Quelles perspectives pour l’économie vietnamienne en 2022 ?

« Nouveau miracle asiatique[1] », « l’étoile brillante de l’Asie[2] », « l’économie que la covid-19 n’a pas pu stoppée[3] » telles furent les formules utilisées par la presse internationale pour saluer les performances de l’économie vietnamienne en pleine crise sanitaire. En plus d’être le seul pays du sud-est asiatique à afficher une croissance positive pour l’année 2020 (2.9%[4]), le gouvernement vietnamien pouvait se targuer d’une gestion de l’épidémie à la fois efficace et transparente[5] (au moins jusqu’à juillet 2021 et le variant delta). Pour autant, la stratégie « zéro cas » d’abord envisagée par les autorités dut être abandonnée après l’explosion des contaminations à Hanoï et Ho Chi Minh-Ville cet été[6]. De la même façon, et ce malgré les bons résultats affichés, le Vietnam a connu ses plus grosses difficultés économiques depuis l’ouverture du pays en 1986[7] du fait de la Covid 19. Au vu de ces changements décisifs et alors que le variant Omicron semble jeter l’ombre de nouvelles quarantaines sur les pays occidentaux et asiatiques, il convient de se demander de quoi le futur de l’économie vietnamienne sera fait. Afin de saisir la teneur des changements qu’a engendré l’apparition du coronavirus sur la scène internationale, il faut d’abord de retracer le parcours économique du Vietnam depuis le « Renouveau » (« Đổi mới » en vietnamien) ouvert en 1986 lors du sixième congrès du Parti Communiste Vietnamien (PCV) (I) a.) puis de définir le modèle qui prévalait jusqu’à l’avènement de la crise sanitaire (I)b.). Sur cette base et à l’aune de ce que le contexte permet ou non, il conviendra d’analyser les impacts sanitaires dont souffrent les agents économiques au Vietnam (II) a.) avant de conclure sur les mesures qui pourraient permettre à Hanoï de se relancer au mieux (II) b.).

I) Le Vietnam ante-Covid : objectif à long terme et modèle économique.

A) La dynamique économique initiée par le Doi Moi .

Lorsque se réunit le VI plénum du Parti Communiste Vietnamien (PCV) en décembre 1986, la situation du pays est critique, voire intenable. Le Vietnam fait en effet face à plusieurs problèmes graves et disposent de peu de ressources pour y faire face.

Sur le plan externe d’abord, le Vietnam souffre d’un isolement diplomatique cruel car à la fois sous le coup d’un embargo américain depuis la fin de la guerre de réunification en 1975 et de l’hostilité chinoise depuis que les deux pays se sont affrontés entre le 17 février et le 16 mars 1979. S’ajoute à cela la mauvaise image qu’avait propagée à l’international la crise migratoire de 1979 connu sous le nom de « boat people » qui vit près de 1.6 million de citoyens vietnamiens quitter le pays en 10 ans et ce dans des conditions affreuses[8]. Aussi, ne restaient comme partenaires diplomatiques et économiques à Hanoï que le « grand frère soviétique » et ses pays satellites d’Europe de l’Est, ce qui, d’un point de vue géographique n’allait pas sans difficultés étant donné l’éloignement[9]. Cette entente sera bouleversée par la fin de l’ère Brejnev et le début des réformes d’Andropov puis de Gorbatchev appelant à davantage de transparence politique tandis qu’Hanoï maintenait une ligne marxiste-léniniste « orthodoxe[10] ».

Sur le plan interne ensuite, le pays souffrait des conséquences de 50 ans de guerre quasi-ininterrompue : infrastructures de tout type insuffisantes en raison des destructions, moyens de productions détruits ou obsolètes, problème de qualification de la main d’œuvre, rationnement, fuite des cerveaux, etc… Cette précarité de la subsistance pour la population se doublait de lourds problèmes de gestion par les autorités publiques menant très souvent à la contrebande et à la corruption. En bref, les fonctionnaires détenant les réseaux de production ou de distribution organisaient le marché noir à leur propre profit. A noter enfin que le processus de collectivisation des moyens de production dans le sud après la réunification du pays était laborieux, ce qui posait également des problèmes en matière de productivité, surtout dans le secteur agricole.

L’ensemble de ces facteurs a conduit à un mécontentement généralisé et à une chute de la légitimité du Parti y compris dans ses propres rangs. On peut noter ici l’exemple de Mme Binh, petite fille du leader nationaliste Phan Chu Trinh et représentante du Viêt Cong lors des négociations de Paris tenant au retrait des troupes américaines, qui, dans Ma Famille, Mes Amis, Mon Pays décrit assez crument ces difficiles années[11]. Devant le péril éminent, les dirigeants du PCV décident donc d’opérer un changement drastique dans le domaine économique, appelé « Đổi mới » (« Renouveau » en vietnamien), en privatisant le domaine agricole et une partie des entreprises détenues par l’Etat ainsi qu’en garantissant la propriété privée et la liberté d’entreprendre (y compris pour les étrangers). S’en suivra une ouverture diplomatique tous azimut que nous marquerons ici par les pierres blanches de la normalisation des rapports avec Pékin en 1991 puis avec Washington en 1995, l’intégration de l’ASEAN en 1995 et de l’OMC en 2007.

Exhibition "Renovation - Journey of dreams" to be launched
Affiche de propagande en faveur du Doi Moi avec pour slogan « Comprendre la réalité, savoir rêver, sous la direction du Parti, une jeunesse bien éduquée. »

Pour autant, devant les effets subversifs des réformes lancées par Gorbatchev en URSS– et notamment les manifestations étudiantes sur la place Tienanmen en 1989 – le gouvernement vietnamien n’entend pas doubler ces réformes économiques de réformes politiques drastiques. Le Parti reste le seul acteur politique toléré, ce qui implique le maintien des monopoles publiques sur les médias et certaines secteurs stratégiques de l’économie, ouvrant la voie à l’« économie de marché à orientation socialiste».

B) Le modèle vietnamien d’« économie de marché à orientation socialiste ».

D’abord introduite dans la constitution de 1992, cette conception économique recouvre en fait une réalité relativement simple à décrire et apparentée aux réformes entreprises en 1976 en Chine Populaire par Deng Xiaoping qui résumait l’abandon du système collectiviste avec la maxime suivante : « Peu importe qu’un chat soit noir ou blanc, s’il attrape la souris, c’est un bon chat »[12].

Il s’agit ainsi de mettre au service du PCV le potentiel économique vietnamien régénéré par les flux de capitaux étrangers. Pour ce faire, les dirigeants vietnamiens vont implanter le modèle dit du « vol d’oies sauvages[13] ». Théorisé par le japonais Kaname Akamatsu en 1937, ledit modèle a été mis en place par tous les « tigres » et « dragon » asiatiques suite à la seconde guerre mondiale et offrait donc un volume conséquent d’expériences exploitables pour les planificateurs du PCV[14].

Le « vol d’oies sauvages » est une allégorie de la stratégie suivante : pour industrialiser progressivement un pays, il faut commencer par produire en masse des biens à faible ou moyenne valeur ajoutée mais nécessitant une grande quantité de main d’œuvre[15]. Il s’agit ensuite de réinvestir les bénéfices ainsi perçus afin de procéder à une montée en gamme de la production vers des biens à valeur ajoutée plus importante. En plus des bénéfices tirés de la valeur ajoutée par la fabrication, de l’export et des salaires versés, le pays hôte peut assortir l’autorisation à investir de diverses conditions tenant à l’emploi, aux conditions de travail, à la formation des employés ou aux transferts de technologies ou de savoir-faire[16]. Evidemment ce système repose sur deux conditions pour fonctionner : l’attraction des Investissements Directs Etrangers (IDE) et l’export des biens produits[17].

ANALYSE : Ces oies sauvages dont le vol annonce la prochaine offensive des  montres chinoises sur les marchés européens...
Schéma explicatif de la doctrine de développement en « vols d’oies sauavges »

Le moins que l’on puisse dire c’est que le Vietnam excella dans l’application de ces principes, affichant de très bonnes performances économiques même en temps de crise économique (1997 crise asiatique et 2008 onde de choc de la crise des subprimes aux Etats Unis). Le pays s’est ainsi progressivement éloigné de la place qu’il occupait dans le classement des 10 pays les plus pauvres au monde en 1990. Pour citer quelques chiffres, le PIB vietnamien atteignait péniblement les 14 milliards de dollars en 1985 tandis qu’il caracole à plus de 271 milliards pour l’année 2020[18]. Dans la même veine la proportion de la population vivant sous le seuil de pauvreté (moins de 1 dollar/jour) est passée de 52% en 1992 à 1.80% en 2018[19].

Il faut dire qu’en plus d’utiliser un modèle qui a fait ses preuves, le Vietnam dispose de plusieurs atouts permettant ce développement parfois qualifié de miraculeux : population jeune, main d’œuvre abondante et peu cher donc faible coût de fabrication, stabilité politique, position géographique avantageuse (proximité de la Chine et de pays dit « développés » tels que le Japon ou la Corée), façade maritime étendue. Le pays se positionne même en tant que « Chine+1 » dans le sens où il offre tous les avantages que son voisin du nord aux investisseurs étrangers sans leur faire courir le risque d’une mesure de rétorsion diplomatique suite à des différents d’ordre politique[20]. Ainsi, et même si cela n’a rien d’automatique, certaines manufactures ont été déplacées de la Chine vers le Vietnam après le début du bras de fer commercial sino-américain voulu par Donald Trump en réponse à ce qu’il estimait être une politique commerciale déloyale de la part de Pékin.

A noter que ce système présente malgré tout des failles et des inconvénients. Sans rentrer plus avant dans les détails, on notera que comme tout système tourné vers l’export, les chaines de valeurs nationales se concentrent autour des grandes métropoles intégrées au circuit global, créant de ce fait une disparité de revenus par habitant relativement marquée en fonction de la position géographique[21]. Ces inégalités sont souvent aggravées par le déficit d’infrastructures, surtout dans les zones montagneuses du Centre et du Nord[22]. Pour pallier ces problèmes, le gouvernement mise sur l’implantation de « zones franches » (procédures administratives simplifiées et avantages fiscaux pour les investisseurs étrangers dans la zone). L’autre inconvénient majeur de ce type d’économie extravertie est sa dépendance aux fluctuations de l’économie globale aussi bien en début de chaine, lorsqu’il s’agit d’acheter des matières premières pour les besoins industriels, qu’en fin étant donné que sans débouchés commerciaux, il est impossible d’écouler le surplus de biens produits. Le Vietnam souffre notamment d’une trop grande dépendance vis-à-vis de son grand voisin du nord en termes d’approvisionnement[23], ce qui ne manque pas de régulièrement créer des remous au sein d’une opinion publique très souvent hostile à la Chine Populaire et accusant parfois la direction vietnamienne d’une trop grande complaisance à son égard[24].

Avant de voir en quoi la Covid 19 a bouleversé ou non cette stratégie, occupons-nous à dresser un instantanée de la situation économique du pays en 2019, c’est à dire avant l’apparition de la crise sanitaire. Le Vietnam affichait une croissance de 7% (dans la moyenne des résultats des années précédentes)[25] reposant sur deux piliers principaux : l’attraction des capitaux étrangers (près de 11 milliards de dollars, +86.2 comparé à 2018) et l’export (264 milliards de dollars, + 8.64%, 106,8% du PIB Vietnamien)[26]. Le pays a affiché une balance commerciale excédentaire à hauteur de 11 milliards de dollars, principalement grâce aux bénéfices réalisés à l’export vers les Etats Unis (+47 milliards) et l’Union Européenne (+26 milliards) compensant les déficits enregistrés avec les pays de l’ASEAN (- 7 milliards), la Corée du Sud (-27 milliards) et la Chine (-34 milliards)[27]. Les produits manufacturés dans les secteurs du textile et de la fabrication de chaussure, de la machine-outil et de l’électronique constituent l’écrasante majorité de la valeur perçue à travers les activités d’exports[28]. A noter cette réussite tient également, mais dans une moindre mesure, à l’export de produits agricoles, notamment vers la Chine[29]. Le tourisme représentait quant à lui 9.2% du PIB.

Une fois ces quelques repères posés appliquons nous à étudier les effets de la crise sanitaire sur l’écosystème économique vietnamien.

II) Assurer la pérennité du modèle en temps de crise sanitaire.

A)De la résilience de l’économie vietnamienne et de ses limites.

Nous l’avons déjà mentionné en introduction, la presse internationale fut dithyrambique quant à la gestion vietnamienne de la crise sanitaire, à la fois efficace, rapide et transparente, permettant ainsi au pays d’afficher 2.9% de croissance pour l’année 2020 dans une Asie du Sud Est en proie à la récession. Malgré (ou à cause du ?) le changement de tactique quant à la question sanitaire ( de « zéro cas » à « vivre avec le virus »), les 2.58% de croissance obtenus en 2021[30]  restent la pire performance économique du Vietnam depuis le Đổi mới . Avec la menace que fait planer le variant Omicron, il semble peu probable que la situation s’améliore de façon sensible en 2022.

Du fait de son économie extravertie le Vietnam a souffert, souffre et souffrira à la fois des problèmes d’approvisionnement en matières premières – venant notamment de Chine – mais aussi et surtout d’une baisse tendancielle et à long terme de la consommation dans les pays qui constituent ses principaux débouchés commerciaux en raison de leurs propres difficultés économiques. Cela entraine ainsi un manque à gagner à l’export pour les agents économiques au Vietnam mais aussi des surcouts tenant à la logistique et à l’approvisionnement[31]. Evidemment, ces perspectives impactent directement les IDE étrangers dans le pays.

Le gouvernement vietnamien a donc également fait montre de célérité dans le domaine économique en mettant très vite en place un groupe de travail chargé de contrer les effets néfastes de la Covid 19 sur l’économie par le maintien de l’attractivité du pays pour les multinationales afin de sécuriser l’afflux d’IDE et de stimuler les exportations[32]. A ce titre, les relatives bonnes performances du Vietnam quant à la gestion de la crise sanitaire et de ses conséquences économiques ont forgé une solide image de marque pour le pays. Il ne devrait donc pas y avoir de problèmes majeurs dans ce domaine à court et moyen terme. En effet, malgré les baisses successives enregistrées dans la captation des IDE (-2% en 2020[33] et -1.2% en 2021[34]), les promesses d’investissement sur l’année ont bondi de 9.3%[35]. A noter ici que plusieurs succès ont déjà été constatés avec le déplacement par Inventec (assemblage des airpods) ou Nintendo (jeux vidéo) de plusieurs unités de production vers le sol vietnamien.

S’agissant des exportations, les divers abattements fiscaux ou reports de délai de paiement de taxe semble également avoir permis de sauver de la faillite quelques entreprises et de stimuler la production tournée vers l’exportation. Mais soyons clair : l’ouverture et la dépendance envers le marché global ne laissent aux dirigeants vietnamiens guère de leviers pour juguler les fluctuations de l’économie internationale et leurs impacts profonds sur l’économie nationale[36]. Si le chômage continue d’augmenter aux Etats Unis et provoque donc le ralentissement de la consommation sur ce marché, il n’est rien que le PCV puisse faire. Nous verrons cependant dans la section suivante que cette situation présente un certain nombre d’opportunités à saisir pour les agents économiques vietnamiens. Malgré tout, la croissance des exports a atteint ainsi près de 5% pour 2020[37].

En contraste avec les journalistes étrangers, les propos tenus en langue vietnamienne furent bien plus mesurés quant à la situation économique. En effet, l’année dernière près de 31,8 millions des 54 millions d’actifs (soit 59%) ont vu leurs revenus chuter à cause de la Covid-19[38], et ce, malgré seulement 22 jours de confinement total et une aide gouvernementale de 27 trillions de Dông (soit environ 970 millions d’euros)[39] avant les confinements stricts de Hanoï puis de Ho Chi Minh-Ville suite à l’irruption du variant Delta au Vietnam dans le courant de l’été 2021. 35 000 banqueroutes ont été enregistrées dans le même laps de temps, certaines entreprises n’ayant pu avoir accès au 16 trillions de Dông de soutien aux entreprises[40]. Rappelons d’ailleurs ici que 20 à 30% de l’économie vietnamienne est constituée d’activités informelles, empêchant de fait certains particuliers d’accéder aux aides publiques[41]. Il est ainsi assez difficile d’estimer dans quelle proportion la pauvreté, passagère comme durable, a progressé au Vietnam. Si ce phénomène de stagnation/marasme sociale devait se maintenir, la fin de la croissance rapide du marché immobilier entraînerait également un risque grandissant de multiplication des créances douteuses dans le bilan des banques vietnamiennes[42].

Cette contraction générale du pouvoir d’achat fait également peser des menaces sur la santé de la consommation intérieure (68% du PIB) qui fut le véritable pilier de l’économie vietnamienne en ces temps d’incertitude[43]. Le pays a pu en cela compter sur sa classe moyenne émergente, sur la bonne anticipation de la situation par la population[44] ainsi que sur l’envoi conséquent de capitaux de la diaspora (12.5 milliards de dollars en 2021, +10% comparé à 2020[45]) pour absorber une partie de la production impossible à exporter. Notons également que les plans de soutien de la consommation par le gouvernement sont rendus possibles par un endettement public relativement faible ainsi que par une épaisse réserve de devises issues du commerce extérieur[46].

Malheureusement, la consommation nationale, se focalisant d’abord sur les produits essentiels, ne peut se substituer à la demande internationale dans le secteur touristique (12.4% du PIB en 2020) qui demeure sans doute le secteur le plus sinistré avec un recul de près de 57% des recettes annuelles en 2019 et entre 35 et 48% en 2020. Comme pour les exportations, le gouvernement ne dispose que de très peu de moyens d’action dans ce domaine. Suivent ensuite le secteur de la culture et des arts (-23% depuis le début de la crise) et celui de la vente au détail et en gros (-11.3%)[47]. On notera ici que ce dernier chiffre est à nuancer dans le sens où une grande partie des activités de vente au détail passe désormais par le e-commerce qui a connu un véritable « boum » en 2020 (+18%) pour atteindre 11.8 milliards de chiffre d’affaire fin 2021[48]. Selon plusieurs rapports, cette tendance devrait se poursuivre peu importe les scénarios sanitaires pour atteindre environ 30 milliards de chiffre d’affaires en 2025[49].

               Enfin, le variant Delta ainsi que les 3 mois de confinement strict qu’il a entrainé dans les régions d’Hanoï et d’Ho Chi Minh-Ville au cours de l’été dernier ont provoqué une situation de manque de main d’œuvre à faible coût jusqu’alors inédite au Vietnam. En effet, pris de court par l’impossibilité de maintenir la politique « 0 cas » jusqu’alors en vigueur, le gouvernement vietnamien enjoignit aux entreprises de mettre en place plusieurs mesures visant à limiter les contaminations des ouvriers (restauration et/ou repos sur le lieu de travail, prise en charge de transports du lieu de travail au lieu de vie, etc.) sous peine de se voir imposer une fermeture temporaire[50]. Beaucoup d’entreprises jugèrent ces adaptations trop complexes à mettre en place et préférèrent fermer leurs portes (voire changer de pays de production pour certaines[51]). Aussi, beaucoup d’ouvriers se retrouvèrent soudainement confinés dans les centres urbains sans salaire. Or, une grande majorité d’entre eux viennent de régions pauvres du Centre du Vietnam. Par conséquent, une fois les restrictions sanitaires levées, un grand nombre de travailleurs retournèrent dans leur province d’origine et, de peur d’être à nouveau bloqué, ne souhaite plus travailler dans les centres industriels du pays du Centre ou du Nord.  Ajoutons qu’en raison du dynamisme économique de ces dernières années, la main d’œuvre vietnamienne est particulièrement volatile[52], ce qui pourrait signifier l’extension du problème de carence en travailleurs dans les secteurs les plus touchés par la Covid 19.

Migrant exodus sparks worries over Ho Chi Minh City labour squeeze |  Financial Times
Une scène d’exode des travailleurs du secteur manufacturier retournant dans leur province d’origine après la levée des quarantaines strictes à Ho Chi Minh-Ville.

              Une fois tous ces éléments analysés, étudions comment le gouvernement vietnamien pourrait agir pour améliorer la situation.

B) Rebondir en 2022

Les développements précédents nous permettent ainsi d’avancer que le statut et la stratégie du Vietnam ne devraient pas changer drastiquement à ce stade de la pandémie. Certes les performances ont pâtis de la fermeture des marchés d’imports et d’exports, mais cela ne remettra pas en cause le cap de la direction vietnamienne. A noter d’ailleurs que, s’agissant des deux piliers de la politique de « l’envol d’oies sauvages » – à savoir l’attraction des IDE pour faire prospérer les exportations manufacturières -, les planificateurs vietnamiens ne disposent finalement que de moyens d’action limités pour contrer une tendance de fond globale.

Sur la plan extérieur d’abord, Hanoï ne peut que chercher à maximiser ses atouts tenant à sa diplomatie et à sa bonne image. L’année a d’ailleurs bien démarré dans le cadre du 1er volet avec, entre autres, l’entrée en vigueur du RCEP en date du 1er janvier (article à venir), la visite historique d’un navire de guerre allemand à Ho Chi Minh-Ville le 6 janvier[53] (qui devrait marquer une étape supplémentaire dans la coopération entre les deux pays) ou encore l’intensification récente des échanges avec l’Inde et l’Australie. En maintenant ainsi un maximum de portes ouvertes avec une palette de partenaires divers, le Vietnam se façonne une marge de manœuvre propre à lui permettre une adaptabilité que ne peuvent revendiquer les économies concurrentes de la région.

S’agissant des bénéfices qu’il pourrait tirer de son aura sur la scène internationale, le pays peut compter et communiquer sur un taux de vaccination relativement bon (80% de la population à deux doses, d’ici à la fin du premier trimestre 2022[54]), ce qui, bien que n’empêchant pas les contaminations et les troubles qui y sont liés, permettra la mise en place d’un protocole sanitaire moins lourd que si ce n’avait pas été le cas. Dans la même veine, l’éventuelle commercialisation d’un vaccin « made in Vietnam » pourrait renforcer cette image. Partant, les frustrations telles que celles causées auprès des investisseurs par le changement soudain de politique sanitaire au sein des unités de production pourront être anticipées et dissipées sur la base d’une « feuille de route » sanitaire permettant davantage de prévisibilité et donc moins de perturbations dans les activités. C’est d’ailleurs cette visibilité qui permettrait sans doute au gouvernement vietnamien de faire revenir les travailleurs dans les centres urbains et industriels et donc d’enrayer les pénuries de main d’œuvre.

Au-delà des deux actions précédemment évoquées, la crise actuelle du Covid 19 et la pression économique internationale qu’elle engendre poussera certains secteurs d’activité à s’adapter au Vietnam, ce qui pourrait notamment se traduire par une mise à niveau des produits avec les standards internationaux. A titre d’exemple, une grande partie de la production de masques au Vietnam fut améliorer afin d’être conforme aux standards internationaux et donc exportée vers les pays demandeurs au cours de l’année 2020. Les acteur économiques vietnamiens pourraient de cette façon élargir leurs débouchés, gagner en marge bénéficiaire et multiplier leurs options en cas de nécessité à s’adapter. Cette réflexion ne touche d’ailleurs pas que la question des produits puisque l’effet de la crise touche également la structure des marchés et donc leur modèle de production. Ainsi, étant donné la composition du secteur textile/habillement vietnamien comptant 50% de petites et moyennes et petites entreprises nationales et la dynamique de concentration des moyens de production du fait de la disparition de certains acteurs, l’occasion pourrait se présenter de faire passer la production nationale du stade Cut, Make, Trim (ou CMT) au stade Free On Board (FOB), à valeur ajoutée supérieure.

