoi dans le temple qui lui est dédié.

         La victoire de Quang Trung est écrasante : en 5 jours d’offensive les Viets ont repris Thang Long, détruit 6 forts chinois et quasiment exterminé tout les officiers supérieurs contre un ennemi deux fois plus nombreux[3]. Encore aujourd’hui cet épisode est considéré comme la plus grande réussite militaire du Vietnam. Des célébrations se tiennent même en cette occasion à Hanoï le 5ème jour du premier mois lunaire[4].

II) La seconde offensive du Têt : la victoire politique et psychologique du Viêt Công et du Nord Vietnam sur les Américains et le Sud Vietnam.

            Au vu du rayonnement de ce succès, ce n’est donc pas un hasard si les stratèges du Viet Cong et du Nord Vietnam ont voulu se placer sous ces bons hospices en lançant l’offensive du Têt 1968.

            Pour situer le contexte, le Vietnam, balloté entre les superpuissances de la guerre froide et l’actualité du conflit coréen, est coupé en deux au niveau du 16ème parallèle après l’indépendance de 1954. Au Nord se trouve la République Démocratique du Vietnam, communiste et alignée sur l’axe Moscou/Pékin et au Sud la République du Vietnam sous le patronage américain.

            Frustrés d’avoir dû se contenter d’un partage négocié du pays après huit ans de guerre, les révolutionnaires communistes de l’ex Viet Minh décident de réactiver la lutte au Sud en 1960 avec la constitution de Front de Libération National du Sud (ou Viêt Cong dans sa forme vietnamienne abrégée). Comme pour la guerre d’indépendance, la stratégie communiste consiste en une guerre révolutionnaire de type maoïste où l’établissement d’une guérilla révolutionnaire doit amener l’équilibre des forces puis, une fois l’armée conventionnelle constituée, une guerre révolutionnaire capable de renverser le régime des « fantoches » de Saïgon.

            Devant l’agressivité de la rébellion et du voisin du Nord, Ngo Dinh Diem, président du Sud Vietnam depuis qu’il a renversé le dernier empereur vietnamien Bao Dai, appel les Etats Unis à la rescousse afin de contenir «l’agression » communiste. En se basant sur la « théorie des dominos[5] », les américains commencent à envoyer des conseillers puis multiplient les « opérations spéciales[6] » afin, notamment, d’abattre les officiers politiques, épine dorsale de la propagande, du recrutement et de la formation dans les maquis Viêt Cong[7].

            L’insuffisance de ces mesures et la progression de la guérilla communiste entraine l’Amérique de Johnson dans la guerre. Le prétexte, plutôt fallacieux, du Golfe du Tonkin plonge les Américains dans la guerre de façon directe le 6 aout 1964.

            Dès lors les effectifs de GI grimpent rapidement d’environ 20 000 en 1964 à 536 000 à la fin de l’année 1968[8]. La stratégie américaine, dite d’attrition[9], se résume par la maxime « Search and Destroy » (« chercher et détruire ») qui consistait à débusquer les maquis Viêt Cong et à les détruire afin de démoraliser les efforts de guerre communistes.

            Placés dans une situation d’impasse stratégique devant la démesure des moyens employés contre eux, les stratèges commandant les armées communistes au Sud Vietnam décident de passer à l’offensive. C’est le concept dit de « l’offensive précoce » dérogeant à la stratégie révolutionnaire maoïste classique supposée être une attaque conventionnelle décisive. Il s’agit d’accélérer l’usure psychologique d’un ennemi pouvant se lasser rapidement (ses intérêts vitaux n’étant pas en jeu) et de montrer la détermination des attaquants[10].

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Carte des principaux points d’attaques du FLN lors de l’offensive du Tet 1968.

            Ainsi troupes et munitions se concentrent dans le Sud. Il s’agit, comme en 1788, d’une attaque surprise, massive et submersive sur l’ensemble du dispositif américain en profitant du repos apparent offert par le Têt. En effet depuis que les combats ont repris au Sud Vietnam en 1960, cette époque a systématiquement été une période de trêve. En complément de cette attaque un soulèvement populaire pour chasser les « impérialistes / interventionnistes américains » est également préparé à grand renfort de propagande. Les troupes « rebelles » sont bien entrainées et possèdent un moral d’acier et une détermination qui fait parfois défaut à leurs ennemis, plusieurs commandos suicides sont même formés (comme celui qui prendra d’assaut l’ambassade américaine).

