Actualité-De la romance russo-vietnamienne et de ses limites

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Le premier ministre vietnamien Nguyen Xuan Phuc et le président russe Vladimir Poutine.

Le 22 mai dernier le premier ministre vietnamien Nguyen Xuan Phuc était en visite officiel à Moscou. Il a ainsi rencontré le premier ministre Dimitri Medvedev et le président Vladimir Poutine avant d’assister à la signature de 14 contrats[1].

Bien que l’agenda de cette visite soit des plus classiques, elle doit être mise en perspective avec le fait que 2019 est l’année de la Russie au Vietnam et 2020 l’année du Vietnam en Russie[2]. Outre les événements diplomatiques et culturels que ces deux programmes impliquent (rencontre d’officiels aux niveaux ministériels ou entre mairies, festivals littéraire, gastronomique, de haute couture…), c’est surtout sur le plan stratégique et symbolique  qu’ils sont intéressants.

En effet, Moscou et Hanoï entretiennent des liens tout à fait particuliers étant donné que de nombreuses personnalités vietnamiennes influentes y ont fait leurs études (le patron du VinGroup, la plus grosse entreprise vietnamienne, ou le secrétaire général du PCV et Président de la République Nguyen Phu Trong, notamment), que les Vietnamiens formaient la communauté étrangère la plus importante en Russie en 1990[3] et qu’après la guerre sino-vietnamienne de 1979, l’URSS était le seul allié important d’un Vietnam sous embargo américain et toujours officiellement en guerre avec son voisin chinois[4].

Aussi, chacun des deux protagonistes cherche à servir ses intérêts sur cette base. Notons avant de débuter les développements, que comme les problématiques géopolitiques vietnamiennes ont déjà été envisagées dans de nombreux articles sur ce blog, le point de vue russe sera privilégié.

Si les premières années suivant la chute de l’URSS voient la  toute nouvelle Fédération de Russie au prise avec des problèmes économiques, politiques et militaires dans son voisinage direct,  le refoulement constant de Moscou par Washington et les membres européens de l’OTAN ainsi que les nouveaux mouvements politiques apparus en son sein entretemps vont tourner les regards du gouvernement russe vers l’Asie.

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Alexandre Douguine

S’agissant de la doctrine politique d’abord, il nous faut parler du néo-eurasianisme, de son théoricien Alexandre Douguine et de comment ce courant sert la rhétorique de Vladimir Poutine et la stratégie russe en Extrême-Orient. Dans La quatrième théorie politique, Douguine fait le constat de l’échec de l’idéologie fasciste et communiste mais également de la vanité des théories libérales de fin de l’histoire et des idéologies (les idées de Francis Fukuyama notamment[5]) pour proposer un « conservatisme actif ». Il pioche ainsi dans les idées de l’eurasianisme né dans la diaspora russe suite à la révolution de 1917, notamment dans les travaux de Nikolai Troubetskoi et Roman Jakobson expliquant l’opposition entre l’occident et la Russie par l’ethnogénèse particulière de cette dernière, (puisqu’elle mélange des éléments ethniques turco-mongoles, scandinaves, tatares et slaves), et par l’opposition fondamentale entre le monde thalassocratique et les puissances continentales développée par l’Anglais Mac Kinder (https://vinageoblog.wordpress.com/2017/06/18/divers-poudieres-en-mdc-le-vietnam-la-ou-saccrochent-les-empires-ile-monde-eurasiatique-contre-thalassocratie-dans-la-theorie-globale-du-grand-jeu/). Le néo-eurasianisme reprend ces éléments « à la sauce choc des civilisations » en opposant le modernisme décadent de l’occident et l’espace eurasiatique fort de ses traditions[6].

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Selon la projection polaire retenue par Mac Kinder et l’étude des civilisations sur un temps long, il estime que la dynamique du monde est entretenue par le combat entre le continent-monde eurasien et les puissances thalassoratiques qui l’entourent.

Ce messianisme, en rupture avec les lignes classiques du nationalisme-ethnicisme permet de convier au projet un grand nombre de pays sur le continent eurasien alors que 2014 marquait le retour de la Russie sur la scène internationale après que le « nouvel ordre mondial » de Georges Bush senior lui ait dénié jusqu’à la possibilité même d’avoir des intérêts stratégiques légitimes. En effet, 2014 est à la fois l’année des jeux d’hiver de Sotchi et la crise ukrainienne, suivie par l’annexion de la Crimée. Alors que le premier événement devait être une vitrine pour la Russie renaissante, le second sera l’occasion d’une campagne antirusse particulièrement virulente.  Ces deux épisodes mirent en lumière les capacités mais aussi et surtout les limites du « soft power », de la capacité russe à influencer l’ensemble des parties prenantes sur le plan international, le président russe en étant luimême très conscient. Au dela d’un problème de retard ou de savoir-faire, Fiodor Lioukanov, rédacteur en chef de Russia in Global Affairs, pensait surtout que le problème venait du fait qu’il ne s’agissait que de produire un discours traditionaliste, conservateur et anti-progrès sans proposer de ferment idéologique et d’alernative économique,comme l’URSS avait pu le faire en son temps[7].

 La déclinaison de l’idéologie néo-eurasienne permet donc une rupture avec ce discours par un biais pragmatique : puisque les Etats-Unis et les pays d’Europe de l’Ouest ne veulent inclure la Russie dans de réelles discussions sur la sécurité et la défense, que l’Union Européenne a du mal à se défaire de son image de technocratie détachée du suffrage universel et que les européens semble incapables de trouver une ligne militaro-diplomatique distincte de celle de Washington, Moscou privilégiera ses relations avec l’Asie. Par ce biais le gouvernement russe donne corps à l’opposition thalassocratie moderne décadente/ puissance continentale traditionaliste.

Image associéeLes succès diplomatiques et militaires de l’Organisation de coopération de Shangaï, la bonne entente constamment affiché entre Pékin et Moscou, ainsi que l’organisation du sommet de l’APEC en 2012 à Vladivostok sont clairement des signes encourageant en ce sens. Pourtant la tâche reste immense pour concrétiser cette idée, à la fois sur le plan économique et diplomatique…

Si Gorbatchev avait déjà saisi l’importance de l’Extrême-Orient russe pour profiter du dynamisme de la zone pacifique et contrer la concurrence chinoise, il n’en demeure pas moins que le grand est russe souffre d’un conséquent déficit d’infrastructure de toute nature pour pouvoir être performant sur les marchés asiatiques. Mention doit être faite ici du manque de pipelines qui pourraient permettre à Moscou de rééquilibrer ses échanges d’hydrocarbures de l’Europe vers l’Asie. Notons également que la seule perspective de vente de gaz et de pétrole, à la Chine notamment, à partir de la Sibérie ne sera clairement pas suffisante à terme dans le sens ou elle cantonnera l’économie de la région à cette activité et empêchera dés lors sa modernisation[8].

D’un point de vue diplomatique, force est de constater le Kremlin peine à mobiliser les pays voisins, avec qui il entretient pourtant des relations profondes et de longue date. Figurez-vous ainsi que la Russie est au centre de pas moins de 4 ensembles économiques emboités qui ne produisent que peu de résultats : une union douanière, un espace économique unique, une communauté économique eurasiatique, une zone de libre échange de la Communauté des Etats Indépendants (CEI, regroupant 9 des 15 anciennes républiques composant l’URSS)[9]. Il faut dire que beaucoup de pays proches de la Russie craignent de la voir interférer trop souvent dans leurs affaires internes, un sentiment renforcé par la doctrine de « défense des compatriotes de l’étranger » (entendre les minorités russes présentes en dehors des frontières) inaugurée lors de la crise ukrainienne de 2014. Ce fut d’ailleurs à cette occasion que l’isolement de Moscou se fit le plus sentir étant donné que lors du vote de l’assemblée des Nations Unies du 27 mars 2014 concernant l’annexion de la Crimée, seules l’Arménie et la Biélorussie votèrent en faveur de la motion russe (la Chine s’est abstenue). A cela, il faut rajouter que l’influence traditionnelle de la Russie sur l’Asie Centrale est menacée par le projet de nouvelle route de la soie de Pékin et qu’il n’est pas impossible que les éventuels nouveaux chantiers dans l’orient russe crééent des réactions locales hostiles de groupes autonomistes ou islamistes radicaux[10].

Une histoire commune, des chemins divergents
L’Asie centrale, traditionellement sous influence russe, est un espace tiraillé entre plusieurs puissances.

Aussi les bonnes relations avec le Vietnam représentent une opportunité en or pour les dirigeants russes. En plus de constituer un partenaire stratégique pour les entreprises russes s’agissant de l’exploitation des hydrocarbures et des projets nucléaires, Hanoi représente à elle seule un tiers des exportations russes dans la zone Asie du Sud-Est. Et à en croire l’évolution des échanges économiques entre les deux pays ces dernières années (2,4 milliards de dollars en 2014 contre 6,3 milliards de dollars en 2018), les objectifs affichés d’ici l’année prochaine (10 milliards de dollars d’échanges bilatéraux) et la signature d’un accord de libre-échange entre le Vietnam et l’Union Economique Eurasiatique (UEE) en octobre 2016, cette dynamique devrait perdurer.  Notons également qu’il semble plus que probable que le Vietnam serve de tête de pont à la Russie au sein de l’ASEAN, Singapour  ayant déjà accepté le principe de signer un accord de libre échange avec l’UEE et plusieurs réunions en ce sens ayant déjà eu lieu.

The South China Sea waters along the eastern edge of South Vietnam’s coastal shelf could become a Joint Development Area in the South China Sea. Source: Grenatec.
Le pétrolier public russe Gazprom s’est vu attribué l’exploitation des deux plus importantes zones pétrolifères sous contrôle vietnamien en Mer de Chine. Le potentiel estimé de ces deux lots est de 1,9 trillion de m3, soit 49% du potentiel pétrolier offshore vietnamien.