Les chaines de valeur dans le secteur textile avec ses différentes étapes.

Ce mouvement vers une amélioration des standards à des fins de profit n’épargne d’ailleurs pas l’action du gouvernement qui doit, selon le jargon en usage dans la presse du Parti, « améliorer l’efficacité de l’investissement public ». En effet, plusieurs choix stratégiques peuvent être faits afin d’améliorer la chaine logistique sur le territoire vietnamien afin d’y réduire un éventuel surcout et de faire mieux que la concurrence régionale sur ce point.

 On peut même s’appesantir sur ce point étant donné que c’est cet aspect de la crise sanitaire qui peut avoir été le plus impacté et sur lequel le gouvernement a le plus grand rôle à jouer. En effet, comme expliqué précédemment, la légitimité du PCV repose aujourd’hui en grande partie sur sa capacité à garantir une relative prospérité à la prospérité qui, en retour, était prête à subir tous les inconvénients que ne manque pas d’engendrer une gouvernance de type marxiste-léniniste : népotisme, corruption, détournement de fonds publics, liberté d’expression restreinte, etc… Or, s’il se trouvait que les répercussions de la crise sanitaire affectent trop longtemps et trop profondément le marché intérieur et plongent une trop grande partie de la population dans le marasme économique, sans doute la stabilité politique du pays en serait-elle compromise, pénalisant ainsi les capacités d’attraction d’IDE du pays.

La direction vietnamienne dispose néanmoins ici d’un grand nombre de moyens d’action ainsi que des ressources nécessaires et a déjà su se montrer très pragmatique pour garder intact son contrôle sur la société. L’action motrice de l’administration pourrait ainsi se manifester à divers stades des processus économiques.

Certaines interventions pourraient s’en tenir à un rôle purement administratif afin de permettre de lisser les inégalités géographique nationale comme la digitalisation de l’accès aux aides aux particuliers ou aux entreprises afin a) de limiter les incertitudes et les risques, b) d’éviter l’intervention de multiples couches administratives propice à la corruption (galopante au Vietnam[55]) et c) d’accélérer le plan gouvernemental visant à abolir la condition d’enregistrement de la résidence auprès des autorités locales pour préférer la condition de citoyenneté. Hanoï pourrait également chercher à faciliter les retours de capitaux venant de la diaspora vietnamienne établie à l’étranger par divers stimuli administratifs ou fiscaux.

Le gouvernement pourrait ensuite accompagner certaines tendances économiques afin d’en maximiser les effets. On pense ici notamment au développement du e-commerce en essayant de l’orienter vers la production nationale tout en mettant en place un système fiscal à même de permettre à l’Etat d’engranger les recettes fiscales y correspondant. L’Etat joue également un rôle pivot concernant l’évolution du marché de l’emploi et pourrait mettre en place un système de formation et de recherche d’emploi (si possible numérique) afin de a) former les personnes qui le souhaite dans des secteurs en demande de main d’œuvre, b) permettre une qualification supérieure des travailleurs, préludes nécessaires à la montée en gamme de la production et c) donner la possibilité aux travailleurs de trouver ou créer un nouvel emploi facilement en cas de nouveau marasme économique.

Enfin, des outils d’intervention directs permettraient de juguler des problématiques à court terme. Mettre en place un programme de travail public dans les régions les plus sinistrés économiquement afin de procéder aux opérations de maintenance de certains ouvrages logistiques en ayant besoin ou des travaux d’intérêt public. Pour exemple, voire le programme India’s National Rural Employment Guarantee Scheme[56]. Permettre l’accès au micro crédit avec des garanties étatiques afin de soutenir les entreprises familiales – dont dépendent parfois un foyer entier – aussi bien que les entreprises du secteur informel constituent un autre axe de soutien au marché intérieur.


[1] https://www.nytimes.com/2020/10/13/opinion/vietnam-economy.html

[2] https://www.bbc.com/news/business-54997796

[3] https://www.economist.com/finance-and-economics/2021/08/30/the-economy-that-covid-19-could-not-stop

[4] https://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.MKTP.KD.ZG?locations=VN

[5] Mai TRUONG, « Vietnam’s COVID-19 Success Is a Double-Edged Sword for the Communist Party », The Diplomat, publié le 6 août 2020, disponible sur https://thediplomat.com/2020/08/vietnams-covid-19-success-is-a-doubleedged-sword-for-the-communist-party/

[6] https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20210823-covid-19-au-vietnam-confinement-strict-%C3%A0-h%C3%B4-chi-minh-ville-de-deux-semaines

[7] https://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.MKTP.KD.ZG?locations=VN

[8] Alexandra CASELLA, Managing the « boat-people » crisis: the Comprehensive Plan of Action for Indochinese Refugees, Desperate Migration Series NO.2, International Peace Institute, Octobre 2016

[9] Céline Marrangé, Le communisme vietnamien, Presse de Science Po, 2012, p.377-384.

[10] Ibid.

[11] https://vinageoblog.wordpress.com/2016/07/17/ma-famille-mes-amis-et-mon-pays-memoires-nguyen-thi-binh/

[12]https://www.lorientlejour.com/article/222418/Peu_importe_la_couleur_du_chat%252C_pourvu_quil_attrape_des_souris_%2528photo%2529.html

[13] https://www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2015-1-page-13.htm

[14] Ibid.

[15] Ibid.

[16] Ibid.

[17] Ibid.

[18]https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays/?codeStat=NY.GDP.MKTP.KD.ZG&codePays=VNM&codeTheme=2

[19]https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays/?codeStat=SI.POV.DDAY&codePays=VNM&codeTheme=2

[20] Les exemples se multiplient ces dernières années avec les Ouïghouts du Xinjiang ou la répression des manifestations pro-démocraties à Hong-Kong.

[21] Jean-Phillipe EGLINGER, « Vietnam : les autorités face aux enjeux économiques et sociaux de l’après Covid.», Asia Centre, publié le 24 avril 2020

[22] Ibid.

[23] https://www.pwc.com/vn/en/publications/2020/pwc-vietnam-covid-19-vietnam-economy-and-export.pdf

[24] https://thediplomat.com/2018/06/vietnam-mass-protests-expose-hanois-china-dilemma/

[25] https://data.worldbank.org/indicator/NE.EXP.GNFS.KD.ZG?locations=VN

[26] https://www.pwc.com/vn/en/publications/2020/pwc-vietnam-covid-19-vietnam-economy-and-export.pdf

[27] Ibid.

[28] Ibid.

[29] Ibid.

[30] https://asia.nikkei.com/Economy/Vietnam-real-GDP-growth-slows-to-2.58-in-2021-as-pandemic-drags

[31] https://www.pwc.com/vn/en/publications/2020/pwc-vietnam-covid-19-vietnam-economy-and-export.pdf

[32] Chi HIÊU, Thành lập tổ công tác đặc biệt về thu hút các tập đoàn đa quốc gia, publié le 23 mai 2020, disponible sur https://thanhnien.vn/tai-chinh-kinh-doanh/thanh-lap-to-cong-tac-dac-biet-ve-thu-hut-cac-tap-doan-da-quocgia-1227852.html?fbclid=IwAR1gbDV-seII-JqU8X81WCp6ogDmFbYVvolRnuzFEmOh4BN6T9piJe7FwYo

[33] http://hanoitimes.vn/actual-fdi-in-vietnam-down-2-to-us20-billion-in-2020-315636.html

[34] https://tradingeconomics.com/vietnam/foreign-direct-investment

[35] Ibid.

[36] https://journals.eco-vector.com/2618-9453/article/view/87071

[37] https://data.worldbank.org/indicator/NE.EXP.GNFS.KD.ZG?locations=VN

[38] Jean-Phillipe EGLINGER, « Vietnam : les autorités face aux enjeux économiques et sociaux de l’après Covid.», Asia Centre, publié le 24 avril 2020.

[39] https://www.mckinsey.com/featured-insights/asia-pacific/emerging-from-the-pandemic-vietnam-must-position-itself-for-recovery

[40] https://euraseans.com/index.php/journal/article/view/285/324

[41] Jean-Phillipe EGLINGER, « Vietnam : les autorités face aux enjeux économiques et sociaux de l’après Covid. », Asia Centre, publié le 24 avril 2020.

[42] Ibid.

[43] https://www.mckinsey.com/featured-insights/asia-pacific/emerging-from-the-pandemic-vietnam-must-position-itself-for-recovery

[44] Ibid.

[45] https://www.intellasia.net/remittances-to-vietnam-estimated-at-12-5-billion-this-year-1002052

[46] Jacques MORISSET, « Vietnam must boost new drivers of growth to avoid the COVID-19 economic trap », World Bank Blogs, publié le 4 août 2020, disponible sur https://blogs.worldbank.org/eastasiapacific/vietnam-must-boostnew-drivers-growth-avoid-covid-19-economic-trap

[47] https://euraseans.com/index.php/journal/article/view/285/324

[48] https://www.cekindo.vn/blog/vietnam-ecommerce-industry-booms-in-2021

[49] https://www.lecourrier.vn/le-marche-du-commerce-electronique-du-vietnam-en-plein-essor/925199.html

[50] https://asia.nikkei.com/Business/Companies/COVID-forces-Vietnam-factories-to-choose-sleepovers-or-stoppages

[51] https://www.ft.com/content/1e001928-59f5-4a45-b76e-7180ea9f7c5d

[52] https://tuoitrenews.vn/news/business/20211223/only-40-of-vietnamese-workers-willing-to-return-to-office-survey/64875.html

[53] https://thediplomat.com/2022/01/the-vietnam-germany-strategic-partnership-takes-another-step-forward/

[54] https://www.intellasia.net/omicron-stalks-se-asias-post-covid-hopes-and-dreams-998321

[55] https://www.ganintegrity.com/portal/country-profiles/vietnam/

[56] https://www.worldbank.org/en/programs/sief-trust-fund/brief/an-evaluation-of-indias-national-rural-employment-guarantee-act

Fiche de Lecture #17 – Le Vietnam : une histoire des transferts culturels – Hoai Huong Aubert-Nguyen et Michel Espagne – Demopolis – 2010

Les auteurs :

L’ouvrage à l’étude est le fruit de la coopération de plusieurs auteurs, dans leur grande majorité des universitaires, sous la direction de Hoai Huong Aubert-Nguyen et Michel Espagne.

Photos de Hoai Huong Nguyen - Babelio.com

Hoai Huong Aubert-Nguyen est une romancière et poète vietnamienne de langue française. Doctorante en littérature comparée à Paris-X Nanterre (2005), elle fut également enseignante en lettres classique et comparées avant de se tourner vers la communication. En plus du livre qui nous intéresse aujourd’hui, Aubert-Nguyen a publié 3 romans et 2 recueils de poésie.

Les contributeurs | Patrimoines Partagés - France Vietnam

Michel Espagne est un historien français spécialisé dans le germanisme et l’histoire de la culture. Il s’est notamment spécialisé dans l’étude des transferts culturels entre la France et l’Allemagne via les universités et les échanges commerciaux entre le XVIII et le XIXème siècle. Il est aujourd’hui le directeur du laboratoire d’excellence (Labex) TransferS, un réseau de 14 unités mixtes de recherche concernant les transferts culturels rattachées à l’Ecole Normale Supérieure, au Collège de France ainsi qu’au CNRS. Son œuvre comprend la publication d’une quinzaine de livre, la direction d’une trentaine d’ouvrages collectifs ainsi que de nombreuses participations à l’écriture de revues spécialisées.

Le livre :

 

Le Vietnam - i6doc

              Le Vietnam : une histoire des transferts culturels est un recueil des contributions présentées lors d’un colloque tenu à l’Ecole Normale Supérieure et à la Bibliothèque Nationale de France du 4 au 6 juin 2014 à l’occasion de l’année France-Vietnam organisée par l’Institut français.

Afin de circonscrire leur champ de réflexion, les deux directeurs de publication posent un constat relativement simple concernant les représentations du Vietnam. Ces dernières se forment généralement autour de deux axes principaux et antagoniques qui seraient 1) la vision d’un pays onirique et magnifié constitué autour d’une civilisation ancienne et mystérieuse, sorte de succession de sensations entêtantes parfois tordues par l’exotisme colonial ou touristique et 2) les guerres d’indépendance et de réunification au cours de la seconde moitié du XXème siècle. A noter d’ailleurs que le deuxième axe est lui-même porteur de deux visions opposées : la première mettant en lumière l’héroïque combat anticolonialiste puis anti-impérialiste des insurgés communistes en occultant l’ensemble des dérives totalitaires qu’ils entrainèrent ; la seconde glorifiant les sacrifices faits dans le sens d’une société plus libre et démocratique mais moins regardante sur les liens de subordinations qu’ils impliquaient. Chacune de ces visions fut soutenue par une large palette de supports culturels, certaines œuvres ayant même forgé une mémoire dominante comme Apocalypse Now de Francis Ford Coppola ou L’amant de Marguerite Duras.

En plus de laisser peu de place à une perception proprement vietnamienne des événements, Aubert-Nguyen et Espagne estiment que cette historiographie contradictoire et conflictuelle masque un fait assez simple et facilement perceptible lorsque l’on ajuste notre focale sur le long terme. Pour eux, avant d’être un champ de bataille ayant cristallisé l’ensemble des antagonismes de la période de la guerre froide, le Vietnam fut un creuset civilisationnel complexe qui lui permit de constituer l’un des miroirs privilégiés des basculements du monde moderne. Ce qui expliquerait d’ailleurs pourquoi les luttes dont il servit de théâtre eurent un écho universel entre 1945 et 1979.

Hanoï : plongée au cœur de la capitale vietnamienne | The Beauty is in the  Walking
Le Musée d’Histoire Naturel d’Hanoï dans les anciens locaux de l’école française d’Extrême-Orient, témoin d’un style architectural proprement indochinois entre motif traditionnel vietnamien, style de toiture en lotus d’une part et méthode de construction française.

               Les auteurs de l’ouvrage se proposent donc de décloisonner l’histoire vietnamienne afin d’envisager celle-ci sous l’angle des rencontres dont elle fut témoin, en montrant à quel point, au-delà des luttes fratricides et des traumatismes qu’elles engendrèrent,  ces rencontres furent la matrice de formes et d’idées nouvelles qui contribuèrent non seulement à la définition de la culture vietnamienne moderne mais aussi à celle de la France et des autres pays occidentaux ou asiatique impliqués dans le processus. Ce processus suit quatre problématiques à travers l’ouvrage : Peut-on exporter le concept de transfert culturel, forgé pour étudier les passages d’une culture européenne à l’autre, aux relations entre la France et le Vietnam ? Et si oui, comment se sont élaborés les transferts culturels entre ces deux pays ? Comment ces relations culturelles s’inscrivent-elles dans les arts, la littérature, les sciences, l’histoire des idées, la société ? Comment ont-elles pu engendrer des idées et des formes nouvelles, à travers un mélange culturel ?

               Suivant ces fils directeurs, le propos de l’ouvrage suit une structure des thèmes du plus général au plus particulier. La première partie procède ainsi d’une mise en perspective théorique et historique des transferts culturels entre la France et le Vietnam, Michel Espagne les élevant au rang de « cas de figure paradigmatique » et Denis Papin, ancien directeur de l’Ecole Française d’Extrême Orient, en expliquant les ressorts géopolitiques, anthropologiques et historiques. Viennent ensuite les thèmes attachés à l’histoire de la pensée (Partie II) que cela soit d’un point de vue philosophique (importation des idées des Lumières au Vietnam et notamment de Rousseau) ou d’un point de vue métaphysique et religieux (implantation du catholicisme au Vietnam et création d’un bouddhisme vietnamien en France). Sur cette base, est envisagée dans la troisième partie la question de la construction des savoirs se focalisant sur les fleurs et les fruits que donnèrent les graines françaises plantées en terrain vietnamien dans les jardins de l’enseignement supérieur et de la médecine libérale. La partie IV réduit à nouveau la focale sur la question des arts et de la littérature en mêlant à la fois cadre théorique et étude en détails des œuvres de certains architectes, peintres ou auteurs français ou vietnamiens. La cinquième et dernière partie se plonge quant à elle dans la question des sources de cette histoire culturelle et notamment dans le fait que le fond documentaire de la Bibliothèque nationale de France est détentrice d’une part significative de la mémoire vietnamienne, qu’il s’agisse des premières photographies du pays ou des traces des manuscrits imprimés invitant à s’interroger sur le bouillonnement culturel et linguistique au Vietnam à la fin du XIXème et au début du XXème siècle.

Tiêng Dân, la voix du peuple sous la colonisation française - Le Courrier  du VietNam
Huynh Thuc Khang figure de proue du mouvement anticolonial des lettrés Duy Tan et un exemplaire de son journal en quốc ngữ . D’abord vu comme une instrument de domination des « maitres français », l’écriture vietnamienne romanisée est un bon exemple de « retournement des armes cuturels » par les Vietnamiens.

               Bien entendu, les auteurs ne prétendent à aucun moment à l’exhaustivité quant à l’ensemble du volume des échanges culturels dont le Vietnam fut le récepteur et/ou la source. Pour autant les pistes qui sont lancées au fil des lignes permettent à chacun de s’arrimer à certaines réflexions, ne serait-ce que par les représentations que l’on nourrit dans son for intérieur.  Aussi, que le lecteur soit d’ascendance vietnamienne ou un français familier des choses vietnamiennes, il trouvera certainement une part de familiarité dans l’ouvrage. Au-delà de références directes à des noms et événements connus, ce dernier mettra sans doute des mots sur des impressions ou une compréhension instinctive de certains phénomènes culturels vietnamiens pour ceux qui ont eu la chance de visiter le pays.

               Cet aspect est d’ailleurs renforcé par le fait que Le Vietnam : une histoire des transferts culturels est composé d’un canevas de texte aux styles très différents. On passe ainsi de développements d’un style proprement universitaire (Les transferts culturels franco-vietnamiens de Michel Espagne, p.15 à 29), à une revue de presse tenant à la fin de la guerre d’Indochine (L’ère dees tempêtes d’Alain Ruscio, p.187 à 201), à une enquête de terrain concernant la pagode géante d’Evry (Un bouddhisme vietnamien en France par Jérôme Gidoin, p.81 à 92) en passant par une collecte de témoignages des élèves vietnamiens dans les écoles françaises entre 1954 et 1975 (Sel, soufre et mercure, Thuy Phuong Nguyen, p.169 à 182). De ce fait, différents types d’exercices narratifs ou analytiques sont proposés pour le décloisonnement de l’histoire vietnamienne, comme autant d’invitations à s’approprier, au moins en partie, les propos du livre et à poursuivre personnellement sa démarche. De la même façon, le caractère pluridisciplinaire du recueil (histoire, sociologie, littérature, architecture, géographie, religion, etc.) garantit à chacun une prise sur les textes en fonction de ses propres goûts. Même les références culturelles et historiques traitées dans la quatrième partie, si elles peuvent être sans l’ombre d’un doute qualifiées de « pointues », invitent à la découverte d’artistes français ou vietnamiens que l’orage de feu et d’acier de la guerre a masqué de la vue du grand public.

               Par extension le caractère composite du livre, aussi bien d’un point de vue stylistique que disciplinaire, offre un large champ d’expression aux auteurs qui peuvent dès lors délivrer une réflexion riche, complexe et profonde sur des sujets parfois extrêmement spécifiques. Si l’on prend l’exemple de l’article concernant l’enseignement supérieur français en Indochine, l’enchainement des réflexions permet de saisir rapidement les divers intérêts et courants d’idées qui animèrent la question : l’utilitarisme de l’administration française ayant besoin « d’indigènes » qualifiés pour la colonie sans pour autant créer une élite qui pourrait contester son autorité (ce qui arrivera malgré tout), l’attrait des « Annamites » pour le savoir et l’esprit scientifique occidental avec toutes les questions identitaires que cela implique, le libre arbitre des professeurs français en porte-à-faux entre les exigences de l’administration et les aspirations de leurs élèves, et enfin l’appropriation des méthodes françaises par les Vietnamiens. Malgré la densité des informations dans ce genre de développement, les diverses références bibliographiques permettront aux plus curieux de creuser plus avant les sujets.

Dalat Vietnam – que voir et faire en 2 ou 3 jours ?
Avec ses faux airs de ville européenne, Dalat était la ville balnéaire de la bourgeoisie française en Indochine qui y fit construire des bâtiments typiques de certaines régions de France. Une originalité sous les latitudes tropicales d’Asie du Sud Est.

               L’ouvrage s’est donc donné les moyens de ses ambitions et pave la voie à une construction de représentations du Vietnam débarrassées des oripeaux sensationnalistes des propagandes opportunistes instillées par les parties prenantes de la guerre froide. Il se fait également l’écho de la nostalgie planante de l’Indochine que l’on peut trouver dans certains esprits français en donnant des outils et éléments d’analyse permettant de « digérer » le sentiment de familiarité qui peut se manifester lors d’une promenade dans le quartier français d’Hanoï, dans les rues de Dalat ou sur le parvis de Notre-Dame de Saïgon. Enfin, en permettant la participation de plusieurs auteurs Vietnamiens ou d’ascendance vietnamienne, Le Vietnam : une histoire des transferts culturels participe au mouvement de l’écriture de l’histoire du Vietnam par des Vietnamiens, pour des Vietnamiens en dehors des carcans imposés par le Parti Communiste Vietnamien. Dans la même veine, il contribue à panser les blessures laissées dans l’esprit des Vietnamiens de la diaspora par deux conflits qui, et cela est trop souvent omis, sont avant tout des guerres civiles.

               Au final, l’on recommandera la lecture de cet ouvrage à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la culture vietnamienne sous ses différentes facettes, même si, désolé pour les gourmets, l’aspect culinaire n’est pas abordé bien qu’il soit lui aussi porteur d’échanges franco-vietnamiens. D’un point de vue pus général, Le Vietnam : une histoire des transferts culturels est indiqué pour toute personne intéressée par les questions des échanges culturels tant le pays fut et est un laboratoire dans le domaine. On notera néanmoins que la lecture complémentaire d’ouvrages traitant de l’économie ou des questions sociales et politiques en Indochine et/ou Vietnam est conseillée afin d’approfondir certaines réflexions ou de saisir la profondeur de certains phénomènes culturels.

Actualité – Covid-19 : le « bon élève » vietnamien s’enfonce dans la crise pandémique.

Longtemps considéré comme un modèle dans la gestion de la crise sanitaire lié au SARS-CoV 2/Covid 19 grâce à une efficace politique « zéro cas », le Vietnam semble aujourd’hui peiner à enrayer une recrudescence de nouvelles contaminations et de décès. Des 35 décès et 3000 cas recensés au 1er mai, les statistiques officielles ont explosé pour atteindre les 7 150 décès et 312 000 cas (statistiques pour le 21 aout 2021[1]). Le Vietnam est ainsi le 3ème pays le plus touché par la maladie ces derniers jours, derrière l’Indonésie et la Russie[2].