            Peu avant l’attaque générale du Têt, l’armée de libération du Sud avait attaqué la base américaine de Khe Sanh le 21 janvier. Si les objectifs de cette bataille ne font pas l’objet d’un consensus chez les spécialistes, la durée du siège (77 jours, la plus longue bataille de toute la guerre), les moyens employés (utilisation de chars d’assaut part le Viet Cong pour la première fois) et surtout la quasi victoire des rebelles communistes a non seulement eu un impact dévastateur – comme on le verra plus loin – mais a aussi fixer les troupes américaines et Sud Vietnamienne près de la zone démilitarisée, empêchant un support lors de l’offensive générale du Têt.

            Malgré cette offensive prématurée sur Khe Sanh, le commandement américain est totalement pris au dépourvu quand environ 85 000 soldats communistes se jettent à l’assaut des bases américaines, des points stratégiques et des villes le 30 janvier 1968 peu après minuit. Bien que conscientes des mouvements de troupes et de matériels, les troupes américaines et sud vietnamiennes étaient peu mobilisées.

            Une fois la stupeur passée, les troupes américaines et sud vietnamiennes reprennent rapidement le terrain gagné à la faveur de la surprise même si par endroit près de la zone démilitarisée les combats continuent assez longtemps (28 jours de combat très dur à Hué et dans les alentours).

            Le bilan humain est très lourd pour les assaillants (environ 40 000 morts et prisonniers côté communiste contre environ 12 000 en face[11]) et le soulèvement populaire n’a pas eu lieu, il a même semblé que les populations cherchaient la protection américaine : l’opération du Têt 1968 est un échec militaire complet et les 8 ans de concentrations des forces pour la troisième phase de la guerre révolutionnaire sont perdus. Par la suite l’opération dite « Phoenix » menée par les services secrets américains finira de débusquer et de neutraliser les agents communistes qui ont du se découvrir lors de l’attaque, anéantissant le réseau de renseignement et de propagande Viet Cong[12].

            Seulement l’offensive constitue un succès certains sur le plan psychologique et moral :

  • D’abord la tactique de la guerre d’attrition du général Westmorland est un échec total et de plus en plus de membre de l’état major américain deviennent conscient du « bourbier » vietnamien. En plus d’être inefficace – les Viet Cong ayant étendu leur influence à la suite de l’offensive[13] – le décompte macabre qu’elle implique entraine des dérives de la guerre comme le massacre de My Lai[14], qui depuis l’ouverture des archives de la CIA, n’apparaît plus comme un cas isolé[15].
  • Ensuite en attaquant les villes, les Viet Cong ont réussi à dégarnir les campagnes des troupes de l’armée Sud Vietnamienne et américaine et – en plus de gagner du terrain et de mettre en faillite la « contre-insurrection – a totalement sapé la confiance des populations sud vietnamiennes dans le gouvernement.
  • Enfin le choc de l’attaque sur l’opinion publique américaine est immense. A contrario des promesses de l’armée, il semble que la guerre dure longtemps et ses justifications paraissent de moins en moins crédibles. Par ailleurs le maintien de 524 000 recrues sur ce théâtre d’opération, le poids des impôts nécessaire pour la guerre ainsi que la mise en place de la conscription fini de marquer la guerre du Vietnam du sceau de l’impopularité. Le fait que l’attaque se doit déroulée sous l’œil même des caméras et que certains « sanctuaires » américains soient pris et tenus par des commandos font disparaître toutes les certitudes des pros guerres, dans l’armée comme dans la population.
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Double page du magazine Life lors de la reprise de l’ambassade américaine par la police militaire et les GI’s. Le déroulement de l’offensive juste en face de l’objectif des journalistes a fourni une importante quantité d’illustrations du chaos et du manque de maitrise américain.