Côté vietnamien, on profite surtout de la compétence et des savoir-faire russes afin de développer les domaines économiques dans lesquels l’on dispose de connaissances limitées, à savoir dans l’énergie nucléaire et l’exploitation des énergies fossiles. De plus, du fait des liens entre les états major des deux pays, la Russie reste le principal fournisseur de matériel militaire du Vietnam et constitue en cela un des premiers soutiens internationaux à la stratégie vietnamienne en mer de Chine, consistant principalement en l’internationalisation des conflits et au déni d’accès (article consacré sur le blog : https://vinageoblog.wordpress.com/2017/04/21/poudrieres-en-mdc-viii-strategie-vietnamienne-en-mer-de-chine-internationalisation-des-conflits-et-deni-dacces/). La vente de plusieurs navires de guerre par Moscou à Hanoï (2 patrouilleurs multitâches Svetlyak en 2001, 4 corvettes lances missiles Tarantul I entre 2001 et 2004, la vente d’une licence russe pour la fabrication par les Vietnamiens d’une dizaine de corvettes améliorées Tarantul V, 2 frégates ultra-modernes de type Gepard en 2011) et surtout de 6 sous-marins de classe Kilo en 2011 font du Vietnam le premier pays d’Asie du Sud-Est à se doter d’une dissuasion sous-marine de pointe pouvant rivaliser avec les moyens chinois[11] (les sous marins russes de ce type possèdent une signature sonore si basse qu’ils sont surnommés  « trou noir » par la marine américaine[12]). Notons, pour finir, qu’en 2015 82% du budget militaire vietnamien était alloué à l’achat ou à l’entretien de matériel russe[13] et qu’en mars dernier Hanoï s’est fait livré une soixantaine de blindés T-90 russe, laissant penser que la Russie a été choisie pour le renouvèlement matériel des unités blindées vietnamiennes[14].

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Un sous-marin russe de classe Kilo avant sa mise en service, baie de Cam Ranh, Vietnam.

Malgré ces bonnes relations permettant à Moscou de revenir sur le devant de la scène Asie-Pacifique et de former des alliances énergétiques permettant de développer les infrastructures gazières russes vers l’Extrême-Orient, le paragraphe précédent résume à lui seul les problèmes rencontrés par la Russie s’agissant de son potentiel économique à l’international en général et au Vietnam spécifiquement. Un seul coup d’œil à la composition des échanges économiques suffit pour se faire une idée : en 2015, 64% des exportations russes vers le Vietnam concernaient les équipements militaires, 10% les énergies fossiles, 8% les produits électronique, 5% les engrais, les 11% restant correspondant à divers groupes de marchandises agricoles[15]. Dans l’autre sens, on reste également sur une structure classique pour le Vietnam, qui exporte principalement des appareils électroniques (45% des exportations), des machines-outils (10%), des produits textiles et des chaussures (10%) et des produits agroalimentaires (les 35% restant)[16]. Le constat est le suivant : dans cette relation économique, la Russie reste coincée dans son rôle guerrier et énergétique et le Vietnam dans celui d’usine à bas cout de fabrication. De plus, chacune de ces deux économies est en manque d’argent frais pour satisfaire ses besoins en infrastructures (même si a situation est à relativiser pour le Vietnam), chose qu’elle ne peut trouver chez son partenaire. Ainsi, les résultats économiques entre le Vietnam et la Russie restent ils très modestes comparés aux autres partenaires du Vietnam (pour 2018, les échanges commerciaux entre le Vietnam et la Russie s’élevaient à 6,2 milliards de dollars, contre 106,7 milliards avec la Chine, 65,7 avec la République de Corée, 60,3 milliards avec les Etats-Unis[17]).

Pour autant, les sanctions commerciales européennes contre la Russie, notamment dans le secteur agro-alimentaire a libéré un véritable boulevard pour les entreprises vietnamiennes et les exemples de réussite commerciale se multiplient. Le plus représentatif reste sans doute l’annonce en 2016 par le géant du lait vietnamien TH true Milk d’un investissement de 500 millions de dollars (pour la première phase) dans les unités de production russe, promettant un avenir florissant pour la firme, la Russie n’étant rien de moins que le troisième importateur mondial de produits laitiers[18]. De la même façon, l’une des principales entreprises de pisciculture vietnamienne, Hung Vuong, profite de la fin des exportations de poissons fumés scandinaves dont la population russe raffole tant. La compagnie a d’ailleurs racheté 51% de la Russian Fish Joint Stock Company pour faire prospérer ses affaires dans ce contexte[19]. On peut également citer, le feu vert des autorités vietnamiennes aux importations russes de blé en avril dernier[20]. Gageons d’ailleurs que la multiplication des collaborations financières entre les deux pays (la Bank for Investment and Development of Vietnam et la banque russe VTB Bank ont lancé un chantier visant à faciliter les paiements entre les deux pays via les monnaies nationales de chacun) pave la voie à une propsérité partagée entre les deux pays[21].

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L’inauguration de la ferme-usine TH True Milk, non loin de Moscou, en mai 2018.

 

[1] https://m.lecourrier.vn/le-pm-nguyen-xuan-phuc-est-accueilli-solennellement-a-moscou/606128.html

[2] https://www.lecourrier.vn/ouverture-de-lannee-de-lamitievietnam-russie-a-moscou/606202.html

[3] https://www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2007-2-page-54.htm

[4] https://vinageoblog.wordpress.com/2019/02/24/actualite-il-y-a-40-ans-la-troisieme-guerre-dindochine-fissurait-le-bloc-communiste-partie-i/

[5] https://www.persee.fr/doc/tiers_0040-7356_1994_num_35_138_4896_t1_0467_0000_1

[6] Jean-Marie Chauvier, Contre la décadence, l’Eurasie, Manière de Voir n138 Russie, le retour, décembre 2014 – janvier 2015, p. 42-44

[7][7] Jean Radvanyi, Refoulée d’Europe, la Russie se tourne vers l’Asie, Manière de Voir n138 Russie, le retour, décembre 2014 – janvier 2015

[8] Jean Radvanyi, Refoulée d’Europe, la Russie se tourne vers l’Asie, Manière de Voir n138 Russie, le retour, décembre 2014 – janvier 2015

[9] Idem

[10] Idem

[11] http://nationalinterest.org/feature/chinas-nightmare-vietnams-new-killer-submarines-12505

[12] https://classe-internationale.com/2015/03/22/modernisation-de-la-marine-vietnamienne-un-nouvel-acteur-en-asie-du-sud-est/

[13] https://www.russia-briefing.com/news/russia-vietnam-aim-get-us10-bln-bilateral-trade-2020.html/

[14] https://fr.sputniknews.com/defense/201903261040498616-russie-livre-dizaines-chars-t-90-vietnam/

[15] https://www.russia-briefing.com/news/russia-vietnam-aim-get-us10-bln-bilateral-trade-2020.html/

[16] Idem

[17] https://fr.nhandan.org.vn/economie/item/4837071-infographie-les-dix-partenaires-commerciaux-les-plus-importants-du-vietnam-en-2018.html

[18] https://www.russia-briefing.com/news/russia-vietnam-aim-get-us10-bln-bilateral-trade-2020.html/

[19] Idem

[20] https://www.agricensus.com/Article/Vietnam-greenlights-Russia-wheat-imports-as-phyto-fears-ease-5952.html

[21] https://www.russia-briefing.com/news/russia-vietnam-aim-get-us10-bln-bilateral-trade-2020.html/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Actualité – Quel bilan pour le sommet de l’APEC 2017 au Vietnam ?

apec 2017
Logo de l’APEC 2017.

            Du 6 au 11 novembre 2017 le Vietnam accueillait la deuxième partie du 28ème sommet de l’Asia Pacific Economic Cooperation dans la ville de Da Nang (les réunions préparatoires avaient eu lieu en février à Nha Trang). Une occasion pour le pays de se distinguer au sein de l’institution régionale regroupant 21 économies représentant la zone économique la plus dynamique du globe avec presque 70% de la croissance économique mondiale du PIB et un peu moins de 50% du commerce mondial sur une aire géographique comptant plus du tiers de la population mondiale (2,7 milliards de personnes).

            Malgré les proportions de l’événement, la presse francophone consultable sur le web préfère parler des catastrophes climatiques survenues au Vietnam lors de l’événement (69 morts) dans un style qui nous rappel sans cesse que le journalisme traditionnel des rédactions « mainstream » se borne au remaniement hâtif de dépêches AFP.

            Pourtant ledit sommet était une date importante dans l’agenda de nombreux pays membres, notamment le Vietnam, et mérite une analyse plus profonde et d’être inscrit dans une dynamique à long terme pour en saisir la portée.

            Dès lors, après un petit rappel au sujet de l’APEC, il convient de mettre en avant les résultats de ce sommet du point de vue régional et du point de vue de Hanoï.

 I) L’APEC : objectif et fonctionnement.

            L’Asia Pacific Economic Cooperation ou APEC est un forum international créé le 7 novembre 1989 à Canberra en Australie lors de la réunion des ministres des affaires étrangères et du commerce international de 12 pays[1] de l’Asie Pacifique avec pour objectif d’accroitre la croissance économique et la prospérité dans la région. Il s’agissait de restructurer l’espace économique alors que l’URSS était sur le point d’exploser et de mettre à bas la polarisation de « type guerre froide » de la région afin de répondre aux eujeux la mondialisation naissante[2].

Cette structuration obéit à la logique libérale, alors sans opposition idéologique avec la fin du bloc marxiste-léniniste, selon laquelle la fin des entraves au marché et au libre commerce créée une prospérité commune empêchant l’émergence de conflits.

Bien que sans objectif clair à sa création, l’APEC se dote de 4 objectifs principaux inscrits depuis dans la Charte de l’APEC lors du sommet de Séoul en 1991 :

  • Soutenir la croissance et le développement de la région pour le bien commun de ses peuples et au développement de l’économie mondiale.
  • Encourager le processus d’interdépendance économiques par les échanges de biens, de services, de capitaux et de technologies.
  • Renforcer et soutenir le système commercial multilatéral dans l’intérêt de l’Asie Pacifique et des autres économies.
  • Réduire les barrières aux échanges de biens, de services et de capitaux entre les pays membres en s’inscrivant clairement dans le cadre des règles du GATT et sans opérer de discrimination envers les autres économies[3]

Ainsi en 1994 les représentants des économies membres signent la déclaration de Bogor, du nom de la ville indonésienne accueillant le sommet, portant la concrétisation de ces objectifs : libéralisation des échanges commerciaux et de l’investissement en Asie Pacifique d’ici à 2010 pour les économies développées et 2020 pour les économies en développement[4].