Selon les données compilées par le Reuters Covid-19 Tracker, la situation commence à se dégrader au Vietnam à partir de juillet 2021. On peut cependant directement lier cette inflexion statistique à l’arrivée du variant Delta – plus facilement transmissible – au Vietnam à la fin mars, ce que le gouvernement vietnamien ne manque d’ailleurs pas de faire pour se dédouaner. A la vue des nouvelles vagues d’infections dans les autres pays et des cas avérés attachés au nouveau variant, le premier ministre publia la Directive No. 16/CT-TTg portant une batterie de mesures de quarantaine et de distanciation sociale afin de limiter l’expansion de la maladie pour les 2 premières semaines d’avril. Ces mesures portaient principalement sur la limitation des déplacements à l’achat de nourriture et de médicaments. Les rassemblements sur la voie publique étaient interdits et les individus issus de foyers différents devaient maintenir une distance de 2 mètres. Les entreprises qui ne pouvaient poursuivre leurs activités par le télétravail étaient tenues de faire respecter les distances de sécurité et de faire porter le masque à leurs employés. Les voyages de la ville vers les campagnes et entre les provinces et pays étaient prohibés [3].

Après une relative accalmie, les mesures restrictives de liberté furent en partie levées (réouverture des écoles, vols internes à nouveau possibles) entre avril et juin, même si, localement, certaines décisions furent prises afin de limiter les foyers d’infection (fermeture des restaurants, des barbiers et des débits de boissons ; limitation des services publics de transport ; interdiction d’aller à la plage, etc…). Il semble que la situation se durcisse à partir du 7 juillet avec des contrôles et test COVID imposés à toute personne souhaitant entrer et sortir de Ho Chi Minh-Ville. Le 8, la Directive 16 est à nouveau en vigueur dans la mégapole du sud, le 12 les autorités durcissent les punitions pour les citoyens pris hors de chez eux sans motif valable et exigent des tests COVID négatif pour circuler entre provinces et villes. Même scénario à Hanoï le lendemain même si les mesures de la directive 16 ne seront imposées que le 24. Le 26, un couvre-feu est imposé à Ho Chi Minh-Ville entre 18h et 6h. Le 31, Da Nang et Hoi An appliquent à leur tour la Directive 16. Les mesures de distanciations sociales sont prolongées pour 15 jours dans la mégapole du sud à partir du 1er aout, dans la capitale à partir du 6.  Une seconde série de prolongations des mesures dans les deux villes fut décrétée respectivement le 16 aout pour un mois et le 23 aout pour 2 semaines (frise chronologique détaillée des événements sur Vietnam Briefing : https://www.vietnam-briefing.com/news/vietnam-business-operations-and-the-coronavirus-updates.html/ ).

Peut être une image de moto, route et rue
Avant un total confinement des habitants, Ho Chi Minh-Ville vit certains de ces quartiers infectés placés en quarantaine stricte.

Dernière décision importante en date du 21 aout : des forces de sécurité, essentiellement les services médicaux de l’armée, ont été déployées à Ho Chi Minh-Ville, principal foyer d’infection du pays (la moitié des infections et 80% des décès[4]), ainsi que dans les provinces limitrophes dans le cadre de la gestion de la crise. Le mot d’ordre de l’opération suit d’ailleurs ce registre martial : « Chaque maison, entreprise et usine doit être un bastion anti-virus[5] ». Elle fait suite au départ – pour le moment sans raison officielle – de M. Nguyen Thanh Phong, président du Comité Populaire de la ville, sans doute pour ses mauvais résultats concernant la pandémie. Cette supposition est d’ailleurs renforcée par le fait que la décision du Politburo du Parti Communiste Vietnamien indique qu’il a « quitté » ses fonctions de numéro 2 des instances politiques de la ville, du comité exécutif et du comité central du Parti[6]. A ce jour, l’interdiction de sortie devrait être maintenue jusqu’au 15 septembre à Ho Chi Minh-Ville tandis que la limite temporelle du couvre-feu n’est pas encore connue. Notons que cette estimation se base sur les lois d’évolution épidémiologique de  William Farr[7] (ou lois de Farr) selon lesquelles les statistiques épidémiques évoluent en forme de cloches – elle décroit aussi rapidement qu’elle a cru – , les mesures de contrôle n’influant que sur la durée de cette évolution. Le pic de décès s’étant établi au 13 aout (527 décès) et le début de l’explosion des cas datant de la mi-juillet, il serait dès lors logique de voir la situation se stabiliser autour du 15 septembre.

             Répartis en 200 « groupes d’action spéciale », les militaires, gardes-frontières et policiers mobilisés sont en charge de l’application des mesures de distanciation renforcées ayant débuté le 23 aout et de l’aide à l’approvisionnement en produits de première nécessité des résidents de la mégapole. Ces derniers n’ont en effet plus le droit de sortir de chez eux, y compris pour aller au marché ou supermarché. Sur ce point, l’effort des autorités se focalise sur le fait de ne laisser aucun foyer hors des réseaux de distribution, autant pour leur image que pour éviter les sorties nécessaires faute de nourriture à disposition, ce qui peut poser des difficultés dans certains quartiers. Rappelons d’ailleurs ici que l’on parle d’approvisionner environ 13 millions de personnes (Ho Chi Minh-Ville et provinces attenantes).

Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, les internautes vietnamiens, pétris de patriotisme depuis leur plus tendre enfance, ont publié de nombreuses représentations bienveillantes du soldat de l’Armée Populaire au front contre le Covid 19

La distribution des rations permettra également le déploiement des unités médicales en charge de mettre en place le dépistage massif ordonné par le premier ministre le 24 aout dernier afin de circonscrire les foyers d’infection[8]. Les officiels ont ainsi estimé qu’11 000 tonnes de denrées alimentaires, produits de première nécessité et matériel médical devaient être acheminé vers l’ancienne Saïgon[9]. La chaine logistique devrait mobiliser, outre les services de  l’armée, des volontaires, des vétérans ainsi que des associations/syndicats affiliés au Parti[10]. Dernière mission des forces armées déployées : s’occuper de la crémation des corps[11].

A l’heure où ces mots sont écrits, il semble que la courbe se stabilise entre 11 000 et 12 000[12] nouveaux cas par jour après une augmentation drastique du nombre de cas provoquée par la panique suivant l’annonce de la stricte quarantaine à Ho Chi Minh-Ville. Selon les observateurs sur place, les résidents s’étaient en effet rués en panique vers les magasins afin de faire des provisions de nourriture avant les semaines enfermées à la maison[13]. Le fait qu’une campagne de dépistage massive soit en cours doit être également pris en compte s’agissant de l’évolution des statistiques.

Dans le calendrier lunaire, le mois de juillet correspond à l’ouverture des portes de « l’outre monde ». A cette occasion les Vietnamiens brûlent des offrandres dont leurs défunts pourraient avoir besoin, généralement des faux billets. Comme écho aux craintes actuelles, l’on pouvait trouver dernièrement des kits de vaccination « Vaccin Pfizer » à brûler dans les boutiques spécialisées.

Ajoutons ici que les autorités ont également accéléré la cadence des vaccinations dans le but de soulager les services de santé. Selon les statistiques officielles en date du 19 aout dernier le Viet Nam a administré 15 922 537 doses de vaccin COVID-19, et 1 562 669 personnes ont été entièrement vaccinées (deux doses). Environ 60% de la population d’Ho Chi Minh-Ville (87% environ des 18 ans et plus) a au moins reçu une dose de vaccin à l’heure actuelle (chiffre correspondant à la campagne de vaccination 1er mars 2021/29aout 2021), contre seulement 2% à l’échelle nationale. Devant ces chiffres le politologue Le Thu Huong conclut : « En 2020, la pandémie portait sur les systèmes de gouvernance les plus efficaces pour contenir le virus : autocraties ou démocraties. La gouvernance du Viet-Nam a prouvé son efficacité et son efficience pour contrôler et contenir la propagation du virus. Mais la pandémie de 2021 montre le fossé entre les « nantis » et les « démunis ». Alors que les pays développés sont en tête en matière de vaccination, et que certains sont même passés aux « piqûres de rappel », de nombreux pays en développement sont toujours confrontés à des pénuries de vaccins. Le Viet-Nam en fait partie. » Jusqu’à présent les capacités de vaccination vietnamienne dépendent entièrement des dons internationaux même si le vaccin « maison », le nanocovax, a récemment entamé sa troisième phase de test (sur des cobayes humains volontaires) et semble prometteur[14].

Bien que le gouvernement vietnamien joue d’euphémisme pour ne pas parler « d’état d’urgence » et de « loi martiale », force est de constater que la situation sur le terrain correspond de facto à ces deux éléments de langage. On est ici clairement dans le cas de figure d’une décision d’urgence de grande envergure et rapide rentrant dans le cadre de la Résolution 78 de l’Assemblée Nationale votée en juillet dernier et autorisant le gouvernement à prendre toute mesure visant à juguler la crise sans approbation parlementaire. Or, le déploiement de ces renforts constitue sans doute l’une des mesures les plus contraignantes et fortes dont dispose Hanoï pour endiguer la progression de la maladie. Le fait qu’elle ait été annoncée lors d’une conférence de presse d’une dizaine de minute et sans question de journaliste[15] révèle également l’inconfort des autorités qui étaient parvenu jusqu’alors à maintenir une transparence remarquable (voire exceptionnelle pour un pays se revendiquant du marxisme-léninisme) concernant la gestion de la crise.

Il faut donc comprendre que la prudence du gouvernement dans sa communication est largement liée au soucis de ne pas aggraver les accusations d’autoritarisme qui pèsent déjà sur le régime vietnamien, façonnant une mauvaise image du pays à l’étranger et agitant les contestataires internes. Qui plus est, l’œil de la tempête épidémique touche le cœur industriel du sud-Vietnam, notamment les provinces de Dong Nai et Binh Duong, ce qui en cas de mauvaise gestion manifeste pourrait impacter l’attractivité économique du pays sur le plan international. En effet, plusieurs grands groupes y possèdent des usines et pourraient souffrir de la situation si les ouvriers, venant principalement du centre-Vietnam, se trouvaient en incapacité de travailler pour des raisons liées au COVID[16]. La dégradation progressive de la situation sanitaire et ses impacts sur le marché du travail ont déjà généré des phénomènes d’exode de milliers travailleurs que les autorités ont d’abord tenté de réguler avant de les interdire, de peur de voir l’infection se répandre dans le pays. De la même façon, la fermeture des frontières interprovinciales et la paralysie du port de Cat Lai a mis à l’arrêt toutes les chaines d’approvisionnement et pèse lourdement sur les capacité de production de la zone. Le fait que le Vice-premier ministre Pham Binh Minh ait été dépéché sur place pour prendre la tête des opérations à Binh Duong démontre d’ailleurs à quel point le gouvernement souhaite donner des gages de réactivité et rassurer les investisseur. Enfin, le pays accueille depuis le 24 aout la vice-présidente américaine Kamala Harris, en tournée à Singapour et au Vietnam et veut donc faire bonne figure. Dans cette veine, on peut indiquer ici que la manifestation du rapprochement entre Hanoï et Washington face à Pékin inclut, outre la mise en chantier d’une ambassade américaine « multifonctionnelle » d’1.2 milliards de dollars (représentation diplomatique la plus couteuse pour les Etats-Unis), l’inauguration d’un Centre régional américain pour le contrôle et la prévention des maladies pour l’Asie du Sud Est[17]. Il n’existe à ce jour que 4 centres de ce type dans le monde.

Peut être une image de 3 personnes, personnes debout et intérieur
La vice-présidente amériacine Kamala Harris accueillie à Hanoï par la vice présidente vietnamienne Vo Thi Anh Xuan le 21 aout dernier.

[1] https://asiepacifique.fr/covid-19-asie-les-essentiels-du-15-juillet-2021/?fbclid=IwAR0dFlBQL3PijDiazPby_HR-NrrjZPu7GJ62S_sXosmC8LL2om7s9rQFUfA consulté le 25/08/2021

[2] https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20210823-covid-19-au-vietnam-confinement-strict-%C3%A0-h%C3%B4-chi-minh-ville-de-deux-semaines consulté le 25/08/2021

[3] https://www.tilleke.com/insights/vietnam-issues-strict-social-distancing-measures-combat-covid-19/ consulté 26/08/2021

[4] https://asiepacifique.fr/covid-19-asie-les-essentiels-du-15-juillet-2021/?fbclid=IwAR0dFlBQL3PijDiazPby_HR-NrrjZPu7GJ62S_sXosmC8LL2om7s9rQFUfA consulté le 25/08/2021

[5] https://www.reuters.com/world/asia-pacific/vietnams-biggest-city-issues-stay-home-order-covid-19-deaths-soar-2021-08-20/  consulté le 25/08/2021

[6] https://asiepacifique.fr/covid-19-asie-les-essentiels-du-15-juillet-2021/?fbclid=IwAR0dFlBQL3PijDiazPby_HR-NrrjZPu7GJ62S_sXosmC8LL2om7s9rQFUfA consulté le 25/08/2021

[7] William Farr (1807 – 1883) fut un médecin épidémiologiste et statisticien anglais célèbre pour avoir fondé la Surveillance Epidémiologique moderne. S’inspirant de son mentor Pierre-Charles Alexandre Louis, lui-même fondateur de l’épidémiologie clinique comparative, il tend à transformer l’épidémiologie en y ajoutant une facette « science des populations » après avoir en charge de la compilation des statistiques de mortalité en tant que Superintendant du General Register Office. C’est dans une lettre de 1840 au Registar General concernant l’épidémie de variole en Angleterre qu’il présente ses conclusions quant à l’évolution des épidémies. Ses travaux se verront confirmés lors des trois épidémies de choléra londonienne entre 1848 et 1867.

[8] https://www.thestar.com.my/aseanplus/aseanplus-news/2021/08/24/vietnam-ho-chi-minh-city-to-test-all-residents-for-covid-19-during-social-distancing consulté le 25/08/2021

[9] https://www.thestar.com.my/aseanplus/aseanplus-news/2021/08/23/vietnam-orders-covid-19-test-for-millions-in-ho-chi-minh-city consulté le 25/08/2021

[10] Ibid.

[11] https://asia.nikkei.com/Spotlight/Coronavirus/Vietnam-deploys-troops-in-Ho-Chi-Minh-City-to-suppress-COVID consulté le 25/08/2021

[12] https://www.thestar.com.my/aseanplus/aseanplus-news/2021/08/27/vietnam-reports-11575-new-covid-19-cases et https://www.thestar.com.my/aseanplus/aseanplus-news/2021/08/26/vietnam039s-new-covid-19-cases-surpass-12000 consulté le 25/08/2021.

[13] https://www.thestar.com.my/aseanplus/aseanplus-news/2021/08/21/plan-to-ban-people-from-leaving-their-homes-triggers-panic-buying-in-ho-chi-minh-city consulté le 25/08/2021

[14] https://thethaiger.com/coronavirus/third-phase-testing-successful-for-vietnam-covid-19-vaccine consulté le 25/08/2021

[15] https://asia.nikkei.com/Spotlight/Coronavirus/Vietnam-deploys-troops-in-Ho-Chi-Minh-City-to-suppress-COVID le 25/08/2021

[16] Ibid.

[17] https://www.cdc.gov/media/releases/2021/p0825-new-cdc-office.html

News – Vietnam in the top 10 expat’s favourite destinations

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For the seventh time in its history, InterNations, the most important expat community in the world with around 4 million members, has published the Expat Insider survey ranking the countries depending on their attractiveness for foreign workers. Between the 7th and the 31st of January 2021, 12 240 foreign workers coming from 174 nations were questioned about 37 criteria that can be gathered in the following categories and sub-categories:

  • Quality of life including leisure options, personal happiness, travel and transport, health and well-being, safety, digital life, quality of the environment.
  • Finance associated with cost of life.
  • Ease of settling  in composed of the feeling to be at home, friendliness of the locals, finding friends and language barrier.
  • Working abroad with career prospects, work and leisure, economy and job security.

The results are collected and balanced with the question “What’s your satisfaction level living abroad?” to state the overall mark. To be included in the ranking, the host country must welcome at least 50 asked people.

Because the goal of this article is less methodological than analytical , every reader that would like to know more about the survey’s creation conditions is invited to read the survey on InterNations website: https://www.internations.org/e xpat-insider/?ref=fo_exi . In the same way, the following paragraphs are not meant to make a list of the data regarding Vietnam but rather to put it into perspective. Therefore, a list of Vietnam’s raw rankings is available at the end of the article for  ease of reading.

This year’s survey has given the 10th rank to Vietnam on the 59 countries analysed, behind (in the decreasing order) Taiwan, Mexico, Costa Rica, Malaysia, Portugal, New Zealand, Australia, Ecuador and Canada.

Though the overall result is below the 2nd place of 2019[1], it is still honourable and within  the average performance of the country since the leap up of 2016 (from 36 in 2015 to 12). It has to be noticed that 2021’s survey takes the COVID 19 economic consequences and uncertainty into account.

If one takes a look at the details of this statement, it appears that Vietnam benefits from the same assets and suffers from the same weak points as in the previous years. In the following paragraphs we’ll then explain that the country manages to be very attractive for expats thanks to its economic dynamism and the friendliness of its people to attract foreign workers while most of its weaknesses are structural.

I) Vietnam, a financial paradise and source of personal happiness.

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The Vietnamese market is not only affordable and dynamic but also very competitive.

Like all the South-East Asian countries ranked in the first half of the Expat Insider Report (Malaysia #4, Singapore #13, Thaïland #14, Philippines #26, Indonesia #31), Vietnam enjoy the benefits of the regional economic growth to offer an economic environment particularly advantageous for the expats. The country is then at the first place  in the subcategories regarding the cost of living and the personal finance, and so since 2014. 90% of the survey participant loestimate that they earn enough or more than enough to live in Vietnam (against 77% gobally). This performance is mainly based on the low price of the real estate market due to a massive offer in the most important urban centres. Same observation applies regarding  the food.

Another consequence of this economic dynamism, Vietnam is in the top 10 both in terms of easing working abroad (#9) especially in terms of job perspectives (#4). However, the economic backlash of the global pandemic seems to have impacted the performances in this matter, generally badly

Indeed, following its policy of “0 case” in its struggle against the COVID 19, Hanoï hardened its migratory policy in order to avoid the infections, especially the foreigners from bordering countries (Lao, Cambodia, China). Thus, if until now getting a visa against some bills was easy, authorities seem to close the eyes no longer regarding this practices. As a consequence, the companies must from now on start tedious administrative procedures regarding their foreign employees work permit. A new obligation often crippling for some structures like language centres, a big provider of job for foreigners. Whence a relative decrease of the Vietnamese results regarding the categories “economy and job safety” (from #11 to 14 between 2019 and this year) and the overall marks “working abroad” (from #1 to #9 on the same period) and “Easing to settle” (from #15 to #25).

Taking another look at jobs , some domestic economic branches are harshly hit by the diverse sanitary restrictions. It is particularly the case for the touristic sector within which the domestic demand doesn’t cover the extinction of foreigner tourists. Thus, some foreign investors and owners in tourism dependent Vietnamese localities have suffered, are suffering and will suffer from money loss.

It has to be observed that, for the moment, the quite successful management of the sanitary crisis of the Vietnamese government allows the country to keep a certain political and economic stability while the pandemic was shaking the whole world. This resilience and the good economic results that followed – 2.7% of annual growth for 2020, the only positive rate in South-East Asian – even led some international analysts to call Vietnam the next “Asian miracle”. However, that mustn’t hide the fact that some weaknesses have been revealed by the sanitary crisis, like it’s too important dependency to foreign investments or the domestic consumption contraction. As we already treated this topic on the blog, the readers wishing to know more are invited to click the following link for more precisions: https://vinageoblog.wordpress.com/2021/02/14/news-the-xiiith-congress-of-the-vietnamese-communist-party-in-search-of-stability-in-times-of-a-health-crisis-or-a-conservative-stiffening/  . Il est néanmoins à retenir que le Vietnam devrait continuer à . Based on this data, it can be foreseen that Vietnam will be able to ensure a favourable economic environment that would like to settle down there – an attractive country despite a mediocre quality of life.

In addition to this economic and social advantages come the ones related to the generally friendly welcome from the population or to the elements allowing the foreigners to feel home or enjoy the country (exotism, food, local culture, climate, safety, etc…). In this matter also Vietnam seems to have kept its numerous assets despite an overall contraction of the Expat Insider 2021 results (cf. Vietnam raw results list). However, the comparison with the previous numbers allow one to state a relative consistency at the top of the ranking, and this, despite the worst mark since 2014 for the category “Personnal Happiness”. Keep in mind that these categories are based on feeling and that, as a consequence, can widely vary from one group to another in the same condition.

Bia Hoi Junction - Guide Vietnam
It’s always hard to describe the feeling of an atmosphere. If you have any chances to visit Hanoi, go enjoy the cheapest beer on earth (30 cents of euro) on Ta Hien street, in the old quarter, in order to understand the affection of the foreigners for this place.

As a start of explanation for this friendliness, let’s put in perspective the recent history of Vietnam. The disclosure of the country known as “Doi Moi” (“Renewal” or “Revival”) was partly launched to break the isolation of the country after the intervention of the Vietnamese army overthrow the Khmer Rouge regime in Cambodia and the war with China in 1979. Then, for the power – cruelly dependent from USSR and its satellites – as well as for the people – kept away from the world in a North-Korean way – the rupture with the war years and the 11 years of catastrophic collectivist economic policies between the reunification of the country in 1975 and the Doi Moi (1986) has been lived as a relief. This heavy trend has been confirmed with the revelation of the country economic potential with the years, especially regarding tourism. In a same way, Hanoi relies on foreign grey matter contribution – including the Vietnamese diaspora – to make up its technological delay or its educational system flaws (especially for foreign language). As a consequence, the government deployed and is deploying a very energetic diplomatic activity in order to flatten the obstacles to foreigner settling.

Though it doesn’t appear in the raw data of the report since 2017, the language issues have never been crippling for the foreigners to be able to live in Vietnam. Since the new generation of Vietnamese is learning English, you can get access to all the services and goods you need. 72% of the asked people then think that living in Vietnam without mastering the local language[2].

 All of these elements makes  life pretty pleasant in Vietnam. This “seduction power” is even more surprising that everyone seems to agree on the fact that the quality of life is quite bad.

II) An attractive country despite a quality of life assessed mediocre.

As reminded before, the current prosperity of Vietnam is following a period made of austerity, of deprivation, of shortage, of administration manipulated and prohibitively priced black market, of the corruption of the bureaucratic machine and of mass poverty. This situation was both the result of Hanoi diplomatic isolation after the Chinese-vietnamese war of 1979 (doubled with the China-USSR rivalry) and inefficient economic choices.

As a result, the country is suffering from severe lack  of infrastructures , directly impacting the quality of life of the people, especially in town, place of living for most of the expat. It then brings a paradox that characterizes Vietnam so well: the country is at the bottom of the ranking regarding the expat quality of life (#53) but, as we’ve already seen, got a good mark about being a source of personal happiness (#15).

The main pitfall remains the air pollution level in the two main Vietnamese cities: Hanoi and Ho Chi Minh-City. The first one even regularly reach es the top 10 of the global most polluted cities in June when the temperature is rising but the rainy season is not there to dissipate the exhaust gas and when the peasant burns the rice paddy around the city. 3 on 5 people asked (around 63%) by InterNation assessed the air quality as “bad” (against 20% globally). This is the direct consequence of the domestic deficiency in terms of public transport (#51 on 59 in the Expat Insider ranking) leading to the massive use of individual transports. Paired with the raising of the number of urban citizens – which means the raise of the density of habitation -, it ensues a growing traffic pressure in big cities every year.