         En définitive l’année 1968 marque incontestablement un tournant dans la guerre du Vietnam. 10 mois après l’attaque du Têt, Richard Nixon est élu sur sa promesse de mettre fin à la guerre et des négociations – officielles et secrètes – sont envisagées à Paris dans le cadre d’un désengagement américain. Sur le terrain cela va se traduire par la fin de la tactique d’attrition et le début du désengagement américain par la « vietnamisation » de la guerre. Il s’agit dès lors pour les Etats Unis de trouver une « paix honorable » par la prise de relai de l’armée du Sud Vietnam et par la pression exercée sur le Nord Vietnam par une série de bombardement massif.

III) Les offensives du Têt : deux illustrations pertinentes de l’art de la guerre vietnamien.`

« L’ennemi en général se fie au nombre, et nous ne disposons que de faibles effectifs. Combattre le long avec le court, tel est l’art militaire. »

Trần Hưng Đạo[16] après sa victoire sur les armées sino-mongole.

« Notre art militaire est l’art de “vaincre le grand nombre par le petit nombre”. Les guerres nationales, dans le passé comme de nos jours, ont posé à notre nation une exigence stratégique impérieuse : vaincre des ennemis possédant des armées nombreuses et un potentiel économique et militaire de plusieurs fois supérieur au nôtre. »

Võ Nguyên Giáp, Guerre de libération : politique, stratégie, tactique, Paris, Éditions sociales, 1970.

            Formée dans la matrice des guerres de résistance contre le puissant voisin du Nord la pensée guerrière vietnamienne figure comme l’une des plus originales et efficaces au monde. Alliant formation classique chinoise et expériences tirées de l’Histoire, elle est constituée d’un certain nombre de constantes afin de palier à la disproportion des moyens et à la faiblesse apparente des armées vietnamiennes. Ces faits guerriers du même type sont tellement récurrents dans l’Histoire vietnamienne qu’un chercheur du nom de Goerges Condominas est allé jusqu’à parlé de spécificité culturelle[17].

           Ainsi si les deux offensives du Têt sont deux victoires vietnamiennes sur des plans différents et à des époques éloignées l’une de l’autre, il n’en demeure pas moins qu’elles témoignent de ces constantes dans la pensée guerrière vietnamienne : importance du mouvement (les allés-retour de Quang Trung avant la bataille où les capacités logistique sur la piste Ho Chi Minh en préparation de l’offensive), systématique de l’initiative pour démoraliser et prendre l’ennemi à contrepieds, soutien de la population (même si le soulèvement général n’a pas eu lieu lors de l’offensive de 1968, les capacités de propagandes, de recrutement et de logistiques du Viet Cong témoignent d’un soutien populaire certain), « guerre totale »/ « stratégie intégrale » au sens où l’ensemble des facteurs locaux spécifiques sont utilisés pour faire plier l’ennemi, importance primordiale accorder à la valeur des troupes et à la souplesse de la tactique (moral constamment fort et capacité d’adaptation politique et tactique pour attendre le « moment opportun »)[18].

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Sun Yat Sen (a droite) dinant avec des conseillers militaires soviétique à Canton dans les années 20. Il a fondé l’école d’officier de Whampoa alors que le Sud de la Chine était le laboratoire révolutionnaire de l’Asie.

A noter que ces constantes ont trouvé un relai dans le monde moderne par la greffe des techniques révolutionnaires marxistes dont se sont imprégnées Ho Chi Minh aussi bien que le général Giap[19]. Ainsi les principes marxistes insistant notamment sur les moyens de propagande, l’alternance des opérations de guérilla et de guerre régulière, la terreur d’Etat (terrorisme sélectif alimentant la guerre civile) furent introduits pour compléter l’arsenal conceptuel et tactique vietnamien. La formation des officiers vietnamiens à l’école des cadets de Whampoa à Canton à partir de 1924 compléta la formation militaire par l’adaptation de ces concepts tactiques aux armes et aux moyens techniques modernes[20].

L’offensive du Têt 68 est en cela une belle démonstration du haut degré de maitrise par les stratèges vietnamiens de la dialectique entre les arts militaires, politiques et diplomatiques ainsi que des moyens de mobilisation de la société . C’est précisément ces capacités qui ont contribuées à faire d’une défaite militaire cinglante une victoire à terme.