Les plans d’actions d’Osaka et de Manille en 1995 et 1996 détaillent les moyens à mettre en œuvre pour atteindre les objectif de Bogor en prévoyant la capacité des états membres à prendre des mesures unilatérales et multilatérales notamment à propos des tarifs douaniers, des droits de propriété intellectuels et des mesures non tarifaires. Il s’agit en fait d’éviter le blocage des négociations en permettant aux pays de se libéraliser par eux même avec l’approbation des autres membres tout en respectant leurs impératifs nationaux. Cette démarche sera approfondie lors du sommet de Vancouver en 1998[5].

Lors des sommets suivants, la formule ne changera guère même si les objectifs de Bogor ne sont pas atteints aux dates prévues. Cependant il est à noter que l’APEC s’est engagée dans certains domaines connexes à l’économie comme l’environnement (sommet de Vladivostok de 2012 libéralisant les produits écologiques) ou les questions de santé (crise de la grippe aviaire, sommet de Yokohama en 2010).

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Carte récapitulative des membres de l’APEC et de leur année d’adhésion.

Pour autant l’organisation évite toute question politique et sécuritaire.

Et pour cause l’APEC se définit comme l’organisation d’un régionalisme ouvert non contraignant permettant de donner une cohérence à un ensemble géographique central dans la conduite des affaires mondiales et regroupant une communauté d’états très inégaux du point de vue de leurs tailles démographiques, économique et militaire.

En cela l’APEC se fonde d’avantage sur l’existence d’un processus à long terme reposant sur des objectifs simples que sur une institutionnalisation contraignante pour les états membres.

Il faut dire que avant d’aboutir à la fondation de l’APEC, de nombreux projets du même ordre avait été proposé notamment par l’Australie et le Japon depuis les années 60 : Pacific Trade and Development Conference (Japon, 1961), Pacific Economic Council (Australie et Japon, 1967), Organisation for Pacific Trade and Devlopment (Etats Unis, 1973), Pacific Economic Cooperation Conference (Japon et Australie, 1980). Ces projets n’avaient pas aboutis du fait soit de leur trop forte intégration politique soit de leur cantonnement aux milieux d’affaires qui ne constituait qu’une sorte de syndicat transnational d’où sont absents les gouvernements[6].

Par ailleurs la création de la « communauté Pacifique » s’est heurté à deux problèmes de taille : 1) l’année de création de l’APEC est également l’année des manifestations massives sur la place Tienanmen en Chine, de leurs répressions mais également de l’année de forte tension entre les « 3 Chines » (République Populaire de Chine, Taïwan et Hong Kong), 2) pour des raisons de leadership, l’Australie avait souvent refusé l’inclusion des Etats Unis dans l’organisation de peur de voir l’agenda américain imposé par la force lors des réunions en raison d’un rapport de force à leur avantage[7].

Enfin, il faut bien comprendre que l’APEC recouvre plusieurs organisations régionales existantes (ALENA et MERCOSUR en Amérique du Nord et du Sud, ASEAN en Asie du Sud Est) et qu’elle n’entend pas les remettre en cause.

Pour toutes ces raisons l’APEC est par essence non contraignante, repose sur une adhésion libre et la tenue de dialogue informel et constructif reposant sur la recherche de consensus « gagnant- gagnant » et constitue un espace économique existant de facto.

Elle possède bien quelques institutions propres afin de diriger les débats (présidence tournante tous les ans), enregistrer les décisions (secrétariat) et produire une base de données sur les différents thèmes visés par l’organisation (conseil des gens d’affaires, comités et sous comités d’orientation, sous comités de l’assemblée des hauts fonctionnaires sur la coopération économique et technique, groupes de travail, comité ad hoc et groupes d’experts) mais reste très légère et souple du point de vue du fonctionnement. Elle est en cela comparable à l’organisation de l’ASEAN qui constitue pour plusieurs observateurs son modèle[8].

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Secrétariat général de l’APEC à Singapour.

Au final la règle de la décision par consensus provoque dans les faits la mise en place de rapports de force déterminant l’orientation donnée à ce consensus. Or ce rapport de force a drastiquement évolué depuis 1989.

 II) Le sommet de Da Nang 2017 comme confirmation du bouleversement des rapports de force au sein de l’APEC.

            Traditionnellement on distinguait trois pôles au sein de l’APEC : le pôle « anglo-saxon » (Etats Unis/Australie/ Canada), le pôle « Japon » et le pôle « Asie ». La formation de ces pôles correspondait dans les faits à la structure des circuits économiques du XXème siècle dans la zone : la production des produits manufacturés était attribuée à « l’Asie » et ses travailleurs bon marché, l’impulsion économique et technologique appartenait au Japon qui « supervisait » les mouvements économiques américains en Asie en tant que « tête de pont » et enfin les flux de marchandises prenaient la direction des marchés de consommation des pays industrialisés, Etats Unis notamment[9].

            Seulement le « miracle économique asiatique » des années 80 et 90 a propulsé de nombreux pays hors de ce schéma, les exemples les plus parlants étant la Chine, devenu la première puissance commerciale du monde, et la Corée du Sud dont le statut est désormais comparable au Japon grâce à sa stratégie de montée en gamme de la production depuis les années 60 ainsi qu’à son rayonnement culturel planétaire.

            En parallèle le déficit commercial des pays industrialisés avec l’Asie s’est aggravé au fil des années en raison du délitement industriel américain causé par les délocalisations de la production vers les pays à faible coût de main d’œuvre. Si les Etats Unis pouvait auparavant se permettre cet endettement massif en raison de la situation de monopole du dollar comme devise des échanges internationaux, aujourd’hui ladite monnaie perd du terrain. En effet la Chine semble vouloir mener une guerre des monnaies contre la devise américaine[10]. C’est ce conflit monétaire, engagé sous la deuxième présidence Obama, qui avait en partie motivé le « pivot stratégique » américain vers l’Asie[11]. A noter également que plusieurs pays producteurs de ressources énergétiques ont emboité le pas de la Chine en cherchant à vendre pétrole et gaz en s’éloignant du « pétrodollar»[12].

            Conscient de cette situation, Donald Trump s’est en partie fait élire sur un programme rompant avec le libre-échangisme qu’il considère néfaste pour les intérêts américains. Son élection a donc rimé avec l’abandon du traité Transpacifique et avec la manifestation de la réserve américaine lors du sommet de l’APEC qui s’est tenu à Lima (Pérou) en 2016. Sa position n’a guère changé depuis et malgré le fait que plusieurs chefs d’Etat (Japon, Canada, Vietnam…) soient entrés en conflit avec cette vision et aient manifesté leur intention d’appliquer le traité Transpacifique malgré l’absence américaine, ledit traité ne semble pas vouloir renaitre de ses cendres[13].

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Caricature de la guerre des monnaies entre l’Union Européenne et les Etats Unis d’une part et la Chine d’autre part. (Source: réseau international)

En face le rival chinois de Trump, Xi Jinping, qui a assuré son emprise sur le PCC lors du 6ème plénum de celui ci le 24 octobre dernier[14] , compte bien pousser plus avant son avantage à travers l’APEC. C’est en ce sens que le président/secrétaire général du parti communiste chinois avait annoncé à Lima que, devant le retrait de Washington, Pékin était près à assumer le leadership des négociations dans la région et a proposé en ce sens un Accord de Partenariat Economique Régional Intégral[15], première pierre de la construction d’une zone de libre échange de l’Asie Pacifique (FTAAP en anglais) excluant les Etats Unis[16].

Il faut également mettre en perspective cette progression chinoise au sein de l’APEC avec d’autres processus visant à asseoir la domination chinoise sur la région : le projet dit de « nouvelle route de la soie »[17], le blocage des négociations du cycle de Doha au sein de l’OMC[18] ou encore l’appel de Xi Jinping pour maintenir à flot l’idéologie du libre échange commercial mais « à la sauce » chinoise[19].

D’ailleurs, à propos de l’OMC, il faut bien garder en tête que le leadership du régionalisme ouvert de la zone Pacifique, soit la zone économique la plus importante et la plus dynamique de la planète, peut constituer pour la Chine un moyen d’imposer ses revendications, bloquées par l’Union Européenne et les Etats Unis, au sein de l’OMC. En effet l’APEC avait été conçue comme un forum de négociation alternatif à l’OMC lorsque celle ci présentait déjà des signes de blocages lors de l’Uruguay Round (1986 – 1994).

Rappelons également que lors du discours de Davos, le N°1 chinois avait, à mots couverts, plaidé pour un retour à un ordre diplomatique traditionnel en Asie, ordre traditionnel au centre duquel se trouve la Chine[20].

Parmi les autres pays membres les réactions sont disparates face à cette situation et ce du fait de l’hétérogénéité des intérêts de chaque pays.

Ainsi on trouve un groupe d’états franchement en faveur ou s’accommodant de la montée en puissance de la Chine (Russie, Indonésie, Malaisie, Thaïlande, Bruneï, Phillipines) et un groupe d’états inquiets de l’éventuelle hégémonie chinoise dans la zone (Taïwan, Japon, Corée du Sud et évidemment Vietnam). D’autres encore se retrouvent isolés au sein de l’organisation en raison des liens privilégiés qu’ils entretiennent avec les Etats Unis dont la défection laisse un vide de leadership et entame la cohérence de leur participation à l’APEC (Canada, Nouvelle Zélande, Australie, Mexique, Pérou, Chili).

III) La stratégie Vietnamienne au sein de l’APEC : attraction de l’IDE, internationalisation des conflits et recherche de soutiens contre l’hégémonie chinoise.

            Si vous êtes un(e) habitué(e) du blog vous avez sans doute pu lire, notamment dans la série d’article « Poudrières en Mer de Chine », que le Vietnam est en conflit ouvert avec son grand voisin du nord à propos de la souveraineté des archipels Spratleys et Paracels[21] et que le poids de celui ci sur son économie empêche Hanoï de disposer de toute la marge de manœuvre nécessaire à la gestion de cette emprise[22]. De ce fait vous savez sans doute que la stratégie vietnamienne face à Pékin est une politique d’ouverture diplomatique tous azimut visant à la neutralisation de la Chine par l’internationalisation du conflit[23].