Hanoi residents worry about air pollution | Environment | Vietnam+  (VietnamPlus)
The smog on the city of Hanoi during a particulary high pollution episod. Like Beijing, the Vietnamese capital city had only known 37 of clean air in 2020.

The authorities are aware of the situation and have already launched some building programs in order to step up. However, the stranglehold of the administration on the real estate management as well as the endemic corruption among the offices in charge of this management has resulted in a series of scandal delaying the construction[3]. The most symbolic example of this chaos is the 13km of the hanoian air-train line 2A between Cat Linh and Ha Dong quarters. Financed by the Chinese government development aid up to 552,86 millions of dollars and given to the China Railway Company (public), the construction started in October 2011 and were supposed to be achieved at the end of 2013. But operational and administrative issues arose from the problems of financing finalization bringing the total amount to 868 millions of dollars[4]. The extra cost has been financed by preferential rates loans granted by the Import-Export Bank of China. Then the bulk construction was done only during the third trimester of 2018 before the COVID 19 outbreak and the hardened migratory rules it brought prevent the French consultant team of Apave-Certifier-Tricc (ACT) from executing their control mission. Once done, this mission showed some serious security problems needing 6 months to be fixed[5]. Thus, the date of April 2021 announced by the Vietnamese government for commercial public opening of the line 2A has already passed. Besides the Vietnamese administration being (one more time) discredited for its bad economic affair management in the eyes of the population, the “line 2A case” is feeding the ancestral resentment of the Vietnamese toward their northern neighbours. Some even call out the collusion between some civil servants from the Hanoi People Committee and the Ministry of Transport with the Chinese project manager to make money on the construction delays and their extra costs. It has to be noticed that the bad management of the work has harshly hit the city on 1) the logistic matter due to the road degradation or congestion by the machine at some important traffic knots; 2) the economic matter, many small shops near the construction site suffering from the noise and dust pollution and 3) the urban plan, the delay of the line 2A leading to the delay of 20 more projects depending on it[6]. In comparison, the constructions led by the Japanese companies have taken place without major incident and delays[7]

Vietnam protesters attack China over sea dispute - BBC News
In 2014, the installation of an chinese offshore oil rig in the territorial waters claimed by Vietnam ensued a anti-Chinese feeling peak among Vietnamese people. Here a demonstration in Hanoi.

This type of causal relations between deficient infrastructure and the quality of life degradation can be spread both to the sanitation and water distribution system[8] and the waste treatment circuit. The Expat Insider 2021 is echoing the worries of 42% of the asked regarding the water cleanliness in urban zones[9] and the plastic waste pollution along the coast. Let’s remind ourselves here  that the previous point depends on the domestic management as well as on the international recycling organisation as detailed.

Since 2018, the InterNation’s report includes the “digital life” criteria in order to assess to what extent the country is using the informatics tools to ease the expat’s life. In this matter, Vietnam got one of its worst mark (#54) with half of the expats’ sample estimating the dematerialized public services hard to access[10]. For one fourth of them the payment solution out of cash are still not good enough. This is just one  more paradox in a country of young people who are  fond of technology and online services[11].

All these previously detailed aspects lead without surprise to mediocre results for Vietnam about the categories “Health and wellness” (#46) and “Quality of environment” (#57). If the ranking about the health issues is the best since 2014 thanks to the slow but sure improvement of the services (health staff and infrastructures), it is clear that, based on the current data, no radical change is to be expected from Hanoi on the ecological side.

Conclusion: as you maybe have already understood, the Expat Insider 2021 portrays Vietnam as a country in need of qualified foreign workforce ready to ready to offer a wealthy environment. Though burdened by its history, its political system and its developing country status, Vietnam has some certain assets to give anyone a good reason to settle down on its territory despite a bad quality of life. During the year 2021, it remains to be seen how the coronavirus crisis will impact the financial performance of the country.


[1] Because of COVID 19 outbreak, the 2020’s survey focused on sustainable development and cities ranking.

[2] InterNation, Expat Insider 2021 : The Year of Uncertainity, mai 2021, p.60

[3] https://www.theguardian.com/cities/2016/jul/18/long-wait-hanoi-metro-vietnam-motorbike

[4] The contracts renegociation following the financing issues results in a retention of the safety reports by the chinese company because it didn’t feel bound anymore: https://asia.nikkei.com/Business/Transportation/Vietnam-s-China-built-metro-line-falls-2-years-behind-schedule

[5] https://ezydict.com/hanoi-metro-set-to-miss-yet-another-deadline-12868141 and https://tienphongnews.com/ministry-affirms-cat-linh-ha-dong-metro-line-certified-as-safe-by-french-consultant-175261.html/amp

[6] https://asia.nikkei.com/Business/Transportation/Vietnam-s-China-built-metro-line-falls-2-years-behind-schedule

[7] https://www.scmp.com/week-asia/business/article/2104149/vietnams-tale-two-metros-one-built-japanese-and-other-chinese

[8] https://journals.sagepub.com/doi/full/10.1177/1087724X18780045

[9] InterNation, Expat Insider 2021 : The Year of Uncertainity, mai 2021, p.60

[10] Ibid.

[11] https://www.temasek.com.sg/en/news-and-views/stories/future/generation-v-how-vietnams-youths-are-powering-the-e-conomy


News – The XIIIth Congress of the Vietnamese Communist Party : in search of stability in times of a health crisis or a conservative stiffening?

Disclaimer:This article is a translated version of one I published in French. The references were originally in French so I changed it to English ones every time it was possible.

From the 25th to the 31st of January, the XIIIth Congress of the Vietnamese Communist Party (VPC) was held in Hanoi, during which the 1587 delegates representing some 5.1 million Party members elected new representatives of the Politburo (the seat of power) and the main policies for the 5 next years. Despite the obscurity surrounding the Marxist-Leninist process, the result of such political events may offer clues to the observer to speculate on the dynamics of Party leadership.

Nguyen Phu Trong, General Secretary of the Vietnamese Communist Party

As will be demonstrated below, this year Congress was marked by the reelection of Nguyen Phu Trong – former General Secretary of the Party and President of the Republic – breaking some internal rules of the Party and strengthening of the interests of the Party within the Politburo. This begs the question: are these elements bringing about a stiffening of the Vietnamese political establishment, or a pragmatic twill to adapt to the specific situation of the current sanitary crisis.

To do so, let’s explain the context the Congress happened in and then put the composition of the Politburo in the post-Doi Moi governance in perspective.

I)                 A Congress contemporary to COVID-19 issues.

Regarding the context, the Vietnamese decision-makers are among the few people considering the year 2020 as a success. Indeed, Hanoi shows an advantageous result of 1985 COVID-19 cases and only 35[1] deaths thanks to a strict and legally binding sanitary protocol. From an economic perspective, Vietnam saw a 2.7% GDP growth in 2020, being the only South East Asian country with a positive growth rate in the last year[2].

Consequently, Vietnam enjoys a very good international reputation, particularly among the rating and development agencies. For example, Ruchir Sharma, Strategy Manager at Morgan Stanley Investment Management, published an article on the 13th of October entitled “Is Vietnam the next “Asian miracle”[3]?

       It should be specified here that Vietnam’s growth model relies on manufacturing to attract foreign companies. This is based on its comparative advantages such as wage competitivity, workforce abundance, and political stability[4]. Hence, the inflow of foreign investment – and, by extension, a good reputation – is of particular importance for Vietnam, representing 20% of the GDP and 60% to 70% of the exportations[5]. Hanoi also hopes that the establishment of foreign companies will allow an upgrade of the workforce and subsequently, an upgrade of the domestic producers.

Conscious of this need to maintain the country’s good reputation and suffering the negative impacts of the COVID-19 crisis on foreign investment (-15% for the first semester of 2020)[6], the government implemented a special workgroup under the responsibility of the Ministry of Planning and Investment in order to work on the country’s attractiveness[7].

Due to these measures, most of the development and rating agencies foresee a quick rebound in growth once the COVID-19 issues have disappeared. Rates  of GDP growth between 6.5% to 7% have been announced for 2021[8].

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Vietnamese propaganda poster.: « Together, let’s fight against COVID-19 »

However, this enthusiasm quickly dissipated once you read the Vietnamese language press, which is closer to reality. The Vietnamese economy certainly displays encouraging macro-economic indicators, but many concerns remain and must be addressed by the new leading team .

Indeed, domestic consumption, representing 68% of the GDP[9], contracted following the crisis. According to the official statistics, 31.8 million of the 54 million workers (59%)[10] saw their income drop due to the COVID-19, even though the country had only 22 days of strict lockdown and 27 trillion VNDong (970 million euros)[11] in financial aid. The average revenue decreased by 5% since the beginning of the crisis[12]. It must be noted that this statistic is not accurately representative: 20 to 30% of the Vietnamese economy is “off the radar” because it’s informal.

This decrease in purchasing power also reduces the chance to see domestic demand replace international demand in the tourism sector (12.4% of GDP)[13], the country’s most damaged industry.

Finally, several questions arose regarding the capacity of Vietnam to put in place and enforce measures that will maintain the foreign investment inflow and allow domestic companies to cope with international competition[14]. Indeed, the country has many structural issues preventing investment attraction and impacting their efficiency, the main ones still being corruption and real estate rules. The problem is that, for a few years, Vietnam has opened its market through free trade agreements – the last one being the RCEP – putting its companies under the pressure of harsher competition. Some analysts presume that some measures then have to be implemented in order to avoid weakening the least competitive domestic branches.

These elements are crucial for both the country’s and the Party’s future in the sense that, at present, the current legitimacy of the VPC is mainly based on its ability to take Vietnam out of the economic catastrophe and the diplomatic isolation it was subject to during the late ’80s. The long- term economic prosperity is then considered as an indispensable component of national security by the Ministry of Public Security[15].

However, despite the pandemic-related troubles, the Congress’s preparation phases were fairly peaceful, as the Party reached all its goals proposed during the 2016 XIIth Congress.

This didn’t prevent a crackdown on dissident voices, which reached new records this year. Censorship on Facebook (the first social network in Vietnam with 61 million accounts) and Youtube skyrocketed, as both social networks complied with 95% and 90% of government requests respectively[16]. In addition, on the 6th of October, the journalist Pham Doang Tran, founder of the online magazine, Luât Khoa, which allowed citizens to ask the application of the state of rules, was arrested because she investigated the recent events of Dong Tam[17].

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The 29 convicted in the Dong Tam case. Dong Tam people refused the requisition of their land for a big real estate project. The tension raised until the government sent the anti-riot police. 3 policemen died during the fights with the villagers

This episode cast light on a paradox that may threaten the Party’s popular backing: the masses accepted a strict and efficient sanitary protocol because the process was fully transparent. Let’s specify here that, in a Marxist-Leninist country like Vietnam, this phenomenon is quite rare. Thus, the average Vietnamese citizen may start to link the efficiency of public action to its level of transparency, conferring a significant pressure on the authorities[18]. This would result in a relative share of the VPC’s power monopoly. Indeed, some precedents have already been set, such as the aforementioned Dong Tam case. The Party had to officially disclose some information related to the events in order to appease the masses; the Ho Duy Hai cases marked a similar backtracking last year[19].

This request for transparency would also undermine a defensive process often used by the Party: “blame avoidance”[20]. This consists in reporting the legitimate criticisms for a failure from the central organization to the local one in order to safeguard the prestige and the legitimacy of the highest members of the Party[21]. If something goes wrong, it’s not because of bad central management or a bad rule but because of a bad implementation at a local level. But the adept management of the sanitary crisis has only been possible thanks to tight cooperation between the different levels of power. Thus, this experience may provoke the exasperation of people if an outrageous case of “blame avoidance” were to happen again, and then tighten the corridor of action of the Party[22].

Having specified these issues, let’s find out about the XIIIth Congress issues.

II)               The XIIIth Congress: conservative decay or institutional resilience?

Here, the idea is to draw conclusions based on the factual aspects of the Congress.

One of the first aspects is that 9 of the 18 former members of the Politburo have been re-elected for the XIIIth Congress[23]. The 9 new members insist that the interests of the Party have been strengthened within the Politburo, increasing the number of its defenders to 13 (compared to 8 on 18 for the XIIth Congress)[24]. The Vietnamese People’s Army also saw its number of representatives double with the election of General Luong Cuong (head of the General Political Department) and General Phan Van Giang (VPA’s Chief of General Staff), as well as the Police with the Ministry of Public Security To Lam and, indirectly, through Pham Minh Chinh ( former vice-minister of the Public Security) and Nguyen Hoa Binh ( former high-rank civil servant of the Ministry of Public Security) as well as the Prosecutor General of the Supreme People’s Procuracy.  But the main change is the presence of 7 representatives of the Party’s central authorities: the Head of the Central Committee’s Organization Commission, Economic Commission, Mass Mobilization Commission, Ideology and Education Commission, Internal Affairs Commission, and Inspection Commission. It’s the first time since Doi Moi that the Politburo has included the head of the Ho Chi Minh National Academy. The head of the Vietnam Fatherland Front (in charge of worker’s unions, religious association, and civil society management) as well as the Minister of Foreign Affairs and the President of the supreme court complete the list.[25]

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The last meedting of the XIIIth Congress of the VCP

The second aspect is the third term of Nguyen Phu Trong as General Secretary of the VPC and the ascension of Nguyen Xuan Phuc to the position of President of the Republic.  Confirming the strengthening of the position of the Party, the head of the Organization Commission, Pham Minh Chinh, became Prime Minister. Lastly, Vuong Dinh Hue, ex-secretary of the People’s Committee of Hanoi et ex-Vice Prime Minister became Chairman of the National Assembly.

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Le Duan (1908-1986)

In order to analyze these nominations in the right way, it must be noted that keeping Trong in power breaks some of the rules implemented in 1986 to avoid institutional blockage after the death of Ho Chi Minh in 1969[26]. Indeed, the successor of the Vietnamese independance’s father, Le Duan, former head of the South Vietnam Liberation Front (also known as Viêt Công), concentrated power and prevented the country from economic and diplomatic reform, resulting in economic catastrophe and diplomatic isolation[27]. The situation only started to improve after his death in 1986, allowing the Party to open the country to the international economy. After this episode, it has been decided that the people at the “4 pillars” positions (quoted in the previous paragraph) mustn’t be allowed to serve more than 2 terms and can’t attend the position if they are more than 65 years old. Yet, Nguyen Phu Trong, 77 years old, has just started his third term. Though the age rule has seen many exemptions since 1986 (Nguyen Xuan Phuc is currently 67), it’s the first time that the “2 terms” rule has been broken. Let’s not forget that Trong also suffered a stroke during Spring 2019, showing the limits of his health[28].

At first sight, one can be tempted to interpret these violations as a “classical” abuse of power often seen in the political spheres. Indeed, the number 1 of the VCP was already an exception in recent Vietnamese history as he endorsed the title of President of the Republic when the former President, Tran Dai Quang (1956-2018), died. Being at the same time President and General Secretary of the Party, he was the most powerful politician of the regime since Ho Chi Minh[29]. Some can’t help but compare him to Xin Jinping, the president of the Chinese Communist Party, and who currently holds the same titles. This point may be confirmed by the implementation of a cult of personality, only reserved until now for “Uncle Ho” and Vo Nguyen Giap. According to Reuters, a biography was then published describing him as an “intelligent, brave, and pure leader” striving to bring Vietnam “shoulder to shoulder with the powers of the five continents, as Uncle Ho respectfully wished[30].”. Concerning his anti-corruption campaign, Trong is described as “a noble man, sent by the spirits to purify the system,”, “hammer and sickle in hand, he dispels gloom, waiting for the sunshine[31].”

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Nguyen Tan Dung

Thus, desipte showing a monolithic front, the Party is shared by some factions that can’t be described here for time reasons. In 2016, the XIIth Congress publicised the clash between these factions through the conflict between Nguyen Phu Trong and the former Prime Minister Nguyen Tan Dung. The former, supported by the conservative wing, managed to overthrow the latter, champion of the liberal wing, via an anti-corruption campaign to restore the legitimacy of the Party. Dung was indeed at the centre of many corruption cases that were publicly revealed and that caused a loss of faith of the population toward its leaders[32].  Though strengthened by this experience, the Party let its divisions appear as well as its weaknesses – in the case that the factions are unable to reach a consensus, separatism could threaten the monopoly of the Party on power.

As a result, during the preparation Plenum of January 2020, Trong introduced 2 new criteria regarding the “4 pillars” of election conditions. Rule 214 then stated that the candidates have to be “unity factor” among the Party and “enjoy a good popular reputation”. In a few, they would have to come from the VCP mould and be appreciated by the masses[33]. Many think that issuing these rules was a way for Trong to push his protégé, Tran Quoc Vong to the forefront. Vong has indeed been the right arm of Trong during the anti-corruption campaign and was quite popular for that[34].

However, despite his influence within the Party, the number 1 didn’t manage to impose Vong on the 200 delegates of the Central Committee. For many observers, it would be the reason why he has remained in power, as nobody else fulfils the aforementioned criteria. The possibility that Trong would leave his position before the end of his term in case someone manages to meet the requirements of Rule 214 seems credible for some of them[35].

This point is even more relevant considering that the country has experienced direct suffrage at a local level for dozens of years. The aim of this evolution is to limit the excess of a system that, if it guarantees stability, is easily manipulated by the holder of the power[36]. Indeed, based on the Soviet principle of “democratic centralism”, the local People’s Congress vote for the election of the local People’s Committee, then vote for the local General Secretary. The process is the same at the national level. In 2020, Vietnam had its highest proportion of direct election at the city and provincial level (11%), quite a big change for a Marxist-Leninist country[37]. In this way, this hybrid system of “selectorate” could give political opinion enough weight to influence the Congress of 2026 if the system is extended to the national level[38]. In this way, it is perfectly understandable that the Party wants to prepare for this term by choosing popular leaders.

In a similar vein, one should remember that 43% of the Party’s local secretary are less than 50 years old and, growing up after Doi Moi, are less conservative than their elders[39]. Then, in the Party interest, the third term of Nguyen Phu Trong at the General Secretary position shouldn’t prevent the new generation of officials from emerging. In fact, if a too small number of places are left for them, resentment could grow among the new generation as well as increased competition within the party that could lead to a deeper phenomenon of “factionalization” to access rarer seats[40]. If it were to happen, this generational and institutional blockage could also impact the motivation of the officials regarding their efficiency and destroy the process of Party legitimization based on performance[41]. The VCP would then be in a situation similar to the Brejnev era in the USSR when that fact that a conformist political class was unable to reform itself indirectly brought the country to its collapse.

Conclusion:

               The XIIIth Congress is symptomatic of a political class at a crossroads during an uncertain period of world pandemic and economic troubles. It is testament to the dilemma of emergency/sustainability the Party has to cope with regarding the choice of its leaders. Similarly, there is a rising tension between the “democratic centralism”- warrant of stability – and the needs for internal democracy within the Party to limit nepotism.

               If this keeps in power a team and a political line that has already proved they are efficient, its conservative accent – expressed through the strengthening of the Party’s interests among the Politburo – could endanger the institutionalization process of the VCP and undermine its legitimacy despite its good performances.

               It remains to be seen whether, once the health and economic situation has stabilized, the ruling class will be able to avoid the pitfalls of a standstill in order to prevent the addition of a generational conflict to pre-existing factional ones. The entire process of political reform carried out since Doi Moi, aimed at securing the Party’s monopoly on power, is at stake.


[1] https://www.worldometers.info/coronavirus/country/viet-nam/, data of the 11th of Februrary

[2] Jean-Phillipe Eglinger, « Vietnam : les autorités face aux enjeux économiques et sociaux de l’après Covid. », Asia Centre, the 24th of April 2020

[3] Ruchir Sharma, Is Vietnam the next « Asian Miracle » ?, New York Times, the 13th of October 2020, https://www.nytimes.com/2020/10/13/opinion/vietnam-economy.html

[4] Rémy BARAIZE, Quel bilan pour le sommet de l’APEC 2017 au Vietnam, Vinageo blog, 19th November 2017 https://vinageoblog.wordpress.com/2017/11/19/actualite-quel-bilan-pour-le-sommet-de-lapec-2017-au-vietnam/

[5] https://vneconomy.vn/chiem-725-tong-kim-ngach-xuat-khau-viet-nam-muon-hut-them-von-fdi-
20181221142840247.htm cité par Jean-Phillipe Eglinger, « Vietnam : les autorités face aux enjeux économiques et sociaux de l’après Covid. », Asia Centre, the 24th of April 2020

[6] Jean-Phillipe Eglinger, « Vietnam : les autorités face aux enjeux économiques et sociaux de l’après Covid. », Asia Centre, the 24th of April 2020

[7] Chi Hiêu, Thành lập tổ công tác đặc biệt về thu hút các tập đoàn đa quốc gia, 23 mai 2020 https://thanhnien.vn/tai-chinh-kinh-doanh/thanh-lap-to-cong-tac-dac-biet-ve-thu-hut-cac-tap-doan-da-quoc-gia-1227852.html?fbclid=IwAR1gbDV-seII-JqU8X81WCp6ogDmFbYVvolRnuzFEmOh4BN6T9piJe7FwYo

[8] Jean-Phillipe Eglinger, « Vietnam : les autorités face aux enjeux économiques et sociaux de l’après Covid. », Asia Centre, the 24th of April 2020

[9] Bruce Duteil, Matthieu François, Nga Nguyen, Emerging from the pandemic, Vietnam must position itself for recovery, Mc Kinsey Company, 1er juillet 2020 https://www.mckinsey.com/featured-insights/asia-pacific/emerging-from-the-pandemic-vietnam-must-position-itself-for-recovery#

[10] Jean-Phillipe Eglinger, « Vietnam : les autorités face aux enjeux économiques et sociaux de l’après Covid. », Asia Centre, the 24th of April 2020

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] Ibid.

[14] Phuong Pham, Economic Security: Vietnam’s Cardinal Policy Goal, The Diplomat, the 18th of September 2020, https://thediplomat.com/2020/09/economic-security-vietnams-cardinal-policy-goal/

[15] Ibid.

[16] Tomoya ONISHI, Vietnam’s Communists brace for next 5 years after big 2020, Nikkei Asia, the 22nd December 2020 https://asia.nikkei.com/Spotlight/Asia-Insight/Vietnam-s-Communists-brace-for-next-5-years-after-big-2020

[17] RSF, RSF condamne l’arrestation de la journaliste vietnamienne Pham Doan Trang, Reporter Sans Frontière, the 7th of October 2020, https://rsf.org/fr/actualites/rsf-condamne-larrestation-de-la-journaliste-vietnamienne-pham-doan-trang

[18] Ibid.

[19] Eugene Whong, Vietnam’s National Assembly to Review Ho Duy Hai Murder Case, Radio Free Asia, the 18th of May 2020, https://www.rfa.org/english/news/vietnam/ho-duy-hai-05182020160929.html

[20] Hélène CAUNE, Blame Avoidance dans : Laurie Boussaguet, Dictionnaire des politiques publiques, p114-123, Editions Sciences-Po Paris, 2010, available at  : https://www.cairn.info/dictionnaire-des-politiques-publiques–9782724611755-page-114.htm

[21] Mai Truong, Vietnam’s COVID-19 Success Is a Double-Edged Sword for the Communist Party, The Diplomat, the 6th of August, https://thediplomat.com/2020/08/vietnams-covid-19-success-is-a-double-edged-sword-for-the-communist-party/

[22] Ibid.