[1]Spencer C. Tucker, A Global Chronology of Conflict: From the Ancient World to the Modern Middle East (6 volumes): From the Ancient World to the Modern Middle East, ABC-CLIO, 23 déc. 2009, p.960

[2] http://www.historynet.com/the-first-tet-offensive-of-1789.htm

[3] Spencer C. Tucker, The Encyclopedia of the Vietnam War: A Political, Social, and Military History, 2nd Edition (4 volumes): A Political, Social, and Military History,

ABC-CLIO, 20 mai 2011, p.454

[4] http://lecourrier.vn/le-tet-de-la-grande-victoire/111669.html

[5] Introduite par le président américain Dwight Eisenowher lors de la conférence au sujet de la paix en Corée et au Vietnam à Genève le 7 Avril 1954, la théorie des dominos induit que si l’un des pays d’Asie du Sud Est tombe dans l’escarcelle communiste ses voisins vont nécessairement suivre. Succédant à la stratégie du « containment », elle revenait dans les faits à dire que la défense de la sécurité américaine se trouvait en Asie du Sud Est.

[6] Les « opérations spéciales » ou « black ops » en anglais, désignent les opérations clandestines menées par les Etats Unis dans le Sud Est Asiatique avant leur entrée en guerre officielle en 1965. Plusieurs groupes se sont particulièrement illustrés durant cette montée en puissance des forces américaines : les bérets verts, les Navy Seal, le LRRP, le MACV-SOG.

[7] Voir le Chapitre 5 du livre de Thomas K. Adams, US Special Operations Forces in Action: The Challenge of Unconventional Warfare, Routledge, 10 sept. 2012. (disponible en ligne)

[8] http://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1970_num_25_5_14734

[9] Dans le cadre militaire l’attrition consiste en la diminution général des moyens de l’ennemi à faire la guerre par une mise sous pression constante.

[10] http://www.diploweb.com/La-pensee-strategique-vietnamienne.html

[11] Eric Nguyen, La politique étrangère des Etats-Unis depuis 1945: de Yalta à Bagdad,

Studyrama, 2004, p.85

[12] Jacques Portes, Les Américains et la guerre du Vietnam, Editions Complexe, 1993, p.190 et 191

[13] David F. Schmitz, The Tet Offensive: Politics, War, and Public Opinion, Westport CT, Praeger, 2004, p.109

[14] Afin de convaincre l’opinion américaine, l’état major américain désirait prouver l’efficacité de ses opérations en comparant le nombre de perte de GI avec le nombre d’agent Viet Cong. Poussés à « faire du chiffre », certaines unités américaines ne s’embarrassaient pas de ce détail et massacraient purement et simplement des populations civiles comme dans le village de My Lai, lieu du massacre de 300 à 500 civils vietnamiens.

[15] Pierre Journoud, « Secret et stratégie pendant la guerre du Vietnam », Bulletin de

l’Institut Pierre Renouvin 2012/2 (N° 36), p. 57-80.

[16] Général vietnamien ayant défait la flotte d’invasion de la Chine Mongole de « l’invincible » Kubilai Khan

[17] Condominas Georges, « La guérilla viet. Trait culturel majeur et pérenne de l’espace social vietnamien », L’Homme, 4/2002 (n° 164), p. 17-36. Disponible sur : http://www.cairn.info/revue-l-homme-2002-4-page-17.htm

[18] Boudarel Georges. Essai sur la pensée militaire vietnamienne,:L’Homme et la société, N. 7, 1968. numéro spécial 150° anniversaire de la mort de Karl Marx. pp. 183-199. Disponible en ligne sur Persée : http://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1968_num_7_1_1109

[19] Le premier est le pionnier des auteurs stratégiques vietnamien en rédigeant des plaquettes sur l’art de la guérilla et les expériences des soldats chinois menés par Mao ainsi qu’en traduisant les œuvres de Sun Tsu et plusieurs classiques chinois. Le second est journaliste et chroniqueur de guerre lors de la longue marche de l’armée de Mao, il devient par la suite traducteur de ses œuvres puis professeur d’histoire.