            Partant du parallèle précédent entre l’APEC et l’ASEAN, vous en aurez conclu que, comme l’ASEAN, l’APEC constitue pour la diplomatie vietnamienne un caisson de résonnance non négligeable pour la poursuite des objectifs que nous venons de voir précédemment[24].

            Et ce faisant Hanoï n’a pas ménagé ses efforts pour être à la hauteur de la situation : entre les mois de février et de novembre 2017 le pays a réuni près de 10 000 représentants des nations de l’APEC, des organisations régionales (ASEAN notamment) et internationales (OMC, FMI[25], Banque Asiatique de Développement) à travers divers colloques, comités et conférences. Pour ce faire le pays a beaucoup investi dans la région de Da Nang afin de soigner son image sur le plan international[26]. Le sommet des chefs d’états de l’APEC 2017 a également réuni plusieurs leaders nationaux de premier plan : Donald Trump, Vladimir Poutine, Xi Jinping ou encore Shinzo Abe, seul manquait le président phillipin retenu dans son pays en raison d’un sommet de l’ASEAN.

photo de groupe de la réunion de l'apec
Photo de groupe des chefs d’états membres de l’APEC à Da Nang le 11 novembre dernier.

            Il faut dire que le Vietnam entretient des liens importants aussi bien avec l’organisation de l’APEC qu’avec les pays qui en sont membres : les membres de l’APEC représentent 78% des investissements directs étrangers, 75% des échanges commerciaux, 38% des aides publiques au développement et 79% du nombre de touristes étrangers. Environ 80% des étudiants vietnamiens faisant des études à l’étranger sont accueillis dans les économies membres de l’APEC. De plus dix-huit économies membres de l’APEC sont des partenaires importants du Vietnam dans les Accords de libre-échange (FTA) bilatéraux et multilatéraux[27].

            Il faut par ailleurs souligner que, malgré le dynamisme de la région, le sommet de l’APEC 2017 au Vietnam se tient dans un contexte de ralentissement économique et de tentation de repli national sur le modèle américain[28]. A noter que l’objectif du Vietnam pour le sommet de l’APEC 2017 « créer un nouveau dynamisme, cultiver un avenir commun » (Bui Thanh Son, ministre vietnamien des affaires étrangères).

Dès lors, ayant largement bénéficié de la libéralisation des échanges dans la zone Pacifique, le Vietnam est un fervent militant d’une libéralisation de plus en plus poussée pour au moins deux raisons.

            Premièrement, le pays, largement déficitaire en terme d’infrastructure en tout genre, veut attirer les Investissements Directs Etrangers[29] en se présentant comme une « Chine+1 » c’est à dire une économie ayant les mêmes avantages comparatifs que la Chine (faible coûts de main d’œuvre notamment) mais avec une administration moins arbitraire et un stabilité nationale accrue. En plus des infrastructures en elles mêmes Hanoï souhaitent « booster » son secteur touristique[30], secteur central de l’économie vietnamienne, ainsi que son secteur industriel (le pays veut devenir une pays industrialisé sous peu[31]). L’occasion s’est même présentée pour le gouvernement vietnamien de solliciter des fonds de développement provenant de l’OCDE[32]. En attirant de plus en plus d’investissement dans le pays, le Vietnam cherche à la fois de se départir du poids énorme de l’économie chinoise dans l’économie vietnamienne et à empêcher l’éventualité d’un conflit armé par la présence de plusieurs intérêts nationaux étrangers sur son sol.

            Deuxièmement, sur le plan diplomatique, l’ambitieux Vietnam, voulant être « un petit pays parmi les grands », semble réussir son opération de montée en puissance diplomatique en étant, en partie en raison du succès de la tenue de la première partie du sommet de l’APEC en février, invité au sommet du G20 en Allemagne en juin dernier[33]. Il est clair que sur ce point le Vietnam a connu un franc succès en cette année 2017, et ce notamment grâce au sommet de l’APEC. A noter également que le sommet de Da Nang a été la première mention d’une éventuelle participation de l’Inde au forum, même si celle ci n’est clairement pas acquise[34].

            Au final si les autorités vietnamiennes sont conscientes de la portée relativement réduite des priorités adoptées lors de l’APEC 2017[35] (à savoir : promouvoir une croissance durable, innovante et inclusive, intensifier la connectivité économique régionale, rehausser la compétitivité et l’innovation des micro, petites et moyennes entreprises à l’ère du numérique, et améliorer la sécurité alimentaire et l’agriculture durable en réponse aux changements climatiques[36]), l’opération est clairement bénéfique pour le Vietnam aussi bien au niveau économique que diplomatique et ce malgré le déferlement d’un typhon sur le centre du Vietnam qui a fait 69 victimes, soit un contexte très difficile pour le pays organisateur.

typhon
Le centre du Vietnam sous l’eau lors du typhon Damrey.

[1] Australie, Brunei, Canada, Corée du Sud, Etats Unis, Indonésie, Japon, Malaisie, Nouvelle Zélande, Phillipines, Singapour, Thaïlande

[2] Kiwhan Na, Nathalie Lachance et Eric Boulanger, Historique, structure et fonctionnement de l’APEC, Groupe de recherche en économie et sécurité (GRES) de l’université de Montréal, Note de recherche Volume 3, numéro 3, mai 2001, ).13-16

[3] Idem.

[4] Idem, p.37

[5] Idem, p.38

[6] Idem, p.16 à 21

[7] Idem, p.22

[8] Idem, p.16 à 21

[9] Idem, p.22.

[10] http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/02/11/la-chine-tire-profit-de-la-guerre-des-monnaies_1830046_3234.html

[11]https://www.google.com.vn/search?q=pivot+strat%C3%A9gique+am%C3%A9ricain&oq=pivot+strat%C3%A9gique+am%C3%A9ricain+&aqs=chrome..69i57.10382j0j4&sourceid=chrome&ie=UTF-8

[12] https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/PETROLE-La-Russie-entend-signer-la-mort-du-Petrodollar–22309678/ et http://www.lepoint.fr/economie/venezuela-maduro-veut-vendre-du-petrole-en-devises-autres-que-le-dollar-09-09-2017-2155590_28.php ou encore http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20120229trib000685564/l-iran-vendra-son-petrole-contre-de-l-or-des-monnaies-locales-et-meme-par-le-troc.html

[13] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/11/19/20002-20161119ARTFIG00057-l-asie-veut-sauver-son-accord-de-libre-echange-malgre-l-election-de-trump.php

[14] http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2016/10/24/xi-jinping-impose-ses-allies-au-parti-communiste-chinois_5019183_3216.html

[15] En anglais le Regional Comprehensive Economic Partnership ou RCEP comprenant la Chine, le Japon, l’Inde, l’Australie, la Corée du Sud, la Nouvelle Zélande et les dix Etats membres de l’ASEAN.

[16] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/11/20/20002-20161120ARTFIG00091-face-a-trump-la-chine-veut-imposer-sa-vision-du-libre-echange-en-asie.php

[17] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/06/08/actualite-quelle-place-pour-le-vietnam-dans-le-projet-chinois-de-nouvelle-route-de-la-soie/

[18] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/01/22/actualites-le-discours-gagnant-gagnant-de-xi-jinping-au-forum-economique-mondiale-de-davos-vers-un-retour-a-la-hierarchie-des-relations-internationales-du-systeme-tributaire/

[19] Idem

[20] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/01/22/actualites-le-discours-gagnant-gagnant-de-xi-jinping-au-forum-economique-mondiale-de-davos-vers-un-retour-a-la-hierarchie-des-relations-internationales-du-systeme-tributaire/

[21] https://vinageoblog.wordpress.com/category/mer-de-chine/

[22] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mer-de-chine-vii-la-schizophrenie-vietnamienne-attraction-et-repulsion-chinoise/

[23] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/04/21/poudrieres-en-mdc-viii-strategie-vietnamienne-en-mer-de-chine-internationalisation-des-conflits-et-deni-dacces/

[24] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/26/defi-30-jours30-articles-29-lasean-et-le-vietnam-de-la-posture-conservatrice-a-la-volonte-dintegration-les-limites-de-la-vision-utilitaire-vietnamienne/

[25] https://vietnam.vnanet.vn/french/apec-2017-le-chef-de-letat-recoit-la-directrice-general-du-fmi/357205.html

[26] https://lecourrier.vn/apec-2017-la-ville-de-da-nang-inaugure-le-centre-de-conventions-ariyana/427452.html

[27] https://lecourrier.vn/apec-nouvelle-vision-et-position-du-vietnam/439061.html

[28] https://lecourrier.vn/apec-2017-positionnement-et-vision-du-vietnam-dans-un-monde-globalise/439070.html

[29] http://fr.dangcongsan.vn/economie/attraction-de-l-ide-au-vietnam-l-apec-2017-est-une-nouvelle-occasion-en-or-431102.html

[30] https://lecourrier.vn/apec-2017-une-occasion-en-or-pour-le-tourisme-vietnamien/438083.html

[31] Van Ha Nguyen. Stratégie d’industrialisation et compétitivité de l’économie vietnamienne. Economies et finances. Université d’Orléans, 2011. Français.

[32] https://lecourrier.vn/apec-2017-le-vietnam-souhaite-des-aides-de-locde/437814.html

[33] https://asiepacifique.fr/le-vietnam-et-apec-passerelles-vers-le-g20/

[34] https://www.lecourrier.vn/apec-2017-un-fondement-pour-ladhesion-de-linde-a-ce-forum/439112.html

[35] https://lecourrier.vn/apec-2017-positionnement-et-vision-du-vietnam-dans-un-monde-globalise/439070.html

[36] https://www.lecourrier.vn/lannee-de-lapec-2017-temoigne-de-la-nouvelle-position-du-vietnam/406987.html

Actualités – Les 100 ans de la révolution bolchevique au Vietnam.

Le 7 novembre dernier marquait le jour du 100 anniversaire de la prise de pouvoir en Russie impériale par les bolcheviques menés par Lénine. Celui-ci, après la fin des mouvements ouvriers révolutionnaires en Europe (notamment les spartakistes en Allemagne) et conscient de l’utilité politique de soulever les peuples colonisés contre leurs maitres, produisit une vaste propagande appelant aux révolutions nationales de type bolcheviques dans les pays « frappés d’impérialisme bourgeois ».