[23] Zachary Abuza, The Fallout From Vietnam’s Communist Party Congress, the 2nd of February 2021, The Diplomat https://thediplomat.com/2021/02/the-fallout-from-vietnams-communist-party-congress/

[24] Ibid.

[25] http://news.chinhphu.vn/Home/BREAKING-NEWS-LIST-OF-NEWLYELECTED-POLITBURO-MEMBERS/20211/42832.vgp

[26] Sabastian Strangio, Vietnam’s Communist Party Chief Reelected to Third Term, the 1st of February 2021, The Diplomat https://thediplomat.com/2021/02/vietnams-communist-party-chief-reelected-to-third-term/

[27] Ibid.

[28] Ibid.

[29] Rémy BARAIZE, Nguyen Phu Trong, secrétaire général du PCV et nouveau président du Vietnam: mimétisme du n°1 chinois?, the 2nd of December 2018, Vinageo blog, https://vinageoblog.wordpress.com/2018/12/02/actualite-nguyen-phu-trong-secretaire-general-du-pcv-et-nouveau-president-du-vietnam-mimetisme-du-n1-chinois/

[30] Sabastian Strangio, Vietnam’s Communist Party Chief Reelected to Third Term, the 1st of February 2021, The Diplomat https://thediplomat.com/2021/02/vietnams-communist-party-chief-reelected-to-third-term/

[31] Ibid.

[32] Rémy BARAIZE, Nguyen Phu Trong, secrétaire général du PCV et nouveau président du Vietnam: mimétisme du n°1 chinois?, the 2nd of December 2018, Vinageo blog, https://vinageoblog.wordpress.com/2018/12/02/actualite-nguyen-phu-trong-secretaire-general-du-pcv-et-nouveau-president-du-vietnam-mimetisme-du-n1-chinois/

[33] Sebastian Strangio, Vietnam Party Conclave Readies Key Personnel Appointments, the 15th of December 2020, The Diplomat https://thediplomat.com/2020/12/vietnam-party-conclave-readies-key-personnel-appointments/

[34] Sabastian Strangio, Vietnam’s Communist Party Chief Reelected to Third Term, the 1st of February 2021, The Diplomat https://thediplomat.com/2021/02/vietnams-communist-party-chief-reelected-to-third-term/

[35] Ibid.

[36] Nguyen Khac Giang, Vietnam’s 13th Congress: Institutional Resilience or Institutional Decay?, the 7th of  January 2021, The Diplomat https://thediplomat.com/2021/01/vietnams-13th-congress-institutional-resilience-or-institutional-decay/

[37] Ibid.

[38] Ibid.

[39] Ibid.

[40] Nguyen Khac Giang, Vietnam’s 13th Congress: Institutional Resilience or Institutional Decay?, the 7th of  January 2021, The Diplomat https://thediplomat.com/2021/01/vietnams-13th-congress-institutional-resilience-or-institutional-decay/

[41] Ibid.


Actualités: XIIIème Congrès du Parti Communiste Vietnamien : à la recherche de la stabilité en temps de crise sanitaire où raidissement conservateur ?

Du 25 au 31 janvier dernier se tenait à Hanoï le XIIIème Congrès du Parti Communiste Vietnamien (PCV) durant lequel les 1587 délégués représentant environ 5,1 millions de membre du Parti ont choisi la nouvelle composition du Politburo – organe au cœur des décisions politiques – ainsi que les orientations politiques du pays pour les 5 prochaines années. Bien que procédant d’une logique marxiste-léniniste prônant la plus stricte opacité, le résultat des grands événements politiques au Vietnam peut permettre aux observateurs de spéculer quant aux dynamiques animant le leadership du pays. 

Nguyen Phu Trong, Secrétaire Général du Parti Communiste Vietnamien

Comme nous le verrons en détail plus loin, le Congrès de cette année fut marqué par le maintien de Nguyen Phu Trong à la tête du Parti – enfreignant en cela plusieurs règles internes au PCV – ainsi qu’au renforcement des intérêts du Parti au sein de du Politburo. Les lignes politiques pour leur part semblent avoir été conservées. Aussi s’agit-il de savoir si l’événement qui nous intéresse témoigne d’un raidissement de la part du Parti ou, au contraire, d’une volonté de s’adapter au mieux à la situation inédite que nous connaissons tous actuellement.

Pour ce faire, il convient d’abord de savoir dans quel contexte le Congrès s’est déroulé puis de revenir sur la composition du XIIIème Politburo du PCV en l’inscrivant dans la dynamique de la gouvernance vietnamienne depuis le Doi Moi.

I) Un Congrès contemporain des difficultés posées par la crise du Covid 19.

               Concernant le contexte, il est à noter que malgré la crise sanitaire liée au Covid 19, les dirigeants vietnamiens comptent parmi les rares personnes pouvant considérer l’année 2020 comme un succès. En effet, le Vietnam affiche un bilan avantageux en ne recensant que 1985 cas de coronavirus pour seulement 35[1] décès grâce à un protocole strict et contraignant. Sur le plan économique le constat est assez similaire dans le sens où le pays a enregistré une croissance annuelle de 2,7%, faisant du Vietnam le seul pays d’Asie du Sud-Est à avoir connu un taux croissance positif pour l’année 2020[2].

               De ce fait, le pays jouit d’une excellente réputation sur le plan international, en particulier auprès des agences de notation ou de renseignement économique. Pour donner la mesure de cet enthousiasme, Ruchir Sharma, Responsable de la Stratégie chez Morgan Stanley Investment Management, a publié le 13 octobre 2020 un article ayant pour titre « Le Vietnam est-il le prochain « miracle asiatique »? [3]».  Précisons ici que le modèle de croissance vietnamien repose sur une stratégie d’attrait des entreprises étrangères opérant dans le secteur manufacturier à fort besoin en main d’œuvre reposant sur la compétitivité des salaires, l’abondance de ses travailleurs et la stabilité de son système politique[4]. Dès lors, l’afflux de capitaux étrangers revêt une importance singulière en termes de croissance (environ 20% du PIB) ainsi qu’en termes d’exportations (les entreprises à capitaux étrangers représentent entre 60 et 70% de la valeur des exportations vietnamiennes)[5]. A noter également qu’Hanoi compte énormément sur l’implantation d’entreprises étrangères pour la montée en compétence de la main d’œuvre nationale, permettant ainsi une montée progressive en gamme des producteurs nationaux. Par conséquent, il est nécessaire pour la direction vietnamienne de maintenir une image positive sur le plan international. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les autorités vietnamiennes – bien conscientes de l’impact négatif de la crise du COVID sur les investissements internationaux (-15% pour le premier semestre 2020)[6] – ont mis en place un groupe de travail spécial sous la supervision du Ministère du Plan et de l’Investissement chargé, entre autres, de travailler à l’attractivité du pays pour les multinationales[7].

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Affiche de propagande vietnamienne pour la sensibilisation de la population aux gestes barrière contre le COVID 19 : « Ensemble, luttons contre le COVID 19 ».

Aussi, la plupart agences de notations ou de développements prévoient elles un rebond très favorable pour le Vietnam à mesure que les troubles liés à la pandémie se dissiperont. Des chiffres entre 6.5% et 7% de croissance sont ainsi avancés pour l’année 2021[8].

               Pour autant, cet enthousiasme est très vite nuancé dès que l’on se penche sur la presse en langue vietnamienne, et de ce fait bien plus proche de la réalité. Certes, le Vietnam affiche de très bons indicateurs macro-économique mais plusieurs inquiétudes persistent et doivent être traités par la nouvelle équipe dirigeante.

               En effet, la consommation intérieure, représentant 68% du PIB[9], s’est contractée suite à la crise. D’après les statistiques disponibles près de 31,8 millions des 54 millions[10] d’actifs (59%) ont vu leur revenu chuté du fait du Covid et ce malgré seulement 22 jours de confinement total et une aide gouvernementale de 27 trillions de Dông[11] (environ 970 millions d’euros). Le revenu moyen a ainsi chuté de 5% depuis le début de la crise sanitaire[12]. A noter d’ailleurs que ces données sont certainement inférieures à la réalité dans le sens où 20à 30% de l’économie vietnamienne est « hors des radars » car informelle.

               Cette réduction du pouvoir d’achat réduit également les chances de voir la demande intérieure se substituer à la demande internationale dans le secteur touristique (12,4% du PIB)[13], grand perdant de la crise sanitaire en raison de la fermeture des frontières.

               Enfin, plusieurs interrogations furent soulevées quant à la capacité du pays s’agissant de l’efficacité des mesures qui seront mises en place pour renouer avec les IDE liés aux exportations et à la résistance des entreprises vietnamiennes à la concurrence internationale[14]. En effet, le pays connait un certain nombre de problèmes structurels pouvant à terme nuire à la captation des investissements et à leur efficacité, notamment s’agissant des épineuses questions de la gestion foncière et de la corruption. Ces phénomènes sont à mettre en parallèle avec l’ouverture récente du Vietnam à l’économie mondiale via plusieurs traités de libre-échange – le dernier étant celui le liant à l’Union Européenne – ce qui accroit fortement la pression sur les entreprises vietnamiennes en raison de la concurrence internationale. Certains analystes estiment ainsi que plusieurs mesures d’ajustement seront nécessaires afin d’éviter l’étiolement des branches économiques les moins compétitives du pays.

               Il faut bien comprendre que ces points sont cruciaux pour l’avenir du pays et surtout du Parti en cela qu’à l’heure actuelle la légitimité du PCV repose en grande partie sur sa capacité à sortir le pays de l’ornière économique et de l’isolement diplomatique dans lesquels le Vietnam se trouvait lors du lancement du Doi Moi en 1986. La prospérité économique du pays sur le long terme est même considérée comme une composante indispensable de la sécurité nationale par le Ministère de la Sécurité Publique[15].

               Pour autant, malgré les troubles liés à la pandémie mondiale, les phases de préparation du Congrès furent relativement calme, le gouvernement ayant atteint l’ensemble de ses objectifs depuis le XIIème Congrès de 2016.

       Cela n’empêcha pas un raidissement de la direction concernant les voix dissidentes qui, bien qu’étant généralement la norme à la veille d’événements politiques décisifs, connut une ampleur sans précédent. La censure sur Facebook (1er réseau social du pays avec 61 millions de compte) et Youtube aurait ainsi explosé, les deux réseaux ayant respectivement accédé à 95% et 90% des demandes de censure du gouvernement[16]. Le 6 octobre dernier la journaliste Pham Doang Trang, fondatrice du magazine juridique en ligne Luât Khoa – permettant au citoyen de demander l’application de l’état de droit-, avait été arrêtée pour avoir enquêté sur les événements de Dong Tam qui avait défrayé la chronique il y a peu[17].

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Les 29 accusés dans l’affaire de Dong Tam durant leur procès. Les villageois de Dong Tam refusait la réquisition de leurs terres par le gouvernement dans le cadre d’un projet immobilier. L’affaire est monté en tension jusqu’à l’envoi de la police anti-émeute dans le village. Les affrontements furent si violent que 3 policiers succombèrent à leur blessure. Les principaux instigateurs de la révolte furent condamnés à mort.

               C’est pourtant sur ce point qu’apparait un paradoxe qui pourrait menacer à terme l’assise populaire du Parti : la population accepta plusieurs mesures réduisant considérablement leur liberté du fait que les autorités affichaient une transparence sans précédent sur le sujet. Aussi, devant la réussite de cette démarche, les citoyens vietnamiens peuvent-ils être amenés à associer l’efficacité d’une action publique avec son degré de transparence, entrainant dès lors une pression populaire accrue sur les instances dirigeantes[18]. Or ceci reviendrait à entamer le monopole du PCV sur le pouvoir, chose inconcevable dans l’un des derniers pays marxiste-léniniste au monde. Et pourtant… En plus de l’affaire du village de Dong Tam précitée à propos de laquelle le gouvernement a dû laisser filtrer quelques informations pour calmer l’agitation, l’ampleur médiatique et la pression populaire basée sur la demande de transparence avait poussé le Parti à communiquer certaines pièces du dossier alors inédites et à accorder en mai 2020 une révision du procès de Ho Duy Hai[19], condamné à la peine de mort en 2008 après avoir été déclaré coupable du meurtre de deux femmes[20]. De cette façon, les citoyens vietnamiens pourraient être amené à exercer une pression grandissante sur le Parti voire à mettre fin à son monopole sur le pouvoir.

               Cette demande de transparence aurait également comme effet la mise à mal d’un mécanisme de défense prisé par le PCV et communément appelé « blame avoidance[21]», que l’on pourrait traduire par « rejet de la responsabilité ». Cette pratique consiste à dévier les critiques légitimes suivant un échec des organismes centraux vers les autorités locales, permettant ainsi « sauver la face » et de conserver intacte la légitimité et le prestige des plus haut placés au sein du Parti[22]. C’est grâce à cette technique de gouvernance que l’actuelle loi foncière est maintenue malgré les scandales qui apparaissent régulièrement quant à la gestion de patrimoine immobilier par l’Etat : ce n’est pas le système qui est mauvais mais seulement les échelons locaux qui ont mal appliqué la règle. Or, la bonne gestion de la crise sanitaire a été possible grâce à une coopération étroite entre les échelons centraux et locaux. Aussi, cette expérience est-elle à même de provoquer l’exaspération de la population dans le cas où un scénario de « blame avoidance » outrancier venait à se produire, réduisant la légitimité du PCV et poussant les citoyens à plaidrt pour davantage de transparence[23].

               Il convient dès lors d’analyser les résultats du XIIIème Congrès dans la perspective des éléments que nous venons de présenter

II) Le XIIIème Congrès : pourrissement ou résilience du PCV face aux enjeux de la crise sanitaire ?

Il s’agit ici de se baser sur plusieurs éléments factuels tirés du Congrès pour tenter d’en tirer quelques conclusions.

S’agissant de l’aspect purement factuel, attardons nous sur la composition du Politburo et des « 4 pilliers » de la direction vietnamienne (à savoir Secrétaire Général du Parti, Président de la République, Premier Ministre, Président de l’Assemblée).

Concernant le Politburo, la première constatation porte sur le fait que 9 des 18 membres du XIIème Politburo ont été reconduits au sein de la XIIIème mouture[24]. Comme nous l’avons déjà indiqué en introduction, la sélection des 9 nouveaux membres indique clairement l’attention portée à la sauvegarde des intérêts du Parti, portant à 13 le nombre de ses défenseurs directs (contre 8 lors du dernier Congrès)[25]. Ainsi l’Armée Populaire du Vietnam voit son nombre de représentants doublé avec la nomination du Général Luong Cuong (Chef du Département Politique de l’Armée) et du Général Phan Van Giang (Chef d’Etat-major), de même que la Police avec la présence du Ministre de la Sécurité Public To Lam et indirectement à travers Pham Minh Chinh (ancien Vice-Ministre de la Sécurité Publique) ou Hoa Binh (ancien haut-fonctionnaire au Ministère de la Sécurité Publique et Procureur Général du Parquet à la Cour Suprême) . Mais ce sont surtout les instances centrales du Parti qui sont en place dans le Politburo avec 7 représentants : le responsable de la Commission de l’Organisation (du Parti), de la Commission Economique, de la Commission de Mobilisation des Masses, de la Commission de l’Education et de l’Idéologie, de la Commission des Affaires Internes, de la Commission de l’Inspection. A noter que c’est également la première fois depuis le Doi Moi que le Politburo inclut le directeur de l’Académie Nationale Ho Chi Minh, l’école du Parti. Le chef de du Front de la Patrie du Vietnam (en charge de la gestion des syndicats, des associations religieuses et de la société civile en général) ainsi que le ministre des Affaires Etrangères et le Président de la Cour Suprême[26] viennent compléter le tout.

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La dernière Séance du XIIIème Congrès du Partie Communiste Vietnamien

               L’autre élément à retenir du Congrès est le maintien de Nguyen Phu Trong au poste de Secrétaire Général du PCV et l’ascension de l’ex-Premier Ministre Nguyen Xuan Phuc au poste de Président. Confirmant le renforcement des intérêts du Parti au sein de la direction, le chef de la commission en charge du personnel et de l’organisation du Parti Pham Minh Chinh devient Premier Ministre. Pour finir Vuong Dinh Hue, ex-secrétaire du Comité Populaire de la capitale et ex-Vice Premier Ministre devient Président de l’Assemblée Nationale.

  

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Le Duan (1908-1986)

             Dans le but d’analyser ces nominations, il convient d’abord de préciser le maintien de Trong au poste de numéro 1 du Parti enfreint plusieurs règles internes au PCV toutes deux destinées à prévenir les blocages institutionnels semblables à ceux qu’avaient connu le Parti suite à la mort d’Ho Chi Minh en 1969[27]. En effet, le successeur du père de la Révolution Vietnamienne, Le Duan, ancien commandant en chef du Front de Libération du Sud Vietnam (ou Viêt Công), avait maintenu le pays dans un immobilisme mortifère l’ayant mené à la ruine économique et à l’isolement diplomatique le plus complet. Il avait fallu attendre le Doi Moi de 1986 et l’ouverture du pays pour voir la tendance s’inverser[28]. Aussi, avait-il été décidé que le Secrétaire Général du Parti ne devait jamais assumer plus de deux mandats et que l’âge des dirigeants au poste des « 4 pilliers » ne devaient pas excéder 65ans. Or Nguyen Phu Trong est actuellement âgé de 77 ans et entame son troisième mandat. On notera cependant à propos des règles d’âges maximum que de nombreuses dérogations ont été délivrées depuis 1986 et que le nouveau président Nguyen Xuan Phuc, 67 ans en bénéficient également. Ajoutons ici, qu’en plus de son âge avancé, Trong avait déjà montrer les limites de ses capacités physique en faisant un AVC au printemps 2019[29].

               On serait tenté à première vue d’interpréter ces violations par un « classique » abus de pouvoir pour profit personnel comme cela se voit souvent en politique. En effet, le numéro 1 du PCV avait déjà fait figure d’exception en cumulant les fonctions de Secrétaire Général du Parti et de Président de la République lors de la mort de Tran Dai Quang (1956-2018) qui occupait alors ledit poste. Certains avait rapproché sa situation de celle de Xi Jinping qui cumulait également les deux fonctions. Trong était alors le dirigeant vietnamien le plus puissant depuis le Doi Moi[30]. Il faut également dire que s’est déployé autour de sa personne un culte de la personnalité, jusque-là réservé aux seuls personnes de « l’Oncle Ho » et du Général Vo Nguyen Giap. Selon Reuters, fut à ce titre publiée une biographie du leader vietnamien le décrivant comme « intelligent, courageux et charismatique » s’efforçant d’amener le Vietnam « au coude à coude avec les grandes puissances des continents selon les vœux de l’Oncle Ho »[31]. Un poème tiré du même livre le disait « envoyé par les esprits pour purifier le système » qui « marteau et faucille en main, dissipe les ténèbres en attendant le soleil »[32].

               Si les développements précédents sont véridiques, il faut néanmoins nuancer notre approche par quelques éléments tenant aux dynamiques internes du Parti et à son objectif premier : libéraliser l’économie sans perdre le monopole sur le pouvoir. 

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Nguyen Tan Dung

               Ainsi, bien qu’affichant un monolithisme de façade, le PCV est traversé par un certain nombre de factions qu’il serait trop fastidieux de présenter en détail ici. Or le XIIème Congrès de 2016 avait vu deux d’entre elles s’opposer publiquement, une première au Vietnam, à travers la lutte entre Trong et le Premier Ministre sortant Nguyen Tan Dung. Ce dernier, soutenu par la faction libérale, avait été au centre d’un certain nombre de scandales financiers et d’affaires de corruption ayant grandement nuit à l’image du Parti aux yeux de ses administrés[33]. Trong, tenant de la position conservatrice, l’avait alors évincé en ce faisant le chantre de la lutte anti-corruption, lui permettant ainsi de faire remonter sa personne et sa ligne politique dans l’estime des masses, en plus d’éliminer un concurrent politique. Ainsi, bien que sortant fortifié de cette échéance politique, le PCV avait révélé ses divisions internes et donc ses fragilités dans le cas où un consensus ne puisse être trouvé entre factions et que les tentations de séparatisme n’aboutissent à la division du pouvoir.

               Aussi, au Plénum de préparation du Congrès de janvier 2020, Trong avait il introduit deux nouveaux critères tenant aux conditions d’élection des « 4 piliers ». Selon la Règle 214 : les candidats devaient être « un facteur d’unité » au sein du Parti et « jouir d’une bonne réputation aux yeux de la population »[34]. Il y a ainsi fort à parier que le numéro 1 vietnamien cherchait à imposer une personne issue de son moule idéologique et en mesure d’unir le Parti sur la base de plusieurs principes similaires à ceux qu’ils représentaient. Beaucoup d’observateurs estimaient ainsi que cette nouvelle règle pavait la voix jusqu’au pouvoir de Tran Quoc Vong, bras droit de Trong lors de l’opération anti-corruption « four flamboyant » (« lò nung » en vietnamien)[35].

               Pour autant, tout influent qu’il soit au sein du Parti, Trong n’a pas réussi à imposer son poulain aux 200 délégués du Comité Centrale. Pour de nombreux observateurs, ce serait la raison pour laquelle il aurait été maintenu à son poste. Ces mêmes observateurs semblent également s’accorder sur le fait que si un candidat remplissait les conditions précédemment énoncées, Trong pourrait laisser sa place en cours de mandat[36].

               Ajoutons ici que le Parti expérimente depuis près de dix ans le suffrage direct des citoyens au niveau local afin de limiter les excès d’un système de représentation politique qui, s’il garantit une certaine stabilité, n’en reste pas moins facilement manipulable pour qui détient les leviers administratifs[37]. En effet, procédant depuis longtemps selon le concept soviétique de « centralisme démocratique », les Congrès locaux votent pour l’élection des Comité locaux élisant à leur tour leur Secrétaire Général.  Ce processus est le même au niveau national. Or l’année dernière a vu la plus forte proportion (11%) d’élections locales et provinciales se dérouler selon un scrutin direct, une petite révolution dans un pays marxiste-léniniste comme le Vietnam[38]. De cette façon ce modèle hybride de « sélectorat » pourrait très bien amener l’opinion publique vietnamienne à peser suffisamment sur les élections à l’échelon national en 2026 si ce système est étendu au niveau national[39]. Aussi comprend on aisément la volonté des pontes du Parti de choisir comme chef un cadre ayant bonne presse auprès de la population.

                De la même façon, il ne faut pas perdre de vue que 43% des Secrétaires locaux du Parti sont âgés de moins de 50 ans et que, ayant grandi durant les années d’ouverture suivant le Doi Moi, beaucoup sont moins conservateurs que leurs ainés[40]. Aussi ne faudrait-il pas que le maintien au pouvoir de Nguyen Phu Trong crée un précédent qui empêcherait l’arrivée au pouvoir de cette génération de cadre qui pourrait être en lice pour le Congrès de 2026. En effet, si trop peu de places sont laissées aux jeunes aspirants, un fort ressentiment pourrait alors naitre en plus d’une concurrence accrue qui pousserait les candidats à aggraver la « factionnalisation » du Parti afin d’accéder au pouvoir[41]. Ce blocage générationnel pourrait également impacter la motivation des cadres concernant leur performance et mettre à mal le processus de légitimation du Parti par la compétence[42]. Le PCV se retrouverait alors dans une situation comparable à l’ère Brejnev en URSS qui avait vu une classe politique conformiste incapable de réformer et donc d’empêcher l’écroulement du pays sous le poids de ses contradictions.