[20] Boudarel Georges. Essai sur la pensée militaire vietnamienne,:L’Homme et la société, N. 7, 1968. numéro spécial 150° anniversaire de la mort de Karl Marx. P188 . Disponible en ligne sur Persée : http://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1968_num_7_1_1109

Fernand Braudel – Grammaire des civilisations (chapitres sur l’Extrême-Orient). Partie III: la situation révolutionnaire en Chine (fin XIXème-début XXème).

            Pour conclure son analyse l’auteur insiste sur le fait que l’analyse du temps long ne saurait masquer les ruptures importantes dans la vie d’une civilisation. Ainsi consacre t’il un passage à l’histoire événementielle pour saisir la profondeur de la rupture qu’a été l’humiliation chinoise à partir du XIXème siècle et la situation nécessairement révolutionnaire qu’elle a créé pour aboutir à la situation actuelle

            L’histoire de la domination chinoise par des puissances étrangères commence avec les premiers liens commerciaux établis avec la Chine par les Portugais lorsqu’ils débarquent à Macao en 1557. Après la bataille de Gravelines, les anglais, nouveaux maitres des mers avec la soumission des puissances ibériques, établissent également des liens commerciaux avec les chinois au XVIIème siècle, en emmenant les hollandais dans leur sillage. A partir du XVIIIème siècle les produits chinois deviennent très demandés en Europe et l’on assiste dès lors à une véritable ruée marchande vers l’empire du Milieu.

            Cette augmentation du commerce ne se fera guère ressentir à l’échelle du pays, le commerce n’étant autorisé qu’à Canton et avec une société monopolistique (Co –hong) créée par l’empereur. Le volume d’échange augmente rapidement entre les marchands du fait même que les transactions sont très favorables aux deux parties. Peu à peu des réseaux et modèles de financement vont être mis en place avec les partenaires chinois afin de garantir les approvisionnements.

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L’execution des révoltés chinois selon la presse française  en 1901.

            Puis au XIXème siècle la supériorité technique et militaire des puissances européennes et du Japon va modifier la nature des relations entre la Chine et ses partenaires commerciaux. Ainsi les désaccords anglo-chinois sur le commerce de l’opium ouvre le début des hostilités avec la première guerre de l’opium (1839-1842) puis la deuxième guerre du nom (1856-1860) à laquelle viennent se joindre France, Etats-Unis, Russie et Japon. Vinrent de ce fait les pertes d’une partie de la Mandchourie au profit des russes (1858), de la Corée au profit du Japon (défaite face au japon en 1894, annexion définitive en 1910) et la défaite face à l’expédition française du Tonkin pour la prise du nord de l’actuel Vietnam (1881-1885). Cet épisode guerrier prit fin avec l’écrasement de la révolte des boxers[1] par « l’alliance des huit » composée du Japon, de la Russie, du Royaume Uni, de la France, des Etats-Unis, de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Autriche -Hongrie.

            Devant la faiblesse de l’Etat chinois, les privilèges commerciaux demandés au début des hostilités se muent en une présence occidentale et japonaise d’une toute autre nature. A partir de 1919 les puissances étrangères dominent totalement le gouvernement de Pékin qui leur confie le contrôle des voies ferrées et des douanes, permet la mise en place d’une justice consulaire et surtout établis des concessions où les chinois sont traité en sous citoyen.

            Evidemment cette domination étrangère d’accompagne d’une pénétration culturelle et religieuse importante à laquelle tous les chinoise ne vont pas répondre de la même façon (conversion de plusieurs milliers de chinois à la foi catholique alors que certains mouvement xénophobe prônent la destruction du christianisme au nom de la défense du pays).

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L’impératrice conservatrice Tzeu-Hsi en habit de cérémonie.

     Devant cette débandade générale une grande partie des intellectuels chinois comprennent la nécessité d’ « occidentalisation »/modernisation du pays pour se libérer des puissances étrangères. Seulement ces réformateurs se heurtent à la xénophobie populaire et à la surdité des mandarins considérant tous ce qui vient d’occident comme barbare. L’impératrice Tzeu-Hsi elle même très conservatrice fera habilement échoué un des seuls programmes de modernisation viable en 1898. La Chine n’est alors pas mûrs pour un phénomène de modernisation comparable à celui du Japon de l’ère Meiji.