Un des premiers leader nationaliste de premier plan à répondre à cet appel fut un dénommé Nguyen Ai Quoc, le futur Ho Chi Minh. Persuadé, par Phan Chu Trinh[1] entre autre, des limites d’un mouvement de désobéissance civile face aux autorités coloniales, il devient révolutionnaire communiste et part à destination de la toute jeune Union des Républiques Socialistes Soviétiques pour se former politiquement au sein du Komintern[2].

HoChiMinh_VCongrèsKomintern1924
Ho Chi Minh (au centre) et ses camarades du Kominterne en 1924 à Moscou.

Après cette formation et une étape en Chine, il fonde la République Démocratique du Vietnam à l’occasion de la déclaration d’indépendance du 2 septembre 1945[3]. Cet état se revendique du Marxisme- Léninisme et est modelé sur l’organisation soviétique.

Depuis et malgré l’ouverture économique de 1986 à l’occasion du « Renouveau », le Vietnam a maintenu la mention « Marxiste-Léniniste » dans sa Constitution malgré l’érosion patente de l’idéologie au sein de la population.

            Comment s’est donc traduite concrètement la célébration de cet anniversaire au Vietnam ?

En substance les officiels vietnamiens célébraient l’esprit d’indépendance et d’émancipation que représentait la révolution bolchevique pour une nation issue de la décolonisation. La dimension sociale était également soulignée dans la vulgate marxiste. Pour le gouvernement vietnamien les bolcheviques ont ébranlé le monde en ouvrant une nouvelle ère de l’histoire humaine.

Pour autant, bien que célébré, l’idéologie marxiste – léniniste n’a jamais été seule dans les discours officiels. Ainsi lui est il souvent accolé la « pensée Ho Chi Minh » et le « réalisme économique » qui ont permis au Vietnam de rester dans le chemin du socialisme en évitant les échecs de l’URSS et de l’Europe de l’Est tant du point de vue économique que politique.

Ainsi le discours tenu par Hanoï est il le suivant : l’actuelle république démocratique du Vietnam est héritière directe de la révolution d’octobre même si l’idéologie issue de celle-ci n’est pas suffisante à expliquer l’état économique et politique du pays. Mieux, le pays a appris des erreurs de la révolution d’octobre pour persévérer dans la voie du socialisme, permettant au passage au secrétaire général du PCV de rappeler les progrès du Vietnam depuis 1986 et d’appeler au renforcement du Parti pour le rendre plus combatif, plus efficace et plus transparent[4].

Dans une moindre mesure cette date anniversaire a également été l’occasion pour le Vietnam et la Russie de conforter leurs bonnes relations diplomatiques par l’évocation de la révolution bolchevique.

D’un point de vue événementiel le Vietnam s’est montré très actif pour l’occasion.

Lénine
La statue de Lénine au centre d’Hanoï.

Bien sûr plusieurs réunions politiques ne manquant pas de solennité ont eu lieu. Ainsi un meeting spécifique réunissant tous les notables, anciens et actuels, du Parti ainsi que les associations d’amitié russo-vietnamienne ou d’anciens étudiants vietnamiens en Russie. Avant ce plenum exceptionnel de nombreux officiels ont tenu à déposer des fleurs devant la statue de Lénine sur l’avenue Dien Bien Phu de Hanoï.

Le Vietnam a également participé à plusieurs ateliers de réflexion internationaux réunissant plusieurs formations marxisantes ou communistes durant la date anniversaire ou peu avant : le forum de Moscou le jour même de l’anniversaire de la révolution[5] (tenus après que le Vietnam se soit activement investi dans sa préparation[6]), un forum en Inde en janvier dernier à l’initiative du PC Indien.

L’événement est également l’occasion pour le Vietnam d’organiser des expositions de peintres soviétiques/russes ou de peintre vietnamien ayant étudié l’art du « réalisme socialiste » en Union soviétique[7].

Vladimir Serov lénine proclame le pouvoir des soviets 1947
Exemple d’art réaliste soviétique: Vladimir Serov, Lénine proclamant la créationd ‘un gouvernement soviétique, 1947.

Se tiennent également plusieurs des événements d’avantages tournés vers les relations russo-vietnamiennes sur fond de révolution d’octobre plutôt que sur la révolution en elle même : une semaine du livre russe[8] et des rencontres amicales avec la communauté russe vivant au Vietnam[9].

L’anniversaire est cependant resté cantonné à l’élite politique et aux universitaires vietnamiens, les masses vietnamiennes ne s’étant guère mobilisées pour l’événement.

Il faut dire que plusieurs facteurs jouent en ce sens comme le fait que la grande majorité des vietnamiens n’aiment guère parler politique et histoire en raison des faiblesses patentes de l’histoire officielle et du monopole du PCV sur la politique. Si les anciennes générations ont été fortement influencées par l’idéologie marxiste-léniniste, notamment à cause de la guerre contre les américains, et qu’elles se sont mobilisées, il est évident que cette influence a fortement décru s’agissant des générations nées peu avant et après 1986, année de l’ouverture économique du pays.

Par ailleurs, comme une sorte de revanche, la partie sud du pays, la plus importante économiquement, n’apprécie guère ces événements liés à une histoire communiste contre laquelle la plupart des familles ont lutté au côté des américains.

Ensuite depuis début novembre le centre du Vietnam est touché de plein fouet par une série d’événements climatiques grave ayant déjà provoqué la mort de plusieurs dizaines de personnes, le déplacement de plusieurs milliers et un blocage de la haute saison touristique dans les provinces des villes les plus visitées à cette époque de l’année (Da Nang, Hoi An et Nha Trang notamment)[10].

Enfin il faut bien garder à l’esprit que le Vietnam est également le pays qui accueille le sommet de l’APEC (l’Asie Pacific Economic Cooperation[11]) à Da Nang entre le 6 et le 11 novembre 2017 et que ce forum est très important pour le Vietnam du point de vue de sa diplomatie et de son économie. En effet, suite au Renouveau de 1986, le Vietnam a inauguré une diplomatie tous azimut pour sortir de son isolation provoquée par la chute de son « grand frère soviétique » et pour échapper autant que faire se peut à l’influence de son titanesque voisin du nord qu’est la Chine[12].

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Photo de groupe des chefs d’état et de gouvernement des pays membres de l’APEC à Da Nang le 11 novembre dernier.

Du point de vue de la célébration de la révolution bolchevique cela implique deux conséquences majeures :

  • Célébrer trop solennellement la naissance du marxisme-léninisme reviendrait pour Hanoï à mettre l’accent sur sa proximité idéologique avec Pékin, alors que le PCC utilise justement celle-ci pour créer des liens diplomatiques rappelant les liens de vassalité « traditionnels » entre l’empire du Milieu et son petit voisin du sud[13].
  • Dans cette stratégie d’équilibre des puissances et d’ouverture du jeu diplomatique vietnamien, insister trop lourdement sur un héritage marxiste-léniniste pourrait handicaper le corps diplomatique vietnamien en raison de la nature extrêmement clivante de l’événement. Rappelons également que le Vietnam compte énormément sur les Etats Unis pour contrebalancer l’influence chinoise et que ceux ci sont extrêmement anti-communistes. On notera d’ailleurs que le président américain Donald Trump avait appelé à baptiser la date anniversaire du centenaire de la révolution bolchevique « journée nationale des victimes du communisme » juste avant une tournée asiatique l’emmenant en Chine et au Vietnam, deux pays ouvertement communistes[14]. Ni Hanoï, ni Pékin n’ont répondu à cette envolée, jugeant plus pragmatique de ne pas relever.

On ne peut ici qu’établir un parallèle avec la forme qu’a pris la commémoration en Russie en l’influence de cette commémoration « mère » sur le Vietnam par l’intermédiaire de l’actuelle ou ancienne diaspora vietnamienne en Russie/URSS.

En effet, rappelons que le Vietnam, alors en pleine guerre contre les américains, fut pris entre deux feux lorsque le conflit sino-soviétique dégénéra en 1969, date à laquelle les mouvements de troupe des deux côtés de la frontière entre la Chine et l’URSS laissait présager d’un conflit majeur.

Après avoir tenté une politique d’équidistance entre les deux puissances majeures du bloc soviétique, le PCV opta pour un rapprochement radical avec les soviétiques en 1978 pour un ensemble de raisons diplomatiques, économiques, historiques et militaires qu’il serait trop long à exposer ici. Retenons seulement que Pékin s’était allié avec les Khmers Rouges de Pol Pot en 1976 et que ceux ci perpétrèrent des massacres dans les villages vietnamiens au Cambodge.

La rupture entre Hanoï et Pékin fut définitive lorsqu’en 1979 les troupes vietnamiennes arrivent au Cambodge pour mettre fin à la folie meurtrière du régime des Khmers Rouges.

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Caricature vietnamienne des leaders américain, Jimmy Carter, et chinois, Deng Xiaoping, accusés par le PCV de se nourrir du nazisme en aidant l’installation du régime anti-vietnamien de Pol Pot.

Ainsi dès 1979, le Vietnam vit sous perfusion des aides soviétiques et n’entretien des relations diplomatiques uniquement avec l’URSS et les pays du Conseil d’Aide Economique Mutuelle réunissant les satellites communistes d’Europe de l’est. Dès lors la formation des élites vietnamiennes passe par une éducation soviétique quelque soit le domaine[15].

Aussi les vietnamiens constituaient encore 90% de la communauté étrangère lorsque l’URSS éclate même après que plusieurs ressortissants soient rentrés au pays après la fin des guerres[16].

La longue durée de ces liens ainsi que leur profondeur forment une base sur laquelle les deux pays capitalisent à l’heure actuelle pour servir leurs intérêts directs : le Vietnam voit dans la Russie un allié traditionnel et puissant au niveau régional qui peut influencer la Chine, car faisant partie de la coopération de Shangaï, et qui de plus est un producteur d’arme important ; la Russie pour sa part considère le Vietnam comme une tête de pont stratégique en Asie du Sud Est lui permettant d’être présente militairement et économiquement sur un théâtre clé de la politique mondiale[17].

On peut de ce fait estimer, comme pour l’APEC, que le PCV vietnamien, qui avait fustigé les méthodes de Gorbatchev dans la phase terminale de la Perestroïka en estimant que c’était une trahison semble ménagé la Russie en ne mettant pas en exergue cette période même s’ils se glorifient de continuer dans la voie du socialisme.