Conclusion :

               Le XIIIème Congrès du PCV est symptomatique d’une classe politique à la croisée des chemins dans une période d’incertitude liée à la pandémie mondiale, à son impact sur l’économie mondiale et vietnamienne ainsi qu’à l’efficacité de sa gestion. Il témoigne du dilemme auquel les décideurs doivent faire face concernant l’urgence et la durabilité dans le choix des dirigeants ainsi que de la tension grandissante entre la démocratie interne au Parti nécessaire pour limiter le népotisme et le « centralisme démocratique », garant de stabilité.

               S’il permet ainsi de maintenir au pouvoir une équipe et une ligne politique ayant fait ses preuves lors du précédent mandat, son accent conservateur – exprimé au travers le renforcement des intérêts du Parti au sein du Politburo – pourrait à terme mettre en danger le processus d’institutionnalisation du PCV et donc miner sa légitimité malgré ses bonnes performances.

               Il reste maintenant à savoir si, une fois la situation sanitaire et économique stabilisée, la classe dirigeante saura éviter les écueils de l’immobilisme afin de prévenir l’ajout d’un conflit générationnel aux conflits des factions. C’est l’ensemble du processus de réforme politique mené depuis le Doi Moi et visant à garantir le monopole du Parti sur le pouvoir qui est en jeu.


[1] https://www.worldometers.info/coronavirus/country/viet-nam/, consulté le 6 février 2021.

[2] Jean-Phillipe Eglinger, « Vietnam : les autorités face aux enjeux économiques et sociaux de l’après Covid. », Asia Centre, 24 avril 2020

[3] Ruchir Sharma, Is Vietnam the next « Asian Miracle » ?, New York Times, 13 octobre 2020, https://www.nytimes.com/2020/10/13/opinion/vietnam-economy.html

[4] Rémy BARAIZE, Quel bilan pour le sommet de l’APEC 2017 au Vietnam, Vinageo blog, 19 novembre 2017 https://vinageoblog.wordpress.com/2017/11/19/actualite-quel-bilan-pour-le-sommet-de-lapec-2017-au-vietnam/

[5] https://vneconomy.vn/chiem-725-tong-kim-ngach-xuat-khau-viet-nam-muon-hut-them-von-fdi-
20181221142840247.htm cité par Jean-Phillipe Eglinger, « Vietnam : les autorités face aux enjeux économiques et sociaux de l’après Covid. », Asia Centre, 24 avril 2020

[6] Jean-Phillipe Eglinger, « Vietnam : les autorités face aux enjeux économiques et sociaux de l’après Covid. », Asia Centre, 24 avril 2020

[7]Chi Hiêu, Thành lập tổ công tác đặc biệt về thu hút các tập đoàn đa quốc gia, 23 mai 2020 https://thanhnien.vn/tai-chinh-kinh-doanh/thanh-lap-to-cong-tac-dac-biet-ve-thu-hut-cac-tap-doan-da-quoc-gia-1227852.html?fbclid=IwAR1gbDV-seII-JqU8X81WCp6ogDmFbYVvolRnuzFEmOh4BN6T9piJe7FwYo

[8] Jean-Phillipe Eglinger, « Vietnam : les autorités face aux enjeux économiques et sociaux de l’après Covid. », Asia Centre, 24 avril 2020

[9] Bruce Duteil, Matthieu François, Nga Nguyen, Emerging from the pandemic, Vietnam must position itself for recovery, Mc Kinsey Company, 1er juillet 2020 https://www.mckinsey.com/featured-insights/asia-pacific/emerging-from-the-pandemic-vietnam-must-position-itself-for-recovery#

[10] Jean-Phillipe Eglinger, « Vietnam : les autorités face aux enjeux économiques et sociaux de l’après Covid. », Asia Centre, 24 avril 2020

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] Ibid.

[14] Phuong Pham, Economic Security: Vietnam’s Cardinal Policy Goal, The Diplomat, 18 septembre 2020, https://thediplomat.com/2020/09/economic-security-vietnams-cardinal-policy-goal/

[15] Phuong Pham, Economic Security: Vietnam’s Cardinal Policy Goal, The Diplomat, 18 septembre 2020, https://thediplomat.com/2020/09/economic-security-vietnams-cardinal-policy-goal/

[16] Tomoya ONISHI, Vietnam’s Communists brace for next 5 years after big 2020, Nikkei Asia, 22 décembre 2020 https://asia.nikkei.com/Spotlight/Asia-Insight/Vietnam-s-Communists-brace-for-next-5-years-after-big-2020

[17]RSF, RSF condamne l’arrestation de la journaliste vietnamienne Pham Doan Trang, Reporter Sans Frontière, 7 octobre 2020, https://rsf.org/fr/actualites/rsf-condamne-larrestation-de-la-journaliste-vietnamienne-pham-doan-trang

[18] Ibid.

[19] Ibid.

[20]Eugene Whong, Vietnam’s National Assembly to Review Ho Duy Hai Murder Case, Radio Free Asia, 18 mai 2020, https://www.rfa.org/english/news/vietnam/ho-duy-hai-05182020160929.html

[21] Hélène CAUNE, Blame Avoidance dans : Laurie Boussaguet, Dictionnaire des politiques publiques, p114-123, Editions Sciences-Po Paris, 2010, disponible à l’URL : https://www.cairn.info/dictionnaire-des-politiques-publiques–9782724611755-page-114.htm

[22] Mai Truong, Vietnam’s COVID-19 Success Is a Double-Edged Sword for the Communist Party, The Diplomat, 6 aout 2020, https://thediplomat.com/2020/08/vietnams-covid-19-success-is-a-double-edged-sword-for-the-communist-party/

[23] Ibid.

[24] Zachary Abuza, The Fallout From Vietnam’s Communist Party Congress, 2 février 2021, The Diplomat https://thediplomat.com/2021/02/the-fallout-from-vietnams-communist-party-congress/

[25] Ibid.

[26] http://news.chinhphu.vn/Home/BREAKING-NEWS-LIST-OF-NEWLYELECTED-POLITBURO-MEMBERS/20211/42832.vgp

[27] Sabastian Strangio, Vietnam’s Communist Party Chief Reelected to Third Term, 1er février 2021, The Diplomat https://thediplomat.com/2021/02/vietnams-communist-party-chief-reelected-to-third-term/

[28] Ibid.

[29] Ibid.

[30] Rémy BARAIZE, Nguyen Phu Trong, secrétaire général du PCV et nouveau président du Vietnam: mimétisme du n°1 chinois?, 2 décembre 2018, Vinageo blog, https://vinageoblog.wordpress.com/2018/12/02/actualite-nguyen-phu-trong-secretaire-general-du-pcv-et-nouveau-president-du-vietnam-mimetisme-du-n1-chinois/

[31] https://thediplomat.com/2021/02/vietnams-communist-party-chief-reelected-to-third-term/

[32] Ibid.

[33] Rémy BARAIZE, Nguyen Phu Trong, secrétaire général du PCV et nouveau président du Vietnam: mimétisme du n°1 chinois?, 2 décembre 2018, Vinageo blog, https://vinageoblog.wordpress.com/2018/12/02/actualite-nguyen-phu-trong-secretaire-general-du-pcv-et-nouveau-president-du-vietnam-mimetisme-du-n1-chinois/

[34] Sebastian Strangio, Vietnam Party Conclave Readies Key Personnel Appointments, 15 décembre 2020, The Diplomat https://thediplomat.com/2020/12/vietnam-party-conclave-readies-key-personnel-appointments/

[35] Sabastian Strangio, Vietnam’s Communist Party Chief Reelected to Third Term, 1er février 2021, The Diplomat https://thediplomat.com/2021/02/vietnams-communist-party-chief-reelected-to-third-term/

[36] Ibid.

[37] Nguyen Khac Giang, Vietnam’s 13th Congress: Institutional Resilience or Institutional Decay?, 7 janvier 2021, The Diplomat https://thediplomat.com/2021/01/vietnams-13th-congress-institutional-resilience-or-institutional-decay/

[38] Ibid.

[39] Ibid.

[40] Ibid.

[41]Nguyen Khac Giang, Vietnam’s 13th Congress: Institutional Resilience or Institutional Decay?, 7 janvier 2021, The Diplomat https://thediplomat.com/2021/01/vietnams-13th-congress-institutional-resilience-or-institutional-decay/

[42] Ibid.

Actualités – Comprendre l’engouement des Vietnamiens pour Donald Trump

Many Vietnamese American voters prefer Trump over Biden. Here's why. - Vox

Alors que les médias ont déjà annoncé la victoire de Biden mais que les équipes de Donald Trump ont saisi le procureur fédéral sur la base de soupçons de fraude, la course présidentielle américaine est plus serré que jamais. Aussi chaque candidat a-t-il dû mobiliser le moindre votant.

               C’est dans ce contexte que se sont particulièrement distingué les quelque 2 millions de Viet Kieu (Vietnamiens d’outre-mer, 4ème communauté asiatique aux Etats-Unis) américains, présents dans certains swings states[1] (Géorgie et Texas notamment). En effet, tandis que l’ensemble des autres communautés d’Asie se sont largement prononcées en faveur du candidat démocrate, la communauté vietnamienne a majoritairement voté pour le président sortant (48% en faveur de Trump contre 36% pour Biden et 16% en faveur des candidats indépendants).

Essential Guide to Biden v. Trump: The 13 Swing States (and 2 Districts) That Will Decide the US Presidential Election
En rouge les états dont il était certains qu’ils seraient attribués à Donald Trump, en bleu à Joe Bideb, en gris les « swing states ». A noter que l’élection de 2020 fut marquée par un nombre relativement grand de swing states.

               Si le vote conservateur est une constante au sein de cette frange de l’électorat (I), le vote de cette année offre une perspective originale en raison du climat de tension particulier entre Pékin et Washington (II) mais aussi parce que l’engouement vietnamien pour Donald Trump se prolonge jusqu’au sein de la République Socialiste du Vietnam (III).

I) Un électorat historiquement conservateur et anti-communiste

A l’instar des communautés cubaines de Floride, la plupart des américain-vietnamiens sont principalement issus des flux de réfugiés politiques fuyant la répression communiste. Certains connurent même les « camps de rééducation » suite à la chute de Saïgon en 1975 avant de prendre la mer sous les tristement célèbres boat-people. Rappelons qu’entre 1975 et 1986 1.6 millions de Vietnamiennes choisirent les chemins de l’exils et que 880 000 d’entre eux furent accueillis aux Etats Unis Aussi, sans surprise, un puissant sentiment anti-communiste évoluant avec le temps en aversion pour toute prise de position ayant étant considéré comme « de gauche » et confinant souvent à la paranoïa et à la chasse aux sorcières.

Duc Tan, left, filed a libel suit after he was accused of being a communist sympathizer by Norman Le, right.
A gauche M. Tan, à droite M.Le

A titre d’exemple on peut citer l’affaire de 2004 Duc Tan Vs Norman Le, le premier attaquant le second en diffamation. En effet, M. Le avait commencé à répandre des rumeurs de sympathies pro-Hanoï de la part de M.Tan après avoir cru voir ce dernier porter un tablier de cuisine à l’effigie d’Ho Chi Minh lors d’un rassemblement communautaire, alors qu’il n’en était rien. Il avait entendu prouver ces assertions en demandant à M.Tan d’entonner l’hymne national vietnamien lors de l’audience, celui-ci ayant hésité à chanter l’hymne du régime de Saïgon. Le plaignant estime que M.Le était motivé par une rancœur personnel. Malgré le caractère anecdotique de cette histoire, elle créa une division marquée au sein de la communauté vietnamienne située dans le comté d’Orange (Orange County, Californie) et témoigne de l’actualité de ce genre de problématique parmi les Vietnamiens d’Amérique.

Il faut dire aussi que c’est au sein de cette communauté que fut fondé le Viet Tan, une organisation armée formée autour d’anciens officiers supérieurs de l’armée de Saïgon et visant à abattre le régime communiste d’Hanoï. Aussi, cette facilité à la suspicion mélangée à un environnement militaire/para-militaire et à une haine tenace issue d’expériences personnelles douloureuses a souvent mené à des dénouements violents voir meurtriers au sein de la « Little Saïgon »

Autre conséquence de ce statut de réfugié politique : beaucoup d’Américain-Vietnamiens se perçoivent comme appartenant à une catégorie d’immigrants tout à fait spéciale dans le sens où ils furent des alliés précieux du gouvernement américain dans un contexte de guerre froide. De cette façon, ils se considèrent comme plus à même de définir ce que devrait être le rêve américain que les américains issus des mouvements migratoires motivés par l’argent. Ils sont d’ailleurs confortés dans cette idée par leur réussite relative dans les affaires et dans les milieux savants comparé aux autre communautés minoritaires aux Etats Unis. Aussi la rhétorique du « racisme systémique » répandue dans les milieux de la gauche américaine et tenant les minorités comme forcément oppressées par la majorité blanche a-t-elle une prise moindre sur les mentalités américano-vietnamiennes. Raison pour laquelle certains d’entre eux participèrent d’ailleurs à des contre-manifestations en opposition au mouvement Black Live Matter lors des récents troubles aux Etats Unis.

Pour toutes ces raisons, la communauté vietnamienne vote majoritairement pour le Parti Républicain depuis 1976. Il faut néanmoins noter qu’avec les années un fossé générationnel s’est creusé entre cette génération d’anciens combattants ayant connu le Vietnam en proie à la guerre et leurs descendants nés aux Etats-Unis et bien moins dogmatiques que leurs ainés quant aux questions politiques. Ils ont ainsi tendance à voter pour le camp démocrate.

Autres changement amorcé et dont il faudra tenir compte à l’avenir : depuis l’ouverture du Vietnam en 1986 et la normalisation des relations entre Hanoï et Washington 1995, une émigration d’étude et de travaille du Vietnam vers les Etats-Unis a commencé, apportant par conséquent un flux de vietnamiens éduqué par la propagande du régime. Il se pourrait qu’à terme ces émigrés forment une part grandissante de la communauté vietnamienne aux Etats Unis et brise la tendance politique forgée par la génération des nostalgiques du régime de Saïgon.

Pour autant, cette dichotomie politique est et sera certainement atténuée par la question chinoise, cruciale pour les Vietnamiens de tout bord et de toutes origines.

II) La Chine en ligne de mire

Si vous êtes lecteur régulier de ce blog vous avez déjà pu entrevoir les péripéties de la tumultueuse histoire des relations entre le Vietnam et son grand voisin du nord (occupation millénaire, 14 invasions/tentatives d’invasion sur les 19 subies par le Vietnam, guerre de 1979, etc..) et l’animosité vivace qui saisit une grande majorité de Vietnamien à l’endroit de la politique extérieure chinoise en général et envers le Vietnam en particulier.

Or ce sentiment antichinois parmi les Vietnamiens d’outre-mer et de métropole intéresse directement notre sujet pour au moins deux raisons : il permet non seulement à Donald Trump de bénéficier d’une sympathie directe de la part de l’électorat vietnamien des Etats Unis pour son style « dur » dans ses relations avec Pékin mais aussi d’apparaitre comme le candidat le plus apte à inspirer la transition démocratique au Vietnam.

S’agissant du bénéfice qu’il tire de son attitude face à la Chine d’abord, il est clair que le fait de n’avoir engager aucun conflit extérieur pour focaliser sa politique étrangère sur le « problème chinois » donne à Trump une apparence de dirigeant inflexible face à Pékin.

S’il ne s’agit pas ici de passer en revue la politique chinoise de la présidence Trump, il est nécessaire de bien comprendre quelle dynamique l’a mûe durant 4 ans. Considérant les Etats Unis et les Américains comme les grands perdants de l’approche multilatérale jusque-là favorisée par ses prédécesseurs, à la fois sur le plan économique – avec l’internationalisation des chaines de valeur et la désindustrialisation américaine – et sur le plan militaire – le Pentagone contribuant trop comparé aux partenaires. Aussi, une de ses premières décisions pour « Make America Great Again » en tant que président fut elle de déclarer caduque les traités transatlantiques et transpacifiques – au grand dam du gouvernement vietnamien d’ailleurs – laissant le champ libre au projet de libre-échange chinois, le RCEP (récemment signé).

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Signature en ligne du Regional Comprehensive Economix Partnership Agreement (RCEP) le 15 novembre 2020.

Débuta dès lors une intense période de négociation bilatérale pour la diplomatie américaine sur la base du mot d’ordre « America first ». Pour autant, le président se retrouva au prise avec la même difficulté qu’implique le rapport dépendance – rivalité qui unit Pékin et Washington. Aucune action à grande échelle ne pouvait donc être envisagée. Cela se traduisit concrètement par la mise en place de mesures protectionnistes dans des secteurs susceptibles de gêner la Chine et de ramener des emplois de l’autre côté du Pacifique (Acier, composant électronique notamment), par une intense activité de contre-espionnage contre la Chine, la multiplication des missions de patrouilles en mer de Chine du Sud et la mise sur pied d’une coalition dans le Pacifique (vente d’arme et pactes militaires).

Tsai Ing-wen | Biography & Facts | Britannica
La présidente taïwanaise lors de sa rélection en janvier 2019

Ces manœuvres furent mises en place en soufflant à la fois le chaud et le froid même si, à long terme, une ligne dure s’est cristallisée. Ainsi ; après une campagne présidentielle 2016 riche en accusation de manipulation de monnaie, d’espionnage industriel et de cyber-terrorisme ; le président nouvellement élu afficha régulièrement des marques de sympathie pour le numéro 1 chinois Xi Jinping, allant même jusqu’à le qualifier « d’ami ». Cela ne l’empêcha pourtant pas d’évoquer une éventuelle remise en cause de la politique « Une Chine, deux systèmes » lors de l’élection de la présidente Taiwanaise Tsaï Ing-wen, fervente défenseuse d’une politique peu conciliante à l’égard de Pékin. La crise du covid-19 fut même une opportunité pour Donald Trump de provoquer Pékin en désignant la maladie sous les vocables « Kung flu », « Chinese Virus », « Plague from China » (la peste de Chine) ou « Wuhan Virus ». Notons, pour finir, que le style « diplomaty Twitter » de Trump ne manqua pas de créer de vives réactions à chacune de ses sorties concernant la Chine.

Cette rhétorique assertive voire agressive à l’endroit de Pékin emporta bien sur l’assentiment d’une majorité de Vietnamiens d’Amérique ou du Vietnam, voyant dans celle-ci et malgré ses inconvénients (instabilité de la diplomatie en Asie du Sud Est ou augmentation du sentiment anti-asiatique aux Etat-Unis) des solutions pour contrer l’impérialisme chinois dont une des premières victimes serait le Vietnam. Il faut dire que parallèlement à ces événements, les internautes mercenaires du Parti Communiste Chinois – les Wumao – se répandirent en théorie du complot sur la toile au sujet de Hong Kong, soutenant que les militants pro-démocraties de la cité-état était tous d’ascendance vietnamienne et qu’un « grand remplacement vietnamien » était en marche à Hong Kong sous la supervision de Hanoï et de la CIA. Le terme de « singe vietnamien » (« vietnamese monkey ») fut ainsi martelé pour décrédibiliser les leaders étudiants hongkongais pro-démocratie. De la même façon, et bien que rien d’officiel n’ai été publié à ce sujet, la seconde vague de covid-19 au Vietnam due au franchissement de la frontière Laos-Vietnam par 3 ressortissants chinois porteur du virus constitue, selon la rumeur vietnamienne, un acte prémédité de la part de Pékin afin de déstabiliser son voisin méridional qui affichait d’excellents résultats quant à la gestion de la crise sanitaire.

L’ensemble de ces éléments donnent donc aux Vietnamiens une représentation très favorable de Trump, vue comme l’opposant numéro à l’expansion chinoise et donc soutien potentiel de la cause vietnamienne.  Cet état de fait constitue un levier que les vietnamiens anti-communistes comptent bien utiliser pour servir leurs intérêts. En effet, en reprenant la posture anti-chinoise du président américain, les militants du Viet Tan entendent démontrer que le gouvernement de Hanoï est bien trop conciliant avec la Chine Populaire du fait de la proximité idéologique des Partis Communistes Vietnamien et Chinois. Il y a ainsi de forte chance que le Viet Tan ait organisé des opérations d’agitation-propagande contre la Chine et le gouvernement d’Hanoï, participant ainsi en cela à l’émergence de manifestation violente, à l’occasion de l’affaire Formosa ou de l’ouverture des Zone Economique Spéciale aux investisseurs internationaux.

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Exemple de caricature répandue sur le net vietnamien. On voit le Vietnam grimé en prostituée en tenue coloniale attendant l’arrivée des investisseurs chinois, représenté par Xi Jinping.

Ce faisant, ils instillent l’idée que les différents avec Pékin en Mer de Chine à propos des archipels des Paracels et des Spratleys ne pourra être réglé dans un sens favorable au Vietnam du fait de la « vassalisation » idéologique et politique du gouvernement de Hanoï, justifiant ainsi leur narratif et leur désir de voir le régime communiste s’effondrer au Vietnam. Ainsi, lors des différentes enquêtes d’opinion menée aux Etats-Unis, certains électeurs vietnamiens de Trump citait comme 1ère raison de ce choix le fait qu’il était vecteur de transition politique au Vietnam.

S’il parait clair qu’à lui seul il ne pourrait pas changer la situation, il n’en demeure pas moins que ces allégations ne sont pas sans fondement si l’on considère l’impact de l’action politique de Trump et de son image au Vietnam.

III) La popularité de Donald Trump au Vietnam et son impact sur la sphère médiatico-politique

« Si je pouvais mourir pour que M.Trump devienne président, je le ferais » peut-on lire sur une page de soutien à Donald Trump en langue vietnamienne. Au vu des développements précédents on pourrait être tenter de penser que ce genre de commentaire est issu des communautés de Viet Kieu vivant aux Etats-Unis. Pourtant, il n’en est rien. Il s’agit d’un citoyen vietnamien résidant au nord du Vietnam.

Trump et Kim quittent le sommet de Hanoï sans accord
Le numéro 1 nord coréen Kim Jong Un et le président américain Donald Trump lors de leur rencontre à Hanoï en février 2019. Le choix de la capitale vietnamienne pour cet événement d’importance mondiale a également contribué à la popularité de Trump au Vietnam.

Or, il faut bien comprendre, qu’en règle général, les Vietnamiens, surtout ceux vivant au nord, sont extrêmement rétif à parler politique soit par habitude (66 ans de régime marxiste-léniniste obligent), soit par volonté de ne pas se brouiller avec son cercle proche. Dans ce paysage politique morne, la seule exception semble être l’engouement pour le président américain qui parvient à rassembler plusieurs dizaines de milliers de fans sur Facebook, le réseau social le plus utilisé au Vietnam (un peu plus de 46 millions d’utilisateurs). Sur ces groupes, plusieurs sujets politiques, s’agissant notamment de la politique extérieure du pays, se voient être débattus alors qu’ils étaient tabous il y a encore quelques années. Inutile de rappeler que dans un pays où le Parti a la main sur l’ensemble de la presse écrite et télévisuelle et donc de l’information, ce genre de phénomène est tout à fait singulier.