            Le paradoxe apparent qui torture la Chine de cette période (nécessité apprentissage occidental pour lutter contre les occidentaux), s’illustre parfaitement par l’expérience de l’éphémère état séparatiste des révolutionnaires Taï Pings (1850-1864). Bien que reprochant au gouvernement central sa complaisance avec les « barbares », le gouvernement des Taï Pings va mettre en place une série de réforme touchant directement la tradition chinoise (élévation du droit des femmes , abolition de l’esclavage), ébaucher un programme de mise à niveau industriel et technique et surtout procéder à la collectivisation des terres au détriments des grands propriétaire et des seigneurs locaux. Il sera torpillé par les armées impériales avec le soutien des puissances occidentales.

          Cependant de lents progrès existent notamment dans l’esprit de la jeunesse chinoise ayant fréquentée les écoles et universités créées dans les années tardives de la dynastie Mandchoue et offrant les enseignements « modernes ». Ces étudiants sont issues de l’aristocratie, de la bourgeoisie d’affaire et surtout des couches moyennes-pauvres de la population et se regroupent en société secrète suivant leur tendance politique (monarchiste, républicain, communiste) mais toujours avec l’objectif de réformes radicales en faveur du redressement du pays et de la fin des traités inégaux avec les étrangers.

Le processus révolutionnaire est en marche.

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Le leader révolutionnaire Sun Yat Sen. Malgré ses liens avec le Kuomintang, devenu ennemi mortel du PCC après 1945, il est considéré comme l’un de pères fondateur de la Chine actuelle pour son esprit d’unité nationale et de modernité.

         Le début du dénouement de la situation chinoise correspond à la révolte de Wuchan en 1911. Cette révolte est le fait de plusieurs sociétés secrètes républicaines réunis par le leader Sun Yat Sen dans la ligue Tongmenghui/Alliance Unie qui est le résultat de plusieurs années d’union des factions révolutionnaires du pays. Suite à l’explosion d’une bombe visant un officier impérial et à l’arrestation de l’artificier une insurrection générale est engagée avec l’appui d’une majorité de l’armée. Elle va précipiter la chute de la dynastie mandchoue et des 2000 années d’empire chinois.

         Si la république est proclamée, Sun Yat Sen abandonne rapidement le pouvoir au profit de Yuan Shikai en 1912. En effet devant la menace des puissances occidentales, soucieuses de maintenir leur emprise, la jeune république de Nankin, ne disposant de forces armées suffisantes, est forcée au compromis avec la puissante armée de Beiyang. C’est le début de l’éclatement de la Chine et de la toute puissance des chefs de guerre provinciaux alliés à l’aristocratie locale pour tirer un maximum d’avantage de leur position.

           Parallèlement Sun Yat Sen fonde le Kuomitang le 25 aout 1912 afin de participer (avec succès) aux premières élections. Seulement Yuan cherche à rétablir une forme d’empire à son profit et se livre à une répression envers les communistes et le Kuomintang dès 1913. Les forces du Kuomintang établissent néanmoins un gouvernement rival à Canton et s’allient aux communistes (sous le patronage du Komintern) pour renverser les seigneurs de guerre de Pékin. Mais après la prise de pouvoir de Tchang Kai Tchek et son hostilité manifeste envers les communistes chinois, le PCC se soulève en 1927. C’est le début de la guerre civile chinoise.

     Il faudra attendre l’arrivée des japonais pour voir l’émergence de vastes alliances militaires Kuomintang/PCC mettant fin à l’anarchie chinoise. Kuomintang et Parti Communiste Chinois combattent cote à cote les forces nippones jusqu’à la reddition de celles ci en 1945. S’en suit une nouvelle guerre civile entre les nationalistes de Tchang Kai Tchek et les communistes de Mao Zedong. Il faut attendre 1949 et la victoire de Mao pour que la Chine se retrouve souveraine et unie après un long et douloureux siècle de domination étrangère et d’effritement du pouvoir.

[1] La révolte dite des « Boxers » désigne le conflit ouvert qui a opposé les puissances occidentales à l’armée des Poings de la Justice et de la Concorde (ou I-Ho-K’uan) entre 1899 et 1901. Ces derniers représentent les forces xénophobes de la Chine d’alors et sont soutenus par l’impératrice conservatrice Tzeu-Hsi.