C’est certainement pour cela que le programme des festivités se ressemble dans les deux pays.

En effet la Russie a également prévu une commémoration très peu solennelle du centenaire réservée à un public de spécialistes. D’après Sergueï Karychkine, directeur des services de renseignements extérieurs et président de la société d’histoire russe, « l’anniversaire (du centenaire de la révolution d’octobre) n’est pas fait pour organiser des événements solennels ou pour être fêté mais pour en tirer des leçons »[18].

Il faut dire que la Russie actuelle est prise dans un paradoxe qu’elle ne paraît pas à même de trancher tant les stigmates des 70 ans de gouvernement soviétiques semblent sensibles pour Moscou. Ce dilemme est quasi totalement représenté en la personne du président russe qui, bien que produit de la Russie Soviétique, a reprit à la Russie Tsariste ses valeurs traditionnelles tout en louant sa stabilité. Un exemple encore plus éclairant à ce sujet réside également dans le fait que l’Eglise Orthodoxe Russe a canonisé le Tsar Nicolas II alors que Lénine, leader des bolchéviques lors de son assassinat ainsi que celui de sa famille, trône encore sous son cercueil de verre en plein centre de Moscou. La réconciliation entre les « Rouges » et les « Blancs » n’est donc toujours pas faite en Russie malgré les efforts du gouvernement depuis le début de l’ère Elstine. Il est ainsi notable que le comité en charge de la commémoration du centenaire soit composé de diverses personnalités indépendantes et même critique du pouvoir alors les représentants politiques des mouvements communistes et monarchistes n’y ont pas le droit de citer[19].

Afin de comprendre la révolution bolchévique et le jeu politique de la Russie post-URSS ainsi que leurs influence sur le Vietnam, la révolution d’octobre doit être mise en perspective avec une autre révolution russe de février 1917.

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Nicolas II, dernier Tsar de Russie.

Celle-ci avait vu l’abdication du Tsar Nicolas II et de la dynastie des Romanov au profit d’une coalition entre les Soviets et les libéraux républicains. La Russie tsariste était alors en plein marasme économique et sociale alors que la guerre contre l’Allemagne tourne en défaveur des troupes russes. Les lacunes industrielles du pays ne lui permettaient pas d’affronter la machine de guerre allemande bien plus performante pour approvisionner les troupes sur le front. Le tissu industriel est exsangue et le chômage explose en même temps que le prix des denrées de premières nécessités.

Ainsi quand l’usine d’armement Poutilov de Petrograd (Saint Pétersburg) ferme ses portes à défaut d’approvisionnement suffisant. Des grèves et des émeutes éclatent quasi instantanément au son de « Du pain, du travail ! », « Vive la République » et « A bas la guerre ! ». Les forces de répression sont complètement débordées par l’ampleur du mouvement et la virulence des manifestants.

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Aleksender Kerensky, leader de la mouvance libérale-républicaine après la révolution de février 1917.

Le mouvement est alors noyauté par les factions révolutionnaires libérales-républicaines et marxistes (menchevik, bolchevik, socialistes révolutionnaires) constitués en soviets. Deux mouvements s’ébauchent et s’emploient à mettre à bas la monarchie en s’appuyant l’un sur l’autre (le chef du gouvernement libérale, Kerensky, fera relâcher des révolutionnaires « rouges » à des fins de combines politiques contr le tsar). Ces deux mouvements se partagent le pouvoir lorsqu’un comité provisoire de salut public se forme à la Douma[20] : les libéraux dominent le gouvernement au travers du Parti constitutionnel démocratique et défendent une vision de la Russie sur le modèle des démocraties libérales occidentales alors que les soviétiques maillent le territoire de la Russie de comités ouvriers et militaires reposant sur l’autogestion et le suffrage universel direct.

Malgré cette opposition idéologique apparente, la force de l’alliance amène à l’effondrement de la monarchie tsariste en mars 1917. Ce changement de régime soudain, inattendu et à moindre coût soulève une vague d’enthousiasme et de libéralisation dans l’attente de la formation d’une assemblée constituante. Le gouvernement provisoire russe forme l’éphémère République de Russie applique un vaste programme de réforme des institutions pour le démocratiser. Les bolcheviks de Lénine ne participe pas au gouvernement mais parviennent à imposer l’instauration de soviets par le biais des mencheviks et des sociaux-révolutionnaires.

Pourtant, devant la pression internationale de la Triple Entente (France et Angleterre notamment), la Russie libérale est sommée de poursuivre la guerre et d’ouvrir son économie aux capitaux étrangers, aggravant de fait la situation sociale et militaire de la Russie tout en n’ayant pas la force de prévenir l’écroulement de l’empire tsariste via la prise indépendance des plus petites nations périphériques (Géorgie, Arménie, pays turcophones d’Asie centrale, etc…).

Les graines de la Révolution d’octobre étaient semées[21]

De l’avis de plusieurs observateurs russes et internationaux, la fin de l’URSS et les réformes ultralibérales du gouvernement Elstine dépeçant l’appareil de production publique sur un modèle de démocratie parlementaire et sous la pression des canons économiques libéraux internationaux (OMC, Banque Mondiale, OCDE, etc…) peuvent être vues comme une revanche de la révolution de février sur la révolution d’octobre. Il a fallu attendre le militaire Poutine pour lutter contre les milieux d’affaires des oligarques russes défendant les intérêts de la finance mondialisée contre les intérêts russes[22].

Ainsi le gouvernement vietnamien, ayant réagi à l’effondrement de l’URSS par un rapprochement conservateur avec la Chine, voie dans l’expérience russe un contre modèle justifiant le maintien du régime socialiste au nom d’une idéologie protectrice de la situation sociale et de la souveraineté du pays tout en jouissant d’un progrès économique rapide. En ce sens le Vietnam tire des leçons de la Révolution bolchevique au moins autant que la Russie elle même à propos de la transition politique d’un régime fondé sur une base marxiste-léniniste.

[1] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/10/15/reponse-aux-lecteurs-n3-la-forte-influence-sans-assimilation-de-la-civilisation-chinoise-sur-le-vietnam-chine-et-vietnam-sous-domination-dilemme-de-la-reforme-ou-du-conservatisme-con-2/

[2] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/10/29/fiche-de-lecture-alain-ruscio-ho-chi-minh-textes-1914-1969-lharmattan-1990/ et https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/08/defi-30-jours-30-articles-11-retour-de-france-de-russie-de-chine-les-divisions-du-mouvement-communiste-vietnamien/ et https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/celine-marange-le-communisme-vietnamien-1919-1991-construction-dun-etat-nation-entre-moscou-et-pekin/

[3] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/09/02/actualite-declaration-dindependance-vietnamienne-que-sest-il-passe-le-2-septembre-1945/

[4] http://vovworld.vn/fr-CH/chronique-du-jour/la-revolution-doctobre-et-le-renouveau-du-vietnam-591709.vov

[5] http://vovworld.vn/fr-CH/actualites/la-revolution-doctobre-russe-celebree-partout-dans-le-monde-591868.vov

[6] http://fr.nhandan.com.vn/dossier/dossier-histoire/item/3474471-le-vietnam-au-groupe-de-travail-en-l%E2%80%99honneur-de-la-revolution-d-octobre-russe.html

[7] https://lecourrier.vn/le-programme-lepopee-doctobre-%E2%80%8Bloue-la-revolution-doctobre-russe/438385.html

[8] https://lecourrier.vn/le-centenaire-de-la-revolution-doctobre-russe-celebre-en-grande-pompe-au-vietnam/438548.html

[9] http://vovworld.vn/fr-CH/actualites/la-revolution-doctobre-russe-celebree-partout-dans-le-monde-591868.vov

[10] http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/06/le-typhon-damrey-cause-des-dizaines-de-morts-au-vietnam_5210681_3244.html

[11] La coopération économique pour l’Asie-Pacifique est un forum économique intergouvernemental créée en 1989 visant à faciliter la croissance économique, la coopération, les échanges et l’investissement de la région Asie Pacifique.

[12] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/01/22/actualites-le-discours-gagnant-gagnant-de-xi-jinping-au-forum-economique-mondiale-de-davos-vers-un-retour-a-la-hierarchie-des-relations-internationales-du-systeme-tributaire/ et https://vinageoblog.wordpress.com/2017/06/08/actualite-quelle-place-pour-le-vietnam-dans-le-projet-chinois-de-nouvelle-route-de-la-soie/

[13] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/01/22/actualites-le-discours-gagnant-gagnant-de-xi-jinping-au-forum-economique-mondiale-de-davos-vers-un-retour-a-la-hierarchie-des-relations-internationales-du-systeme-tributaire/

[14] http://www.europe1.fr/international/100eme-anniversaire-des-revolutions-russes-donald-trump-declare-la-journee-nationale-des-victimes-du-communisme-3486464

[15] Marangé Céline. Les relations politiques de l’Union soviétique avec le Vietnam de 1975 à 1995. In: Outre-mers, tome 94, n°354-355, 1er semestre 2007. L’URSS et le Sud. pp. 147-171

[16] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/04/21/poudrieres-en-mdc-viii-strategie-vietnamienne-en-mer-de-chine-internationalisation-des-conflits-et-deni-dacces/

[17] Idem.

[18] http://www.levif.be/actualite/international/revolution-d-octobre-le-centenaire-celebre-sans-eclat/article-normal-742553.html

[19] Idem.

[20] Parlement russe.

[21] https://www.herodote.net/8_mars_1917-evenement-19170308.php

[22] http://russiepolitics.blogspot.fr/2017/11/revolution-oblige.html

Poudrières en MDC VIII. Stratégie vietnamienne en Mer de Chine: internationalisation des conflits et déni d’accès.

Nous avons déjà beaucoup parlé de stratégie militaire sur ce blog[1][2][3][4][5] mais sans étudier en détail les mesures prises par le gouvernement vietnamien contre la stratégie de « provocation calibrée » mise en œuvre par la Chine pour progresser dans l’espace maritime de la MDC du Sud et établir sa « langue de bœuf »[6].

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La « langue de boeuf » chinoise représentée pour la première fois sur une carte en 1947. Au centre on voit les archipels Spratleys et Paracels.