En effet, en plus des considérations précédentes tenant à l’attitude de Trump face à Pékin, un grand nombre de Vietnamiens nourrissent une affection particulière pour le milliardaire américain en raison de son parcours dans les affaires lui conférant un franc parler à rebours du politiquement correct. Ce statut tranche radicalement avec celui des personnes formant l’élite dirigeante de la nation, le plus souvent bureaucrate professionnel tenant un discours guindé par la rigidité de la discipline imposée par les us des partis marxistes-léninistes au sein desquels le Politburo détermine la ligne à suivre sous peine de sanctions. On notera d’ailleurs que sur ce point, Joe Biden, membre de l’establishment américain depuis longtemps, ne brille pas aux yeux des citoyens vietnamiens sur ce point.

Caricature pro-Trump par Ben Garrison. Pour nombre de ses supporters, Donald Trump représente une alternative à un establishment politico-médiatique aux intérêts mondialistes opposés à ceux de l’Américain moyen.

« Trump est un homme d’affaire puissant, confiant et autoritaire. Tout ce qu’il fait est stratégique et calculé » estime Vuong Toan Hiep, 41 ans, résidant à Hanoï. On comprend ainsi aisément que l’affinité des Vietnamiens avec Donald Trump réside également dans leur insatisfaction et leur cynisme global concernant les constantes manœuvres communicationnelles du gouvernement visant à garder la mainmise sur le pouvoir, notamment suite aux affaires de corruption ou de saisies de terrains par la force pour des projets privés.

Face à ce phénomène et malgré la mise en place d’une loi sur la cybersécurité ainsi que d’une unité chargée de la répression sur les réseaux sociaux, l’approche « tout répressif » du gouvernement vietnamien semble bien insuffisant pour empêcher l’expansion de ce phénomène

Il serait pourtant erroné de croire que cela entraine une adhésion automatique des sympathisants de Trump aux idées développées par le Viet Tan étant donné que le fait d’habiter si près de la Chine brise forcément l’intransigeance dogmatique des anti-communistes malgré le ressentiment certains des masses vietnamiennes. De la même façon, la promotion de l’« American Dream » version guerre froide par les nostalgiques de Saïgon  correspond certes à l’idée que s’en fait l’électorat républicain mais ne convainc guère le Vietnamien moyen.

En guise de conclusion :

En définitive, le succès de Trump auprès des Vietnamiens-Américains et des Vietnamiens du Vietnam est dû à la fois à la sociologie de l’électorat vietnamien aux Etats-Unis, à son opposition frontale et parfois tapageuse à Pékin et à son statut « d’outsider » de la politique. Il constitue de ce fait un élément qui fait bouger les lignes politiques au Vietnam en participant à la généralisation d’une information alternative au Vietnam via les réseaux sociaux. Cette influence soit néanmoins être tempérer du fait de la récupération outrancière de ce phénomène par les émigrés vietnamiens anti-communistes car victime de la répression post-chute de Saïgon. De la même façon, pour des raisons géopolitiques et historiques, si la posture adoptée par l’administration Trump peut plaire aux masses, les dirigeants vietnamiens, quelque soit leur ligne, ne pourraient poursuivre une stratégie d’opposition frontale avec son grand voisin.


[1] Dans le système électoral américain, les électeurs ne votent pas directement pour le candidat. Ils votent pour des grands électeurs dans la limite des 50 états. Certains états sont acquis au Parti Républicain ( les états du centre du pays) ou Démocrate (Californie, état de New York par exemple) à chaque élection. L’expression « swing states » ou « état charnière » désigne les états qui ne sont acquis à aucun parti lors des élections et qui peuvent donc départager les candidats.

Fiche de lecture #15 – Nguyen Ngoc Chau – Viet Nam- L’histoire politique des deux guerres 1858-1954 et 1945-1975 – Editions NB7 – 2019

L’auteur :

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            Nguyen Ngoc Chau est un ingénieur et banquier à la retraite. Il fit ses études à l’école centrale de Paris avant de retourner au Vietnam en 1973 pour le quitter en 1975 sur un chaland tiré par un petit bateau. Il commença ses travaux d’écriture il y a 7 ans et publia en 2018 Le temps des Ancêtres – Une famille vietnamienne dans sa traversée du XXème siècle. Etant donné qu’une interview de l’auteur est déjà disponible sur le blog, je laisse les plus curieux d’entrevous cliquer sur le lien suivant pour en savoir plus : https://vinageoblog.wordpress.com/2019/12/29/entretien-2-lhistoire-du-vietnam-selon-nguyen-ngoc-chau/ 

Le livre :

Amazon.fr - Viêt Nam : L'histoire politique des deux guerres contemporaines  1858-1954 et 1945-1975 - Nguyen Ngoc, Chau - Livres

               Dans Viet Nam – L’histoire politique des deux guerres 1858-1954 et 1945 – 1975, l’auteur dépeint une fresque historique riche en références (un peu plus de 150 références en français, en vietnamien et en anglais) et en détails en tressant une trame faite à la fois de savoirs académiques et d’anecdotes se confondant avec un exercice de témoignage. Et c’est là tout son intérêt.

               En effet, beaucoup d’ouvrages furent écrits sur les deux premières d’Indochine mais celui-ci se démarque assez facilement en raison de la perspective originale qui anima l’esprit de son écriture. Souhaitant faire comprendre « à tous ceux qui s’intéressent au Viet Nam, et en particulier à ceux qui ont du sang vietnamien dans les veines » à travers « la connaissance du passé de leur patrie, ou de la patrie de leurs ancêtres » que « le présent et le futur d’un pays ne se construisent pas sans larme », l’ouvrage révèle en effet une posture tenant autant du débat historiographique que de l’histoire personnelle.

               Ce double registre constant permet au propos d’éviter les biais politiques grossiers issus de la guerre froide et parasitant bien trop souvent la réflexion en fonction de la position à partir de laquelle on parle. On notera que, s’agissant d’un pays comme le Vietnam où l’histoire se vit principalement à travers la famille et souvent suivant une tonalité tragique, la performance est toute à fait remarquable.

               Il ne faudrait cependant pas croire que le livre se cantonne à une simple et monotone description des faits sans être mû par une dynamique particulière. En effet, les bornages chronologiques des deux guerres tranchent assez nettement avec ceux traditionnellement retenus pour parler des guerres française et américaine dans la région, à savoir respectivement 1945-1954 et 1960 – 1975. En choisissant ainsi l’année 1858 (à savoir la prise de Da Nang par l’amiral Rigault de Genouilly) comme point de départ de la « guerre d’indépendance » contre les Français et l’exécution des principaux leaders nationalistes (Pham Quynh et Bui Quang Chieu notamment) par les communistes en 1945 pour la « guerre idéologique », Nguyen Ngoc Chau propose un éclairage inédit dont découlent au moins 2 mérites.

File:French ships at Danang 1858.jpg - Wikimedia Commons
Les navires de la flotte franco-espagnole lors du siège de Tourane (Da Nang aujourd’hui), coup d’envoi de la présence française permanent en Asie du Sud Est.

               Le premier consiste en l’élaboration d’une historiographie proprement vietnamienne, débarrassée des points de vue étrangers. Plusieurs sources primaires et secondaires vietnamiennes, d’ordinaire très difficile d’accès si on ne maitrise pas le vietnamien et donc relativement rare voire absente dans les bibliographies de référence, permettent ainsi de construire un récit historique ancré dans les faits avec force de détails. Si l’on prend l’exemple de la guerre d’Indochine, le refus d’accepter la partition française de la période coloniale (à savoir grossièrement conquête – pacification – administration – trouble des années 30 – occupation japonaise – guerre d’Indochine) permet de réintroduire l’idée que le peuple et certaines élites vietnamiens ont en fait opposé une résistance constante bien que protéiforme à la présence française. A ce titre nous avions déjà eu l’occasion de parler du mouvement Can Vuong ou appel du roi. On notera que cette vision tranche également avec l’histoire officielle du Parti Communiste Vietnamien qui, besoin de légitimité oblige, tend à se parer de toutes les vertus dans la lutte contre les « colonialistes français ». De la même façon, la sélection du début de la lutte ouverte entre nationalistes et communistes vietnamiens en 1945 permet de souligner que les deux premières guerres d’Indochine furent certes des conflits impliquant une ou plusieurs nations extérieures mais aussi et surtout des guerres civiles qui virent la population vietnamienne se déchirer. Ce faisant, la prise de Saïgon en 1975 par les troupes du général Giap n’est plus seulement une péripétie de la guerre froide ou un revers pour les Américains mais l’aboutissement d’une lutte idéologique ouverte tenant à la meilleure voie à choisir pour le bonheur du peuple vietnamien. Ajoutons, au surplus, que cette « vietnamisation » de l’histoire est renforcée par le recours systématique à la graphie vietnamienne pour l’écriture des noms des diverses personnes et oragnisations politiques.

               Le second mérite de ce parti-pris chronologique réside également en ce qu’il replace les événements dans un temps long, permettant, de fait, une compréhension bien plus fine et profonde de leurs enjeux et dénouements. Ainsi plusieurs poncifs, le plus souvent issus de la vision des vainqueurs des deux guerres, sont rapidement évacués par une richesse d’informations sur une quantité de sujets qui, à première vue, pourraient paraitre annexes ou trop pointus pour le grand public. Et c’est très certainement ici que s’exprime toute l’originalité et tout l’intérêt de la lecture de cet ouvrage dans le cadre de l’étude de l’histoire vietnamienne. Vous y trouverez des renseignements plutôt rares bien que très pertinent. Il semble devoir être ici fait mention spéciale du chapitre consacré à la question ô combien politique du système d’enseignement qui fut mis en place par les autorités coloniales afin de pallier le manque d’administrateur français tout en ne créant pas une élite façonnée par les valeurs françaises qui deviendrait dès lors revendicatrice, voir révolutionnaire[1]. La transition avec le foisonnement des idées politiques (venus aussi bien de l’Orient que de l’Occident) et des organisations politiques au Vietnam en découle en outre assez naturellement.

               Car c’est également dans la forme de l’ouvrage que se trouvent ses qualités. On sent très bien la volonté pédagogique de l’auteur en ce qu’il parvient à condenser 117 années d’histoire en 460 pages sans sacrifier le nécessaire. Pour ce faire, il a recours tantôt aux anecdotes révélatrices ou aux détails significatifs, tantôt à des tableaux de données, tantôt à des citations de personnages ayant directement vécu les événements relatés. Les développements du livre peuvent alors s’apparenter à une succession de petites histoires formant l’Histoire. Ayant déjà interrogé M. Nguyen à ce propos, je vous invite à lire son interview déjà présente sur le blog à l’adresse suivante si vous voulez davantage de détails : https://vinageoblog.wordpress.com/2019/12/29/entretien-2-lhistoire-du-vietnam-selon-nguyen-ngoc-chau/ 

 

Amazon.fr - Le temps des Ancêtres: Une famille vietnamienne dans sa  traversée du XXe siècle - Nguyen-Ngoc, Châu - Livres

              Cette narration découle largement de l’aspect personnel qu’a insufflé l’auteur dans ce livre sans pour autant y laisser poindre de biais émotionnels. Il laisse en effet le soin de juger aux acteurs et spectateurs des événements à travers de nombreuses citations, l’exemple le plus parlant étant sans doute la reprise des mots de Nixon en conclusion s’agissant des mobiles et résulstats de l’action américaine au Vietnam. Si vous avez déjà eu l’occasion de lire son précédent livre Le temps des Ancêtres – Une famille vietnamienne dans sa traversée du XXème siècle, vous savez déjà qu’il est rompu à l’art de faire raisonner l’histoire de sa famille dans l’histoire de son pays. Aussi, cette proximité avec le « matériau historique » sert le développement compact des idées présentes dans ce livre en ce qu’elle y apporte la rondeur de la familiarité, évitant ainsi l’écueil d’un style aride ou trop scolaire. Il faut dire que, Nguyen Ngoc Bich, le père de l’auteur, polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées et plus tard docteur en médecine, fut un intellectuel opposé à la présence française (il fut commandant de la zone militaire IX pour le Viet Minh puis dénoncé car ne voulant pas adhérer à l’idéologie communiste) et par conséquent condamné à mort par les Français, gracié (grâce à l’intervention de ses camarades de Polytechnique) puis exilé en France. C’est également autour de sa personne que se trouve l’apport le plus original du livre. En effet, en plus de mettre fin à un non-dit historiographique tenant au fait que plusieurs solutions pacifiques furent imaginées afin de fonder un « véritable » état vietnamien sans intervention extérieur, on apprend que Nguyen Ngoc Bich aurait pu avoir une influence

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déterminante sur la destinée du pays. Il fut en ce sens pressenti pour devenir premier ministre de Bao Dai à la place de Ngo Dinh Diem. On apprend également qu’il appartenait au groupe d’intellectuels dit « Minh Tân », qui préconisait une coopération économique et financière entre le Nord et le Sud jusqu’à ce que les conditions soient réunies pour une réunification pacifique du pays sans lien de dépendance avec la Chine, l’ennemi de toujours. On n’a pas fini de se demander l’ampleur des conséquences qu’auraient eu cette position à la fois sur l’histoire personnel de l’auteur (obligé de fuir son pays en 1975), sur l’histoire du Vietnam et sur l’histoire mondiale.

               En définitive, Viet Nam- L’histoire politique des deux guerres 1858-1954 et 1945-1975 s’avère être un incontournable pour quiconque souhaite avoir les connaissances de base concernant l’histoire vietnamienne du siècle dernier sans les partis-pris idéologiques traditionnels rattachés aux conflits, si ce n’est celui d’écrire une histoire du Vietnam par un Vietnamien et pour les Vietnamiens. Il peut être abordé sans aucune connaissance préalable du pays et des deux guerres et offre de multiples références bibliographiques pour ceux qui voudraient approfondir certains sujets précis.


[1] Nguyen Ngoc Chau, Viet Nam- L’histoire politique des deux guerres 1858-1954 et 1945-1975 –  Editions NB7 – 2019, p. 75 – 82

Actualités – Qu’attendre du Traité de libre-échange Union Européenne – Vietnam ? (Partie II)

II) L’épreuve du feu pour les dispositions sociales et environnementales.

       L’ALEUEV, en tant qu’accord « de nouvelle génération », inclut, en plus de dispositions purement commerciales, une série de mesures visant l’alignement des normes vietnamiennes sur celles promues par l’Union Européenne en matière de droit humains, de droit du travail et d’environnement (A). Pourtant, si tout le monde peut se réjouir de ce type de phénomène, l’aspect rébarbatif de ces changements et la volonté d’étendre les termes de l’accord à l’ensemble de l’Asie du Sud-Est pourraient amener l’Union à être peu regardante sur l’application de ces principes alors qu’ils sont déjà contestés en Europe (B).

         A) Ce que prévoit l’ALEUEV

         L’idée défendue par les instances européennes en introduisant des problématiques liées à l’écologie et à la défense des droits et libertés fondamentaux est la suivante : le libre-échange favorise le progrès social à terme. Elle suit en cela la théorie de la courbe de Kuznets, conceptualisée par Simon Kuznets au début des années 50 . Celle-ci sera reprise et étendue au domaine de la protection de l’environnement par les travaux de Gene Grossman et Alan Krueger au début des années 90. Ainsi, non seulement le libre-échange, passé un seuil, serait socialement bon, mais il serait aussi favorable à l’environnement. Notons que ce cadre idéologique est notamment partagé par certaines institutions internationales – l’OMC en tête – ainsi que par le Sénat français.

PDF] The Environmental Kuznets Curve A Primer | Semantic Scholar
La courbe de Kuznets à propos des inéqualités économiques. Appliquée à l’environement, cette théorie soutient que, passer un certain stade, le développement économique lui est bénéfique.

 

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Peter Sutherland, considéré comme l’un des pères de la mondialisation.

       Il s’agit également pour l’Union de redorer son image dans ces domaines après que plusieurs événements l’ont terni. On pense notamment à la ratification du CETA qui avait soulevé de nombreuses réactions quant à son coût environnemental, mais aussi au rapport Sutherland de 1992 qui cherchait à supprimer l’hétérogénéité au sein de l’Union Européenne (le directeur du rapport, Peter Sutherland, ayant déclaré en 2012 devant la chambre des Lords que l’« Union Européenne doit faire de son mieux pour détruire l’homogénéité interne des nations européennes »),  sans oublier les rapports régulièrement publiés par des acteurs de la société civile comme Oxfam ou le CETRI.

    Toujours est-il que ces préoccupations européennes forment le chapitre 13 de l’ALEUEV (texte du traité à l’adresse suivante: https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=OJ:L:2020:186:FULL&from=EN#page=132) . Celui-ci débute par le rappel de l’attachement des parties aux traités aux principes de développement durable par l’association des sphères économiques, sociales et environnementales et la référence à plusieurs textes internationaux de référence (article 13.1) tout en assurant la souveraineté de chaque pays quant à la prise des décisions qui s’imposent (article 13.2). En ce sens, Bruxelles et Hanoï affiche leur volonté d’empêcher le nivellement des standards vers le bas par les pays émergents afin d’attirer l’intérêts des investisseurs et des multinationales souhaitant délocaliser leur production vers des pays à bas cout de main d’œuvre dans le cadre de la compétition économique (article 13.3).

     Plus concrètement, même si les deux parties sont désignées par l’accord, le Vietnam devra signer, respecter, faire la promotion et mettre en place des dispositions de la déclaration de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) relative aux principes et droits fondamentaux au travail adoptée en 1998 (article 13.4.2.), à savoir :

  • La liberté de d’association et la reconnaissance effective du droit à la négociation collective.
  • L’élimination de toutes les formes de travail forcé
  • L’abolition du travail des enfants
  • L’élimination des discriminations en matière d’emploi.

       Pour chacune de ces matières, les parties doivent poursuivre leurs efforts dans l’application des conventions fondamentales de l’OIT, envisager la signature d’autres conventions proposées par l’OIT, être en contact constant avec l’autre parti (article 13.4.3.) et les rendre effectives dans leur législation interne (article 13.4.4.).

COP21 : les grandes lignes de l'accord de Paris - Boursorama        Le volet environnemental pour sa part implique la participation des parties aux accords et réunions multilatéraux environnementaux (article 13.5) et reconnaissent l’importance de la lutte contre le réchauffement climatique et s’engage à appliquer l’ensemble des textes internationaux dont les accords de Kyoto et de Paris (article 13.6). Mêmes dispositions s’agissant de la biodiversité (article 13.7), de l’exploitation durable des forêts (article 13.8) et de la gestion durable des ressources marines et des produits issus de l’aquaculture (article 13.9). L’investissement durable est encouragé (article 13.10).

        L’ensemble des dispositions précédentes doivent être mise en place à l’aune de la connaissance scientifique (article 13.11), interprétées selon un principe de transparence (article 13.12) et évaluées via de régulières études d’impact (article 13.13).

        A cette fin, l’article 13.14 liste à la fois les matières à propos desquelles les parties doivent rester en contact (mise en place des études d’impact, processus de labellisation, la coopération scientifique, etc…) et les moyens permettant de garder ce contact, le tout en gardant à l’esprit le chapitre 16 de l’ALEUEV relatif au renforcement de la coopération et des capacités de chaque partie.

      Afin d’assurer l’application de l’accord en général et des dispositions sociales et environnementales en particulier, et c’est son originalité, le chapitre 17 prévoit la mise en place d’un Comité Commercial (Trade Committee, article 17.1) et d’un sous-comité dédié au commerce et au développement durable (article 17.2.1.e.). Il est prévu que celui-ci supervise la mise en application de l’ALEUEV (article 17.1.3.a) et tranche les questions ayant attrait au droit du travail et à l’environnement (article 17.1.3.e.).

      En définitive, il semble donc que l’ALEUEV se donne les moyens de ses ambitions autant sur le plan commercial – avec la réduction drastique des droits de douanes des deux côtés – qu’à propos des aspects sociaux et environnementaux, via un alignement des ordres juridiques internes sur les standards internationaux représentant le plus petit dénominateur commun sur lesquels les divers acteurs peuvent s’accorder. Pour autant, comme pour ses pairs liant l’Union Européenne et le Canada (CETA) ou le MERCOSUR, plusieurs voix s’élèvent pour le dénoncer au sein de la société civile européenne et des institutions européennes.

       B) Une mise en application controversée

    On pourrait classifier les critiques formulées à l’encontre de l’ALEUEV dans 3 catégories distinctes : 1) celles liées à des considérations purement conceptuelles, 2) celles liées à l’opportunité de la signature d’un tel accord suite à la pandémie mondiale de covid-19 et 3) celles liées à la mise en place effective des dispositions sociales et environnementales. Nous les passerons successivement en revu dans les développements suivants.

      Sur le plan conceptuel d’abord, la courbe de Kuznets étendue aux problématiques environnementales peine de plus en plus à convaincre de sa véracité étant donné que de nombreuse tendance politique, de gauche comme de droite, voit dans le dumping social et environnemental le véritable moteur de la mondialisation des échanges. En d’autres termes, pour eux, la volonté de contrer la race-to-the-bottom que se livrent les pays émergents pour attirer les investissements et les délocalisations d’emploi est complétement contradictoire avec l’élimination des obstacles tarifaires et non-tarifaires au commerce international. Ils en veulent pour preuve l’itinérance de la production textile, secteur extrêmement sensible à la variation des salaires, qui, partie des pays occidentaux, transita d’abord par la Chine puis par des pays à moindre couts de main d’œuvre comme le Vietnam ou le Bangladesh pour se diriger ensuite vers des pays encore plus compétitif, l’Ethiopie étant actuellement le meilleur exemple. Dans cette perspective, le libéralisme marchand ne pourra qu’aggraver la désindustrialisation au sein des pays membres de l’Union Européenne et provoquer le départ de nouveaux emplois à faible ou moyenne valeur ajoutée, accentuant le problème du chômage et du creusement des inégalités sociales. De la même façon, les représentants du monde paysan européen et vietnamien craignent que la concurrence exacerbée ne mène à une pression accrue sur les petits exploitants ne pouvant être intégrés aux circuits de commerces internationaux. La balance commerciale UE-Vietnam, largement déficitaire côté européen, devrait en outer voir son déséquilibre amplifié.

    S’agissant du volet environnemental, certains dénoncent également un paradoxe similaire en ce que, bien que déclarant vouloir lutter contre le réchauffement climatique, l’intensification des échanges de marchandises via les porte-conteneurs ne pourra qu’alourdir le bilan carbone des produits consommés sur le vieux continent ou au Vietnam, le transport maritime étant l’un des secteurs de l’économie les plus émetteurs de CO2. La différence des normes permettant l’obtention des labels bio devrait également généraliser la fraude au bio étant donné que, pour obtenir cette certification, les exigences des pays émergents sont bien inférieures à celles requises dans les économies développées.

       D’autres encore fustigent l’ALEUEV comme instrument de l’ingérence européenne au Vietnam, permettant ainsi de placer le pays sous tutelle morale via des promesses économiques, ce qui, étant donné l’histoire du pays (notamment les conflits avec la France, les Etats-Unis et la Chine), semble être quelque peu exagéré.  Pour autant, comme nous l’avions vu dans la première partie, l’ALEUEV découle directement des blocages de l’OMC dû à la dissymétrie des intérêts des pays « riches » et des pays « pauvres » et tend à reprendre les dispositions sources de zizanie pour les mettre en place de manière bilatérale. Ceci menant à la conclusion que l’accord pourrait en effet être conclu à la faveur des intérêts européens, le « devoir d’ingérence » au nom des libertés fondamentales pouvant parfois mener à une forme de néocolonialisme.

     Ensuite, la crise sanitaire liée au covid-19 a révélé au grand jour la dépendance des nations occidentales aux économies émergentes s’agissant de leur ravitaillement et de leurs capacités de production et celles des pays émergents à la consommation occidentale. Dès lors, beaucoup s’interrogent quant à l’intérêt d’un accord commercial qui, étant basé sur la théorie des avantages comparatif ne pourra qu’approfondir cette dépendance réciproque et handicapante en cas d’arrêt du commerce international. Si la relocalisation totale des productions industrielles et agricoles semble être une chimère, continuer sur la voie libérale sans tirer de leçons de la crise du covid-19 et des répercussions économiques dont nous ne voyons pas encore les effets concrets.

      Côté vietnamien, on l’a déjà vu, l’accord est considéré comme un moyen de diversifier l’économie et d’échapper à l’emprise chinoise sur l’économie nationale par l’ouverture tous azimut du marché. Il s’agit également de permettre aux produits vietnamiens de monter en qualité en se confrontant aux à des consommateurs exigents. Or, même si les professeurs Zhai Kun et Yang Yaoyuan prévoient que la compétitivité chinoise dans certains secteurs peut être impactée par la signature de l’ALUEVE (textile, meubles, chaussures, électronique à faible valeur ajoutée notamment) et que certains investissements puissent être transférés de la Chine vers le Vietnam, les limites de ces phénomènes se font rapidement sentir. Ainsi, Trinh Nguyen, un économiste étudiant les marchés asiatiques pour Natixis, estime que l’augmentation des exportations vietnamiennes vers l’Union seront contrebalancé par sa dépendance aux importations chinoises pour ses capacités de production. Selon lui, pour sortir de cette situation, Hanoï doit améliorer son éducation universitaire et pousser les fournisseurs à s’implanter au Vietnam et à monter en qualité, matières qui ne sont pas couvertes par l’ALEUEV. De ce fait, même si le Vietnam profite et pourra profiter de la guerre commerciale entre Pékin et Washington, le manque de formation des ouvriers vietnamiens et la différence d’échelle entre le Vietnam et la Chine (empêchant la mobilisation massive de main d’œuvre requise par certains secteurs), empêchera une délocalisation massive des activités vers le Vietnam, notamment dans les secteurs stratégiques comme l’intelligence artificielle et l’électronique à haute valeur ajoutée. Rappelons ici, qu’en moyenne, les salaires chinois sont trois fois plus élevés que les salaires vietnamiens et que cette situation ne provoque pas une ruée d’un pays vers l’autre. Ajoutons enfin à ces considérations l’évidence suivante : avec ses 96 millions d’habitants le Vietnam est clairement moins attrayant en termes de débouchés commerciaux comparé à son grand voisin du nord et ses 1,5 milliards de citoyens.

      Pour finir, on peut entendre des critiques concernant l’ALEUEV quant à sa réelle capacité à faire respecter ses dispositions sociales et environnementales. En effet, 70 ONG avaient déjà appelé les députés européens à ne pas ratifier l’ALEUEV, estimant que « la situation des droits humains et du droit du travail continue d’être préoccupante » et que la Commission Européenne faisait preuve de complaisance envers Hanoï.

Ombudsman Emily O'Reilly (@EUOmbudsmanEOR) | Twitter
Emily O’Reilly, médiatrice européenne depuis 2013.

       Pour ces acteurs de la société civile, le problème repose sur le fait que, en l’absence de mesures contraignantes, les principes de l’ALEUEV ne seraient pas garantis en ce qu’ils seraient fonction du rapport de force entre l’Union et le Vietnam au moment où un différend devra être tranché. Le fait que les améliorations sociales et environnementaes via le commerce soient, de par leur nature même, des processus longs ne sauraient répondre à l’urgence climatique selon certains. En effet, reprenant en cela les mécanismes de l’OMC, le règlement des différends fonctionne selon la procédure du « panels d’experts », préalablement défini et paritairement constitué, et est donc davantage ouvert aux interprétations liées aux intérêts du moment qu’à des principes de droit intangibles. Ainsi, soucieuse d’étendre l’accord à l’ensemble de l’ASEAN et de garantir le maintien des principales dispositions tenant à l’élimination des barrières non tarifaires et au respect des droits de la propriété intellectuelle, l’Union pourrait être portée à ne pas se braquer sur les questions sociales et environnementales. Dans une résolution, le Parlement Européen lui-même s’est dit ne pas être convaincu par les garanties de protection des droits humains contenues dans l’accord. Dans la même veine, la Médiatrice européenne Emily O’Reilly a considéré le 26 février 2016 que le refus par la Commission Européenne de procéder à une étude d’impact de l’ALEUEV sur les droits de l’Homme constituait un acte de mauvaise administration.

     Signalons d’ailleurs qu’en mai 2020 la Banque Mondiale a publié un rapport visant à la mise en place de l’accord et dans lequel quasiment aucun changement n’est requis dans l’ordre juridique vietnamien pour se conformer aux exigences de l’ALEUEV, partant du principe que toutes les mesures avaient été prises par le gouvernement vietnamien afin de préparer la signature du marché transpacifique (depuis avorté). Il est à préciser que la mise en place de syndicats indépendants du Parti Communiste Vietnamien entre en contradiction direct avec les fondements de la République Socialiste du Vietnam au sein de laquelle le Parti ne partage pas le pouvoir. L’ensemble de ces éléments laissent donc penser qu’en dehors des avancées sociales et environnementales directement liées à des fins commerciales (comme par exemple l’amélioration de la qualité des crevettes d’élevage au Vietnam pour accéder au marché européen), les progrès sur ces dossiers seront relativement lents.

EVFTA et EVIPA : une nouvelle porte s'ouvre - Le Courrier du VietNam

Conclusion :

       En définitive, l’ALEUEV est conforme à la description qu’en faisait Cecilia Malstrom (citation en introduction de la Partie I) :  il semble bien être le traité le plus ambitieux que l’Union Européenne ait signé avec un pays en développement.

    Sur le plan commercial, il signe une victoire diplomatique et symbolique pour Bruxelles qui est ainsi parvenu à étendre son influence et à négocier la mise en place de mesures lui étant bénéfiques, notamment sur le plan des obstacles non tarifaires au commerce et des indications géographiques protégées, permettant ainsi de contourner les blocages au sein de l’OMC et l’échec des négociations UE-ASEAN. En ce sens, l’ALEUEV est un ballon d’essai qui devrait achever de convaincre les pays composant la région Asie du Sud-Est de leur intérêt à se lier à l’Union avec un tel traité. L’arsenal de dispositions visant à transformer la législation du Vietnam sur divers sujets sociaux et environnementaux ainsi que la mise en place d’un comité dédié à l’application de l’accord en fait un des accords créant les relations plus profondes connus à ce jour.

     Côté vietnamien, l’accord apparait comme un moyen de sortir de l’orbite économique chinoise sans pour autant être vu comme une panacée à ce problème. Il permettra ainsi aux exportateurs d’augmenter sensiblement leur chiffre d’affaire avec l’Union Européenne en échange de l’engagement au respect de certaines normes internationales ayant attrait au droit international du travail et à l’environnement. Même si celles-ci devraient influencer les décideurs vietnamiens quant à leurs choix économiques (pour éviter soit une dénonciation publique dommageable pour son image, soit la rupture des règles anti- « race to the bottom »), il y a fort à parier qu’elles ne seront pas très contraignantes. En plus de ces avantages directs, le Vietnam, par la signature de cet accord, montre patte-blanche pour la participation à d’autres traités commerciaux du même genre.

Actualités – Qu’attendre du Traité de libre-échange Union Européenne – Vietnam ? (Partie I)

             Le 9 juin dernier, l’Assemblée Nationale de la République Populaire du Vietnam ratifiait l’Accord de libre-échange entre l’Union Européenne et la Viêtnam (ALEUEV), faisant suite en cela suite à la décision du parlement du 12 février 2020. Il pourrait ainsi entrer en vigueur dans le courant de l’été.

Vietnam-UE: Signature des accords de libre échange et de ...
La cérémonie de signature de l’accord.

               Cet accord constitue « un tournant important »selon Cecilia Malmström, commissaire européenne au Commerce lors de la signature dudit accord à Hanoï le 30 juin 2019, ajoutant « C’est le traité le plus ambitieux que l’Union Européenne ait signé avec un pays en développement ».

               Les développements suivants chercheront à décrypter ces déclarations en tentant de déterminer quelles sont les ambitions dont parle la commissaire européenne au Commerce. Nous verrons d’abord qu’il s’agit évidemment de favoriser le commerce entre les pays européens et Hanoï, mais aussi de poser la première pierre d’une alliance avec l’ASEAN, l’association transnationales des pays d’Asie du Sud-Est (I) . Ensuite, nous verrons que l’ALEUEV est à ranger dans la catégorie des accords commerciaux « de nouvelle génération » en ce qu’il annexe des dispositions politico-sociales à des préoccupations commerciales (II).

I) Une libéralisation considérable des échanges en vue d’un accord interrégionale de premier plan.

Avant d’inscrire la ratification de l’ALEUEV dans une perspective historique et politique (B), plongeons nous d’abord dans le détail des dispositions de l’accord sur un plan commercial (A).

A) Les dispositions commerciales pures.

Nous nous emploierons à détailler ici les dispositions prévues par l’accord quant aux échanges de marchandises. Pour des raisons de confort de lectures, celles-ci seront abrégées. Je conseille ainsi à tous ceux qui sont intéressés par le contenu exact du document de se référer à la version publiée par la commission européenne et disponible à l’adresse web suivante : https://trade.ec.europa.eu/doclib/docs/2016/june/tradoc_154622.pdf

               S’agissant donc des dispositions commerciales en elles-mêmes, l’ALEUEV prévoit l’abaissement des droits de douanes à 0% pour 99% des produits échangés sur une période de 10 ans. Dès son entrée en vigueur, 65% des lignes tarifaires vietnamiennes seront annulées contre 71% côté européen. Les produits concernés sont la totalité de la production textile et la moitié des électroniques. Il faudra attendre 7 années pour voir la disparition des droits de douanes sur les pièces détachées automobiles et les motos de plus de 150 cm3, et 10 ans pour les automobiles.  Les taxes pour les produits chimiques seront éliminées sur une période de 3 à 7 ans.

               Concernant l’agroalimentaire et les produits agricoles, l’ensemble droits de douanes sera ramené à 0 au bout de 3 ans pour le bœuf, 7 ans pour le porc congelé, de 3 à 5 ans pour les produits laitiers et 10 ans pour le poulet. Dans la catégorie « vin et spiritueux », les taxes seront abolies passées 7 années sauf pour la bière pour laquelle 10 ans seront nécessaires. Sur un plan non tarifaire, le Vietnam a obtenu des quotas d’importation pour ses œufs, ses champignons, son riz (de 20 000 à 30 000 tonnes selon son degré de transformation), son sucre (20 000tonnes) et son éthanol (1 000 tonnes). Hanoï s’est également engagé à abolir la quasi-totalité de ces droits à l’exportation. Les subventions sur les produits agricoles qu’ils échangent seront abrogées par les deux parties.

               Sur le plan de la propriété intellectuelle, 169 indications géographiques protégées (IGP) européennes (dont une quarantaine pour la France, particulièrement les Grands vins et les fromages) sont reconnues par le Vietnam, contre 39 par l’Union Européenne (sauces, thé et café notamment). A noter que pour 5 d’entre elles, à savoir le Champagne, la Fontine, l’Asiago, la Feta et le Gorgonzola, une coexistence avec des marques déjà enregistrées au Vietnam a dû être reconnue. D’une manière générale, les standards de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) en matière de droits des marques, des brevets et des dessins industriels sont adoptés par le Vietnam qui devra mettre ne place une série de réforme visant à appliquer concrètement ces nouvelles règles. La plus importante transformation demeure l’inscription dans le droit vietnamien du concept d’« utilisation normale d’une marque » ne limitant pas la reconnaissance de la marque à son degrés de proéminence parmi les consommateurs d’un pays donné. En application de l’accord de La Haye concernant l’enregistrement international des dessins industriels (récemment signé par le ), le Vietnam étend la protection des droits sur les dessins industriels à 15 ans.

               Les services ne sont pas en reste. Dans le domaine financier, sous 5 années, un duo de banques européennes pourra acquérir jusqu’à 49% des capitaux de certaines banques commerciales vietnamiennes. Les compagnies d’assurances peuvent s’établir au Vietnam pour offrir des couvertures santé ou ouvrir des sociétés de réassurances. Sur le plan maritime, le Vietnam a libéralisé le transport de passagers et le fret. Les investisseurs européens peuvent s’établir dans le pays pour offrir ce type de service.

               L’accès aux marchés publics vietnamiens est désormais garantie pour les entreprises européennes.

               Un second texte est annexé à l’ALEUEV : l’accord de protection des investissements. Ceux d’entre vous qui comptent parmi les lecteurs réguliers de ce blog se souviennent sans doute que c’est ce type de disposition qui avait créé la discorde au sein des pays partis aux traités transatlantique et transpacifique, notamment aux Etats-Unis. En effet, en plus de comporter des garanties juridiques « classiques » permettant l’attraits des Investissements Directs Etrangers (traitement national, traitement de la nation la plus favorisée, traitement juste et équitable, compensation en cas d’expropriation), l’accord en question prévoit le règlement des différends entre un investisseur et le pays hôte via un arbitrage international. En somme, si un investisseur se sent lésé par une nouvelle réglementation étatique, il pourra demander réparation au gouvernement du pays en question. Traditionnellement c’est le Centre International pour le Règlement des Différends relatifs aux Investissements (CIRDI), un organe de la Banque Mondiale, qui est saisi dans ce cadre. L’ALEUEV prévoit néanmoins la mise en place d’un tribunal ad hoc permettant de statuer sur ce type de différent. Si l’accord de protection des investissements est ratifié par les états membres de l’Union (le processus d’entrer en vigueur est différent de celui de l’ALEUEV, voir le paragraphe suivant), ladite juridiction devrait être mise en place sous la forme suivante : elle devrait comprendre 9 membres (3 désignés par l’Union, 3 par le Vietnam et 3 par un pays tiers) et pourra être saisie après une tentative de médiation infructueuse d’une durée de tractation maximum de 90 jours.

               Autant dire, à ce stade du raisonnement, que le champ d’application matériel de l’ALEUEV est large et transforme en profondeur la nature des échanges entre le Vietnam et l’Union Européenne. De ce fait, l’accord à l’étude fait figure de test qui devra prouver la viabilité de ce type de partenariat auprès d’autres pays de la région Asie du Sud-Est.

B) La première pierre d’un accord commercial interrégional ?

Comme nous l’avons déjà vu à l’occasion de notre étude du traité transatlantique, les accords tels que celui que nous étudions sont nés des blocages des négociations au sein de l’organisation mondiale du commerce (OMC) depuis le sommet de Cancun en 2003. Celui-ci fut le témoin du changement des rapports de force entre le trio « économie développée » Union Européenne – Amérique du Nord – Japon et les économies émergentes. Chacune de ces parties tente de faire valoir ses intérêts : les premiers veulent la protection des droits de la propriété intellectuelle (brevet, appellation d’origine protégée et droits de marques pour éviter la contrefaçon), la réduction des taxes sur les services et les marchandises à haute valeur ajoutée et la protection des investissements dans les pays en développement ; les seconds, au contraire, veulent avoir accès à d’avantage de technologie, réduire les droits de douane sur les produits à basse-moyenne valeur ajoutée et, surtout, sur l’agroalimentaire non ou peu transformé. De ce fait, le cycle de négociation de Doha est dans une impasse et avec lui l’approche multilatérale des négociations permettant une harmonisation des règles commerciales au niveau global.

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Caricature publié suite aux désaccords de Cancun  en 2003

Dès lors, la plupart des acteurs du commerce international ont tenté de contourner cet obstacle en se lançant dans un véritable marathon de négociations bilatérales avec les pays en voie de développement. Ne dérogeant pas à la règle, L’Union Européenne démarcha notamment l’ASEAN en 2007, souhaitant en cela avoir accès à son marché de 640 millions de personnes environ et bénéficier du dynamisme économique de la région, mu par les grandes économies d’Asie Orientale (Chine, Japon, Taiwan, Corée du Sud, …). Pour donner quelques chiffres, l’Union Européenne est le deuxième partenaire économique de l’ASEAN ( 13% de son commerce extérieur total) alors que l’ASEAN est le troisième partenaire de l’Union. Le montant des échanges commerciaux bilatéraux s’est élevé à 237 milliards de dollars en 2018 et l’UE était la principale source d’investissements directs étrangers vers l’ASEAN en 2017 (27 milliards de dollars). Pourtant, faute de cohésion et d’intérêt commun à la négociation parmi les 10 nations composant l’ASEAN, les discussions entre les parties sont suspendus d’un commun accord en 2009.

carte-ASEAN
Les 10 pays membres de l’ASEAN

Dans la foulée débutent des concertations afin d’établir des accords commerciaux entre l’UE et les pays de la région, on trouve dans l’ordre chronologique : Singapour et la Malaisie à partir de 2010, le Vietnam en juin 2012, la Thaïlande en mars 2013, les Philippines en décembre 2015 et l’Indonésie en juillet 2016. A ce jour, seules les tractations avec Singapour et le Vietnam ont abouti (respectivement en 2014 et 2015) alors que celles avec la Thaïlande, la Malaisie et les Philippines sont en pause. L’Indonésie est le seul pays poursuivant les négociations à l’heure où ces mots sont écrits.

Certes, l’ALEUEV n’est pas le premier accord de libre-échange signé entre l’Union Européenne et un pays membre de l’ASEAN puisque Singapour en approuva un le 19 octobre 2018 qui est entré en vigueur en novembre 2019. Les dispositions tenant aux droits de douanes, aux services, à la propriété intellectuelle, à l’annulation des barrières commerciales non tarifaires sont similaires à l’ALEUEV. Pour autant, la situation de hub financier de la Cité-Etat de Singapour est difficilement comparable à celle de ses pairs de la région (hormis l’autre Cité-Etat pétrolière qu’est le Brunei Darussalam), dans le sens où 1) son économie est plus performante que la moyenne[1] et 2) repose sur des bases différentes du reste de la région[2], de ce fait 3) sa législation, notamment en matière de propriété intellectuelle et de garanties financières, ne nécessite pas une refonte quasi intégrale pour convenir aux exigences européennes[3].

Le Vietnam, en revanche, présente quasiment toutes les caractéristiques partagées par les pays de l’ASEAN : une économie reposant sur l’agriculture et la production manufacturière à moyenne-basse valeur ajoutée (assemblage mécanique et électronique, textile), un modèle d’intégration du marché mondial tourné vers l’exportation menant au développement des services liés au commerce et plaçant le pays au centre des chaines de valeur mondiale, l’émergence d’une classe moyenne boostant la consommation intérieure,  une forte dépendance aux investissements directs étrangers. Ajoutons d’ailleurs que le Vietnam est le second partenaire commercial de l’Union dans la région (après Singapour), avec 47 milliard de dollars de marchandises échangées en 2018. Notons que, selon les estimations de la Commission Européenne, cet accord devrait générer une plus-value commerciale de 15 000 millions d’euros par an d’exportations supplémentaires du Vietnam vers l’UE, tandis que les exportations de l’UE vers le Vietnam augmenteraient de 8 300 millions d’euros par an.

Sur un plan purement politique, Hanoï présente également la particularité d’être le plus fervent défenseur d’une vision plus inclusive de l’ASEAN après en avoir été le membre le plus conservateur. Il faut dire que le Vietnam est sans doute celui qui souffre le plus de sa dépendance à l’économie chinoise dans la région, aussi la diversification des échanges économiques y revêt-elle une importance toute particulière. Pour reprendre l’analyse de Benoit de Tréglodé, directeur de recherche à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem) et spécialiste du Vietnam : « L’accord permet à Hanoï de sortir de ce face-à-face Chine – Etats-Unis qui les asphyxie sur le plan économique et qui les met en position d’arbitre ». Le Vietnam peut ainsi jouer son atout « Chine +1[4] » afin de continuer à attirer les entreprises étrangères souhaitant limiter leur dépendance à la Chine (révélée brutalement par la crise sanitaire liée au Covid-19) et échappé aux répercussions de la guerre commerciale sino-américaine sur l’économie chinoise.

Ces deux éléments permettent ainsi aux institutions européennes d’avancer sans risque que l’ALEUEV, s’il porte ses fruits, permettra sans aucun doute de faciliter les négociations ultérieures avec les autres pays membres de l’ASEAN, voir même de parvenir à un accord de région à région. Or, cette réussite dépend en grande partie de la capacité d’Hanoï de rendre effective les normes sociales et environnementales contenues dans l’accord de libre-échange et du niveau d’exigence de l’Union Européenne s’agissant de leur application.

(Suite dans la deuxième partie).

[1] Avec Brunei, Singapour est le seul pays de la région à être classé parmi les pays « à revenus élevé » selon la Banque mondiale. Pour donner une idée de l’ampleur de l’exception qu’est Singapour, en 2018, le PIB/habitant y était en moyenne de 65 000 USD contre 4 600 USD en moyenne au sein de l’ASEAN. De la même façon, malgré une population de l’ordre de quelques 5,6 millions, Singapour parvient à afficher un PIB de 364, 16 milliards (2019), ce qui reste inférieur à la Thailande et à l’Indonésie (respectivement 504, 99 milliards et 1042, 17 milliards pour la même année) mais témoigne d’une efficacité économique supérieure une fois rapportée aux contraintes démographiques et géographiques. Source: https://planificateur.a-contresens.net/asie/classement_par_pays/PIB-AS.html

[2] Bien que reposant également sur un modèle économique extraverti requérant un flux d’investissement étranger constant comme le reste des pays de la région, Singapour se distingue notamment par l’absence d’activité et d’exportation agricoles rendant la contribution de ce secteur au PIB et à l’emploi quasiment nulle (0.1% et 0.5%). De la même façon, le pays est fortement industrialisé et spécialisé dans l’électronique de pointe et la pétrochimie. Les services quant à eux représente 70.4% du PIB et emploi 83% de la population active. Notons ici que Singapour se trouve à la seconde place mondiale en termes de transbordements de conteneur, derrière Hong Kong. Plus d’informations: https://import-export.societegenerale.fr/fr/fiche-pays/singapour/marche-principaux-secteurs#:~:text=L’%C3%A9conomie%20de%20Singapour%20repose,et%20les%20services%20aux%20entreprises.&text=Le%20secteur%20des%20services%20repr%C3%A9sente,83%25%20de%20la%20population%20active.

[3] Désireux de faire de l’ex-colonie britannique l’environnement d’affaire le plus accueillant d’Asie, le gouvernement singapourien a lancé en 2013 le « IP Hub Master Plan » afin d’être pionnier en la matière dans la région. En tant que hub financier, la législation concernant les transactions financière y est également protectrice et facilement exécutable. Plus d’informations: https://www.inpi.fr/fr/la-propriete-intellectuelle-singapour

[4] L’expression « Chine+1 » désigne la situation de pays tels que le Vietnam présentant les mêmes avantages économiques que la Chine pour les investisseurs étrangers (main d’œuvre nombreuse, jeune et à bas cout notamment) mais dépourvu des aléas politiques frappant régulièrement la stabilité de l’économie chinoise ou affectant son image à l’international (crise de Hong Kong ou des Ouïghours)