Pour les lecteurs qui n’ont pas eu l’occasion de lire les précédents articles de la série un petit résumé peut s’imposer : la «territorialisation des mers » par la convention de Montego Bay en 1982 a provoqué une série de revendications de souverainetés vietnamiennes sur les archipels dits « Spratley » et « Paracels »[7]. Mais cette souveraineté n’est qu’en partie effective du fait que le Vietnam n’est pas le seul pays à avoir fait de telles réclamations : les iles Paracel sont également revendiquées par Taïwan et la Chine alors que les Spratleys constituent un lieu de conflit pour la Chine (qui réclame l’archipel dans son intégralité), les Phillipines, Brunei et la Malaisie[8]. Par l’occupation de ces iles la Chine entend faire valoir des « droits historiques » sur la MDC (mer de l’Est pour les Vietnamiens) et ainsi être en mesure de contrôler les voies maritimes actuellement au centre des échanges commerciaux internationaux[9][10]. Pour se faire elle a drastiquement changé sa politique martiale pour privilégier la marine et s’active à se doter d’une force de frappe à hauteur de ses intentions[11]. Le Vietnam, frontalier du géant par la mer et la terre, voit dans les intentions chinoises une menace à sa souveraineté nationale et n’hésite pas à rappeler les contentieux historiques profond entre les deux pays pour construire un roman nationale anti chinois[12]. Rappelons également que le dialogue entretenu entre les deux PC, fortement éprouvés par la corruption, ainsi que les concessions avérées ou supposées qui en découlent provoquent la colère du peuple vietnamien et constituent sans nul doute le risque intérieur le plus important pour le gouvernement[13].

Bien qu’officiellement en paix avec son grand voisin du nord, le Vietnam voit sa politique de défense se construire pour tenter de contrebalancer l’hégémonie chinoise dans la région. Ces réflexions stratégiques forment un ensemble de prescriptions martiales recueillies dans des « Livres Blancs de la Défense » (LBD). 3 de ces livres ont été publiés en 1998, 2004 et 2009. Cette dernière version sera la base de cet article.

D’un point de vue général, le LBD de 2009 revient aux concepts traditionnels qui ont nourris les guerres vietnamiennes depuis la première invasion par la Chine[14] : « guerre du peuple » dans une stratégie défensive globale basée sur un « potentiel politico-spirituel » défini comme « une composante du potentiel de défense nationale, inhérent aux qualités humaines, aux traditions nationales historico-culturelles, et au système politique ».

Si cette conception est peu prolixe quant aux menaces « non traditionnelles [15]» (comme dans le cas du Mékong[16]), elle répond néanmoins aux menaces traditionnelles que représente ce qui peut être compris comme une résurgence de la menace chinoise pour le Vietnam. Evidemment, la Chine présente sa montée en puissance comme une «  émergence pacifique » et la nécessité pour le gouvernement vietnamien de maintenir un dialogue avec son homologue chinois lui interdit de présenter la situation dans ce sens.

Ainsi les autorités vietnamiennes préfèrent estimer que ces tensions en MDC sont, plutôt qu’une annexion pure est simple, une entrave à la « maritimisation » du pays alors que la part de l’économie maritime dans la croissance économique du pays va croissante et que cette matière est prioritaire dans la politique vietnamienne[17].

Fidèle à une maitrise de la dialectique « politique – militaire » pour mener une guerre, la doctrine militaire vietnamienne issue du LBD de 2009 repose sur un triptyque de rapport de force avec son voisin chinois : économique, diplomatique et militaire. Comme l’asymétrie sur le plan économique est patente et que nous avons déjà quelque peu étudier le sujet précédemment[18] [19], l’article se concentrera d’avantage sur les parties diplomatiques et militaires. A noter que, correspondant à la fois à la doctrine marxiste-léniniste (subordination du militaire au pouvoir civil) et à la tradition martiale du Vietnam, la seconde est considérée comme un soutien au premier.

Commençons donc par le volet diplomatique.

D’un point de vue global, après le « Renouveau » (ou « Doi Moi ») et l’effondrement de l’URSS, l’objectif du Vietnam a clairement été une ouverture diplomatique tous azimut dans le but de suppléer au « grand frère » et seul allié soviétique en voie d’effondrement. La normalisation des rapports avec la Chine en1991 fut un des principaux moteurs de cette ouverture diplomatique même s’il est clair que la nouvelle configuration mondiale plaçait le Vietnam dans un état de faiblesse par rapport à son voisin du Nord et ce notamment lorsque celui ci réactive ses intentions impériales dans le « pré carré » vietnamien (Laos et Cambodge) .Ainsi toute alliance diplomatique frontalement opposée à la Chine était à oublier.

Le Vietnam fonda alors sa politique étrangère sur une position neutre en pariant sur une progression économique qui serait la panacée de ses problèmes. Cette politique implique trois refus toujours explicites : pas de base militaire étrangère sur le territoire, pas d’alliance de nature militaire et pas de relations diplomatiques cherchant uniquement à nuire à un pays tiers. Il s’agit pour le gouvernement vietnamien de se donner les moyens d’une politique étrangère d’équidistance entre les grandes puissances en évitant toute réaction disproportionnée de la Chine.

Il s’agit dans les faits d’une mise à jour de la stratégie dite « du faible au fort[20] » dans le contexte actuel. Les stratèges contemporains préfèrent le terme de « stratégie de couverture » (« hedging strategy »). Il s’agit de mettre en place un réseau de relations diplomatiques flexibles et de haute intensité mais sans lui donner un caractère formel. L’intérêt du Vietnam à lier de telles alliances est à la fois de bénéficier de partenaires internationaux pour servir de caisse de résonance à ses positions et d’internationaliser les conflits en MDC. Nous avions déjà vue en ce sens la stratégie consistant à associer l’Inde dans l’exploitation du pétrole off shore situé dans l’espace maritime attenant au Vietnam[21].

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Signature du partenariat stratégique France-Vietnam par les premiers ministres français et vietnamien à Paris (25 septembre 2013).

Le pays fut ainsi un des premiers à signer un « partenariat stratégique » avec la Russie en 2001[22]. Depuis ce dispositif n’a cessé de s’étendre puisque le pays est signataire de 13 « partenariats stratégique » (Japon en 2006, Inde en 2007, Corée du Sud en 2009, Royaume Uni en 2010, Allemagne en 2011, France, Indonésie, Singapour et Thailande en 2013) et de 11 « partenariats compréhensifs » (Australie et Nouvelle Zélande en 2009, Etats Unis et Ukraine en 2013 notamment).

Un autre théâtre pour le Vietnam est également la visibilité offerte par l’ASEAN même s’il est clair, que comme nous avons déjà pu le voir, l’organisation régionale ne prévoit aucune procédure contraignante en cas de conflit d’un des membres avec un pays tiers et plusieurs voies se sont déjà faites entendre sur le fait que les altercations en MDC ne saurait en aucun cas être toléré comme un conflit « ASEAN- Chine »[23].

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Carte de répartition des zones maritimes militaires et des bâtiments de la marine vietnamienne (selon le LBD de 2009). La concentration des moyens militaires au large des Spratleys ne laisse aucun doute quant à la crispation vietnamienne dans la zone.

Afin d’appuyer cette logique diplomatique visant à ne pas laisser le pays isolé, le gouvernement vietnamien a suivi son voisin chinois dans son appel du large afin de se donner les moyens de fonder une stratégie dite de « déni d’accès ». Cette tactique est essentiellement défensive et consiste comme son nom l’indique en la neutralisation d’une éventuelle aventure militaire sur un territoire que l’on contrôle[24]. Le Vietnam mime en cela les dispositions que les chinois prennent en MDC mais à l’égard des Américains[25].

Ainsi l’Armée Populaire du Vietnam, jouant encore un rôle central dans l’économie vietnamienne, se voit renforcer de jour en jour et notamment s’agissant de son volet maritime. A l’image de la doctrine militaire chinoise ayant cour jusque dans les années 90[26], le Vietnam ne se considérait guère comme une puissance navale malgré sa façade maritime immense. Le développement effréné de la marine chinoise l’obligea à choisir entre se cantonner à la défense côtière en accusant un retard technologique rendant la marine de guerre vietnamienne impuissante ou au contraire se doter d’un arsenal militaire hauturier (de haute mer) en cohérence avec ses aspirations souveraines en MDC.

Depuis le début des années 2000 la marine vietnamienne connaît un saut qualitatif sans précédent et ce grâce au développement économique du pays. Ainsi si le pourcentage du PIB alloué à la défense reste relativement stable (entre 1,5 et 2,5%) la valeur absolue du budget augmente radicalement chaque année. En 2014 le gouvernement vietnamien dépensait 6,2 Milliards de dollars dans la défense[27].

Ces excédents économiques permettent de ce fait de moderniser la marine à grande vitesse principalement par l’importation d’appareils étrangers même si des chantiers navals vietnamiens apparaissent et parviennent à ébaucher une industrie de guerre sophistiquée au Vietnam depuis la réussite du navire TT400TP en 2011[28].

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Le premier sous-marin russe de classe Kilo juste avant sa mise à flot dans la baie Cam Ranh (2011)

Cette production locale est encore relativement faible vis à vis des importations. C’est la Russie qui très vite a participé à l’émulation du potentiel naval vietnamien en vendant son savoir-faire à son ancien allié. En plus de signer le premier partenariat stratégique avec le Vietnam, le gouvernement russe a fourni dès 2001 2 patrouilleurs multitâches Svetlyak au Vietnam. Cette dynamique sera poursuivie autant par la quantité que par la montée en gamme des vaisseaux de guerres commandés : 4 corvettes lances missiles Tarantul I entre 2001 et 2004 (aujourd’hui il semble qu’une dizaine de corvettes améliorées Tarantul V soit en construction au Vietnam) et 2 frégates ultra modernes de type Gepard en 2011 (deux sont actuellement en construction au Vietnam[29]). Mais c’est surtout la signature d’un contrat d’acquisition par le Vietnam de 6 sous marins russes de classe Kilo qui apporte l’avancée la plus significative : en acquérant ce type de matériel (les sous marins russes de ce type possèdent une signature sonore si basse qu’ils sont surnommés  « trou noir » par la marine américaine[30]), le Vietnam devient la première puissance navale d’Asie du Sud Est à se doter d’une dissuasion sous marine de pointe pouvant rivaliser avec les moyens chinois[31]. A noter que par le truchement d’une alliance plus ancienne, c’est l’Etat indien qui fournit les pièces de rechange de marque russe au Vietnam, entérinant de ce fait un solide axe diplomatique Vietnam – Inde – Russie[32].

Fidèle à sa logique internationalisante, le Vietnam favorise la diversification de sa chaine d’approvisionnement en recevant la visite de bâtiments français ou japonais dans sa base de Cam Ranh ou en se voyant doter de frégate lance missile par le Japon[33]. Le grand tour historique que prend notre affaire est la levée de l’embargo américain sur les armes durant la visite à Hanoï de l’ex président américain Barack Obama le 23 mai 2016. Si plusieurs commentateurs sont circonspects quant à l’achat d’avion de combat F-16, il semble clair que le Vietnam veuille se doter de matériel « non létal » axé sur la détection et l’intervention rapide. Les avions espions Orion III semblent ainsi particulièrement indiqués[34]. La France collabore en ce sens avec le Vietnam avec la mise en place du programme de télédection Movimar et de son extension qui, bien que non cantonné au secteur de la défense, sert également de base au programme de surveillance satellite vietnamien et ce notamment dans le cadre des conflits en MDC[35]. A noter que d’ici 2020, le Vietnam entend se doter par ses propres moyens de satellites de détection et de communication[36].

En guise de conclusion, on ne peut que constater que les efforts diplomatiques et militaires du Vietnam autour de la stratégie internationaliste du « déni d’accès » sont efficaces pour éviter tout aventurisme chinois en MDC et ce malgré la domination économique et militaire écrasante de la Chine.

Il semble par ailleurs évident que ces mêmes efforts ne sauraient être suffisants pour que le Vietnam seul puisse tenir tête à l’hégémonie chinoise. Ainsi si les partenariats stratégiques que nous avons détaillés plus haut témoignent de la vitalité diplomatique d’Hanoï, ils ne garantissent en rien l’alignement des partenaires sur la vision vietnamienne et n’efface pas les divergences entre les pays partenaires. Cet état de fait laisse largement entrevoir l’instabilité du dispositif vietnamien. Ainsi l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux Etats Unis et la fin annoncée du Taité Transpacifique ainsi que la réserve américaine au sein de l’APEC[37] peuvent être comprises comme deux revers pour les Vietnamiens étant donné qu’ils comptaient les utiliser pour tenter de sortir de l’hégémonie économique de leur grand voisin du Nord. Toutefois les commandes d’armes auprès des pays tiers prévoient l’envoi de personnels de formation et d’entretien sur place qui peuvent en revanche forcer les pays concernés à la réaction.

De la même façon sur le plan martial, l’inexpérience de la marine vietnamienne s’agissant de la défense en haute mer nécessitant une grande coordination inter-arme (détection, artillerie côtière, aviation, navire d’attaque, missile balistique) laisse augurer une phase d’adaptation relativement longue avant d’être parfaitement opérationnel. Ce fait est d’autant plus important que dans l’archipel des Spratleys, le Vietnam contrôle pas loin de 22 îles/îlots/ banc de sable, faisant du « merritoire » vietnamien le plus vaste à défendre.

Il paraît cependant clair que cette dynamique, déjà bien entamée par le gouvernement vietnamien, va se poursuivre plus rapidement. En effet bien qu’aucun front antichinois ne soit officiellement proclamé, il paraît clair que le Vietnam se trouve au centre de 3 visions stratégiques majeures alimentant sa doctrine : la stratégie japonaise dite « Look South[38] », la stratégie indienne « Act East[39] » et la stratégie américaine de « pivot stratégique[40] » ver l’Asie.

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Les premiers ministres indien et vietnamien assiste à la signature d’un accord de coopération intéressant la marine civil et militaire entre les amiraux en chef des deux pays (Septembre 2016).

[1] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/20/defi-30-jours-30-articles-23-absurde-le-manque-de-contenu-politique-des-contre-insurges-francais-et-americains-durant-les-deux-premieres-guerres-dindochine/

[2] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/19/defi-30-jours-30-articles-22-la-guerre-contre-insurectionnelle-la-conception-dune-nouvelle-doctrine-de-guerre-pour-defaire-la-guerilla-maoiste-du-viet-minh/

[3] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/02/01/actualites-special-tet-deux-episodes-guerriers-celebres-dans-lhistoire-vietnamienne-a-loccasion-du-nouvel-an-lunaire/

https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-vi-la-strategie-militaire-chinoise-en-mer-de-chine-lempire-du-milieu-repond-a-lappel-du-large/

[5] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/duc-un-regard-allemand-sur-le-vietnam-1965-1972-uwe-siemon-netto-les-indes-savantes-editions-2015/

[6] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-ii-historique-des-litiges-sino-vietnamiens-sur-les-iles-spratley-et-paracels/

[7] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-iii-le-difficile-contexte-de-merittorialisation-la-convention-de-montego-bay/

[8] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-ii-historique-des-litiges-sino-vietnamiens-sur-les-iles-spratley-et-paracels/

[9]https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-iv-la-mdc-au-centre-de-la-mondialisation/

[10] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-v-lambiguite-des-revendications-maritimes-chinoises-les-difficultes-de-la-merritorialisation-et-la-notion-chinoise-des-frontieres/

[11] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-vi-la-strategie-militaire-chinoise-en-mer-de-chine-lempire-du-milieu-repond-a-lappel-du-large/

[12] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mer-de-chine-vii-la-schizophrenie-vietnamienne-attraction-et-repulsion-chinoise/

[13] Idem.

[14] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/12/05/reponse-au-lecteur-n3-la-forte-influence-sans-assimilation-de-la-civilisation-chinoise-sur-le-vietnam-partie-i-introduction-et-perspectives-historiques/

[15] http://www.diploweb.com/La-pensee-strategique-vietnamienne.html#nh10

[16] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/le-mekong-ii-quand-lhydrologie-devient-geopolitique/

[17] Nathalie Fau, La maritimisation de l’économie vietnamienne : un facteur exacerbant les tensions entre le Vietnam et la Chine et MDC méridionale ?, dans Hérodote n°57, Les enjeux géopolitiques du Vietnam, 2ème trimestre 2015, p.39-55.

[18] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/01/22/actualites-le-discours-gagnant-gagnant-de-xi-jinping-au-forum-economique-mondiale-de-davos-vers-un-retour-a-la-hierarchie-des-relations-internationales-du-systeme-tributaire/

[19] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mer-de-chine-vii-la-schizophrenie-vietnamienne-attraction-et-repulsion-chinoise/

[20] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mer-de-chine-vii-la-schizophrenie-vietnamienne-attraction-et-repulsion-chinoise/

[21] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/02/28/defi-30-jours30-articles-petrole-le-vietnam-pays-petrolier-emergent/

[22] Elevé au rang de « partenariat stratégique compréhensif » en 2011.

[23] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/03/26/defi-30-jours30-articles-29-lasean-et-le-vietnam-de-la-posture-conservatrice-a-la-volonte-dintegration-les-limites-de-la-vision-utilitaire-vietnamienne/

[24] https://www.files.ethz.ch/isn/165710/201317.pdf

[25] http://www.ttu.fr/pacifique-comment-contrer-le-deni-dacces-chinois/

[26] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/poudrieres-en-mdc-vi-la-strategie-militaire-chinoise-en-mer-de-chine-lempire-du-milieu-repond-a-lappel-du-large/

[27] http://www.nationmaster.com/country-info/profiles/Vietnam/Military

[28] http://blog.vietnam-aujourdhui.info/post/2011/11/27/Marine-%3A-naissance-du-premier-navire-de-guerre-made-in-Vietnam

[29] http://cesm.marine.defense.gouv.fr/images/Cargo/2012/CARGO2012-17_Vietnam-stratgie-defense-chinoise.pdf

[30] https://classe-internationale.com/2015/03/22/modernisation-de-la-marine-vietnamienne-un-nouvel-acteur-en-asie-du-sud-est/

[31] http://nationalinterest.org/feature/chinas-nightmare-vietnams-new-killer-submarines-12505

[32] https://classe-internationale.com/2015/03/22/modernisation-de-la-marine-vietnamienne-un-nouvel-acteur-en-asie-du-sud-est/

[33] https://asialyst.com/fr/2016/03/16/mer-de-chine-le-retour-sous-marin-du-japon/

[34] http://thediplomat.com/2016/05/with-arms-embargo-lifted-whats-on-vietnams-shopping-list/

[35] http://lecourrier.vn/le-developpement-des-technologies-spatiales-au-vietnam/179266.html

[36] http://lecourrier.vn/les-technologies-aeronautiques-largement-appliquees-au-vietnam/354509.html

[37] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/01/22/actualites-le-discours-gagnant-gagnant-de-xi-jinping-au-forum-economique-mondiale-de-davos-vers-un-retour-a-la-hierarchie-des-relations-internationales-du-systeme-tributaire/

[38] Dans la vision japonaise, le Vietnam est le seul pays d’Asie du Sud Est à partager sans réserve la position du gouvernement japonais à l’égard de la Chine. Il s’agit donc par cette stratégie de lier les deux pays pour répondre à un certain nombre de menaces d’origine chinoises (même si la Chine n’apparaît jamais). Pour plus d’info : http://www2.jiia.or.jp/pdf/fellow_report/140711_Vietnam-Japan_Strategic_Partnership-Final_paper_Thuy_Thi_Do.pdf

[39] Il s’agit pour l’Inde de profiter de sa diaspora en Asie du Sud Est et de son influence culturelle pour fonder des partenariats stratégiques visant, entre autre, a empêché l’océan Indien de tomber sous domination chinoise. Pour plus d’info : https://www.theglobalist.com/modi-and-india-act-east-policy/

[40] Le « pivot » américain engagé en 2011 par l’administration Obama consiste en un rééquilibrage de la politique étrangère américaine vers la zone Asie Pacifique et ce notamment afin de répondre à une éventuelle menace chinoise. Pour plus d’info : https://asialyst.com/fr/2016/11/02/quel-bilan-pour-le-pivot-asiatique-de-barack-obama/